Suisse

Enquête: «J’étais étranger et vous m’avez accueilli»

Le 6 septembre 2015, lors de la prière de l’angélus sur la place Saint-Pierre, le pape François demande aux paroisses, aux communautés religieuses, aux monastères et aux sanctuaires de toute l’Europe d’accueillir une famille de migrants. Plus de deux ans après cet appel, qu’en est-il en Suisse romande ?

Au début du mois de septembre 2015, la photo du petit Aylan devenait le symbole de la crise migratoire. L’image du corps du petit Syrien âgé de 3 ans seulement, échoué en Turquie, a fait le tour du monde. Le garçonnet, qui fuyait avec ses parents et son frère la ville-frontière de Kobané en Syrie, a été retrouvé sans vie sur une plage. D’abord relayée sur les réseaux sociaux, les photos d’Aylan et son frère de 5 ans, mort lui aussi, ont fait la une de la presse européenne. Leur diffusion a engendré de vifs élans de solidarité et de mobilisation.

D’abord relayée sur les réseaux sociaux, les photos d’Aylan ont fait la une de la presse | flickr CC BY-NC-SA 2.0

«Le processus d’identification explique la viralité de ce cliché. Aylan ressemble à n’importe quel autre enfant européen», indique Gianni Haver, professeur de sociologie de l’image et d’histoire sociale des médias à l’Université de Lausanne. «Les photos de groupes véhiculent une idée de menace. Les migrants sont nombreux, différents de nous et ils accostent sur nos côtes». Alors que le cliché du petit Aylan porte l’essence même du drame de manière implicite. «L’enfant a l’air endormi, il est paisible sur cette plage, il représente tout sauf une menace. Il incarne la victime absolue», complète le sociologue.

L’Europe par la route des Balkans

En 2015, 39’523 personnes ont déposé une demande d’asile en Suisse, soit 66,3 % de plus que l’année précédente. «Ce chiffre élevé découle des nombreux foyers de crise et des conflits qui sévissent au Proche-Orient ainsi que sur le continent africain et de la situation difficile que connaissent les pays de premier accueil et de transit», indique le secrétariat d’Etat aux migrations dans le Commentaire sur la statistique en matière d’asile 2015.

La Suisse n’a pourtant pas figuré parmi les pays de destination privilégiés des personnes qui ont emprunté la route des Balkans pour se rendre en Europe. Comparativement, la hausse des demandes d’asile relevée en Suisse a été modérée. Paradoxalement, par rapport a» l’ensemble des demandes déposées en Europe, la part de celles déposées en Suisse a baissé de 3,8 %, en 2014, a» environ 3 % en 2015, il s’agit de la proportion la plus faible en 25 ans.

«Plus qu’un passage d’un pays à un autre, c’est une véritable métamorphose que vivent chaque jour des milliers d’immigrés» Exposition Exil du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à Genève | © Myriam Bettens

Avancer vers une destination sûre

Quatre jours après la publication du cliché qui a secoué l’Europe, le pape François se mobilise à son tour. Lors de la prière de l’angélus sur la place Saint-Pierre, il lance «un appel aux paroisses, aux communautés religieuses, aux monastères et aux sanctuaires de toute l’Europe à manifester l’aspect concret de l’Évangile et accueillir une famille de réfugiés. Un geste concret pour préparer l’Année Sainte de la miséricorde». Le courage et la patience ne suffisent pas, «l’Évangile nous appelle, nous demande d’être proches des plus petits et des laissés-pour-compte, à leur donner une espérance concrète. L’espérance chrétienne est combattive, avec la ténacité de celui qui avance vers une destination sûre». Et le pape François montre l’exemple en accueillant deux familles de réfugiés dans deux paroisses de son diocèse de Rome.

«La photo d’Aylan a touché au-delà de l’appel du pape, mais il a été la voix qui a rassemblé cet élan de solidarité», estime Nicole Andreeta, aumônière catholique à l’AGORA (Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d’asile).

