Le MST s’est aussi rendu compte, explique Jorge Neri, qu’il ne suffisait pas de critiquer le gouvernement pour son absence de politique agricole: il n’en a jamais eu, même sous la poussée des Ligues paysannes du Nordeste dans les années cinquante. Le MST s’est donc employé à rechercher et à proposer des modèles alternatifs pour promouvoir, en région rurale, l’éducation des jeunes et la formation des adultes, l’économie coopérative, le logement, les équipements collectifs et les soins de santé. Mais cette évolution vers des propositions constructives avait peu d’impact sur la politique gouvernementale, observe le représentant du mouvement pour l’Etat du Para. D’où le choix d’une méthode plus efficace: l’occupation des terres improductives des grandes propriétés terriennes. 400’000 familles ont déjà été mobilisées dans ces occupations: Pour 250’000, l’occupation n’a encore débouché que sur un campement provisoire; pour 150’000 autres, des terres ont été redistribuées.
Une stratégie vitale: l’occupation du terrain
L’occupation de terrain s’est avérée jusqu’ici la stratégie la plus efficace du mouvement. Mais le combat n’est pas sans danger: une des journées les plus sombres reste le 17 avril 1996, où une vingtaine de paysans ont été massacrés et une soixantaine d’autres blessés à Eldorado do Carajas, dans l’Etat de Para. Quatre ans après, ce massacre reste toujours impuni, ce qui a provoqué, le 17 avril dernier, de nouvelles manifestations du MST, d’ailleurs élargies le 22 avril à une mobilisation contre «cinq siècles d’exclusion sociale».
Au cours de ces journées de manifestation, le mouvement a occupé des autoroutes, des bâtiments publics et de nouvelles terres. Jorge Neri commente les résultats: «Le gouvernement, de plus en plus mal à l’aise face à nos revendications, a pris des mesures d’urgence: il a créé une police fédérale spéciale pour nous combattre et a interdit les occupations de terres improductives. En outre, il a fait emprisonner 34 dirigeants du MST, tandis que 36 autres ont fait l’objet d’arrestations. Parmi les 34 militants emprisonnés, 14 sont détenus à la tristement célèbre prison de Carandiru à Sao Paulo. Contre tous les militants du MST, on a retenu le grief d’association de malfaiteurs, ce qui ne permet même pas la libération conditionnelle sous caution». (apic/cip/ba)




