97ème voyage de Jean Paul II hors d’Italie

APIC Dossier

La santé du pape au coeur des préoccupations des organisateurs

1) Le Canada

Rome, 16 juillet 2002 (APIC) Le 97ème voyage de Jean Paul II hors d’Italie, le plus long depuis 1995, conduira le pape du 23 au 29 juillet à Toronto, au Canada, au Guatemala les 29 et 30 juillet, au Mexique enfin du 30 juillet au 1er août. Un voyage pastoral marqué par de nombreux allégements.

Afin de lui permettre de se rendre dans trois pays en dix jours – Canada, Mexique et Guatemala -, les organisateurs ont dû adapter le programme à la fatigue physique du pape. L’APIC publie aujourd’hui la première partie d’un dossier consacré à ce voyage, qui aura pour première étape le Canada et les JMJ.

Malgré quelques protestations de proches collaborateurs de Jean Paul II au sein de la curie romaine, le pape a toujours été déterminé à se rendre à Toronto puis au Guatemala et au Mexique. Conscient de sa faiblesse et de ses limites, il a régulièrement demandé, ces dernières semaines, l’aide spirituelle des fidèles. «Dans les moments de grande difficulté et de souffrance, cette force spirituelle est une aide efficace et un réconfort intime», avait-il déclaré le 30 juin dernier, se demandant comment, sans cette aide, il pourrait «répondre aux paroles du Seigneur qui commande à Simon Pierre: «Vas au large».

Le pape, qui a fêté 82 ans le 18 mai dernier, est aujourd’hui contraint de limiter ses efforts physiques en raison de la faiblesse toujours plus visible de son corps. Ainsi, Jean Paul II n’est pas retourné à Rome pour l’audience générale, le 10 juillet, contrairement à ce qu’il avait l’habitude de faire lorsqu’il séjournait à Castelgandolfo les années précédentes. En outre, il ne devait pas y retourner avant son retour sur Rome, fin septembre.

Apparitions publiques limitées

La première conséquence de cette fatigue, au cours de son prochain voyage, sera la limitation des apparitions publiques. Près de quatre jours «en privé» sont prévus au cours des dix jours de voyage. En outre, au Canada en particulier – où il restera le plus longtemps -, les visites de courtoisie inévitables lors du voyage d’un chef d’Etat dans un pays étranger ont été regroupées en une seule journée, le 27 juillet. Gouverneur général du Canada, premiers ministres du Canada et de l’Ontario ainsi que le maire de Toronto se succéderont toutes les vingt minutes dans une salle de la maison mère des soeurs de Saint-Joseph, lieu de résidence du pape pour les deux derniers jours. Auparavant, Jean Paul II aura eu l’occasion de se reposer sur une petite île au nord de Toronto, sur le lac Simcoe.

Mais dès le 29 juillet, le pape reprendra l’avion pour le Guatemala. Là, après cinq heures de vol, il devra supporter l’altitude et le climat de ce pays perché à 1500 mètres d’altitude. Son séjour sur place a cependant été raccourci en raison d’une acclimatation difficile. Il aura tout juste le temps de poser le pied sur cette terre – pour la troisième fois – pour célébrer une messe de béatification, avant de repartir en avion moins de 24 heures après pour le Mexique.

Dans ce dernier pays, il est également prévu que Jean Paul II ne rencontre la population locale que brièvement. Au cours des deux jours de visites, il restera sur place, présidant une cérémonie par jour dans la basilique de Guadalupe. D’après l’archevêché de Mexico, des rendez-vous initialement prévus ont été annulés au dernier moment, pour permettre à Jean Paul II de se reposer.

Par ailleurs, la cérémonie de béatification de deux martyrs mexicains, le dernier jour, a été réduite à une simple liturgie de la parole, dans la matinée du 1er août. Le pape ne prendra pas le temps de déjeuner sur place, pour repartir directement vers l’Italie, en début d’après-midi. Un voyage où l’attendent encore plus de douze heures de vol.

Le dernier voyage apostolique du pape ayant duré plus de dix jours ­ en dehors de ses séjours en Pologne, en 1997 et en 1999, qui avaient duré respectivement 10 et 12 jours -, remonte au mois de janvier 1995, lorsqu’il s’est rendu aux Philippines, en Nouvelle-Guinée, en Australie et au Sri Lanka, pour son 63ème voyage. Jean Paul II était alors âgé de 75 ans. (apic/imedia/pr)

16 juillet 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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APIC – Dossier

Trente ans après la mort de M. Luther King, son «rêve» est loin d’être réalisé

L’Héritage du Prix Nobel de la Paix dilapidé

Dallas, 10 avril 1998 (APIC) Lorsque, le 4 avril 1968, Martin Luther King s’effondra sous les balles d’un extrémiste, c’est une part du rêve de toute la communauté noire que l’on assassina. La nouvelle de sa mort provoqua des émeutes dans 125 villes des Etats-Unis, entraînant la mort de 46 personnes et 21 270 arrestations. Trente ans après la mort de Martin Luther King la discrimination et la tension raciale ainsi que les disparités économiques entre blancs et noirs alimentent toujours l’actualité. Sa veuve demande en outre la réouverture de l’enquête.