En Suisse romande, cet élan de solidarité s’est manifesté de différentes manières suivant les cantons. Dans les communautés religieuses, l’appel du pape est bien entendu, mais la réponse reste contrastée.

Une réponse contrastée dans les communautés religieuses

La Conférence des Unions des religieux/religieuses et des Instituts séculiers de Suisse (KOVOSS/CORISS), regroupe les communautés religieuses présentes sur le territoire. Cinquante-quatre d’entres-elles ont été contactées par Cath.ch, en Suisse romande. Quarante-six ont accepté de répondre.



 «L’appel du pape nous a bousculés. Il a fait tout un chemin dans notre esprit et a permis de changer la vision que la population porte sur les migrants», confie Sœur Claude de la communauté de St Joseph d’Annecy, à Monthey. En effet, la demande a été relayée dans les communautés religieuses de Suisse romande, mais seulement cinq d’entres-elles ont pu y répondre favorablement.

Outre le manque de place invoqué et l’âge avancé de certaines sœurs, plusieurs communautés, tous cantons confondus, ont proposé des chambres, des appartements et même un chalet dans le canton du Valais. Mais dix des douze propositions de logements ont été refusées par l’office compétent en matière d’asile.

Cinq de ces lieux d’habitation étaient trop éloignés d’un centre-ville, c’était le cas pour le chalet proposé par les sœurs Hospitalières à Lens, en Valais. «Les demandeurs d’asile doivent se rendre plusieurs fois par semaine en ville pour des cours de français ou des questions administratives et des assistantes sociales doivent les rencontrer régulièrement. On recherche donc plutôt des logements proches des centres urbains», explique Christine Bourdin, responsable à l’Office de l’asile du canton du Valais.

Il fallait une salle de bain privée

Cinq autres logements ne correspondaient pas aux besoins ou ne remplissaient pas les critères demandés par les organismes chargés de placer les migrants. Sœur Monique, une dominicaine d’Estavayer-le-Lac s’était aussi annoncée pour proposer une chambre, mais «les conditions d’accueil étaient beaucoup trop strictes. Il fallait une salle de bain privée, ce que nous ne pouvions malheureusement pas proposer.»

Pour un cas, deux demandeurs d’asile sont venus voir les locaux, mais ne s’y sentaient pas particulièrement à l’aise. Et Soeur Marianne de la communauté cistercienne de la Maigrauge à Fribourg comprend bien cette réserve, «ce n’est pas vraiment marrant d’atterrir dans un coin perdu. En plus, je pense qu’on marginalise ces personnes en les faisant habiter dans un monastère». Pour la dernière proposition de logement, le bâtiment était en rénovations. Les travaux n’ont pas pu être terminés à temps, «mais nous espérons proposer un accueil pour les demandeurs d’asile à l’été 2019», déclare le Frère Pierre de la Congrégation du Saint-Esprit à Fribourg.

Un baluchon pour seul bagage sur la route de l’exil | © Myriam Bettens

Malgré d’apparentes difficultés à répondre à l’appel du pape, certaines communautés ont tout de même fait le pas. Trois communautés de Fribourg ont accueilli un demandeur d’asile dans leurs murs. La Mission ouvrière saints Pierre-et-Paul, à Matran, a aidé une famille syrienne à trouver un logement dans une paroisse des environs et finance le loyer pour moitié. Enfin, les sœurs de St Joseph d’Annecy, à Monthey, ont proposé un logement dont le loyer est pris en charge par l’Office de l’asile du Valais. Quatre autres communauté sont actives dans le domaine de l’asile en apportant du soutien dans les démarches administratives, des cours de français ou en proposant des repas. A Fribourg, les Pères Blancs assistés de religieuses et religieux d’autres congrégations proposent ce type d’accueil à Point d’ancrage.

