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    Vatican: les colonnades du Bernin de la Place St-Pierre au soleil d'automne © Bernard Litzler

    Les enjeux de la levée du secret pontifical pour les abus sexuels

    La levée du secret pontifical en cas d'abus sexuels, annoncée par le pape François le 17 décembre 2019, est une évolution majeure du droit de l'Eglise. Eclairage sur les enjeux et les conséquences de cette décision juridique demandée depuis longtemps par les associations de victimes.

    Bernard Callebat, spécialiste de droit canon, de l’Institut catholique de

    Toulouse revient pour

    Vatican News sur cette décision du pape et ses implications. Désormais, les

    plaintes, témoignages et actes de procès concernant des abus sexuels, se

    trouvant dans les Archives du Saint-Siège ou des diocèses pourront être remis aux

    autorités civiles qui en font la demande.

    Un obstacle à l'information des victimes et des communautés

    En outre, le secret pontifical était un obstacle à la juste information donnée aux victimes et à la communauté. Jusqu'à présent par exemple, la victime n'avait pas la possibilité de connaître la sentence liée à sa plainte, a commenté de son côté Mgr Charles Scicluna. Pour le secrétaire adjoint de la Congrégation pour la doctrine de la foi, cette décision, qui fera date, arrive vraiment au bon moment. Elle complète le motu proprio 'Vos estis lux mundi' signé par le pape François le 9 mai 2019.

    La levée du secret

    pontifical ne signifie pas pour autant que ces documents doivent devenir du

    domaine public ou qu’ils sont destinés à la divulgation, car la confidentialité

    pour les victimes et les témoins doit toujours être protégée, remarque Bernard

    Callebat.

    De même, cette

    décision n'a rien à voir avec le secret de la confession qui reste totalement

    protégé. On ne pourra donc en aucun cas exiger d'un prêtre qu'il révèle des

    éléments entendus dans le cadre du sacrement de la réconciliation.

    Le secret pontifical est d'abord un secret diplomatique

    Globalement, le

    secret pontifical concerne des informations sensibles, généralement relatives à

    la gouvernance de l’Église universelle. Il touche surtout les communications

    diplomatiques entre les nonciatures et le Saint-Siège mais aussi les dossiers

    privés et les recommandations sur les prêtres et les évêques. Jusqu'à présent,

    ce secret était très encadré puisque son non-respect pouvait entraîner des

    poursuites et des peines pouvant aller jusqu'à l'excommunication.

    Aujourd’hui, il ne

    s’agit pas de le lever complètement. Cependant, lorsque des atteintes à la

    dignité de la personne sont mentionnées dans un dossier, le secret pontifical pourra

    être levé. Jusqu'à présent seul le pape, ou éventuellement une personne

    habilitée par lui, pouvait prendre une telle mesure. Désormais, la décision de

    communiquer des informations pourra être prise au niveau diocésain.

    Selon Bernard

    Callebat, on pouvait craindre, en effet, que des autorités majeures de l’Église

    aient bénéficié, à cet égard, d’une protection illicite. L'Eglise se trouve aujourd'hui

    devant une inflation de dossiers. Mais la prudence s’impose parce que cette levée

    du secret a pour objet de protéger les victimes, mais aussi les personnes mises

    en cause. Pour le canoniste, cette décision du pape est surtout une question de

    rationalité, voire de simple bon sens.

    Collaboration avec les autorités civiles

    Concrètement certains

    éléments qui étaient protégés par le secret pontifical peuvent maintenant être

    dévoilés. Il s’agit notamment d’informations détenues par l’autorité religieuse

    à propos d’ecclésiastiques. Si ce type d’information figure dans le dossier de

    la personne et si on sait qu’elle a commis des délits, le secret pontifical

    pourra être levé.

    Une interrogation

    demeure néanmoins en ce qui concerne la collaboration avec les autorités

    civiles. Il faut préciser qu'il n’y a pas d'exigence obligatoire de communication,

    relève Bernard Callebat. L’Église pourra continuer à exercer sa juridiction par

    ses propres tribunaux, mais elle pourra aussi, dans certains cas, collaborer

    avec les autorités civiles dans la mesure où celles-ci le demanderont.

    Pour Bernard Callebat,

    le fait que l’autorité civile soit appelée à collaborer avec l’autorité

    religieuse, et vice-versa, est tout à fait naturel. Cette collaboration doit

    pouvoir s’exercer en vue de la protection de la dignité et de l'intégrité des

    personnes.

    Un geste pour les victimes

    Ce geste s’adresse

    évidemment aux victimes et veut leur signifier que l’Eglise poursuit ce bien

    supérieur qu’est la vérité, estime le spécialiste de droit canon. La

    juridiction ecclésiastique cherche à défendre la victime et à poursuivre le

    coupable, mais son but principal est la recherche de la vérité, conclut-il.

    (cath.ch/vnews/mp)

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