Mgr Grab, président de la Conférence des évêques suisses, sera au Synode pour l’Europe

APIC -Interview

«Je me réjouis de l’expérience de la collégialité des évêques !»

Benno Bühlmann, pour l’agence APIC

Coire,

(APIC) Mgr Amédée Grab, président de la Conférence des évêques suisses, représentera la Suisse au Synode des évêques pour l’Europe réuni à Rome du 1er au 23 octobre. L’évêque de Coire y apportera les soucis de l’Eglise locale. La question du manque de prêtres et l’éventualité de changer les conditions d’accès au sacerdoce seront sans doute parmi les principaux thèmes du Synode. Mgr Grab refuse cependant d’en faire son unique préoccupation.

«Je n’ai jamais encore personnellement participé à un Synode des évêques. Je me réjouis d’autant plus de faire l’expérience de la collégialité liée à un tel rassemblement, explique Mgr Grab. Naturellement il y a à côté des Synodes, d’autres occasions de rencontrer les évêques d’autres pays pour partager les joies et les soucis. Dans ce cadre, le Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE) au sein duquel les 34 présidents se rencontrent régulièrement est un organisme important. Le CCEE a d’ailleurs collaboré à la préparation du Synode.

APIC: Ce Synode est le dernier rassemblement ecclésial de ce siècle. Quel signal peut-il donner pour le prochain millénaire ?

A.G.: Je vois ce cinquième synode continental européen comme la dernière phase de préparation au Synode général de l’an 2000 qui au regard de la vie l’Eglise au XXe siècle sera encore quelque chose de plus déterminant. Pour moi ce n’est pas seulement la dynamique du synode qui est importante. Nous devons prendre conscience que l’Eglise est aussi en train de préparer son avenir.

APIC : Par exemple ?

A.G.: Dans son encyclique «Ut unum sint» (Que tous soient un), le pape jean Paul II invite les autres Eglises à dire comment l’Eglise catholique pourrait se développer à l’avenir. Il est tout a fait remarquable que ce document pose la question de savoir comment le pape en tant que successeur de Pierre peut assumer son ministère en vue d’atteindre une plus grande unité entre les chrétiens.

APIC: Au Synode vous représenterez l’Eglise locale qui est en Suisse. Quelles préoccupations allez-vous apporter ?

A.G.: Nous allons bien sûr nous orienter sur la réalité de la vie des catholiques en Suisse. Nos préoccupations touchent surtout la question de l’œcuménisme et les rapports avec la société moderne et post-moderne. Les problèmes internes d’organisation de l’Eglise dont les médias ont abondamment parlé au cours des dernières années jouent aussi évidemment un rôle.

APIC : Qu’entendez-vous par «problèmes d’organisation internes» ?

A.G.: Il s’agit entre autres de la question de la collaboration entre les prêtres et les assistants pastoraux laïcs ou de la coordination entre les nombreuses commissions ecclésiales, les œuvres d’entraide et les centres de formation.

APIC: En Suisse, une paroisse sur deux ou sur trois est sans prêtre résidant. N’est-il pas nécessaire d’interpeller clairement Rome sur la question des conditions d’accès au sacerdoce ?

A.G.: Il ne fait aucun doute que nous aborderons à Rome la question des conditions d’accès au sacerdoce. Pour moi il est clair que nous ne pouvons pas renoncer au sacrement de l’ordre. Même les meilleurs collaborateurs et collaboratrices ne pourront pas en fin de compte remplacer les prêtres. Mais pour moi il y a une question encore plus fondamentale : que signifie la sacramentalité de l’Eglise et comment la réaliser aujourd’hui. Cela ne concerne pas seulement les rapport entre les ordonnés et les autres.

APIC: A quels aspects pensez-vous concrètement ?

A.G.: La sacramentalité de l’Eglise se montre aussi dans la manière dont les chrétiens témoignent dans leur vie quotidienne, par exemple sur la manière dont le sacrement du mariage est compris et vécu. Je m’élève contre le fait de réduire les problèmes de l’Eglise suisse à celui du service ecclésial et des ministères. Je ne fait pas seulement du souci face au recul du nombre d’étudiants en théologie, mais aussi face à l’augmentation du nombre des divorces. (apic/mp)

30 septembre 1999 | 00:00
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Leonardo Boff sur les traces de Saint François d’Assise

APIC – Interview

Une théologie de la libération qui se veut désormais «écologiste»

Jacques Berset, Agence APIC

Leonardo Boff, le célèbre théologien de la libération brésilien, affirme

vouloir affiner sa réflexion théologique et promouvoir désormais une «justice écologique mondiale», dans la ligne de Saint François d’Assise. Le religieux franciscain vient de prendre une année sabbatique pour rédiger un

nouveau livre intitulé «Spiritualité et écologie». Dans une interview accordée à l’agence APIC, Leonardo Boff a esquissé les nouveaux développements de sa théologie. Il prend également congé d’une certaine forme de socialisme – le «socialisme réellement existant» qui a fait faillite à l’Est

– mais reste un ardent critique du capitalisme libéral et de ses effets

dans le tiers monde, qu’il qualifie de «projet de mort».