La politique raciale actuelle aux Etats-Unis a abouti à de piètres résultats. Un récent sondage le démontré: 76% des blancs estiment que les noirs jouissent des mêmes droits professionnels et éducatifs qu’eux ainsi que des mêmes facilités de logement. Ils ne sont en revanche que 49% à le penser dans la communauté noire. Confrontée à de persistants «appels au réveil», le pays reconnaît que le fossé est encore grand.

Les résultats concrets de la politique raciale que cherche à mettre en place Bill Clinton sont pour l’heure plutôt maigres, alors que les symboles actuels du dilemme racial américain ont pour nom Rodney King (le passage à tabac de ce noir par la police de Los Angeles avait déclenché une vague d’émeutes sanglantes) et O. J. Simpson, la vedette de football américain, accusé d’avoir tué sa femme et finalement blanchi par la justice. Le nom de Martin Luther King figure aujourd’hui dans le dictionnaire national. Il évoque des notions idéalistes d’intégration, d’unité et de fraternité. Le souvenir de M. L. King se dresse aussi bien comme un signe commémoratif du chemin parcouru qu’un signal d’alarme en regard du chemin qu’il reste à parcourir.

Le jugement de l’Eglise sur Martin Luther King est aussi multiple que le pays qu’il a cherché à réconcilier. Les uns l’adulent comme un héros et un prophète de la paix, tandis que d’autres ne sont pas aussi convaincus de la pureté religieuse de son message public. Pour ces derniers, la non-violence et l’amour qu’il prônait étaient davantage le fruit d’un pragmatisme dicté par les circonstances que de sa foi. Comme Gandhi, M. L. King s’en serait servi comme tactique pour gagner une bataille dans laquelle ni le pouvoir, ni le nombre ne faisaient pencher la balance. Ils pensent encore que la non-violence était l’unique moyen dont il disposait pour aboutir à la reconnaissance des droits civiques de la communauté noire.

De l’autre côté, on n’est évidemment pas du même avis. M. L. King apparaissait comme le profil type dont la communauté noire du Sud avait besoin pour s’inscrire en faux contre les propos favorables à l’exploitation tenus par de nombreux pasteurs. M. L. King a su démonter les mécanismes qui faisaient des noirs des citoyens de seconde zone, contraints de céder leurs places aux blancs dans les transports publics et de fréquenter les arrière-salles des restaurants ou les arrière-boutiques, quand ils n’étaient pas tout simplement exclus des lieux «for Whites only» (réservés aux blancs).

Le succès d’un boycott

C’est en 1955, à Montgomery, en Alabama, que naît le mouvement de résistance non-violente. Martin Luther King, âgé de 26 ans, y est pasteur depuis un an. Depuis de nombreuses années, cette ville, dirigée par un certain Jim Crow, connaît la ségrégation raciale. Jusqu’alors, la communauté noire ne s’est jamais véritablement mobilisée pour faire valoir ses droits. Cela va changer après l’arrestation de Rosa Parks, une femme inculpée par la police pour avoir refusé de céder sa place dans le bus à un blanc. «Mes jambes étaient fatiguées», explique-t-elle aux représentants de l’ordre.

La communauté noire réagit en masse et décide de boycotter les transports publics. Le pasteur King devient le porte-parole de ce mouvement. Le pasteur Robert Groetz est le seul blanc à soutenir le mouvement. Le succès du boycott dépasse toute espérance, au point que les autorités de la ville abrogent le privilège des blancs dans les transports publics. La réaction ne se fait pas attendre: les domiciles de M. L. King, d’autres dirigeants noirs et de Groetz, «l’amant des Nègres», sont la cible de plusieurs attentats.

Le pasteur King et son mouvement donnent des idées aux communautés noires du Sud. Avec l’appui du pasteur Ralph Abernathy et d’autres dirigeants chrétiens noirs, M. L. King lance une organisation pour la reconnaissance des droits civiques. la Southern Christian Leadership Conference (SCLC). «On oublie souvent que le mouvement pour les droits civiques était un mouvement d’église, observe R. Groetz. Ses responsables étaient des pasteurs et les services religieux faisaient office de rencontres de masse.»

