Neuchâtel: La présidente du Conseil synodal de l’EREN s’en va pour raisons de santé

Apic Interview

Rien à voir avec les finances catastrophiques de l’Eglise réformée

Par Valérie Bory, Apic

Neuchâtel, 9 mai 2006 (Apic) Isabelle Ott-Baechler a démissionné de la présidence du Conseil synodal de l’Eglise réformée du canton de Neuchâtel (EREN) où elle avait été élue à 45 ans en 1999. Première femme à occuper ce poste dans le canton, Isabelle Ott -Baechler quitte le navire pour raisons de santé, à fin août 2006. Elle reprendra alors son «métier» initial, pasteure, dans le canton.

Non, la présidente du Conseil synodal (exécutif) de l’Eglise réformée de l’EREN, ne démissionne pas à cause de la situation grave des finances de l’Eglise, dont les comptes 2005 affichent un déficit de 1,47 million, comme le dernier Conseil synodal d’avril 2006 l’a communiqué. Des mesures drastiques ont été prises (voir Apic du 2 mai 2006). Mais l’érosion des finances est un souci récurrent dont avait déjà hérité la présidente Isabelle Ott-Baechler. En effet, elle a été engagée avec le mandat de rationaliser l’EREN, déjà en proie à un manque chronique des contributions ecclésiastique volontaires, dans ce canton où règne la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ce dernier finance toutefois les tâches sociales d’intérêt public de l’EREN. Les réformés neuchâtelois représentaient 67’923 personnes à fin 2005 sur une population cantonale de 168’980 citoyens

Apic: Pouvez-vous déjà faire un bilan de ces 7 ans passés à la tête du Conseil synodal?

Isabelle Ott-Baechler: J’ai été élue en vue de la réalisation d’EREN 2003, un projet d’Eglise qui restructure les paroisses. On est passé de 52 à 12 paroisses. Que ce soit au niveau de la direction d’Eglise, ou au niveau de la direction sur le terrain, il était nécessaire de travailler en équipe. Cela a été un succès de l’EREN au sens où ce changement assez important devait passer en votation auprès des paroissiens. EREN 2003 a été accepté largement, donc avec le soutien de la base. Cela ne veut pas dire que le projet soit parfait. On devra y amener des correctifs.

Apic: Ce projet de rationalisation était-il lié à la raréfication des fidèles et des ressources?

Isabelle Ott-Baechler: Ce n’était pas le but principal. Le but était de répondre aux attentes extrêmement diversifiées de la population, et on ne peut plus y répondre quand on est un seul pasteur généraliste dans sa paroisse. Quelles attentes? Vous avez des fidèles qui comprennent parfaitement la tradition réformée, qui veulent des approfondissement, qui veulent aussi une meilleure connaissance théologique, et vous avez des gens qui ne savent rien, qui sont intéressés mais ne connaissent pas le langage de l’Eglise. C’est une population à laquelle on a aussi envie de s’adresser, qui sont des gens sans aucune culture religieuse et peut-être même d’origine protestante, parfois.

Apic: Un phénomène de société alors?

Isabelle Ott-Baechler: C’est dû à une société où pas mal de gens ne savent pas où se situer; la transmission ne s’est pas faite. Le projet d’Eglise c’était ça, au fond, être mieux présent à la société parce que le christianisme et en particulier la tradition réformée n’est vraiment plus majoritaire dans la pensée.

Apic: Que reste-t-il à améliorer selon vous parmi les buts fixés par EREN 2003?

Isabelle Ott-Baechler: Une évaluation déterminera ce qui est réussi, ce qui l’est moins. Je pense que l’on n’a pas atteint tous les buts mais dans l’ensemble c’est une avancée positive. Il y a encore un travail à faire sur la question du langage. C’est encore un langage trop limité. Quand l’Eglise s’exprime, il y a beaucoup à faire, surtout au niveau de l’outillage des laïcs pour témoigner de leur foi avec un langage qui ne soit pas un langage d’initié. Tout l’aspect de transmission de la foi à tous les niveaux demande encore du travail. Comme celui de la visibilité, non seulement des activités de notre Eglise mais de son message fondamental. Nous avons d’ailleurs créé un demi poste de chargé de la communication. L’idée est encore que l’Eglise va à la rencontre de, plutôt qu’elle attende que les gens viennent à elle. Il y a aussi à améliorer la collaboration des permanents. Car il y a des laïcs professionnels, si je puis dire, et des bénévoles.

Apic: Au point de vue personnel qu’est-ce que ces années vous ont apporté?