Dans son approche actuelle, Boff veut montrer comment l’expérience d’un

nouvel accord entre l’homme et la nature présuppose un principe unificateur

de la nature, de la personne humaine et du cosmos. Il va aborder ce principe qui imprègne de vie et d’unité la réalité et le faire dans la perspective de l’Esprit Saint. C’est-à-dire que pour lui, tout ce qui existe est

énergie, articulation de tout avec tout : les êtres ne sont pas juxtaposés;

ils ne forment pas un chaos mais constituent tous ensemble un grand cosmos.

Pour les chrétiens, affirme-t-il, cette réalité qui unifie tout s’appelle l’Esprit Saint, sa présence agissante dans le monde. Leonardo Boff veut

ainsi travailler dans le sillage du théologien byzantin Grégoire Palamas

(1296-1359), pour qui il faut distinguer en Dieu d’une part une essence divine incommunicable et d’autre part des énergies ou manifestations divines

communicables. «Comme en christologie nous travaillons avec la catégorie

d’incarnation, je vais travailler ici avec la catégorie d’habitation, ce

qui signifie que l’Esprit Saint habite dans le monde, dans le cosmos. Je

vais travailler selon les schémas de la théologie orientale de G. Palamas».

APIC:N’êtes-vous pas influencé par la mode du «new age» ?

Leonardo Boff:Le «new age» a une autre orientation. Je m’inspire au contraire d’une réflexion chrétienne très ancienne qui est tombée dans l’oubli

et qui parle de «panenthéisme» : Dieu est dans tout. Cela n’a rien à voir

avec une conception «panthéiste» – tout est Dieu -, une approche rejetée

par l’Eglise. Pour illustrer cette conception, voici une poésie des Indiens

américains Sioux : «L’Esprit dort dans la pierre, rêve dans la fleur, sent

dans l’animal et c’est l’être humain qui sait qu’il sent». L’Esprit a différentes façons de se manifester, c’est le «panenthéisme», qui est une doctrine orthodoxe et qui n’a rien d’hérétique.

Une crise écologique mondiale nous menace

Le problème, c’est que cette doctrine n’a pas été vécue par les chrétiens. Conséquence: la crise écologique mondiale nous oblige à récupérer

d’anciennes catégories chrétiennes et de faire une nouvelle alliance avec

le monde, dans le sens de plus de respect et de sacramentalité. Je pense

travailler dans ce sens. Le grand rassemblement oecuménique de Bâle et la

dernière assemblée du Conseil oecuménique des Eglises à Canberra ont développé une réflexion dans ce sens.

APIC:Vous parlez désormais d’»écologie de la libération», est-ce un

abandon de la théologie de la libération ?

Leonardo Boff:Ce n’est pas un abandon, mais un développement, un affinement. A l’heure actuelle, l’écologie est une réflexion complexe, scientifique. Ce n’est plus seulement aujourd’hui une approche purement romantique.

Au Brésil, je travaille en collaboration avec des groupes de chercheurs de

diverses disciplines scientifiques à Rio de Janeiro et Sao Paulo, des gens

sérieux qui oeuvrent au niveau académique. J’apporte plutôt la dimension

religieuse, du fait déjà de la tradition franciscaine qui m’habite : Saint

François d’Assise était très «écologiste». Je donnerai d’ailleurs probablement un exposé dans cette ligne dans le cadre de la grande Conférence mondiale sur l’écologie, qui se tiendra en juillet 1992 à l’initiative de

l’ONU à Brasilia, Rio de Janeiro et Manaus.

Qu’elle est verte ma théologie

J’aimerais y apporter la dimension de la théologie de la libération,

pour montrer combien «verte» est cette théologie. Montrer comme point de

départ que le processus de domination sur les peuples, sur les pauvres,

s’étend également au pillage de la nature : c’est la même rationalité, ce

sont les mêmes mécanismes de domination et d’exploitation. Et les pauvres

sentent qu’ils sont frères de la nature, des animaux, de la terre… C’est

cette même rationalité, cette même mentalité «moderne» – qui a provoqué les

problèmes sociaux et la misère qui ont donné naissance à la théologie de la

libération – qui pousse à une «écologie de la libération» : il faut libérer

la nature de cette immense mécanique de pillage et d’exploitation.

