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Il faut reconnaître l’autonomie territoriale des autochtones de Guyane

Privés des territoires, dont ils attendent toujours la restitution par l’État français, 85’000 autochtones sont démunis pour se défendre contre l’orpaillage illégal et les dégâts qu’il provoque sur l’environnement. Ils revendiquent la reconnaissance de leur autonomie territoriale pour se protéger.

Pas moins de 15’000 Amérindiens et plus de 70’000 Bushinengués vivent en Guyane française, à plus de 7’000 km de la France métropolitaine. Selon Mgr Lafont, seul évêque de ce territoire d’outre-mer, la protection de la culture de ces peuples, qui passe par la reconnaissance de l’autonomie territoriale de ces communautés, constitue «un défi» pour l’Eglise comme pour la France.

En cause, a critiqué Mgr Lafont, présent au Synode pour l’Amazonie, l’absence de reconnaissance, par l’Etat français, de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones de 2007. Il va de même pour la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux de l’Organisation internationale du travail, datant de 1989. Or ces textes internationaux visent notamment à protéger les territoires propres aux peuples autochtones.

Le problème, déplore l’évêque, c’est que non seulement l’Hexagone refuse de ratifier ces textes au nom de l’indivisibilité du pays, affirmée par sa Constitution, mais que la restitution de 400’000 hectares de territoire promis par l’Etat aux peuples autochtones en 2017 n’a toujours pas abouti.

Le problème de l’orpaillage

Vu l’absence d’autonomie de ces communautés sur leur territoire, les populations qui y vivent sont impuissantes pour se défendre contre l’orpaillage illégal qui y sévit, a quant à lui alerté Aikumale Alemin, membre de l’ethnie wayana et auditeur au Synode pour l’Amazonie. En l’absence de législation efficace sur ce point, ces peuples, qui cherchent à se défendre, se retrouvent régulièrement en prison. C’est pourquoi une reconnaissance de leur autonomie territoriale leur permettrait selon lui de se protéger convenablement.

«Plus de 80% de l’orpaillage en Guyane est illégal» et l’action policière ne fait que «maintenir» cet état de fait, faute de «moyens suffisants», déplore Mgr Lafont. Les entreprises illégales ont ainsi plus d’hélicoptères que les gendarmes eux-mêmes. Pour Joseph Gaillou, chargé du développement du Réseau ecclésial pan-amazonien en Guyane française, seule une lutte conjointe entre la France et le Brésil permettrait de combattre cette «économie illégale».

Le mercure, une «plaie» à combattre

Les communautés autochtones subissent par ailleurs les conséquences environnementales désastreuses liées à l’orpaillage, précise l’évêque de Cayene, notamment à cause de l’utilisation du mercure, pourtant interdit sur le territoire français. 

Il se propage dans le fleuve Maroni près duquel vivent de nombreuses populations autochtones et contamine les poissons dont se nourrissent ces peuples. Il crée «des problèmes de peaux, attaque le cerveau et tue les fœtus», s’est indigné Aikumale Alemin. Ce membre de l’ethnie wayana, qui estime que les pouvoirs publics français se déchargent de cette responsabilité sur les pays voisins, a appelé à combattre cette «plaie». (cath.ch /imedia/cg/cp)

Mgr Lafont (dr.), ici au début du Synode pour l'Amazonie, alerte sur la situation en Guyane française | © Vatican Media
22 octobre 2019 | 17:36
par Carole Pirker
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