Fils, petit-fils et arrière-petit-fils de pasteurs d’Atlanta, Martin Luther King a baigné dans l’univers de l’église baptiste noire «Ebenezer» d’Atlanta et son enseignement «évangélique fondamental». Sa curiosité intellectuelle et son désir de comprendre la situation raciale profondément non-chrétienne du Sud le poussent à s’interroger. Sa théologie ira ainsi bien au-delà de ses racines fondamentalistes, sans l’amener pour autant à renier son héritage.

En août 63, Martin Luther King s’apprête à marcher sur Washington. L’événement au cours duquel il prononcera le célèbre «J’ai fait un rêve» reste l’apogée de sa célébrité. En 64, il reçoit le Prix Nobel de la paix et obtient la reconnaissance des droits civiques pour la communauté noire. En 65, il obtient le droit de vote pour les noirs. Si le combat de M. L. King commence à porter ses fruits dans le Sud du pays, la pauvreté, le chômage et la discrimination raciale font en revanche exploser la situation dans le Nord. Certains jeunes meneurs du mouvement non-violent commencent à perdre patience et finissent par se laisser séduire par le «black power movement».

Un discours prophétique

En 68, M. L. King prépare l’organisation d’une campagne devant réunir communautés noires et blanches qui doit avoir lieu à Washington. A la fin du mois de mars, il arrive à Memphis pour soutenir une grève d’ouvriers sanitaires noirs. Sa popularité a pâli depuis longtemps. J. Edgar Hoover, tristement célèbre chef suprême du FBI, le traite de communiste. Pour de nombreux Américains à la peau blanche, le nom de Martin Luther King est synonyme de troubles urbains. La haine et l’hostilité auxquelles il a dû faire face ont marqué son esprit.

Lorsque dans la nuit du 3 avril 68, il s’adresse aux 2’000 personnes réunies dans le Mason Temple de Memphis, son discours prend une dimension prophétique. Après un vibrant appel à poursuivre l’oeuvre commencée, le ton se fait plus grave. «Des jours difficiles sont devant nous(…). Mais cela ne me préoccupe pas maintenant. Parce que je me suis rendu au sommet de la montagne(…). Comme tout le monde. j’aurais voulu avoir une longue vie(…). Mais cela n’est pas pour moi aujourd’hui. Je ne veux qu’accomplir la volonté de Dieu. Il m’a permis de gravir la montagne. J’ai regardé au loin et j’ai vu la terre promise. Je ne pourrai pas y entrer avec vous. Mais je veux que vous sachiez qu’en tant que Peuple, nous entrerons dans cette terre promise».

Le lendemain soir. Martin Luther King était abattu, alors qu’il se trouvait sur le balcon du deuxième étage du motel Lorraine de Memphis.

Les évangéliques sont partagés

Trente ans après sa mort, en quoi les relations entre noirs et blancs ont-elles évolué? Cette dernière décennie a vu plusieurs mouvements évangéliques se repentir publiquement de leurs attitudes raciales passées. Parmi eux, les pentecôtistes, les baptistes du Sud et les Promise Keepers. Don Argue, président de l’Association évangélique nationale (AEN), pense qu’il reste néanmoins, parmi les évangéliques blancs, une «incapacité persistante à comprendre la question raciale». «La question du racisme est à l’ordre du jour dans chacune des communautés noires que je visite. Par contre, lors de rencontres organisées par des blancs, ce sujet n’est quasiment jamais abordé. J’en conclus que c’est parce que les Afro-américains sont confrontés à une forme de racisme continu et sont plus fréquemment tenus de justifier qui ils sont que leurs compatriotes blancs».

Si le rêve de Martin Luther King demeure l’idéal par lequel les chrétiens et les Etats devraient mesurer leur progrès dans les relations raciales, qu’en est-il dans les faits? Bien qu’un grand nombre de congrégations américaines soient intentionnellement devenues pluri-culturelles, de nombreuses églises locales donnent encore l’exemple d’une ségrégation raciale aux Etats-Unis.

Sur cette question aussi, les avis sont partagés. Les uns estiment qu’il ne s’agit pas forcément d’une mauvaise chose, la perspective d’intégration raciale de M. L. King étant jugée trop idéaliste et ne tenant pas compte des facteurs culturels, traditionnels et historiques. Pour les autres, cette séparation affaiblit la position de l’Eglise. Ils déplorent le confort dans lequel se complaisent les deux communautés aujourd’hui. Il n’en reste pas moins que les évangéliques ont mûri – tardivement – dans leur compréhension du personnage.

La plupart ont compris que l’Evangile impliquait un engagement crucial. Ils ont reconnu l’extraordinaire contribution de M. L. King et des autres pionniers des droits civiques. «Je sais que de nombreux progrès restent à accomplir, mais je crois qu’aussi longtemps que nous poursuivons le rêve. c’est à Dieu que nous plaisons», affirme l’un d’eux. (apic/spp/pr)

20 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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