Je parle beaucoup de «justice écologique», dans le sens qu’il faut faire

justice aux arbres, aux oiseaux, parce que nous les agressons continuellement, comme nous le faisons avec les personnes humaines. Je crois qu’aujourd’hui, dans les relations Nord-Sud, nous ne devrions pas chercher la

confrontation, mais les thèmes communs pour arriver à des perspectives plus

globales, mondiales. L’écologie est l’un des points principaux où nous pouvons nous entendre, car nous avons dans ce domaine des intérêts communs. Je

constate cependant que dans les pays du Nord, on aborde plus l’écologie

dans une perspective «environnementaliste» : moins il y a de gens sur la

terre, mieux c’est, parce que trop de population met en danger les équilibres naturels; il faut préserver la nature seule et pure. Notre perspective

est différente : nous considérons les personnes dans la nature.

Ce n’est pas le panda qui est menacé, mais l’homme

En effet, pour nous, l’espèce la plus menacée n’est pas l’ours panda, ce

ne sont pas les espèces rares d’arbres ou d’oiseaux. Ce sont les pauvres,

qui meurent de plus en plus nombreux chaque jour : au Brésil, quotidiennement, mille enfants meurent de malnutrition, de manque de soins de santé,

d’hygiène, de conditions d’habitation minimales et dignes. Il faut, de notre point de vue, combiner l’écologie avec la justice sociale, la nature

avec la personne humaine. Il faut un processus de «rééducation» de la personne humaine pour qu’elle fasse une alliance avec la nature et ait avec

elle des rapports de fraternité, et pas seulement des rapports d’agression

et d’exploitation. Nous devons considérer les éléments de la nature comme

des sujets de droit : je postule une «démocratie cosmique!»

APIC:Il me semble que vous laissez un peu de côté l’analyse strictement

socio-économique et que vous abandonnez une certaine approche de la théologie de la libération. Qu’en est-il du modèle socialiste ?

LeonardoBoff:Comme je l’ai déjà souligné, le projet de domination qui

exploite les nations et marginalise de grandes masses de pauvres est le même mécanisme qui s’applique à la nature. C’est le même projet de mort! Il

est vrai que le socialisme réel, en matière d’environnement, a fait également faillite. C’est le produit de la même rationalité moderne, qui a deux

pendants : une expression «bourgeoise» qui a généré le capitalisme et la

démocratie libérale; une expression «prolétaire» qui a donné naissance au

socialisme et surtout au socialisme réel qui s’est développé en Europe de

l’Est. Mais toutes les deux travaillent avec les mêmes catégories mentales,

avec la même idéologie et mythologie du développement.

Par contre, la culture andine ou africaine, par exemple, sont totalement

différentes et possèdent un autre concept de développement, basé notamment

sur la convivialité. Il s’agit pour nous de tenter d’intégrer ce type d’attitude face à la vie en commun, la fête, la solidarité, les rapports à la

terre, et d’interroger les paradigmes de notre développement, qui ne sont

pas universalisables. Ainsi, si la Chine devait avoir le même niveau de mécanisation automobile que l’Allemagne, personne ne pourrait plus se mouvoir

dans le pays… c’est matériellement impossible.

Par contre, comme Brésilien, je dois concéder que la Chine, bien que

plus pauvre que le Brésil, a réussi un modèle de développement intégrant

beaucoup mieux sa population que mon propre pays. C’est important pour

nous, car nous voyons de plus en plus dans les pays du tiers monde que dans

le système capitaliste, il n’y a pas de salut pour les pauvres! Il faut

trouver d’autres types de systèmes sociaux, mais je pense que l’on ne peut

plus penser aujourd’hui en termes de modèles régionaux: il faut aborder ces

problèmes dans une perspective mondiale.

Si le modèle du socialisme réel a bel et bien échoué, nous devons proposer au niveau mondial des valeurs de convivialité, de solidarité, de fraternité, et non de profit matériel à tout prix, des valeurs inspirées par

exemple des pauvres d’Amérique latine ou d’Afrique. Un modèle qui prenne en

compte l’importance de la religion comme générateur de valeurs sociales.

Ces valeurs communautaires, non individualistes, non excluantes, devront

s’imposer si nous voulons survivre comme communauté mondiale. (apic/be)

Biographie

Leonardo Boff naît en 1938 dans une famille de onze enfants à Concordia,

dans l’Etat de Santa Catarina, au Sud du Brésil. Ses grands-parents, «réfugiés économiques» comme des dizaines de milliers de leurs compatriotes

d’Italie du Nord, émigrent du Tyrol du Sud vers le Nouveau Monde. La mère

de Leonardo a été toute sa vie analphabète. A vingt ans, Leonardo Boff entre dans l’ordre des franciscains.

