Suisse

Les reliques de la cathédrale de Bâle, quasi oubliées mais conservées

Au couvent de Mariastein (SO), ont été conservées les reliques du Trésor de la cathédrale de Bâle, depuis 185 ans. L’historien Lukas Schenker, moine bénédictin, a reconstitué l’itinéraire de ces pièces qui ont failli disparaître.

Patricia Dickson, pour kath.ch/traduction: Bernard Litzler

Dès le début, les os, le sang et les restes de tissus ont constitué une part importante de la riche histoire de la cathédrale de Bâle. Pour la consécration de 1019, l’empereur Henri II fit don de nombreuses reliques ainsi que d’un retable en or et d’une croix de grande valeur. Henri lui-même fut canonisé après sa mort. Il avait fondé plusieurs églises et était considéré comme extrêmement pieux et pacifique. Selon la légende, il aurait vécu dans la chasteté avec sa femme Kunigunde. Elle a également été canonisée. Les donations de l’empereur Henri ont constitué les débuts du trésor de la cathédrale, qui allait prendre de l’ampleur au fil des siècles.

Les reliques, centrales au Moyen Age

«Je suis plutôt surpris». C’est par ces mots que le Père Lukas Schenker a commencé sa conférence à l’église du monastère de Mariastein, devant une bonne soixantaine d’auditeurs, venus en apprendre davantage sur les reliques de la cathédrale. Au Moyen Âge, les reliques jouaient un rôle central. Aujourd’hui elles n’attirent guère l’attention.

A l’époque, d’innombrables parties du corps et des morceaux de tissu étaient échangés à chaud. La vénération des reliques avait d’ailleurs dégénéré parfois en dépendance, dit le Père Schenker. C’est ainsi que Frédéric le Sage avait considéré comme siennes environ 19’000 reliques. A noter que Frédéric était aussi le responsable de Martin Luther, qui critiquait les excès du culte des reliques.

Comme des souvenirs de voyages

«Ne confondez pas vénération et adoration», prévient Schenker. L’adoration est réservée à Dieu. «Il y avait pas mal de commerce douteux à l’époque et beaucoup de fausses reliques», dit-il. On a même trouvé des reliques de l’archange Michel en circulation: des plumes de ses ailes.

Les reliques du Trésor de la cathédrale de Bâle sont gardées à Mariastein | © Patricia Dickson

En tant qu’historien, le Père Schenker doute de l’authenticité de nombreuses reliques. Mais aujourd’hui, c’est d’une importance secondaire. D’une part parce que l’authenticité est difficile à vérifier après tant de temps, et d’autre part parce que les reliques sont finalement un moyen d’arriver à une fin: la vénération des saints. Qu’il s’agisse de morceaux de tissu, de membres, d’os ou de sang, les reliques devraient aider les fidèles à rendre présents les saints qui sont vénérés. Le moine de Mariastein compare volontiers la fascination exercée par les reliques sur les croyants médiévaux au besoin profane de rapporter à la maison des souvenirs de ses voyages. Car beaucoup de reliques sont arrivées avec des pèlerins occidentaux qui s’étaient rendus en Orient.

Des cendres dans le Rhin ?

Le buste de Pantalus, conservé au Musée historique de Bâle

A Bâle, le culte des reliques s’est achevé brusquement avec la Réforme, au 16e siècle. Heureusement, le trésor de la cathédrale a été largement épargné par l’iconoclasme. Cependant, les reliques ont connu une phase critique en 1827 lorsque le trésor a été déplacé de la cathédrale à l’Hôtel de ville, pour des raisons de sécurité. Un archiviste a été chargé de sortir les reliques de leurs contenants de grande valeur, les reliquaires. L’ordre fut donné de les brûler et d’en répandre les cendres sur le Rhin.

Trésor réparti entre les deux Bâle

Heureusement, l’archiviste ne suivit pas les ordres. Les reliques ne partirent donc pas en flammes et n’ont pas disparu dans les eaux du Rhin. En 1834, elles furent remises au monastère bénédictin de Mariastein. Les autres magnifiques objets du trésor de la cathédrale ont subi un sort différent en raison de la séparation des deux Bâle en 1833. Ils ont été répartis entre les deux demi-cantons.

Comme Bâle-Campagne avait un besoin urgent d’argent, il mit aux enchères sa part du trésor. Aujourd’hui, certains objets sont de retour en Suisse et sont exposés dans les musées locaux. Il s’agit, par exemple, du reliquaire original des reliques d’Ursula et de Pantalus, vénéré comme le premier évêque de Bâle. Les véritables trésors religieux, par contre, connaissent une existence plutôt discrète dans le cadre idyllique du couvent de Mariastein. (cath.ch/pd/bl/rz)

Le reliquaire d'Ursula, à Mariastein | © Patricia Dickson
29 octobre 2019 | 16:18
par Bernard Litzler
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