Elles bravent les interdits par solidarité 

«L’appel du pape a ouvert l’esprit des gens, mais une autre partie de la population reste malheureusement lamentablement fermée», s’insurge une sœur du canton de Fribourg. Elle enchaîne: «Notre communauté a accueilli deux migrants sans papiers. Nous avons été dénoncées par quelqu’un du voisinage. J’ai dû répondre de nos actes devant un tribunal, je suis la supérieure de la communauté». Finalement condamnée à une amende, elle ne regrette pas son geste, «je ne pouvais pas les laisser dehors, on était proche de Noël».

Une autre sœur, du même canton, annonce avoir accueilli un demandeur d’asile. La communauté lui a aussi offert du travail, «mais on a fait une petite bêtise, en oubliant de le déclarer à l’Office de la migration. Nous avons été amendées pour cela». On l’entend sourire à l’autre bout du fil, elle avoue : «Evidemment on a payé. Finalement, l’amende ne vaut rien par rapport au fait que ce garçon puisse rester en Suisse et travailler.»

Dans le canton du Valais, une sœur raconte ne pas avoir accueilli de migrants suite à l’appel du pape, mais glisse rapidement dans la conversation, «par contre on en a caché deux, menacés d’expulsion». Malgré de nombreuses questions, elle n’en dira pas plus, «si quelqu’un apprend cela, on est fichues». 

Les Eglises soutiennent l’effort des cantons

Plusieurs cantons romands ont sollicité les forces des Eglises locales afin de mettre sur pied une aide efficace aux demandeurs d’asile.

Dans le canton de Genève, l’Hospice général a assuré la prise en charge des requérants. En les logeant d’une part dans des abris de la protection civile ainsi qu’au centre d’accueil des Tattes, à Vernier. L’AGORA (l’Aumônerie genevoise œcuménique aupre»s des requérants d’asile et des réfugiés) a travaillé de concert avec le canton par le biais de l’Hospice général, les paroisses et de nombreux bénévoles. «L’appel du pape a pesé dans la balance. Tout le monde a été sensible a cette démarche», explique Nicole Andreeta, aumônière catholique à l’AGORA. En 2015, le nombre de bénévoles triple, «cela a rendu les choses un peu compliquées au départ. Il a fallu coordonner toutes les bonnes volontés qui se manifestent», déclare l’aumônière.

Appelés dans les paroisses des communes sur lesquelles se trouvaient des abris de protection civile, l’AGORA a apporté beaucoup d’informations concernant les procédures d’asile et la manière d’aider au mieux ces requérants. Par la suite, l’Hospice général a cherché une autre manière de loger les demandeurs d’asile. En faisant appel au réseau de l’AGORA, des bénévoles, des paroisses et de toutes les bonnes volontés engagées dans l’aide aux demandeurs d’asile, 120 d’entre eux ont pu être logés chez l’habitant.

Nicole Andreeta, aumônière catholique à l’AGORA | © Myriam Bettens

Telle Fatyah, réfugiée éthiopienne, qui vit depuis deux ans dans le quartier des Eaux-Vives. «Ces gens sont comme une famille pour moi», affirme-t-elle dans un français teinté d’anglais. Avant de rectifier, «ces personnes sont ma famille. On partage beaucoup de choses ensemble et je suis reconnaissante qu’ils m’aient ouvert leur porte». «Je suis restée plusieurs années au foyer des Tattes, mais c’était très difficile». Elle évoque la surpopulation : quatre personnes dans une chambre de 16m2, les tensions qui règnent au centre d’hébergement, l’occupation du Théâtre du Grütli par les requérants déboutés et l’inaction des pouvoirs politiques pour régler cette situation intenable.

«C’était la panique pour loger tous ces gens», lance Nicole Andreeta, aumônière catholique au centre d’hébergement des Tattes. «Les communautés religieuses ont donc été invitées à réfléchir à la meilleure manière d’aider l’Etat», déclare-t-elle encore.