Isabelle Ott-Baechler: J’ai appris un nouveau métier. C’est un plein temps. Une expérience unique et qui m’a marquée par la qualité des personnes avec qui j’ai collaboré au sein du Conseil synodal en particulier . Je voudrais souligner la qualité des laïcs que nous avons dans ce Conseil. Dans la capacité de développer une union d’Eglise, dans les compétences théologiques de ces laïcs et dans leur sagesse puisqu’on gère aussi des conflits humains, quand on est dans un exécutif.

Apic: Vous dites démissionner pour raisons de santé. Est-ce que la mauvaise situation financière de l’EREN a accru les soucis liés à ce poste?

Isabelle Ott-Baechler: J’ai une maladie qui est la maladie d’Addison (insuffisance surrénale). Je pense qu’une fatigue s’installe au bout de 7 ans de présidence avec des charges qui sont très lourdes. Si je n’avais pas eu cette maladie, me serais-je trouvée dans la même situation? Je ne peux le dire. C’est une maladie qui fragilise, car l’équilibre de santé est assez difficile à garder et elle affecte l’entier de la personne si ça fonctionne mal. Quant aux problèmes financiers, ils sont récurrents dans notre Eglise. Lorsque j’ai commencé, ils existaient déjà.

Apic: Est-ce lié aux contributions ecclésiastiques volontaires, du fait de la séparation de l’Eglise et de l’Etat dans le canton de Neuchâtel?

Isabelle Ott-Baechler: Oui, c’est évident. Les contributions sont volontaires, certes c’est un facteur, mais il y a une crise économique ou financière dans le canton de Neuchâtel . L’Etat déplore les 23 millions de moins de contributions des personnes physiques. Donc une situation peu favorable.

La rentrée des contributions ecclésiastiques suit en général la situation du canton.D’autres institutions sont touchées, des communautés, des associations, etc.

Apic: Serait-ce donc lié aussi à un phénomène de société? Baisse du religieux?

Isabelle Ott-Baechler: Je dirais qu’il n’y a pas tellement une baisse du religieux qu’une désaffection des institutions en général. Que ce soit pour la Croix Rouge Internationale ou autre, il est devenu difficile aux institutions traditionnelles de récolter des fonds. Les gens préfèrent contribuer sur un coup de coeur et participer eux-mêmes. Ils iront volontiers en Afrique construire une école et trouveront des fonds dans leur quartier, auprès de leurs copains, leurs amis, mais donner à quelque chose qui existe depuis très longtemps n’est plus «porteur».

Apic: L’Eglise protestante a subi l’érosion due à l’immigration catholique même à Neuchâtel puisque ce phénomène a fait passer l’Eglise catholique au premier rang en Suisse?

Isabelle Ott-Baechler: Oui, il y a une baisse démographique des protestants depuis 1940 en Suisse. Il manque un renouvellement. Actuellement on est encore majoritaires dans le canton de Neuchâtel mais de relativement peu par rapport à l’Eglise catholique romaine.

Apic: Devant cette situation, le canton Neuchâtel pourrait-il aider l’Eglise protestante, qui fait partie de la culture même de la région?

Isabelle Ott-Baechler: Vous êtes idéaliste! En 1960, il y a eu une votation populaire de nationalisation de l’Eglise protestante, qui a été refusée par le peuple. Et actuellement si vous suivez la tendance en Suisse, et particulièrement en Suisse alémanique, on est plutôt dans la tendance séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il y a des phénomènes multiples à l’origine de cette évolution: le fait qu’il y ait maintenant en Suisse d’autres religions amène que l’on commence à se poser la question du rôle des religions traditionnelles.

Apic: On serait alors tenté de se demander si elles ont encore leur place!

Isabelle Ott-Baechler: Mais bien sûr! C’est un choix de société. Il faut savoir si on est une société du marché du religieux, comme aux Etats-Unis, où chacun essaie de se profiler et de trouver les fonds nécessaires – un mode de société que je ne partage pas mais qui existe -. Ou bien plutôt comme dans le canton de Neuchâtel, où l’Etat cantonal régule le phénomène religieux, puisque nous sommes une Eglise reconnue par l’Etat.

Ce n’est pas rien. On a une collaboration avec l’Etat et des relations tout à fait remarquables. L’exécutif cantonal participe à nos synodes, nous participons à des groupes de travail de l’Etat, etc. Je trouve que c’est une forme très intéressante de collaboration avec l’autorité civile. Mais je vois mal comment à terme une Eglise très minoritaire peut rester une Eglise financée tout de même par l’Etat (subventionnement pour certaines des actions sociales de l’EREN). Et je pense qu’il faudra plutôt trouver des formules où il y ait un soutien de l’Etat.