Après ses études au Brésil puis en Allemagne – il obtient son doctorat

en théologie systématique à Munich et y rencontre le futur cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi – et après son

ordination sacerdotale, il rentre au Brésil en 1970. Depuis lors, il enseigne à l’Institut théologique franciscain de Petropolis, près de Rio de

Janeiro. Le théologien brésilien souligne qu’il se situe totalement dans la

tradition spirituelle de Saint François, le «poverello» d’Assise.

Auteur de nombreux ouvrages, ce théologien engagé – certainement aussi

connu que le prêtre péruvien Gustavo Gutierrez, «père de la théologie de la

libération» – avait dû accepter en 1985 une période de «silence» d’un an,

la Congrégation pour la doctrine de la foi ayant repéré des tendances dangereuses pour la doctrine de l’Eglise dans son livre «Eglise : charisme et

pouvoir». (apic/be)

23 juillet 1991 | 00:00
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Brésil: L’Eglise du Nordeste vit des jours difficiles (110989)

Apic Interview

Rencontre avec Dom Antônio Batista Fragoso, évêque de Crateus

Fribourg, 11septembre(APIC) Quelque 200 séminaristes brésiliens sont dans

l’expectative quant à leur avenir depuis que la Congrégation vaticane pour

l’Education catholique a ordonné ces derniers jours la fermeture du grand

séminaire régional «Serene II» à Recife, un séminaire desservant une vingtaine de diocèses de la région II du Nordeste, comprenant les Etats d’Alagaos, Pernambouc, Paraiba et Rio Grande do Norte. Evêque de Crateus, dans

l’Etat du Ceara, au Nordeste, Dom Antônio Batista Fragoso explique cet événement par des visions de l’Eglise et du monde divergentes et par le fait

que «Rome est loin de nos réalités latino-américaines».

La Congrégation pour l’Education catholique a également ordonné la fermeture, en même temps que le «Serene II», de l’ITER, l’Institut de théologie de Recife. Pour la Congrégation romaine, le Serene II ne correspondait

pas à la notion de grand séminaire et n’offrait pas les conditions minimales pour la formation sacerdotale, tandis que l’Iter n’offrait pas une formation intellectuelle adéquate pour les futurs prêtres.

L’Eglise du Nordeste, a déclaré Dom Fragoso à l’agence APIC, a déjà eu

dans le passé quelques difficultés avec Rome, «parce que nous sommes loin

et que parfois des dénonciations anonymes sur une soi-disant déviation dans

la formation des prêtres ont été envoyées à Rome… C’est difficile de comprendre notre réalité quand on est loin, parce qu’il faut écouter sur place, et Rome ne l’a pas fait», regrette Dom Fragoso. L’évêque brésilien a

l’impression que la curie romaine semble écouter trop facilement ce type de

dénonciations.

Des modèles d’Eglise en compétition

Peu de temps après sa nomination sur le siège de Recife, en 1985, pour

succéder au très populaire «évêque des pauvres» Dom Helder Camara, atteint

par la limite d’âge, le nouvel évêque d’Olinda et Recife, Dom José Cardoso

Sobrinho, a décidé de mettre sur pied son propre séminaire diocésain, malgré l’existence du séminaire régional fondé par les évêques de la zone.

Evêque auparavant de Paracatu, un petit diocèse de tradition conservatrice,

Mgr Cardoso Sobrinho avait fait toute sa formation et sa carrière à Rome en

tant que canoniste. Il a également travaillé pour la Signature apostolique

et est ainsi très soucieux de «légalisme».

L’arrivée à Recife, à la suite de Dom Helder Camara, «un homme aux inspirations prophétiques, aux ailes ouvertes», de Mgr Sobrinho Cardoso, a

évidemment créé des tensions. Dom José, «qui est un homme bon, un homme de

foi et de prière, qui aime l’Eglise», n’avait pas l’ouverture de Dom Helder

Camara, ni une formation théologique adaptée. Il a ainsi rapidement été en

désaccord avec la pédagogie utilisée au «Serene» et à l’ITER qui, pour lui,

n’était pas conforme aux directives générales pour la formation des prêtres

données par Rome pour le monde entier.

