Vatican

L'ancien président de la banque du Vatican risque huit ans de prison

Le 21 janvier 2021, la justice vaticane rendra son verdict à l’issue du procès intenté, en mai 2018, par le Saint-Siège contre Angelo Caloia, président de l’Institut des œuvres de religion (IOR) de 1989 à 2009, et Gabriele Liuzzo, ancien avocat de l’IOR. Huit ans de prison ont été requis contre les deux hommes, accusés d’avoir détourné une partie des bénéfices de la vente d’immeubles ayant appartenu à l’IOR.

En 2014, le cardinal George Pell est nommé à la tête du Secrétariat pour l’économie, un dicastère spécialement créé par le pape François pour mettre fin à la mauvaise gestion économique et aux affaires financières qui ternissent la réputation du Vatican depuis une trentaine d’années. Très peu de temps après son arrivée à la Curie, le cardinal australien s’insurge de la présence de «centaines de millions d’euros de fonds cachés au Vatican», visant en particulier l’IOR. 

Les premières irrégularités qui vont être révélées au cours de cette grande opération de nettoyage – et intéresser par la même occasion la justice vaticane – concernent la vente, au cours de la période 2001-2008, de 29 propriétés appartenant à l’IOR à Rome et à Milan. En tout 71% des propriétés foncières de l’IOR ont été «liquidées», pour une valeur estimée à 160 millions d’euros. À la manœuvre: Angelo Caloia (aujourd’hui 81 ans), président de l’institution pendant vingt ans, et deux de ses collaborateurs, Lellio Scaletti (décédé) et Gabriele Liuzzo (93 ans). Le 6 décembre 2014, la justice vaticane décidait de les poursuivre tous les trois. 

La «malédiction» des présidents de l’IOR

Après un audit initié en 2013, l’IOR avait fait le constat d’importantes irrégularités, et avait décidé de dénoncer ses anciens patrons. Un coup dur de plus porté à la réputation de la banque privée vaticane, car son précédent président, Ettore Gotti Tedeschi (en poste de 2009 à 2012), avait été renvoyé à peine un an auparavant. On lui avait reproché une importante négligence, en l’occurence de «ne pas avoir exercé diverses fonctions de première importance pour sa charge» dans le cadre d’un transfert qui se serait révélé être du blanchiment d’argent.

Son prédécesseur, Angelo Caloia, était une figure historique de l’IOR. C’est à lui qu’avait été confiée, en 1989, la succession du tristement célèbre Mgr Paul Marcinkus (impliqué notamment dans la débâcle de la banque Ambrosiano en 1982). Pour sortir l’IOR du marasme, on lui avait alors demandé de réécrire les statuts de la banque privée du Vatican – promulgués par Jean Paul II en 1990. La presse avait alors salué ce changement. En 2004, le vaticaniste Sandro Magister, présentait ainsi son héritage: «des comptes sains, des profits florissants, des administrateurs fiables».

Plus qu’un simple banquier, expliquait encore le vaticaniste, Angelo Caloia a été le héraut d’une «finance blanche» catholique originaire de Milan. Dans la capitale économique de l’Italie, il a d’ailleurs occupé des postes très prestigieux: président du Conseil d’administration de la Vénérable fabrique de la Cathédrale de Milan ainsi que celui d’enseignant dans la Faculté de théologie de l’Italie du Nord et au Collège Borromée de Pavie. Et ce jusqu’en 2014, lorsqu’il a remis sa démission à l’archevêque de Milan, le cardinal Angelo Scola, après l’annonce de l’ouverture de l’enquête à son encontre. 

Un préjudice de 57 millions d’euros

Au Vatican, la justice s’était empressée de saisir 17 millions d’euros «par mesure de précaution» sur ses comptes ainsi que sur ceux de ses deux anciens collaborateurs de l’IOR. 10 autres millions étaient plus tard saisis sur des comptes suisses appartenant à Gabriele Luzzio. 

Angelo Caloia était accusé par la justice vaticane de «détournement de fonds et de blanchiment de capitaux», au même titre que Lellio Scaletti (décédé en 2015) et Gabriele Liuzzo. Réagissant à la nouvelle, Angelo Caloia s’était déclaré «déconcerté, étonné et profondément découragé». Il s’était cependant proclamé «totalement étranger» aux faits qui lui étaient reprochés. 

L’enquête avait ensuite duré quatre ans avant que ne s’ouvrit le procès en mai 2018. La justice avait estimé que le préjudice pour le pape s’élevait à 57 millions d’euros. Des témoins – dont de nombreux cardinaux et archevêques de la Curie – avaient alors été auditionnés. 

Tout a «fini entre leurs mains»

Le 30 juin 2019, lors d’une nouvelle audience devant le Tribunal de la Cité du Vatican, Angelo Caloia avait affirmé ne plus se souvenir de la provenance de certains virements suspects versés sur son compte en banque. Selon lui, la somme pourrait provenir de «biens importants d’un héritage anglais». Devant les nombreuses preuves qui lui sont présentées, le financier «semble avoir complètement perdu la mémoire», déclarait à l’époque le chroniqueur du Quotidiano Libero.

Cependant, le 5 décembre 2020, le promoteur de justice du Vatican Alessandro Diddi a finalement demandé une peine de 8 ans de prison pour blanchiment d’argent et détournement de fonds contre Angelo Caiola et Gabriele Liuzzo. En plus des 32 millions d’euros déjà confisqués, la justice vaticane a demandé en outre la saisie de 25 millions d’euros. Le fils de Gabriele Liuzzio, Lamberto Liuzzio, a vu pour sa part une peine de six ans requise à son encontre pour blanchiment d’argent. 

Il est reproché aux trois acteurs de s’être appropriée «une grande partie des actifs immobiliers» de l’IOR «par une opération complexe de dissimulation par des sociétés offshore et luxembourgeoises après que l’argent a circulé dans la moitié de l’Europe». Concrètement, le promoteur de justice du Vatican affirme que «toutes les propriétés de l’IOR, en particulier les appartements de prestige à Rome et à Milan, ont fini entre leurs mains».

Le jugement définitif doit être rendu le 21 janvier 2021. C’est la première fois que la justice vaticane demande la prison pour un délit financier. (cath.ch/imedia/cd/bh)

Angelo Caloia, l'ex patron l'IOR (la banque du Vatican) risque huit ans de prison | DR
19 janvier 2021 | 17:00
par I.MEDIA
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