Suisse

Simonetta Sommaruga à Treyvaux pour les 50 ans du Mouvement ATD Quart Monde

Présente à Treyvaux le 16 septembre 2017, lors de la première du spectacle musical «Couleurs cachées» du Mouvement ATD Quart Monde, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a rencontré une délégation de volontaires et de familles du Quart Monde, engagés depuis 50 ans dans la lutte contre la pauvreté. Et encouragé leur combat.

Le Mouvement ATD Quart Monde a salué à cette occasion le fait que c’est Simonetta Sommaruga qui, le 11 avril 2013, avait présenté les excuses de la Confédération suisse à toutes les victimes de «coercition à des fins d’assistance» et lancé un vaste projet de reconnaissance et de recherche historique dans lequel le Mouvement s’est fortement engagé.

«Couleurs cachées»

Au nom du Conseil fédéral, Simonetta Sommaruga s’est dite très heureuse de venir à Treyvaux souhaiter «un bel anniversaire au mouvement ATD Quart Monde, beaucoup de succès pour sa tournée à travers le pays», qui se poursuit dans diverses localités de Suisse jusqu’au 12 novembre 2017.

La création du spectacle «Couleurs cachées» mis en scène par Jean-Marie Curti, qui a engagé quelque 300 personnes, a généré toute une mobilisation pour l’écriture, la composition musicale, les décors, les costumes, réunissant professionnels et amateurs, dont certains ont l’expérience de la pauvreté.

Des pistes pour sortir du cercle vicieux de la pauvreté

Samedi à Treyvaux, dans son discours pour le 50e anniversaire du mouvement ATD Quart Monde en Suisse, en présence de la conseillère d’Etat Anne-Claude Demierre, cheffe de la direction de la santé et des affaires sociales (DSAS) du canton de Fribourg, Simonetta Sommaruga a su trouver les mots pour décrire l’engrenage de la pauvreté et esquisser des pistes pour s’en sortir. Elle a en particulier relevé l’importance de l’école.

«L’école est essentielle dans la lutte contre la pauvreté, car c’est ici qu’on acquiert le savoir, une clé pour entrer dans une vie professionnelle satisfaisante. Et c’est ici que les classes sociales se mélangent. Ou ne se mélangent pas, justement!», a-t-elle lancé en introduction. Et de remarquer que des enfants échouent à l’école parce qu’ils se sentent exclus par leurs camarades, moqués, «aujourd’hui on dit plutôt mobbés». Il existe plusieurs raisons, remarque-t-elle. «Mais la pauvreté, souvent, est à la racine de l’exclusion».

A la racine de l’exclusion sociale

La conseillère fédérale a alors relevé que dans la salle et sur scène, il y avait des gens qui n’ont pas eu la chance de s’épanouir dans leur enfance, qui n’ont pas reçu le soutien nécessaire. «Pourquoi ce garçon d’une famille très pauvre, s’est-elle demandé, est-il le seul à ne pas être invité à une fête d’anniversaire ? Est-ce parce qu’il n’a pas les vêtements qu’il faut ? Cet enfant va-t-il être écarté dans une classe spéciale ? Aura-t-il, plus tard, la possibilité de faire un apprentissage, d’aller au gymnase ? Ou risque-t-il de se retrouver sans diplôme, avec des boulots de manœuvre, temporaires, éprouvants, mal payés ? Aura-t-il la chance, sur le chemin de l’école, de croiser un prof, une prof, qui fera toute la différence, qui percevra l’injustice ?
Sa famille sera peut-être appuyée par un mouvement comme ATD Quart Monde qui lui donnera le courage d’aller trouver les enseignants et les autorités pour chercher des solutions.
Pour que tourne la roue et que, pour cet enfant aussi, l’école soit lieu d’épanouissement et de bonnes rencontres. Comme aujourd’hui !»

La dignité, pas la charité

La conseillère fédéral, décrivant l’ancienne ferme rénovée sur les hauts de Treyvaux, où «depuis 50 ans, des familles, des jeunes, des enfants, se fabriquent de beaux souvenirs. Au centre national d’ATD Quart Monde», a relevé que sa beauté était surtout intérieure: «j’ai senti que les personnes touchées par la pauvreté y trouvent de la force. Et du courage. Le courage de s’exprimer, de formuler des revendications, de donner une voix à toute une partie de la société qu’on entend trop peu, pour parler d’une réalité qu’on ignore trop souvent. Les membres d’ATD Quart Monde veulent être des acteurs avec lesquels on cherche des solutions. Ils veulent de la dignité, pas de la charité. Je les remercie pour leur travail remarquable!»

Le drame des enfants placés

«Vous le savez et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai été invitée aujourd’hui : la pauvreté a souvent été le début de la spirale qui a conduit à priver des êtres humains de leurs droits. La pauvreté a engendré des drames que beaucoup de militants du mouvement ATD Quart Monde ont connus. Il s’agit des drames des enfants placés, arrachés à leur famille, souvent contraints à des travaux forcés à la ferme, trop fatigués pour bien suivre à l’école. Des enfants dont beaucoup ont été exploités, voire abusés, parfois par les personnes-mêmes à qui ils avaient été confiés. Il s’agit aussi des drames des jeunes enfermés en prison alors qu’ils n’avaient commis aucun crime, internés parce que, par exemple, ils avaient eu un bébé sans être mariés. Il s’agit de jeunes femmes stérilisées contre leur gré, de mères à qui on a arraché leur bébé, de parents privés de leur seule richesse: leurs enfants».

Les excuses au nom du Conseil fédéral

Simonetta Sommaruga a déclaré que «tant de cruauté et de manque d’amour marquent une vie. (…)  Après les excuses que j’ai présentées au nom du Conseil Fédéral en 2013, nous avons organisé des tables rondes, avec les victimes. Idem pour le fonds d’aide immédiate et celui de la Chaîne du Bonheur. Tout aussi important: nous allons travailler sur le passé et en tirer des enseignements pour le futur. Ici aussi: avec les victimes. Cet été, elles ont été invitées à donner leur avis sur le contenu du programme national de recherche consacré à ce chapitre de notre histoire».

En Suisse, on parle peu de la pauvreté, on la cache!

La conseillère fédérale a reconnu qu’en Suisse, on parle peu de pauvreté, que c’est un scandale dans un pays aussi riche que la Suisse, un pays où la Constitution garantit l’égalité des chances.

«On la cache, on dit qu’ici personne ne souffre de la faim. Sans doute, mais on souffre d’autre choses, par exemple de ne pas participer à la vie de la communauté, de ne pas aller au spectacle, au cinéma, de ne pas pouvoir inviter des gens chez soi. C’est de l’exclusion sociale et c’est une souffrance» Elle a encore une fois salué le fait que le Mouvement ATD Quart Monde contribue à rassembler les gens, à les sortir de leur isolement et «à lever ce voile de honte» qu’éprouvent souvent les personnes vivant dans la pauvreté. (cath.ch/be)

 

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga au centre d'ATD Quart Monde à Treyvaux, avec des membres du Mouvement
18 septembre 2017 | 17:53
par Jacques Berset
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