En décembre 2015, Mauro Poggia, Conseiller d’Etat au Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé invite L’Eglise catholique romaine genevoise, le Réseau évangélique Suisse, l’Armée du Salut, la Fondation culturelle islamique et l’Eglise protestante genevoise à une table ronde. Il aimerait entendre les communautés religieuses du canton sur leurs contributions en matière d’aide aux réfugiés et réféchir avec elles aux moyens à mettre en place afin d’initier des actions communes. Nicole Andreeta a participé à cette table ronde et décrit la manière dont cette rencontre s’est exprimée sur le terrain.

Action Parrainages dans le canton de Vaud

Dans le canton de Vaud, le vicariat de l’Eglise catholique a choisi d’accompagner les requérants. L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) et l’Etablissement vaudois d’aide aux migrants (EVAM) étaient déjà actifs sur le terrain des familles d’accueil explique Pascal Bregnard, responsable du Département solidarité de l’Eglise catholique vaudoise. Ce n’est pas pour autant que l’appel du pape n’a pas porté de fruits dans le canton de Vaud. «Il existait un vrai désir de se mettre en route et de ce désir est né l’Action Parrainages.

Action Parrainages des migrants, un projet des Eglises catholique et protestante du canton de Vaud (photo Maurice Page)

L’initiative lancée par les Eglises en collaboration avec diverses associations de la société civile a rencontré un vif succès partout dans le canton. «l’Action Parrainage est même victime de son succès. Nous n’arrivons pas répondre à la demande», avance Pascal Bregnard. Au delà du lien social que crée le parrainage, il prend aussi la forme d’un mentorat, afin de faciliter les démarches administratives et d’un accompagnement des mineurs arrivant seuls en Suisse. «Afin de trouver rapidement les informations nécessaires, une plateforme d’information sur l’asile a été lancée», précise le responsable du Département Solidarité. Cette plateforme regroupe les contacts des groupes régionaux de parrainage, de structures et d’associations d’aide aux migrants.

«L’appel du pape porte beaucoup plus largement. Je pense qu’il n’était pas seulement question des migrants, mais aussi de toute personne en situation de précarité», avance Pascal Bregnard. Il ajoute : «Le pape s’est simplement fait porteur de l’appel de l’Evangile et nos communautés ont certainement encore à découvrir d’autres aspects de la solidarité.»

En Valais de 30 à 400 bénévoles

Le Valais a vu naître un important élan de solidarité suite à l’appel du pape. «Le noyau de cet engagement est clairement issu des paroisses», expose Christine Bourdin, responsable de l’Office de l’asile à Sion. «Avant cet appel, 30 bénévoles étaient engagés auprès des migrants. Aujourd’hui, nous comptons plus de 400 bénévoles et le 60% de ces personnes sont actives en paroisses. Le sens de la diaconie est encore très présent dans le canton», renchérit-elle.

L’Office de l’asile supervise de nombreux projets, dont celui des parrainages. «Nous avions commencé par chercher des familles d’accueil pour les migrants, puis nous nous sommes rendu compte que cela ne correspondait ni aux besoins des requérants, ni aux attentes des familles», indique Christine Bourdin. Le parrainage prévu initialement pour une durée de six mois se prolonge souvent. «Le lien entre les familles et les requérants s’est créé. D’une part ils font des progrès en français et d’autre part ils apprécient de sortir des centres d’accueil pour aller dans «leur» famille», précise-t-elle encore.

Au centre ville de Sion, la Boutique, ouverte à l’initative de l’Office de l’asile, gère des vêtements de seconde main donnés pour les requérants d’asile. Vingt-cinq bénévoles y sont à l’oeuvre, dont un requérant et cinq personnes en programme d’occupation ou de formation.

