Suisse

Pèlerinage accompagné: spiritualité et logistique incluses

Béatrice Béguin est accompagnatrice de pèlerins sur le chemin de Compostelle. Une activité encore peu connue en Suisse romande mais qui se développe. Une formation assez poussée est nécessaire pour se prévaloir du titre, reconnu par un certificat européen.

«J’avais ce chemin de Compostelle dans la tête depuis longtemps. Un peu comme un rêve qu’on entretient plus qu’on ne le réalise», explique Béatrice Béguin. Alors qu’elle traverse une période difficile de sa vie, en 2012, elle se lance. Un tronçon d’abord puis d’étape en étape, elle effectue finalement les 2000 kilomètres jusqu’à Compostelle bien plus vite que prévu. «J’ai croché. Depuis je n’ai plus arrêté».

A tel point qu’elle est devenue elle-même, au terme d’une formation poussée, accompagnatrice de pèlerins qui souhaitent faire le chemin de St Jacques. Un terme qui surprendrait moins dans le domaine du social. Récente en Suisse romande, l’activité enseignée à l’origine par l’association Jakobsweg, est peu connue. La première volée d’étudiants a été certifiée en 2017 seulement. Elle répond pourtant à une demande croissante de la part du public.

Plus qu’une simple randonnée

Les étudiants ont d’abord suivi la partie théorique de la formation, dispensée en juin à Crêt-Bérard, près de Puidoux (VD). «Ils ont appris à calculer la durée d’une étape, à en évaluer des aspects dangereux. La planification est un chapitre important du cursus. «Une journée de marche doit être rythmée par des pauses», détaille Béatrice Béguin. La recherche d’hébergements ne se fait pas au hasard. Les aspirants accompagnateurs apprennent donc à trouver de sources documentaires fiables.

Béatrice Béguin est accompagnatrice de pèlerin sur le chemin de Compostelle. Elle forme de futurs accompagnateurs. | © B. Hallet

Les formateurs insistent en effet beaucoup sur l’anticipation. «Un pèlerinage se prépare un an à l’avance». Cheminer vers Compostelle est beaucoup plus qu’une simple randonnée, souligne Béatrice Béguin. Elle évoque aussi la reconnaissance du terrain pour prévoir un itinéraire de repli en cas de problème ou de météo trop mauvaise. On parle de journée de 15 km en moyenne.

Approche spirituelle ouverte

La spiritualité monopolise une des trois journées de cours. Les futurs accompagnateurs sont particulièrement sensibilisés à cet aspect. «Selon les statistiques, rappelle la formatrice, 42,7% des marcheurs cheminent pour des motifs uniquement religieux et 47,8% pour des motifs partiellement religieux».

Les étudiants apprennent donc à structurer l’approche spirituelle, en déclinant un thème quotidien, intégré au mieux dans le pèlerinage: pauses pour une prière, temps d’échanges personnels, célébration ou marche en silence. Tout est fonction de la demande du groupe qu’ils accompagneront et des lieux, chapelle, église, monuments, visités.

Béatrice Béguin précise toutefois que l’approche spirituelle est plus ouverte et plus laïque qu’en Suisse alémanique où elle est plus étroitement liée à la Bible. «Nous laissons la place à tout type d’expression spirituelle, qu’elle soit ancrée dans une religion ou non».

Formation «en marche»

La deuxième des trois étapes du cursus se déroule ces jours-ci, entre Saint-Antoine et Romont (FR). «C’est le volet pratique de la formation qui a lieu ›en marche’». Les étudiants travaillent en binômes. Mis en situation réelle, ils ont dû préparer une demie journée de marche, itinéraire, animation et hébergement inclus. Le tronçon à gérer leur a été communiqué lors de la théorie.

Suite à l’exercice, un retour croisé des formateurs et des étudiants donne une bonne évaluation de leur prestation. Ils doivent aussi faire part de leur vécu. La sécurité n’est pas négligée durant la formation. «Mais s’ils n’ont aucune connaissance, nous recommandons aux candidats de suivre un stage de premiers secours chez les Samaritains».

