Le pape s'est élevé contre les discriminations ethniques en Afghanistan, en particulier contre les femmes | © EU Civil Protection and Humanitarian Aid/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0
Vatican

Le pape dénonce les inégalités ethniques en Afghanistan et au Pakistan

«La force du droit» doit prévaloir sur «le droit de la force», a expliqué le pape François en s’adressant, le 7 août 2024, à une délégation de la communauté afghane en Italie. Sans mentionner explicitement le rôle des talibans, de retour au pouvoir à Kaboul depuis trois ans, le pontife s’est penché sur «l’histoire compliquée et dramatique» de l’Afghanistan.

Le pape François a remarqué que les sociétés afghane et pakistanaise sont «constituées par de nombreux peuples, chacun fier de sa culture, de ses traditions, de son mode de vie spécifique». Mais ce caractère multiethnique est devenu «un motif de discriminations et d’exclusions», et même de véritables «persécutions», a -t-il regretté.

Il a remarqué que dans les zones tribales à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, notamment, «la partie qui est ou se sent la plus forte a tendance à aller au-delà des prescriptions de la loi ou à passer outre les minorités, en se protégeant du prétendu droit de la force plutôt qu’en s’appuyant sur la force du droit».

Appel à la fraternité interreligieuse

Le chef de l’Église catholique s’est aussi attristé de voir la religion devenir «un facteur d’affrontement et de haine, qui peut aboutir à des actes violents». S’appuyant sur le Document d’Abou Dhabi signé avec le grand-imam d’Al-Azhar le 4 février 2019, le pape François a expliqué que «le facteur religieux, par sa nature même, devrait contribuer à adoucir la dureté des contrastes et créer l’espace nécessaire pour que chacun puisse se voir accorder les pleins droits de citoyenneté, sur un pied d’égalité et sans discrimination».

Revenant aussi sur les discriminations à l’encontre de l’ethnie pachtoune au Pakistan, le pape a dit espérer le début d’une «nouvelle époque, dans laquelle la force du droit, la compassion et la collaboration dans le respect réciproque donneront lieu à une civilisation plus juste et plus humaine». Il a pointé la fraternité entre chrétiens et musulmans dans certains pays d’Afrique, s’appuyant sur son expérience du dialogue islamo-chrétien lors de sa visite à Bangui, en Centrafrique, en novembre 2015. Il a ainsi invité ses interlocuteurs afghans à «lutter», eux aussi, pour une «vraie fraternité».

Lors de l’audience générale, quelques instants plus tard, le pape a à nouveau appelé à l’élimination des «discriminations ethniques au Pakistan et en Afghanistan», visant en particulier celles qui concernent les femmes. À noter qu’aucune femme ne figure sur les photos diffusées par les médias du Vatican sur la rencontre du pape avec l’Association afghane en Italie, cette délégation n’étant composée que d’une dizaine d’hommes.

L’Italie, terre d’exil du dernier roi d’Afghanistan

En novembre 2021, trois mois après l’entrée des talibans à Kaboul, un accord impliquant notamment la Communauté de Sant’Egidio et la conférence épiscopale italienne avait prévu la prise en charge en Italie de 1200 réfugiés afghans. Certains ont été accueillis dans des communautés salésiennes.

Historiquement, l’Italie fut aussi la terre d’exil du dernier roi d’Afghanistan, Mohamed Zaher Shah, qui régna de 1933 à 1973 avant d’être renversé par son cousin. Il vécut en exil durant près de 30 ans à Rome, jusqu’à son retour à Kaboul en 2002. Il obtint alors le titre honorifique de «Père de la Nation» et apporta son appui au nouveau régime du président Hamid Karzaï, jusqu’à son décès en 2007.

Le pape a reçu une délégation de la communauté afghane en Italie | © Vatican media

Le Saint-Siège n’a jamais entretenu de relations diplomatiques avec l’Afghanistan, mais le président Karzaï avait assisté aux obsèques de Jean-Paul II, le 8 avril 2005. 

Ce pays enclavé d’Asie centrale ne compte aucune présence catholique stable. Le seul prêtre du pays, le missionnaire barnabite italien Giovanni Scalese, a été évacué en août 2021 lors du retour des talibans. Liée à l’ambassade d’Italie, la petite mission catholique à Kaboul était essentiellement dédiée au soin spirituel des expatriés travaillant dans le domaine humanitaire, mais le pays compterait aussi quelques centaines, voire quelques milliers, de chrétiens clandestins. (cath.ch/imedia/cv/lb)

Le pape s'est élevé contre les discriminations ethniques en Afghanistan, en particulier contre les femmes | © EU Civil Protection and Humanitarian Aid/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0
7 août 2024 | 14:22
par I.MEDIA
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