Père Joseph Kuster, de la Société des Missionnaires de Bethléem | © Bernard Litzler
Suisse
Père Joseph Kuster, de la Société des Missionnaires de Bethléem | © Bernard Litzler

Les visages de l’attente: le Père Joseph Kuster (1/4)

30.11.2018 par Bernard Litzler

En ce temps de l’Avent, cath.ch va à la rencontre de témoins. Ainsi le Père Joseph Kuster, 81 ans, membre de la Société des Missionnaires de Bethléem. Un missionnaire souriant, façonné par la spiritualité des Focolari et de sa fondatrice Chiara Lubich.

 L’Avent, temps de l’attente… Pour le Père Joseph Kuster, qui reçoit dans la maison des Missionnaires de Bethléem, sur la colline de Torry, à Fribourg, l’attente comporte diverses facettes. Dans la génération des aînés, que peut-on attendre? A quelques jours d’une opération du cœur, le religieux attend que le passage à l’hôpital se passe bien.

Mais la question va plus loin. Pour une personne âgée, quand les années passent, qu’attend-on? “La rencontre définitive, dit-il, la rencontre avec Celui qui m’a appelé et que j’ai pu choisir. Je sais qu’il me donnera son amour miséricordieux, car le Christ s’est livré pour moi. Je n’ai rien à craindre de lui, malgré mes déficiences’’.

Le père Kuster a grandi avec l’image d’un “Dieu juge qui observe’’. “Ça m’empêchait de me sentir vraiment heureux. Il restait toujours un peu de tristesse dans mon cœur’’.

Une nuit sans dormir

En 1969, lors d’une rencontre de religieux, il éprouve ce qu’assurait Chiara Lubich, la fondatrice du mouvement des Focolari: “Dieu t’aime infiniment, immensément’’. Dans un moment de prière, Joseph Kuster fait une expérience renversante, comme un éclair. Il comprend: Dieu l’aime, infiniment. Il s’en remet, joyeusement: “C’est la seule nuit que j’ai passée sans dormir, tellement j’étais heureux, confesse-t-il, sourire en coin. C’était comme un deuxième noviciat… Il y a vraiment eu un avant et un après’’.

“Que Dieu devienne chair, plus j’avance, plus cela me laisse bouche bée.”

Son entourage le confirme: il est devenu souriant. “Mes confrères ont mis ça sur le charme de la Suisse romande, où je venais de déménager’’. Car la réputation des Focolari, à l’époque, “était mauvaise’’. “Pensez donc: un mouvement lié au pape!”.

Obéir par amour

Mais pour Joseph Kuster, au contraire, les “Foco”, c’était “l’Evangile traduit en vie”. Car durant sa formation, avant le concile Vatican II, l’époque était davantage à la contestation, à la critique de la vénération mariale, etc. “En fait, les Focolari donnent la première place au Christ, comme Marie… Et obéir par amour donne une liberté plus grande que d’être soumis à sa liberté personnelle”.

Aujourd’hui, le religieux fribourgeois appartient à la branche religieuse des Focolari. Grâce à ces derniers, il a redécouvert les fondements de sa propre famille spirituelle. “La simplicité de l’enfant de Bethléem, c’est notre modèle. Avec l’amour du Père et la préférence pour les pauvres”.

Vivre comme Marie

Et l’Incarnation ?… “Noël, c’est l’Emmanuel, Dieu avec nous. C’est central pour nous, les Missionnaires de Bethléem. Que Dieu devienne chair, plus j’avance, plus cela me laisse bouche bée. C’est une grande joie, car Dieu est descendu au plus bas. Il est né pauvre, exilé, réfugié. C’est comme s’il nous disait: là où vous souffrez, j’y suis aussi”.

Aujourd’hui, le père accompagne spirituellement une douzaine de personnes. “Parfois, je ne sais pas trop que dire et je laisse le silence. Et les personnes trouvent les réponses d’elles-mêmes, confie-t-il. Chez les Focolari, j’ai beaucoup appris. Il ne s’agit pas de faire des dévotions mariales, par exemple, mais de vivre comme Marie dans son silence, son écoute profonde. Il ne s’agit pas de faire des exercices pieux, mais une vie à l’image de Marie”. Etre Marie… Comme un chemin d’Avent permanent.


Un rêve missionnaire

Né en 1937 à Engelberg, Joseph Kuster, issu d’une famille nombreuse, entre en 1957 au noviciat des Missionnaires de Bethléem. Son rêve? “Aller en Mandchourie”. Avec l’arrivée de Mao au pouvoir, le rêve échoue. A la fin de ses études, on lui demande d’enseigner le latin et le français au centre de formation des Missionnaires à Rebstein (SG). Il accepte, par obéissance. Finalement il part en Colombie en 1982. Il va y rester cinq ans, avant de revenir en Suisse. “J’ai mis deux ans à accepter mon retour ici”, avoue-t-il.

En 1984, il est nommé curé à Montet, dans la Broye, où il se rapproche des Focolari, présents sur la paroisse. Il y restera jusqu’en 1994. Aujourd’hui, il vit avec des confrères à Fribourg. Mais son aventure spirituelle avec le mouvement de Chiara Lubich se prolonge jusqu’à aujourd’hui.


Les visages de l’attente

Dans un monde où tout va trop vite, “il est urgent d’attendre”, rappelle la sagesse populaire.

Nos quatre témoins – un religieux âgé, une militante, un photographe animalier et une carmélite – ont fait de l’attente un compagnon indispensable de leur quotidien.

Durant le temps de l’Avent, au moment d’allumer une nouvelle bougie sur la couronne, ils nous rediront, chacun à sa manière, que le temps de l’attente est aussi un temps où le désir peut retrouver toute sa plénitude.


Joseph Kuster, missionnaire de Bethléem


Nelly Schenker, militante à ATD Quart Monde


Denis Joray, photographe animalier


Sr Marguerite-Marie, carmélite à Develier

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