Apic: Puisque l’Etat vous subventionne pour certain nombre de tâches sociales que vous effectuez, trouvez-vous favorable qu’il n’y ait pas de contribution fiscale globale pour soutenir l’Eglise protestante dans le canton?

Isabelle Ott-Baechler: Ce n’est pas la tradition du canton de Neuchâtel. Nous avons une Eglise qui traverse de gros problèmes financiers mais comme toutes les entreprises. Et qui vit comme les gens dans la société. Qui n’est pas en somme préservée. Donc cela créée aussi un esprit d’entreprise. Il est clair que c’est lourd, difficile, que ça pose des tas de problèmes. Je trouverai plus intéressant, plutôt que d’aller vers le canton, de poser la question aux citoyens. Est-ce que les citoyens veulent continuer à bénéficier des services d’une Eglise qui est au service de toute la population? Alors, il faut qu’ils la soutiennent.

Si 2000 personnes payaient leur impôt d’Eglise, on n’aurait pas de problèmes financiers. Les personnes actuellement qui paient un impôt d’Eglise choisissent de le faire volontairement. Il s’agit en gros d’une moyenne de 500 francs par année. Cela suffirait, car nous avons une gestion absolument rigoureuse.

Les autres Eglises ne se rendent pas compte: on a un rapport qualité prix absolument imbattable en Suisse. Seule l’Eglise protestante de Genève pourrait entrer dans la comparaison. On est une Eglise très bon marché. Des salaires très bas: 85% de notre budget, ce sont des salaires, donc nous avons peu de dépenses administratives.

Apic: Au niveau des prestations de l’Eglise, êtes-vous une Eglise qui facture les mariages ou autres services religieux?

Isabelle Ott-Baechler: Non, pas du tout. On demande aux gens de payer leur impôt d’Eglise. Ceux qui demandent un service à l’Eglise, on leur demande de payer leur contribution ecclésiastique de l’année.

Apic: Contrôlez-vous ces versements pour ceux qui vous demandent un service religieux?

Isabelle Ott-Baechler: Non on ne contrôle pas. Mais on réfléchit à cette question. Faut-il varier les modes de paiement? Faut-il faire des tarifs pour les actes ecclésiastiques? On n’y a pas encore répondu. Peut-on aussi proposer une autre forme de soutien financier pour l’Eglise, en plus de la contribution ecclésiastique?

Pour l’instant, j’ai de la peine à prendre le recul nécessaire sur mes activités de ces 7 ans car je suis encore en plein dedans jusqu’à fin août. Mais je ne voudrais pas qu’on en déduise que rien n’est perfectible! Après mon élection, je parlais au Synode d’enthousiasme. C’est vrai que j’ai toujours pu accomplir mon ministère, en tant que pasteure de paroisse, aumônier de jeunesse et maintenant présidente, avec enthousiasme. Ce ministère de présidente avec les difficultés que cela comporte et les aspects de remise en question – parce qu’on voit aussi des aspects pas toujours positifs de l’Eglise, des conflits entre personnes – n’a pas entamé mon enthousiasme par rapport à la mission de l’Eglise et à son rôle dans la société. (apic/vb)

9 mai 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Russie: Avec l’arrivée de Benoît XVI, nette ouverture de l’Eglise orthodoxe envers Rome

APIC – Interview

Mgr Joseph Werth, évêque de Novosibirsk, se montre optimiste

Jacques Berset, Apic

Fribourg/Novosibirsk, 21 novembre 2005 (Apic) Depuis l’arrivée du nouveau pape Benoît XVI, en avril dernier, l’Eglise orthodoxe russe s’est beaucoup ouverte envers Rome, affirme Mgr Joseph Werth, évêque de la Transfiguration à Novosibirsk, en Sibérie.

«Depuis longtemps, l’Eglise orthodoxe avait vu que l’on ne pouvait plus mener une telle politique hostile au XXIème siècle, et le changement de pape à Rome a fourni l’occasion idéale de recommencer sur d’autres bases», a-t-il confié fin novembre à l’Apic à l’issue d’une tournée de prédications en Suisse à l’invitation de l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED).

Mgr Werth, qui a succédé à Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, archevêque de la Mère de Dieu à Moscou, à la tête de la Conférence des évêques catholiques de la Fédération de Russie, estime que ce changement se dessinait depuis quelques temps déjà. «Pour parler diplomatiquement, l’Eglise orthodoxe russe ne pouvait pas se permettre de perdre la face, alors elle a attendu le moment favorable», note le jésuite né en octobre 1952 au Kazakhstan dans une famille déportée au-delà de l’Oural lors des purges staliniennes des années 30.

