L'hiver est (aussi) le temps de l'espérance | © Pixabay
Suisse
L'hiver est (aussi) le temps de l'espérance | © Pixabay

Remèdes spirituels au blues hivernal

25.11.2018 par Pierre Pistoletti

Le froid, le manque de lumière et la chute des températures: l’hiver est propice aux dépressions saisonnières. Mais ce temps est aussi un appel à davantage d’intériorité pour renouer avec l’espérance, cette vie qui s’active secrètement sous la glace.

L’Eglise l’a d’ailleurs bien compris: sa liturgie épouse le rythme des saisons. “Voyez les couronnes de l’avent, observe le diacre jurassien Didier Berret. Dimanche après dimanche, on fait grandir la lumière à mesure qu’elle diminue”.

Le temps de l’avent est aussi le temps de l’intimité, le temps où il est bon de se lover dans la chaleur du foyer. Et pourquoi pas en profiter pour redécouvrir la Parole de Dieu. “Ouvrir à nouveau sa Bible et relire ces paroles d’espérance: l’attente des prophètes, le début de l’Evangile de Luc ou de Matthieu. Y déceler ce qui est en train d’éclore dans des contextes difficiles d’occupation ou de guerre”.

Ostéopathie spirituelle

Sophie Parlatano abonde. “Je trouve que l’hiver est le moment idéal pour plonger dans ces écrits de ‘temps de crise’, comme le livre des Prophètes”. L’auteure de Petite Voie intérieure (Editions 5 sens) en tire quelques pépites spirituelles pour son “hiver intérieur”.

“L’hiver est un temps pour aller chercher d’autres sources” Joël Pralong

“Alors que tout le Moyen-Orient vit une période de bouleversement politique, social et éthique, Sophonie annonce que Dieu va venir danser au milieu de son peuple”, s’émerveille l’écrivaine vaudoise. Le prophète Osée, quant à lui, propose “une véritable séance d’ostéopathie spirituelle: ‘tu redresses ce qui est tordu’, dit-il à Dieu. Un soin bienvenu dans une période où le froid nous rigidifie. L’action de Dieu est douce, assure-t-elle, à la manière du geste de l’ostéopathe: elle n’arrache pas le mauvais, mais ‘remet en place’ ce qui a été déformé par nos mauvais usages, par nos oublis, par nos illusions.”

La culture du vivant

Sous le soleil valaisan, en attendant les premières neiges, Marie-Françoise Salamin propose de renouer avec des gestes simples, mais bienfaisants. “Marcher, lire, s’émerveiller, contempler, mais aussi cultiver du vivant. Des plantes, des fleurs à l’intérieur de la maison”. L’auteur du tout récent “Cultiver la vie” (Editions Saint-Augustin) propose en outre de tenir un “cahier de gratitude”. “L’hiver est un temps propice pour cela. Il s’agit d’acheter un beau carnet de notes que l’on peut décorer, page après page, pour y écrire chaque jour une joie particulière”.

Une tâche à laquelle s’astreint avec enthousiasme Marie-Françoise Salamin. “Sur la première page, mes petits-enfants ont écrit ‘merci, merci, merci’. Ici, j’ai noté la confidence d’une amie; là, la première rencontre de notre nouveau voisin, fort sympathique”, confie-t-elle en feuilletant les pages du carnet. “On se sent vivant en rencontrant des gens. J’ai bientôt 70 ans et je me suis inscrite à un cours d’harmonica, sourit-elle. Vous ne pouvez pas vous rendre compte de l’ambiance, c’est extraordinaire”.

Elle voit dans la saison hivernale un appel à davantage d’intériorité. “Quand il pleut, qu’il y a du brouillard ou qu’il neige, je rentre dans mon âme pour y vivre avec d’autres. Quand tout est calme, quand la neige recouvre tous les bruits de l’extérieur, il est bon de tourner son regard à l’intérieur. C’est aussi cela qui fait la beauté de cette saison. D’ailleurs, heureusement qu’il y a des saisons, s’empresse-t-elle d’ajouter après un bref instant de silence. Mon mari travaille en Afrique et chez lui il n’y a qu’une seule saison. C’est très monotone!”

Les saisons de la vie

“La grâce des saisons prend tout son sens lorsqu’on les relie à la vie, affirme en ce sens l’abbé Joël Pralong. Le printemps, c’est le temps de tous les possibles, un appel à la créativité, à l’engagement. Puis vient l’été, la période des grandes réalisations, de l’accomplissement. L’automne, c’est le temps de la moisson. Un temps de repos où l’on goûte aux fruits de son travail. On regarde ce que sont devenu les enfants. Pour un prêtre, les fruits de son ministère pastoral. Puis vient l’hiver. La glace revêt les champs qui ont donné leurs fruits. C’est quelque part le temps de l’acédie. Temps d’ennui où l’on peut se demander à quoi la vie a bien pu servir, alors que la vieillesse s’installe”.

“Mais l’hiver est aussi l’occasion d’aller voir ce qu’il y a sous la glace, suggère le prêtre valaisan. La vie est bien là, plus enfouie. On peut creuser le fond de son cœur en hiver, chercher ce à quoi on aspire vraiment.”

Parmi ces aspirations fondamentales, “la quête d’une transcendance, pour reprendre l’expression du psychiatre Viktor Frankl. Au niveau spirituel, l’hiver est un temps pour aller chercher d’autres sources, accepter de laisser mourir ce qui fut pour accueillir ce qui sera. Il s’agit de se préparer à un nouveau printemps qui ne sera plus le temps de l’efficacité, mais celui de la fécondité. Un temps où l’on sera plus prompt à se nourrir des autres et de Dieu sans en profiter.” C’est dans l’espérance de cette présence gratuite au monde et à Dieu que l’abbé Joël Pralong décèle le meilleur antidote au blues hivernal. (cath.ch/pp)


Denis Joray, l’œil et la patience | © Pierre Pistoletti

Photographe animalier: un jeu de patience (3/4)

La fragmentation guète l'entrepreneur contemporain | © Pixabay

Les dangers spirituels de l’entrepreneur

Actualités ›