Suisse

François-Xavier Amherdt: "L'être humain n'est pas fait pour la mort"

Faire du «passage» de Pâques le mouvement central de notre existence, telle est la proposition de l’abbé François-Xavier Amherdt. Dans son dernier ouvrage Le mystère pascal, Aller au cœur de la foi, le professeur de théologie à l’Université de Fribourg nous invite à passer de la mort à la vie.

Parcourant les registres biblique, patristique et liturgique, François-Xavier Amherdt plaide pour «une existence pascale». Tout au long de son dernier ouvrage (*), le prêtre valaisan formule toute une série de propositions pratiques pour être «dans la présence du Ressuscité» à chaque instant.

Cath.ch: comment le «mystère de Pâques» s’exprime-t-il dans notre existence?
Abbé François-Xavier Amherdt: Il s’exprime dans l’actualité du monde. Notre-Dame de Paris est en feu. Le Soudan et l’Algérie renversent leurs dictateurs. Les annonces de cancers se succèdent. Les couples mariés ne cessent de se séparer. Le Brexit est dans l’impasse. Les gilets jaunes mettent en question le gouvernement français. Nous perdons des êtres chers. La liste des drames qui continuent de s’abattre sur nous pourrait encore s’allonger.

Notre existence est parsemée de morts, de ruptures et de deuils. Cependant, au bout du tunnel il y a la lumière. Au bout de l’hiver, le printemps. Au bout de la mort, la résurrection. Tel est le cœur de l’Évangile sans lequel notre foi est vaine, proclame Paul (1 Corinthiens 15,14). Tel est le «petit point central» de nos convictions, le kérygme (en grec, proclamation) de la mort et de la résurrection du Christ.

La résurrection, vieille de 2000 ans, conserve donc toute son actualité…
Si dans mon ouvrage, j’essaie, à coup de métaphores et d’exemples, de faire du mystère pascal la «matrice» de notre vie, c’est que l’espérance pascale est plus actuelle que jamais! Nous pouvons en percevoir des signes et déceler les petites pousses capables de transpercer le béton, en 2019.

Quelles sont ces «petites pousses»?
Il y a, par exemple, le génocide du Rwanda. Il laisse encore des traces, mais après 25 ans, les Hutus et les Tutsis sont en route vers un processus de véritable réconciliation. Il y a aussi la mobilisation des jeunes, y compris en Suisse, face au réchauffement climatique, dû à l’activité humaine. Il est dénoncé par l’immense majorité des scientifiques et par le pape François dans son encyclique Laudato si’ (Loué sois-tu). Des initiatives concrètes en faveur de la sauvegarde de la création se multiplient. Il faut voir à ce sujet les films Demain et Après-demain.

Même face aux révélations d’abus accumulées ces derniers mois au sein de l’Église catholique. Il souffle un vent de conversion et de changement à tous les niveaux, notamment depuis le sommet des présidents des Conférences épiscopales à Rome en février dernier. Puisse-t-il se traduire maintenant en mesures effectives!

En quoi Pâques est-il une nouveauté?
Il faut mourir pour vivre. C’est la loi de la «Bonne Nouvelle». Comme le grain de blé mis en terre qui germe en épis (Jean 12,24-25), ou comme la chenille qui se déploie en papillon. C’est le sens du «passage» de Pâques, du terme pessah en hébreu, de la pâque juive à la pâque chrétienne. Bien sûr, à regarder le monde, la fête de la Résurrection se résume aux lapins et aux œufs. Mais d’une part, ce sont là deux symboles de vie. D’autre part, l’humanité continue de s’insurger contre la maladie et l’injustice. L’être humain n’est pas fait pour la mort!

«Un jour, nous aussi, nous nous relèverons de la mort»

Ce qui signifie bien qu’inscrit au fond de son être demeure ce que Jésus Christ est venu accomplir en sortant du tombeau. Un jour, nous aussi, nous nous relèverons de la mort, comme des «Grégoire» (en grec, le «réveillé du sommeil du trépas»). Un jour nous participerons à la «résurrection de la chair» que nous proclamons dans notre Credo, avec tout notre être, âme, cœur, esprit et corps. Telle est ma «con-viction» profonde, au sens du latin «victoire commune sur les doutes» (cum-vincere).

En attendant, que suggérez-vous pour vivre cet élan pascal au quotidien?
Par la prière, par exemple. Chaque office du soir (vêpres ou complies) se célèbre comme une petite mort (»Entre tes mains, Seigneur, je remets mon esprit»). Et le matin, aux laudes (du latin louanges), nous participons au surgissement du Ressuscité, debout hors du tombeau. C’est aussi une invitation à déguster chaque jour, comme si c’était le premier – ou le dernier –, en une sorte de carpe diem évangélique.

La célébration de Pâques a-t-elle évoluée ces dernières années?
Sans doute. Avec l’apparition de «montées vers Pâques», par exemple, qui rassemblent des jeunes ou des familles du Jeudi Saint au dimanche de la Résurrection. Pendant quatre jours, ils approfondissent le sens du mystère pascal pour aujourd’hui: le dernier repas de Jésus avec ses apôtres, le lavement des pieds, l’agonie au Jardin des oliviers, la prière silencieuse du chemin de croix et la crucifixion, les temps de solitude et de silence, la joie jaillie comme une flamme au cœur de la nuit, la Parole divine qui nous plonge dans les eaux de la vie et l’aube nouvelle vécue au quotidien.

Votre livre aborde plusieurs expériences de résurrection. Laquelle souhaiteriez-vous nous partager en ce moment?
Un baptême qui devait se célébrer la nuit de Pâques. Le papa et le premier des fils avaient fait de la luge la veille. Ils avaient été pris dans des traces glacées au terme desquelles se trouvait un arbre. Impossible d’en sortir ni de freiner. Qu’a fait le père? Il a mis son corps en avant pour sauver son enfant. Ils en sont réchappés. Quand le baptême du petit dernier a pu se vivre, trois semaines plus tard, évidemment par immersion (baptizô, en grec, veut dire «plongeon»), toute la famille a compris dans ses tripes ce que signifiait «passer de la mort à la vie»! (cath.ch/gr)


(*) François-Xavier AMHERDT, Le mystère pascal. Aller au cœur de la foi, Editions Cabédita, 2019.

François-Xavier Amherdt: "L’espérance de Pâques est plus actuelle que jamais!" | Illustration: Pixabay / Rayna Bauman
20 avril 2019 | 17:00
par Grégory Roth
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