Apic: Le nouveau pape est-il perçu différemment à Moscou ?

Mgr Werth: Certainement, il doit être perçu différemment que le pape polonais, mais ce n’est pas cela qui est déterminant: le nouveau pape n’a vraiment changé de politique. L’Eglise orthodoxe a vu depuis longtemps qu’elle était dans une impasse, alors elle a attendu le moment favorable pour faire un pas en direction des catholiques sans perdre la face.

On est désormais au commencement d’une nouvelle étape, on peut maintenant faire un pas en direction de l’Eglise catholique. J’espère que cette évolution positive se poursuive, car c’est une bonne nouvelle, même s’il ne faut pas devenir euphoriques, car c’est une histoire qui dure depuis des siècles.

Apic: Parlez-nous un peu de votre Eglise, perdue dans les immensités de la Sibérie.

Mgr Werth: Notre diocèse de la Transfiguration, à Novosibirsk, a une population de quelque 25 millions d’habitants.répartis sur une superficie qui atteint les 4 millions de km2. Quand on parle de 10’000 fidèles dans mon diocèse, ce sont là seulement ceux qui viennent le dimanche à la messe. Nos 52 prêtres – seuls 7 sont citoyens de Russie, les autres sont Allemands, Italiens, Polonais, Slovaques, Américains, etc. – ne peuvent pas desservir tous les dimanches une telle étendue.

Nous avons 60 paroisses enregistrées, sans compter plus de 200 communautés qui ne sont pas enregistrées. Il faut penser aux distances: du Nord au Sud du mon diocèse, ce ne sont pas moins de 3’000 kilomètres, de l’Océan arctique aux massifs de l’Altaï, et d’Ouest en Est, de l’Oural au Kouzbass, il y a presque 2’000 kilomètres de distance!

Nombreux sont donc les fidèles qui nous n’avons encore pas pu rencontrer; nous tombons encore aujourd’hui sur des gens qui n’avaient encore jamais vu un prêtre catholique de leur vie! J’estime qu’il y a bien un million de personnes d’origine catholique dans toute la Sibérie, mais c’est là le chiffre maximum, car on ne peut donner aucune statistique précise.

Apic: Si vous aviez plus de prêtres à disposition, davantage de personnes se déclareraient catholiques.

Mgr Werth: Evidemment! Ils appartiennent pour nombre d’entre eux aux minorités déportées en Sibérie: ce sont des gens d’origine polonaise, allemande, lituanienne, lettone, ukrainienne, biélorusse, sans compter ces dernières années les gens du Caucase, dont les Arméniens catholiques, qui sont venus trouver du travail chez nous ces quinze dernières années dans les villes de Novosibirsk, Barnaoul, Tomsk, Tiumen. Dans un village sur deux, il y a au moins une ou deux familles catholiques, et nous sommes démunis avec si peu de prêtres pour assurer les services pastoraux.

Apic: Notamment une partie des Allemands déportés sous Staline.

Mgr Werth: Selon certaines statistiques, on trouvait en Russie même en 1989 quelque 800’000 Allemands et aujourd’hui 600’000, d’après le dernier recensement. Cela s’explique: si un million sont déjà partis en Allemagne, c’est qu’ils étaient en fait bien plus nombreux, mais ils n’avaient pas voulu se faire enregistrer comme Allemands, car à l’époque ce n’était pas facile. Mais quand il y a eu la possibilité d’émigrer, beaucoup se sont annoncés comme Allemands.

On en trouve également dans les pays voisins, comme le Kazakhstan. Mais il faut noter qu’il y a beaucoup de familles mixtes, car après les déportations des années 30 et du début de l’invasion allemande en 1941, on ne pouvait plus parler allemand et les écoles allemandes ont été fermées. Les gens ont ainsi été russifiés pendant plusieurs générations.

Apic: Des Russes de souche viennent également à l’église catholique.

Mgr Werth: L’Eglise catholique est évidemment ouverte à tous; si des Russes veulent venir chez nous, ils sont bienvenus. Mais ils doivent suivre des cours de catéchèse au moins durant un an, faute de quoi ils ne sont pas reçus. S’ils sont baptisés dans l’Eglise orthodoxe, on ne les rebaptise pas, car le baptême orthodoxe est reconnu. Même des catholiques ont reçu le baptême orthodoxe, car il n’y avait pas aucun prêtre catholique en Sibérie.

