Un agent secret accuse l'armée algérienne de la mort des moines de Tibhirine

Paris, 20 février 2015 (Apic) Un ancien agent des services secrets algériens affirme que la mort des moines de Tibhirine, en 1996, a été causée par une bavure de l’armée algérienne. Jusqu’à présent, la thèse officielle est celle d’un crime commis par le Groupe islamique armé (GIA) de Djamel Zitouni.

Les moines Notre-Dame de l’Atlas, au sud d’Alger, avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par le GIA, qui contrôlait de nombreuses zones dans la région. Le 23 mai, la même organisation annonçait la décapitation des captifs. Leurs têtes étaient retrouvées le 30 mai le long d’une route.

Et pourtant, la thèse d’une intervention de l’armée algérienne a été régulièrement évoquée depuis l’ouverture de l’enquête française en 2004. C’est d’abord l’ancien attaché militaire français à Alger qui, en 2009, accuse l’armée algérienne d’avoir commis une bavure. Elle aurait tiré sur des tentes appartenant au Groupe islamique armé, tuant ainsi les moines retenus en otage.

Les révélations de Mourad B.

Puis, révèle le 20 février 2015 l’agence AFP, c’est au tour d’un ancien agent des services secrets algériens, interrogé le 21 janvier par le juge français Marc Trevidic, de soutenir également avance la thèse d’une bavure commise par l’armée dans la mort en 1996 des moines de Tibhirine.

Vivant en Savoie où il est menacé d’expulsion, Mourad B. a expliqué au magistrat être entré fin 2006-début 2007 dans les services algériens, qui l’ont chargé d’infiltrer les rangs islamistes, sous le nom de code d’Abou Nadil, rapporte aujourd’hui une source proche du dossier.

S’il n’a pas été témoin direct de l’affaire, l’ancien agent secret a notamment rapporté les menaces prononcées à son égard par un officier alors qu’il cherchait à quitter son travail: «Si tu nous trahis, on fera ce que le colonel (…) a fait aux moines».

L’enlèvement puis la mort des moines Christian de Chergé, Luc Dochier, Paul Favre Miville, Michel Fleury, Christophe Lebreton, Bruno Lemarchand et Célestin Ringeard a donné lieu à plusieurs versions. Les familles des victimes ont demandé à de nombreuses reprises aux autorités algériennes d’envoyer des prélèvements en France pour des analyses, en vain. S’il s’avère que la décapitation a suivi le décès, la thèse d’une bavure de l’armée algérienne serait alors plausible. (apic/ag/bb)

20 février 2015 | 17:42
par Bernard Bovigny
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