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Le roi Abdallah II, «protecteur» des Lieux Saints chrétiens de Jérusalem

Le roi Abdallah II de Jordanie, qui revendique le rôle de «protecteur» des Lieux Saints chrétiens à Jérusalem, s’est une nouvelle fois posé en défenseur des Eglises de Jérusalem. Recevant à Amman Theophilos III, patriarche grec-orthodoxe, il a fait écho aux récentes déclarations des 13 Eglises chrétiennes de Jérusalem condamnant les tentatives «systématiques» d’Israël «d’affaiblir la présence chrétienne» dans la Ville sainte.

Le roi recevait le patriarche le 18 octobre 2017 au palais Al Husseiniya d’Amman, en présence de son cousin, le prince Ghazi, conseiller spécial auprès du roi pour les affaires religieuses et culturelles. Il lui a assuré que les lieux saints chrétiens recevaient de sa part le même niveau d’attention et de soins que les lieux saints islamiques.

Le patriarche grec-orthodoxe dans la tourmente

Le monarque a fait remarquer qu’il est du devoir de la Jordanie, dans le cadre de la Custodie hachémite sur les sites islamiques et chrétiens de Jérusalem, de poursuivre ses efforts pour entretenir ces sanctuaires et de continuer à défendre les biens des Eglises lors de tous les événements internationaux, notamment lors des sessions de l’UNESCO.

Le roi Abdallah est aussi revenu sur le contentieux lié aux ventes de biens fonciers par l’Eglise orthodoxe. Le patriarche grec-orthodoxe, un hellène, est accusé par ses fidèles palestiniens, qui lui demandent des comptes et réclament sa démission, de vendre les propriétés de l’Eglise sans que la communauté en voie la couleur.

Selon le quotidien israélien Haaretz, dans son édition du 13 octobre 2017, l’Eglise orthodoxe aurait vendu ces dernières années des biens fonciers d’un quartier de Jérusalem. Qui plus est, pour un prix modique à des sociétés d’investissement privées enregistrées dans les paradis fiscaux. Dans le passé, Haaretz avait déjà révélé que le Patriarcat orthodoxe avait vendu plusieurs biens situés à Jérusalem, à Césarée et à Jaffa.

Ventes à l’insu de l’Eglise ?

D’après le patriarche, cette dernière vente à Jérusalem aurait été faite à l’insu des autorités de l’Eglise orthodoxe par quelqu’un n’ayant pas pouvoir (voir le texte de la déclaration). En quoi le patriarcat grec-orthodoxe n’innove pas.

D’autres Eglises se sont fait escroquer par des acquéreurs qui semblaient présenter les garanties nécessaires mais se sont révélés par la suite être des hommes de paille. Depuis 1948, plusieurs communautés religieuses ont ainsi été dépouillées à leur corps défendant.

Atteintes portées par Israël au statu quo

Pour mémoire, en juillet dernier, les patriarches et chefs des Eglises de Jérusalem s’étaient vivement émus des atteintes portées au statu quo qui régit les lieux saints de la ville. Israël avait renforcé, suite à un attentat contre ses forces de police, les mesures de sécurité sur l’Esplanade des Mosquées (le Mont du Temple pour les juifs) en y installant des caméras et des détecteurs de métaux.

Début septembre, les dignitaires chrétiens dénonçaient une nouvelle «violation flagrante du statu quo». En cause, une décision de justice contre le Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem rendue le 1er août par le tribunal de district de Jérusalem. Le tribunal israélien approuvait la vente de biens immobiliers appartenant à cette Eglise à  Ateret Cohanim, une association qui milite pour la «judaïsation» de Jérusalem-Est.

 

Theophilos III, patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem, reçu par le roi Abdallah II de Jordanie ((Photo DR)

Le roi de Jordanie a rappelé au cours de cet entretien que le Royaume hachémite luttera contre toute menace pesant sur le statu quo historique à Jérusalem, qui repose sur la coexistence pacifique des différentes communautés et garantit aux Eglises le droit d’administrer leurs biens.

Le patriarche en quête de soutien

Le patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem a répondu que les habitants de Jérusalem, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, apprécient hautement l’attention de la Jordanie à leur égard, ainsi que les efforts du roi pour protéger la présence chrétienne à Jérusalem, rapporte l’agence de presse officielle jordanienne Petra.

Cette rencontre entre le patriarche et le monarque intervient alors que les fidèles palestiniens de l’Eglise orthodoxe de Jérusalem reprochent à leur évêque certaines ventes immobilières à Israël pour une bouchée de pain.

C’est dans ce contexte sensible que le patriarche Theophilos III s’est rendu au palais royal d’Amman pour demander officiellement à la Jordanie d’intervenir. Le patriarche a cherché à obtenir un premier soutien pour faire annuler la fameuse décision de justice rendue en août à propos des transactions immobilières controversées effectuées par Ateret Cohanim. L’Eglise soutient dans cette affaire que les contrats de vente étaient illégaux et que ces acquisitions avaient été conclues dans des circonstances frauduleuses.

Le roi Abdallah, que cite l’agence vaticane Fides, a de fait déclaré que «toute tentative de confiscation de propriétés de chrétiens à Jérusalem doit être considérée comme nulle et être bloquée». Par ailleurs, Theophilos III a fait valoir que son Eglise coopérait avec toutes les Eglises chrétiennes de Jérusalem pour faire annuler un projet de loi israélien sur le statut des terres appartenant aux Eglises soumis par la députée Rachel Azaria (du parti centre-droit Koulanou – ›Nous tous’).

Israël voudrait restreindre les droits des Eglises sur leurs propres propriétés

Le texte est en cours de discussion à la Knesset – le Parlement israélien – et vise à transférer à l’Etat les terrains vendus par les Eglises de Jérusalem à des investisseurs anonymes, en échange d’un dédommagement. Le texte prévoirait également de restreindre les droits des Eglises sur leurs propres propriétés.

Le patriarche doit rencontre le pape François au Vatican le 23 octobre prochain et devrait aborder le sujet. Le 29 octobre, il s’entretiendra avec le Premier ministre grec Alexis Tsipras  à Athènes. Le 1er novembre, il rencontrera l’archevêque de Canterbury, responsable de l’Eglise anglicane de Grande-Bretagne.

Pour rappel, Theophilos III a rencontré le mois dernier les délégués du National Council of Churches américain à Jérusalem et la veille de sa visite en Jordanie, il s’était également entretenu avec le Premier ministre palestinien, Rami Hamdallah. Ce dernier lors de l’entretien a, selon l’agence palestinienne Wafa, «fustigé toutes les mesures et positions israéliennes visant à modifier le caractère palestinien de Jérusalem et à vider la ville sainte de ses habitants musulmans et chrétiens indigènes de façon illégale et unilatérale». (cath.ch/fides/com/be)

 

 

En février 2018, en signe de protestation, les Eglises avaient fermé la basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem Photo: wikimedia commons Berthold Werner CC BY-SA 3.0
20 octobre 2017 | 14:30
par Jacques Berset
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