 

 

Osons l’accueil à Fribourg

En partenariat avec la Direction de la santé et des affaires sociales du canton de Fribourg (DSAS) et ORS, la société mandatée par l’Etat de Fribourg pour le placement et l’accueil des requérants, un groupe de personnalités s’est mobilisé pour offrir des places d’accueil privées aux requérants d’asile à Fribourg.

Bernard Huwiler, médecin retraité à Bulle, a uni ses forces à celles de Pascal Corminboeuf, ami et ancien Conseiller d’Etat, et Claude Ducarroz, prévôt de la cathédrale de St Nicolas afin de lancer le projet Osons l’accueil. Anne-Claude Demierre, Conseillère d’Etat en charge de la santé et des affaires sociales a apporté son soutien à l’action.

Une première conférence de presse est organisée le 9 septembre 2015 pour informer la population sur le projet d’accueil des requérants d’asile. Parallèlement, les responsables des Eglises catholiques et réformées du canton de Fribourg invitent les paroisses et communautés religieuses à «ouvrir leurs portes et leurs cœurs aux réfugiés» suite l’appel du pape François. Dans les jours qui suivent, l’association reçoit plus de 200 appels téléphoniques de personnes prêtes à accueillir un requérant d’asile. Depuis le lancement du projet, 153 demandeurs d’asiles ont été accuillis dans 52 familles.

Malgré le succès du projet, il n’a pas toujours été évident de trouver des familles d’accueil pour les requérants. Bernard Huwiler, fondateur d’Osons l’accueil, en explique les raisons:

Osons l’accueil Le docteur Bernard Huwiler avec le chanoine Claude Ducarroz (Photo: Jacques Berset)

Neuchâtel encore en phase de structuration

Dans le canton de Neuchâtel la collaboration s’est avérée plus compliquée. «Il n’y a pas de «plan d’action» commun entre le canton et les Eglises», explique Perry Proellochs, adjoint au chef d’office et chargé de projets au Service des migrations du canton de Neuchâtel. Par contre, le Service de la migration travaille régulièrement avec l’Eglise réformée évangélique du canton de Neuchâtel (EREN) dans le cadre d’activités relevant du bénévolat en lien avec les requérants d’asile séjournant en centre d’accueil. Il ajoute, «j’entretiens des liens moins étroits avec l’Entraide Protestante Suisse (EPER) et l’Eglise catholique romaine. Les rapports sont plus circonstanciels et dépendent essentiellement de l’ampleur de leurs programmes en matière de bénévolat en lien avec les requérants et réfugiés.» Selon lui, ces liens se développeront dans les mois à venir.

Ce que confirme Manuela Hugonnet, déléguée du Vicariat épiscopal à la solidarité. «En termes de forces de travail, notre service est plus que restreint. Nous avons unis nos forces à celles des réformés, qui avaient déjà commencé bien avant l’appel du pape à œuvrer dans le secteur de l’asile». Sébastien Giovannoni, responsable du secteur migration pour Caritas Neuchâtel, complète ces propos. «Des projets œcuméniques et bénévoles se sont développés autour des centres d’accueil du canton de Neuchâtel durant cette période. Actuellement, ces projets sont en phase de «structuration». L’Etat et les églises travaillent de concert à rendre cohérentes et efficaces toutes ces bonnes volontés». Il ajoute tout de même, «nos projets dans le domaine de la migration étaient en place avant l’appel du pape et continuent de fonctionner. En proposant des actions très concrètes, nous avons évité de recruter des bénévoles portés par l’émotion et l’atmosphère du moment».

