Père Pierre Dumoulin (Photo:  ©Père Pierre Dumoulin)
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Père Pierre Dumoulin (Photo: ©Père Pierre Dumoulin)

Père Dumoulin: "Les catholiques géorgiens se sentent discriminés"

01.10.2016 par Aymeric Pourbaix, I.MEDIA, de Tbilissi

Actuel recteur de l’Institut de Théologie de Tbilissi, capitale de la Géorgie, le Père Pierre Dumoulin relève que la visite pastorale du pape François en Géorgie doit renforcer la dignité des catholiques du pays, “une minorité qui se sent discriminée, notamment dans le sud du pays”. Les catholiques géorgiens sont considérés par la majorité orthodoxe comme des “traîtres à la patrie”.

Prêtre du diocèse de Monaco et membre de l’œuvre de Roc-Estello (France), le Père Dumoulin a participé à la fondation des séminaires du Kazakhstan, de Russie et de Géorgie.

Quel est l’enjeu de cette visite du pape en Géorgie pour les catholiques ?

Il y a l’idée qu’être Géorgien, c’est être orthodoxe, surtout depuis l’indépendance en 1991. Pour prendre un seul exemple, il n’y a pas en Géorgie de mariages mixtes entre catholiques et orthodoxes. Ou s’il y en a, il faut que les catholiques soient rebaptisés dans le rite orthodoxe.

C’est ainsi qu’il faut lire le discours du patriarche Ilia II, comme un contrepoids à cette tendance dans le peuple orthodoxe. Les catholiques géorgiens attendent ainsi du pape de ne pas se sentir abandonnés dans ce pays situé aux confins.

La longue tradition orthodoxe du pays explique-t-elle cette discrimination ?

C’est profondément injuste, car les catholiques géorgiens ne sont pas des immigrants venus d’ailleurs. Pour la plupart, ce sont des gens simples, des ruraux, et leur présence est inscrite dans l’histoire du pays, dans sa culture et sa langue. C’est ainsi un catholique, et non un orthodoxe, qui a composé l’hymne national, et c’est d’autant plus important que les Géorgiens sont très sensibles à la dimension historique de leur pays.

Jamais on n’aurait imaginé en France un chef d’Etat qui fait l’éloge aussi distinctement des racines chrétiennes de son pays, de sa participation aux croisades, comme cela a été le cas vendredi 30 septembre lors de l’accueil du pape. A travers les siècles, l’Eglise catholique a aussi constitué un trait d’union avec l’Occident, alors que la Géorgie était sous la domination des envahisseurs perse, turc, ou plus récemment, russe.

Le pape François rencontre aussi le clergé géorgien. Quelles sont ses attentes ?

Le clergé géorgien souhaite pouvoir faire part au souverain pontife de la souffrance de se sentir mal considéré, discriminé, avec ses églises confisquées par les orthodoxes lors de l’indépendance. Lorsque le cardinal Roger Etchegaray était venu, en 2004, les membres du clergé lui avaient exprimé leur désir de justice, et pas seulement de paix. (cath.ch-apic/imedia/ap/be)

 

 


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