Suisse

«Notre présence dans les lieux touristiques permet d'atteindre beaucoup de gens»

Le projet «Likrat Public» de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) est un programme d’information sur et pour les touristes juifs en Suisse. Il a commencé le 12 août 2019, avec le début de la haute saison des hôtes juifs dans trois stations touristiques de Suisse. Jonathan Kreutner, directeur général de la FSCI, en explique les objectifs à kath.ch.

En collaboration avec les associations touristiques suisses, la FSCI présente un large éventail d’informations à Davos, Arosa et dans la vallée de Saas. Quel est le but de ce projet?
Jonathan Kreutner: Les expériences positives de 15 ans de travail dans les écoles et les entreprises nous ont donné l’idée, il y a quelque temps déjà, de sensibiliser un public encore plus large. Grâce à notre présence dans les destinations touristiques, nous pouvons atteindre de nombreuses personnes: la population locale, les hôtes et, surtout, les touristes juifs eux-mêmes. Il est important pour nous de rendre cette information disponible. Parce que nous sommes bien conscients que d’autres personnes peuvent se sentir insécurisées lorsque des juifs en vêtements traditionnels passent des vacances dans de tels endroits.

«Le potentiel de conflit augmente avec l’incertitude.»

Il faut pour cela investir beaucoup de temps et d’efforts avec des brochures en plusieurs langues et des personnes de contact sur place. Le besoin d’information et d’éducation est-il si grand?
Le besoin d’information est en effet très important. Les stations touristiques de montagne sont de petite taille et la composition de la population est très hétérogène en période de pointe. C’est une différence essentielle par rapport à la situation dans les villes, où l’on a l’habitude de voir des juifs orthodoxes habillés de façon traditionnelle. Plus l’incertitude augmente, plus le potentiel de conflit grandit. C’est pourquoi nous avons décidé d’être présents dans les stations touristiques.

Récemment, davantage d’incidents antisémites ont été signalés. Le projet «Likrat Public» est-il avant tout une question d’information ou de prévention?
C’est une question de prévention. Mais une bonne information est la meilleure forme de prévention. Si la population locale et les autres hôtes sont informés des particularités de la vie quotidienne des hôtes juifs, les préjugés éventuels peuvent être facilement surmontés.

«Il est important d’être capable de répondre aux signaux et aux souhaits.»

Mais il n’y a pas de touriste juif type . Comment peut-on communiquer les différences entre juifs strictement orthodoxes et juifs laïcs?
Cette distinction est en effet difficile et importante. Les Juifs strictement orthodoxes peuvent souvent être reconnus à travers leurs vêtements qui font parfois réagir. Chez d’autres juifs croyants, cela n’est pas immédiatement reconnaissable. Ici, il est important de pouvoir répondre aux signaux et aux souhaits des invités. Pour d’autres Juifs, les traditions religieuses ne jouent qu’un rôle très mineur. Il n’y a guère besoin d’informations spéciales.

Jonathan Kreutner, directeur général de la FSCI | DR

«Likrat Public» ne s’adresse pas seulement aux hôteliers, mais aussi à la population et aux hôtes juifs et autres dans ces destinations. Cette forme d’information n’est-elle pas perçue comme intrusive? Les gens sont en vacances.
(rires) En début de semaine, le journal «Davoser Zeitung» titrait «Les médiateurs sont arrivés». C’est de cela qu’il s’agit: Nous offrons de l’information, mais ne l’imposons pas. Des touristes juifs ont également fait des remarques critiques sur la question de savoir si nous voulions leur donner un cours. Ils nous ont dit qu’ils connaîtraient enfin les lois et coutumes suisses et qu’ils s’y conformeraient. C’est bien, d’autres pensent que le projet est bon et nécessaire. On peut dire qu’il est bien accueilli sur le terrain.

Vous êtes vous-même sur place. Avez-vous déjà eu une expérience particulière?
Nous signalons dans nos brochures que les habitants des régions de montagne se saluent, ce qui est totalement inconnu des Juifs. Un jour, j’ai vu un juif orthodoxe qui disait «Grüezi» à un passant. Mais celui-ci n’a pas réagi du tout. C’était un hôte italien qui ne connaissait apparemment pas l’usage de se saluer sur la voie publique. (cath.ch/kath.ch/ms/mp)

Bienvenue dans les Alpes Suisse, brochure à l'intention des touristes juifs | © FSCI
15 août 2019 | 17:00
par Maurice Page
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