Il avait l’impression que le grand séminaire du Nordeste et l’ITER

n’étaient pas fidèles à ces directives, contrairement aux conclusions de

Dom Joaquim Vicente Zico, évêque coadjuteur de Belem do Para, qui a effectué l’année dernière une visite apostoliques des séminaires de Recife. Dom

Zico avait approuvé la ligne de Serene II et de l’ITER, mais émis des réserves sur le séminaire diocésain de Dom José. «Et voilà que Rome décide le

contraire, et propose que le séminaire diocésain de l’archevêché d’Olinda

et Recife devienne le séminaire régional», lance Mgr Fragoso.

L’évêque de Crateus explique cette contradiction par le fait qu’il existe des modèles ecclésiologiques qui divergent et que Rome défend actuellement un modèle «plus centralisateur, plus clérical et autoritaire, qui met

l’accent davantage sur la discipline et la grande orthodoxie». Dom Fragoso

voit là un retour en arrière par rapport au modèle post-conciliaire, plus

ouvert, dans la ligne de Paul VI. A son avis, la Congrégation pour l’Education catholique à Rome est dans une ligne plus conservatrice et clérical

quant à l’ecclésiologie, ce qui influence beaucoup ses prises de position.

Désaveu de la Conférence des évêques du Brésil

La Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) avait demandé au

Saint-Siège que les visites apostoliques des séminaires soient réalisées

non pas par des archevêques ou des cardinaux européens, mais par des archevêques, des évêques brésiliens ou des recteurs de séminaires agréés par Rome. Rome ayant accepté et fait preuve d’ouverture, la CNBB a désigné ses

visiteurs, qui élaborent le programme de la visite avec les intéressés.

«C’est la façon de penser de la CNBB, mais maintentant, j’ai l’impression

qu’il y a toujours ce centralisme autoritaire à Rome», regrette l’évêque de

Crateus, qui voit dans ces contradictions le signe qu’il y a plusieurs

ecclésiologies en compétition dans la curie romaine.

Une Eglise vraiment populaire et libératrice

Les papes Jean XXIII et Paul VI, affirme Dom Fragoso, ont laissé la possibilité de découvrir de nouveaux visages d’Eglise, pour chaque continent,

pour chaque région. C’est pourquoi, l’Amérique latine, et l’Eglise brésilienne en particulier, à la suite du Concile Vatican II, ont fait une relecture de ce même Concile à la lumière de la réalité latino-américaine,

qui est surtout une réalité de captivité, d’esclavage et aussi un appel à

la libération. Ainsi, poursuit l’évêque nordestin, on a commencé les communautés ecclésiales de base, la lecture théologique de cette réalité – lecture que l’on appelle théologie de la libération -, la théologie de la spiritualité de la libération, la lecture biblique à partir du peuple, l’élaboration d’un modèle de théologie morale libérateur.

C’est ce modèle «d’Eglise populaire» qui fait peur à Rome, qui craint

les risques d’anarchie et de dérapage. Mais il ne s’agit pas d’une «Eglise

populaire» qui serait coupée de la hiérarchie, en contradiction avec elle,

mais une Eglise des pauvres autour de l’évêque, considéré comme un frère

parmi ses frères. Ainsi, souligne-t-il, le diocèse de Crateus a décidé de

devenir peu à peu, doucement, une vraie Eglise populaire et libératrice. Le

pape Jean Paul II a d’ailleurs dit à l’assemblée des évêques latino-américains à Puebla (1979) qu’une Eglise populaire était acceptable et évangélique à un certain nombre de conditions.

De l’avis de Dom Fragoso, la volonté de restaurer un modèle d’Eglise autoritaire et centralisateur ne correspond pas à la réalité latino-américaine actuelle, car le continent vit un formidable éveil des consciences, un

moment historique exceptionnel, un «kairos» – un temps de grâce du Seigneur, une présence intense de l’esprit dans toute l’histoire concrète de

l’Amérique latine aujourd’hui -. Et de regretter que le Conseil épiscopal

latino-américain (CELAM) s’intéresse beaucoup plus aux mouvements charismatiques ou spiritualistes, à l’Opus Dei…, qui ne s’opposent pas au modèle

centralisateur. Quant aux mouvements populaires s’inspirant de la théologie

de la libération – que le pape a pourtant qualifiée d’utile et de nécessaire dans une lettre aux évêques brésiliens -, ils sont tenus dans une certaine suspicion… Ainsi, on suggère du côté de Rome que les 200 séminaristes du séminaire dissous Serene II, pour être acceptés dans un grand séminaire agréé, passent un «examen» concernant la fidélité aux directives générales romaines. Plusieurs évêques du Nordeste concernés par cette affaire

doivent se consulter pour demander à Rome de reconsidérer sa position.

(apic/be)

11 septembre 1989 | 00:00
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