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Frei Betto: les USA derrière la poussée évangélique en Amérique latine

Les Etats-Unis seraient derrière l’avancée des évangéliques sur le continent latino-américain, affirme le théologien brésilien Frei Betto dans un entretien à l’agence d’informations argentine Telam. Ils occupent les espaces laissés vacants par les catholiques, au cœur des bidonvilles et des périphéries où (sur)vivent les plus pauvres.

Le frère dominicain brésilien, figure de pointe de la théologie de la libération, assure que les pasteurs évangéliques en Amérique latine, qui reçoivent des aides venues des Etats-Unis, sont plus près des pauvres, tandis que les prêtres catholiques ont une formation plus élitiste.

Les catholiques sont davantage absents des périphéries

Pour expliquer l’importance croissante des Eglises évangéliques sur le continent latino-américain, Frei Betto commence par un constat. «Les pasteurs évangéliques travaillent et vivent au cœur des bidonvilles et des périphéries où (sur)vivent les plus pauvres (…) Les Eglises évangéliques ont progressivement occupé ces espaces, laissés vacants par les mouvements sociaux de l’Eglise catholique, sous les pontificats de Jean Paul II et de Benoit XVI».  

Le théologien connu pour son regard critique sur les conservatismes au sein de l’Eglise catholique au cours des dernières décennies est également convaincu que «derrière les églises évangéliques et leur avancée en Amérique latine se cache la Maison Blanche».

«La théologie de la libération pire que le marxisme»

Frei Betto, qui affirme que cette offensive «est bien programmée, bien pensée», cite notamment le Document de Santa Fé, qui dans les années 1980 cherchait à convaincre le gouvernement américain (alors dirigé par Ronald Reagan) d’œuvrer en faveur du développement d’un nouveau protestantisme en Amérique latine.

«Ce document affirme de manière explicite que la théologie de la libération est une menace plus importante encore que le marxisme pour les intérêts des Etats-Unis en Amérique latine», souligne l’auteur du livre «Fidel Castro et la religion», qui fut brièvement conseiller du président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva, au début de son premier mandat.

Coups d’Etat «au nom du christianisme»

D’ailleurs, le frère dominicain voit l’arrivée récente au pouvoir de Jair Bolsonaro au Brésil, ou «les auteurs du coup d’Etat en Bolivie qui se déclarent agir au nom du christianisme», comme autant de «floraisons de la graine liée à la chute du mur de Berlin et à l’hégémonie du capitalisme des Etats-Unis à travers des agressions contre la démocratie, grâce à l’usage de nouvelles technologies et algorithmes». (cath.ch/jcg/be)

Le théologien Carlos Alberto Libânio Christo, alias Frei Betto, est un dominicain brésilien actif dans les mouvements sociaux (wikimedia commons CC BY 3.0 BR)
15 janvier 2020 | 17:14
par Jean-Claude Gérez
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