La donation de Pépin le Bref est à l'origine des Etats pontificaux
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La donation de Pépin le Bref est à l'origine des Etats pontificaux

Les chefs d’Etat français, une relation tumultueuse avec les Etats pontificaux (1/5)

31.07.2018 par I.MEDIA

Tour à tour protecteurs et ennemis des Etats pontificaux, les chefs d’Etat français ont joué un rôle tout particulier dans le pouvoir temporel du pape. Si l’histoire a été tourmentée, les dirigeants français sont toutefois à l’origine de ce territoire papal et aussi ceux qui l’auront soutenu jusqu’au bout.

Malgré une légende tenace, ce n’est pas la donation de Constantin qui est à l’origine des Etats pontificaux, mais celle de Pépin le Bref, roi des Francs de 751 à 768. En 754, le pape Etienne II (752-757) se rend en France pour rencontrer Pépin. Le monarque, redevable au pape précédent, Zacharie (741-752) d’avoir légitimé sa dynastie – les Carolingiens – signe un traité le 14 avril 754 pour créer un domaine pontifical.

Pour tenir sa promesse, Pépin repousse les Lombards entre 756 et 758, et donne au pontife ses territoires. Cette donation est ensuite confirmée par son fils Charlemagne en 775, à Rome. L’empereur reviendra à Rome pour s’y faire sacrer dans la nuit de Noël de l’an 800. Il relève ainsi une dignité perdue avec la chute de l’Empire romain d’occident et s’affirme comme le défenseur de la chrétienté. Aujourd’hui encore dans la basilique Saint-Pierre, la dalle de porphyre rouge sur laquelle l’empereur s’est agenouillé est encore visible.

Furia francese

Malgré cette histoire commune et un peu particulière, les relations entre France et Etats pontificaux ne seront pas toujours des meilleures. En 1494, Charles VIII souhaite faire valoir ses droits au trône de Naples, et son expédition le conduit aux portes de Rome. La ville tremble, et le pape s’enferme au château Saint-Ange. Ménageant la cité, les Français ne la mettent pas à sac, mais Alexandre VI (1492-1503) leur en veut.

Le pontife complote alors contre la France la ligue de Venise, rassemblant Venise, Milan, l’Aragon, le Saint-Empire romain germanique et les Etats pontificaux. Les troupes françaises sont forcées de refluer. En 1495, Charles VIII met en déroute la coalition. C’est la fameuse furia francese. Mais finalement, le roi est contraint de rentrer en France. Le pape s’est ainsi affiché comme le principal adversaire de la cause française en Italie.

Louis XII tentera par trois guerres de s’emparer de possessions italiennes. Le pape Jules II (1503-1513) regroupe les adversaires des ambitions françaises au sein de la Sainte ligue. En 1513, la défaite de Novare met fin à ces vues françaises en Italie. Une fois de plus le royaume de France est battu par les coalitions voulues par les pontifes.

L’annexion des Etats pontificaux

Quelque 150 ans plus tard, Louis XIV parviendra à imposer ses ambitions au successeur de Pierre. Après une sombre histoire de rivalités entre deux cardinaux, des soldats français sont mandés à Rome. L’un d’eux est tué, mais le pontife ne punit pas les auteurs. Courroucé, Louis XIV rappelle son ambassadeur et le nonce à Paris est éloigné. La France s’apprête à annexer Avignon, alors encore possession pontificale. Devant cette crise, le pape présente des excuses officielles, et Avignon reste dans son giron.

Créateurs des Etats pontificaux, les Français sont aussi ceux qui vont les dissoudre brièvement. En 1798, galvanisés par leur Révolution, ils envahissent la Ville éternelle, déposent le pape de son gouvernement temporel et proclament la République de Rome. Le pape Pie VI (1775-1799) est emprisonné et meurt en exil à Valence (France). Finalement, les Français se désengagent rapidement et les Etats pontificaux sont restaurés en juin 1800.

Huit ans plus tard, les Français sont de retour. Sous la conduite de l’empereur Napoléon, les Etats pontificaux sont de nouveau envahis. En 1809, le chef d’Etat français décide de les annexer à son territoire. Napoléon, qui s’est octroyé nombre de symboles de l’Empire romain, tient Rome en haute estime: il titre ainsi son fils ‘roi de Rome’ dès sa naissance en 1811.

L’annexion ne dure toutefois qu’un temps, puisque les Etats pontificaux sont rétablis dès 1815 avec la chute de l’empereur français. Elu président de la République en 1848, le propre neveu de l’empereur déchu, Louis-Napoléon Bonaparte, va pourtant assurer l’intégrité du domaine pontifical. En 1849, il vient ainsi au secours de Pie IX (1775-1799) après un soulèvement qui proclame à nouveau la République à Rome. Un corps expéditionnaire vient ainsi rétablir le Souverain pontife sur son trône temporel.

Défense jusqu’au bout

Les troupes françaises quittent Rome en décembre 1866, mais reviennent dès 1867 face aux menaces de Guiseppe Garibaldi qui veut faire de Rome la capitale du jeune royaume d’Italie. C’est également à cette époque que sont créés, en 1861, les zouaves pontificaux. Ces soldats majoritairement d’origine française et hollandaise défendent les Etats pontificaux jusqu’au bout. Environ 3’200 hommes sont chargés de la défense de la Ville éternelle lors du siège de Rome par les troupes italiennes.

Finalement Napoléon III – qui s’est déclaré empereur en 1852 – tombe en 1870, après sa défaite contre la Prusse. La France n’a donc plus les moyens d’assurer la protection du pouvoir temporel du pape et les Italiens s’emparent de Rome. Après plus de onze siècles d’existence, les Etats pontificaux disparaissent définitivement. Ce n’est qu’en 1929, avec les accords du Latran, que le pape récupère un territoire, la Cité du Vatican. Mais son pouvoir temporel ne s’exerce plus sur aucune population. (cath.ch/imedia/acp/xln/rz)

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