Majorité de laïcs

Huit personnes dont un agent pastoral catholique et une personne impliquée dans un groupe protestant, forment la volée 2019 (contre une douzaine en 2017). Les participants sont catholiques et protestants, laïcs en majorité. Béatrice Béguin a tout de même vu un pasteur, un diacre et un aumônier catholique en université se former à l’accompagnement. Il n’y a pas eu de désistement. «Les gens qui suivent les cours ont à cœur de transmettre leur expérience. Ils ne sont pas là par curiosité. Ils sont très motivés».

L’élaboration d’un projet est la troisième étape de la formation. Les candidats présentent un pèlerinage de minimum trois nuits sur un tronçon situé en Suisse. «On ne leur demande pas un projet finalisé mais assez abouti». Ils défendent leur projet à l’oral devant des experts alémaniques de Jakobsweg et des accompagnateurs expérimentés. «On attend au moins un programme et un budget, qui sont des éléments clé de la préparation».

Les étudiants apprennent à planifier les journées de marche. | © Pierre Pistoletti

Les candidats qui réussissent la formation reçoivent un certificat EJW (Europaïsche Jokbswege), reconnu en Europe. La carte est délivrée par Jakobsweg Suisse. Les accompagnateurs sont ensuite indépendants même s’ils restent en contact avec l’association. «Il travaillent bénévolement ou sont défrayés, c’est plutôt l’usage. Certains se font rémunérer».

Du «sur mesure»

Béatrice Béguin a déjà accompagné six groupes sur le chemin de Compostelle sur des durées de trois à cinq jours. En 2018, elle a emmené des groupes sur la Via Francigena pour des marches d’une journée. Ce qui représente un groupe par mois. «C’est un hobby qui me donne du plaisir dans tous les domaines: la préparation, la marche de reconnaissance du terrain, les recherches historiques et la rédaction de fiches pour raconter l’histoire et la culture aux pèlerins». Elle adapte le programme à la demande et à la durée: du «sur mesure».

A l’évocation de «tour operator», la formatrice sourit mais reconnaît la dimension touristique du chemin. «Disons que c’est une forme touristique très particulière». La dimension spirituelle de la démarche prédomine chez les pèlerins qu’elle accompagne. «On ne peut pas dire ›guide’, même si l’activité en revêt tous les aspects. L’appellation est réservée aux guides de haute montagne».

Les pèlerins qu’elle conduit sur le chemin de St Jacques sont en majorité des actifs de 40 à 60 ans. «La plupart du temps, ils ont envie de décompresser, de retrouver la nature et d’accomplir une démarche religieuse. Mais sans avoir à s’occuper de la logistique». Parfois Béatrice Béguin accompagne des personnes de 70 ans et plus.

«Je ne suis pas baptisée ni croyante mais la spiritualité compte beaucoup dans ma vie. J’aime les contacts avec les gens qui viennent dans une démarche religieuse». Béatrice garde le souvenir marquant d’une marche à laquelle elle avait convié un prêtre. Elle a été touchée par les échanges avec les pèlerins. (cath.ch/bh)


Le «Chemin» et «Les amis» de St Jacques

Deux associations de promotion du chemin de St Jacques existent en Suisse: Jakobsweg, alémanique et l’Association des amis du chemin de Saint-Jacques, romande, qui compte 2000 adhérents. La première a pour but de promouvoir le chemin de St Jacques en Suisse et en Europe, de développer la signalétique et des applications qui permettront de s’orienter plus facilement ainsi que de trouver des hébergements.

Jakobsweg a déjà proposé six formations d’accompagnateurs, dont le programme romand s’est inspiré. Ce que ne font pas les Amis du chemin de Saint-Jacques qui proposent des marches, des conseils et des informations plus particulièrement axés sur la Suisse.(bh)

Accompagnateur de pèlerinage est une activité peu connue en Suisse romande. | © Pierre Pistolleti
23 août 2019 | 17:00
par Bernard Hallet
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