Suisse

Les catholiques chaldéens s'enracinent en Suisse

Dans les effluves d’encens, au son du saz, une sorte de luth d’origine persane, plus de 200 catholiques chaldéens, venus de toute la Suisse, se sont retrouvés dimanche 24 novembre 2019, à l’église St-Maurice à Berne-Bethléem. Un moment de communion pour cette diaspora d’un millier de personnes originaires des confins d’Irak, de Syrie, de Turquie et d’Iran, qui a trouvé un havre de paix en Suisse.

La messe en rite chaldéen – pratiqué dès les premiers siècles par les chrétiens de Mésopotamie et de Chaldée descendant des Babyloniens – était présidée par Mgr Saad Sirop Hanna, venu tout exprès de Stockholm. L’ancien évêque auxiliaire de Bagdad réside dans la capitale suédoise en tant que visiteur apostolique pour les fidèles chaldéens en Europe.

Du «soureth» à l’arabe

Dans les bancs bien garnis de l’église bernoise, de nombreuses familles, des jeunes et des enfants suivent avec  attention la liturgie chaldéenne, alternant l’araméen (néo-araméen) et l’arabe. Les hymnes chantées dans une longue mélopée alternent avec les «youyou» aigus et modelés des femmes lors de la remise de l’étole d’un sous-diacre, la consécration des lecteurs ou simplement pour saluer leur évêque.

Revêtu de ses ornements, l’évêque, à l’autel pour préparer l’offrande du pain et du vin, fait mémoire de la Mère de Dieu, des saints prophètes, apôtres et martyrs, et de tous les fils de l’Eglise, et les fidèles chantent l’hymne du temps liturgique de l’année. L’évêque chante le Qadichat: «Tu es Saint, O Dieu. Tu es Saint, O fort. Tu es Saint, O immortel. Et les fidèles de répondre «Aie pitié de nous», puis toutes les étapes de la liturgie chaldéenne.

Nettement plus longue et plus développée que la liturgie latine, la cérémonie de rite chaldéen, dure de près de deux heures, dont le rite de présentation des lecteurs et du sous-diacre, se conclut par la bénédiction des fidèles, avant que l’évêque, devant l’autel, ne se prête à la traditionnelle prise de photos souvenirs avec les fidèles. (cath.ch/be)

La diaspora irakienne en Suisse
Quelque 200-250 familles chaldéennes vivent dans une dizaine de cantons, en majorité en Suisse alémanique. Elles n’étaient qu’une poignée dans les années 1970-1980, mais leurs rangs se sont étoffés lors de l’embargo imposé à l’Irak après la Guerre du Golfe, dans les années 1990, et après l’invasion des troupes américaines en 2003. Des chaldéens fuyant la guerre en Syrie ont rejoint leurs rangs ces dernières années.
Parmi les fidèles, la plupart sont des Irakiens, venus pour certains de leur foyer historique au nord de l’Irak, d’autres de Bagdad. Ces derniers – à l’instar de Mgr Saad Sirop Hanna – sont davantage arabophones, notamment ceux de la deuxième ou troisième génération, qui ont souvent perdu l’usage du «soureth». «C’est la raison pour laquelle, durant la messe, nous alternons les langues!», précise l’évêque irakien actuel. Né à Bagdad en 1972, son père vient de Zakho, dans le Kurdistan irakien, et son grand-père de la région du Mont Djoudi, aujourd’hui en Turquie, où, selon la tradition des premiers chrétiens et dans l’islam se trouverait l’endroit où l’Arche de Noé se posa après le Déluge.

© B. Hallet

La Mission chaldéenne a été fondée en 2017
Après le premier passage en Suisse du visiteur apostolique de l’Eglise chaldéenne en Europe, en février 2017, la communauté a obtenu l’autorisation de fonder une Mission chaldéenne en Suisse. Avec l’accord du patriarche de l’Eglise chaldéenne, Mgr Louis Sako, et de Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, le théologien Naseem Asmaroo (photo) – qui travaillait comme agent pastoral laïc à 100% pour l’Eglise catholique dans le canton de Vaud (ECVD) depuis 2010 – a été ordonné diacre le 26 juin 2017 et prêtre le 25 novembre 2017.

Dès lors la Mission, a pu commencer son travail pastoral dans l’ensemble de la Suisse, la communauté étant dispersée dans une dizaine de cantons. Après avoir travaillé à 20 % au sein de la Mission chaldéenne, Naseem Asmaroo est désormais à 40 % à son service, ainsi qu’à 60 % à celui de l’UP Chasseron-Lac. L’ECVD prend provisoirement en charge le salaire du prêtre, qui a reçu du Vatican, en février 2018,  la permission de célébrer également la messe dans le rite latin (bi-ritualisme). A ses débuts, la Mission ne disposait que de l’argent des quêtes. Actuellement, des messes en rite chaldéen sont dites à Berne, Montreux Winterthur, Genève, Lucerne et Sion.

Pour assurer le fonctionnement de la Mission chaldéenne, un pourcentage de 70% est nécessaire, entre l’activité pastorale et administrative. C’est la raison pour laquelle Naseem Asmaroo et Mgr Saad Sirop ont rencontré à Sion le 25 novembre 2019 Mgr Jean-Marie Lovey, responsable de la commission Migratio, dans le but d’obtenir une reconnaissance institutionnelle et un financement pour la Mission chaldéenne. JB   

La majorité des chaldéens ont quitté le Moyen-Orient

Héritiers d’une Eglise apostolique fondée par l’apôtre Thomas au 1er siècle de notre ère et devenue catholique au XVIe siècle, les fidèles chaldéens représentaient 70% des chrétiens en Irak avant la guerre. Mais dans leur grande majorité, ils ont émigré vers l’Europe, les Etats-Unis, le Canada ou l’Australie. 300 à 350’00 seraient restés au pays, selon Mgr Saad Sirop, tandis que quelque 85’000 d’entre eux vivent aujourd’hui en Europe. Le siège patriarcal de l’Eglise se trouve à Bagdad. Elle compte 7 diocèses en Irak, 6 diocèses au Moyen-Orient (Syrie, Liban, Iran, Turquie, Egypte) et 4 diocèses en Occident (Etats-Unis, Canada, Australie). JB

Mgr Saad Sirop Hanna a présidé la messe en rite chaldéen le 24 november 2019 à l'église St-Maurice à Berne-Bethléem | © Jacques Berset
26 novembre 2019 | 17:00
par Jacques Berset
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