Pas de collaboration active avec les Eglises dans le Jura

Le Jura a connu une situation similaire à celle de Neuchâtel. «Les Eglises sont membres du comité de l’Association jurassienne d’accueil des migrants (AJAM), mais elles n’y ont pas de rôle actif. Elles y sont plus de manière historique», déclare Gilles Froidevaux, directeur ad interim de l’AJAM. Il précise aussi qu’il n’y a pas eu de concertation entre le canton et les Eglises pour mettre en place des actions communes. «Nous avions entamé une collaboration avec l’AJAM, mais elle ne s’est pas poursuivie», révèle Yannis Cuenot, adjoint du Vicaire épiscopal pour le personnel. Il développe, «l’AJAM a été dans la tourmente, l’association a été placée sous audit dernièrement pour des dysfonctionnements». L’adjoint du Vicaire épiscopal attribue l’échec de la collaboration à cette période difficile. Christophe Wermeille, responsable de Pastorale de proximité et des bénévoles indique tout de même que le collectif citoyen Terre d’accueil a proposé différentes actions pour accueillir les migrants. «Il ne s’agit pas d’une action de l’Eglise en tant que telle, mais plusieurs personnes de ce collectif sont très actives en Eglise». Catherine Brahier, responsable du secteur Franches-Montagnes, avance que les communautés religieuses du Jura n’ont joué aucun rôle dans l’accueil de requérants d’asile. «Les parrainages aux Franches-Montagnes sont sollicités uniquement par une poignée de citoyens bénévoles regroupés en collectif et tout juste tolérés par les structures d’accueil officielles», explique t’elle.

Photos d’exil au Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à Genève | © Myriam Bettens

Et demain ?

 «Quand une autorité forte se place au côté des réfugiés, l’effet est rassurant et mobilisateur. L’effet a été important chez les fidèles, au-delà des milieux proches de l’Eglise et même dans le monde politique. La force de son appel indique bien qu’il y a un problème réel, qui requiert la solidarité entre les individus, de la part des croyants et de l’Etat» écrit Hugo Fasel, directeur de Caritas Suisse, dans un e-mail adressé à Cath.ch. Caritas a toujours demandé l’augmentation des moyens pour accueillir les réfugiés et particulièrement les mineurs. La Confédération et les cantons ont annoncé, le 30 avril dernier, un agenda commun en matière d’intégration.

Même si l’appel du pape reste un signal fort, Hugo Fasel rappelle que «la solidarité doit être mobilisée aussi grâce à l’utilisation des médias modernes. Il est important de communiquer avec constance et persévérance sur les thèmes et les situations sur lesquels nous nous engageons, en donnant une description fidèle de la réalité». Il complète, «Personne ne peut prédire avec certitude combien de personnes vont chercher un chemin vers la Suisse dans les semaines, les mois ou les années à venir.» (cath.ch/myb)


Exposition Exil du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à Genève

«Plus qu’un passage d’un pays à un autre, c’est une véritable métamorphose que vivent chaque jour des milliers d’immigrés», explique la plaquette de présentation de l’œuvre de Barthélémy Toguo. Cet artiste camerounais vit entre Paris et Bandjoun, à l’Ouest du Cameroun. Il exposait au Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à Genève. L’exposition Exil confronte le visiteur à l’intemporalité des mouvements de populations.

Barthélémy Toguo représente une barque de l’exode posée sur une houle précaire de bouteilles vides | © Myriam Bettens

 

La réalisation de Barthélémy Toguo représente une barque de l’exode posée sur une houle précaire de bouteilles vides. Des baluchons de tissus multicolores sont empilés, ils symbolisent le nombre de migrants à bord de ces radeaux de fortune, où la mort est souvent au rendez-vous. Des clichés de différentes tailles et périodes sont installés le long de la salle. Le spectateur est invité à les prendre en main et à lire l’explication au dos de la photo. Beaucoup de clichés sont en noir et blanc, d’autres sont en couleurs. Les teintes de certaines photos semblent passées et laissent penser à d’anciens conflits. Pourtant, beaucoup d’entres elles sont datées de la crise migratoire de 2015.

Le spectateur est invité à les prendre en main les clichés des réfugiés | © Myriam Bettens
«Osons l'accueil» Massome et sa fille Farneza
11 mai 2018 | 18:20
par Maurice Page
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