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Le Panthéon, le monument miraculé

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Dédié d’abord aux dieux romains, il faut attendre l’an 609 pour que le Panthéon soit confié à l’Eglise quand l’empereur byzantin Phocas en fait don au pape Boniface IV (608-615). C’est ce moine bénédictin des Abbruzzes qui consacre l’édifice comme église chrétienne à la Vierge Marie et aux martyrs et la baptise Sancta Maria ad Martyres – Sainte-Marie aux Martyrs, en latin – titre qu’elle porte encore de nos jours.

Il y fait aussitôt transférer des restes anonymes de chrétiens persécutés prélevés dans les catacombes.

L’installation des reliques dans le Panthéon est un signe parmi d’autres de la disparition de ce qui est encore considéré comme un sacrilège: l’ensevelissement de dépouilles humaines dans un temple était jusque-là proscrit. Toute inhumation étant bannie non seulement dans l’aire du temple, mais aussi dans l’espace sacré – le pomœrium – de Rome.

A cette époque le toit du bâtiment est couvert de tuiles en bronze qui survivront aux invasions barbares. Mais l’empereur byzantin Constant II les démembre pour financer sa campagne contre les Lombards en Italie du sud. Une couverture de plomb est finalement réinstallée moins d’un siècle plus tard en 735.

«Les Barberini l’ont fait»

Les bronzes qui décoraient quant à eux l’intérieur ou couvraient le portique ne survivent pas non plus aux époques successives. Ils sont prélevés par le pape Urbain VIII Barberini (1623-1644) et fondus par son architecte le Bernin pour réaliser de 1624 à 1635 le baldaquin de la basilique Saint-Pierre.

Cette opération vaut au pontife un épigramme resté fameux à Rome: »Quod non fecerunt Barbari, fecerunt Barberini» (»Ce que les Barbares n’ont pas fait, les Barberini l’ont fait»).

Si Urbain VIII réalise ce transfert peu scrupuleux c’est aussi parce qu’il veut que l’architecture de Saint-Pierre dépasse en complexité et en grandeur celle du Panthéon. C’est la raison pour laquelle dans son projet de basilique vaticane, l’architecte Bramante souhaite ni plus ni moins «poser le panthéon» sur la basilique de Maxence et Constantin.

Peut-être l’une des rares erreurs esthétiques de sa vie, le Bernin profite de la confiance d’Urbain VIII pour ajouter deux clochetons aux extrémités du fronton du Panthéon, que les Romains surnomment «les oreilles d’âne du Bernin». Cette fantaisie architecturale sera éliminée en 1882 afin de rétablir l’aspect originel du fronton.

Ce n’est pas le seul changement que doit subir le monument au cours des siècles: deux colonnes tombent sous Urbain VIII puis sous Alexandre VII (1655-1667) et doivent être remplacées par des pièces de granite rose (au lieu des grises claires originales) ce qui altère la régularité des colonnes de façade. Encore aujourd’hui, il est possible de constater cette différence de teinte.

En 1747, ce sont les fenêtres sous la coupole qui sont remplacées par des trompe-l’oeil par l’architecte et peintre baroque Luigi Vanvitelli lors de la restauration intérieure.

Cible des rivalités avec la nouvelle monarchie

A la fin du XIXe siècle, le Panthéon est la cible de rivalités entre la nouvelle monarchie italienne et la papauté à qui tout est confisqué ou presque. La Maison de Savoie obtient du pape de se faire attribuer l’église pour que les rois y soient inhumés, faisant de ce lieu un Panthéon moderne, d’où son nom actuel, alors que les Italiens l’appelaient familièrement la Rotonna ou Ritonna: la Rotonde.

Rome Le Panthéon La Maison de Savoie obtint du pape de se faire attribuer l’église pour que les rois y soient inhumés | © Jacques Berset

La question romaine fut tranchée à la suite des accords du Latran en 1929, l’église assumant désormais le titre de Basilica Palatina (Basilique Palatine) et devenant l’église officielle de tous les Italiens.

En plus des premiers martyrs, de nombreux personnages illustres y ont été inhumés, peintres et compositeurs. Seul un homme d’Eglise a l’honneur d’y reposer: il s’agit d’Ercole Consalvi secrétaire d’Etat de Pie VII, grand réformateur et fin diplomate pendant l’ère napoléonienne, dont le cœur a été déposé à côté du corps du maître Raphaël. (cath.ch/imedia/ah/bh)

A l’occasion de cette Semaine sainte, I.MEDIA propose de revisiter les chefs-d’œuvre de l’architecture romaine construits ou restaurés par les papes.

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Le Pantheon fut d'abord dédié aux dieux romains avant d'être confié à l'Eglise | © Jacques Berset

A l'occasion de la Semaine-Sainte, où Rome s'est vidée de ses pèlerins et de ses touristes l'agence I.MEDIA propose de revisiter cinq chefs-d'œuvre de l'architecture romaine construits ou restaurés par les papes.

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