Le premier prêtre catholique, qui a commencé à oeuvrer en 1982, est le fameux Père Joseph Swidnicki, (que les gens appelaient «le moine de fer» pour son grand courage, ndr), qui sortait de prison.

Apic: Depuis la chute du communisme, la société s’est disloquée et les problèmes sociaux se sont aiguisés. Que fait l’Eglise pour y faire face ?

Mgr Werth: On peut dire que la situation s’est tout de même améliorée depuis que j’ai été nommé administrateur apostolique en Sibérie en 1991, puis évêque en 2002. Dès le début, nous avons été confrontés aux problèmes sociaux, et l’Eglise a immédiatement entrepris les démarches pour enregistrer légalement la Caritas. Nous avons commencé par la distribution de nourriture pour les sans abris et les enfants des rues dans les villes de Novosibirsk, Tcheliabinsk, Barnaoul, Omsk et d’autres grandes villes.

Nous nous occupons de homes pour des enfants orphelins ou abandonnés. Si nous devons aussi faire face aux problèmes d’alcoolisme, ce sont maintenant les drogues et les narcotiques qui se répandent parmi les jeunes. Souvent, c’est le chômage qui est à l’origine de la destruction des familles et qui amène ces problèmes. Auparavant, tout le monde avait du travail: à la campagne dans les kolkhozes, en ville dans les usines.

Apic: Aujourd’hui, les kolkhozes ont disparu et les paysans privés n’obtiennent plus de soutien.

Mgr Werth: Effectivement, ils doivent se débrouiller tout seuls. L’alcoolisme est souvent la conséquence de cet abandon. Je me souviens qu’en 1991, on nous promettait de résoudre les problèmes grâce à un programme de «500 jours»: transformer dans ce temps record l’économie socialiste en économie capitaliste de marché. Des gens «intelligents» nous l’avaient promis, sans voir tous les problèmes que cela allait provoquer. On n’a pas encore de perspectives claires.

Ce que l’on voit, c’est la petite couche de gens très riches, face à une large couche de gens très appauvris. Parmi les gens qui peuvent s’en sortir, il y a par ex. les professeurs, qui doivent cumuler les emplois pour pouvoir nourrir leur famille. Un professeur d’Université gagne certainement plus qu’il y a dix ans, et c’est la même chose pour un ouvrier. quand il a du travail! Une jeune institutrice gagne ainsi tout juste 2’000 roubles, 100 francs suisses par mois. Heureusement que des jeunes peuvent encore vivre auprès de leurs parents.

Il faut penser que dans les villes, la vie est presque aussi chère que dans les pays de l’Ouest. Près de la cathédrale, on a construit une nouvelle maison il y a cinq ans: à la vente, le m2 carré bâti coûte 1’500 dollars. La grande masse n’y a pas accès!

Apic: Face à ces immenses problèmes sociaux, travaillez-vous avec les orthodoxes ?

Mgr Werth: Nous sommes ouverts à la collaboration, mais les orthodoxes font attention de ne pas apparaître trop ouvertement à nos côtés. Ils ont très peur de ce qu’ils appellent le prosélytisme des catholiques. On travaille volontiers avec les luthériens, mais d’autres communautés chrétiennes, comme les baptistes, sont moins ouvertes à l’oecuménisme et à l’action sociale commune. JB

Encadré

Déportés sous Staline

Mgr Joseph Werth est né à Karaganda au Kazakhstan le 4 octobre 1952. Deuxième de onze enfants, il a vécu dans une famille d’Allemands de Russie déportée au-delà de l’Oural lors des purges staliniennes des années 30, durant la campagne contre les «koulaks», les paysans aisés.

Avant leur déportation, la mère vivait dans la communauté des Allemands de la Mer Noire et le père dans la République socialiste soviétique autonome des Allemands de la Volga, fondée au début des années 1920 et dissoute en 1941 lors de l’invasion allemande de l’Union soviétique. Ses habitants furent déportés en masse en Sibérie et en Asie centrale soviétique et vécurent longtemps sous administration spéciale, la «Spezkomendatura», qui ne leur permettait même pas de sortir de leurs villages. Les familles furent russifiées de force.

En 1975, Joseph Werth est entré clandestinement dans la Société de Jésus. Quatre ans plus tard, il était accepté dans le séminaire officiel de Kaunas, en Lituanie. Ordonné prêtre en 1984, il a travaillé comme chapelain à Svencionys, en Lituanie, puis comme curé à Aktioubinsk, au Kazakhstan, avant d’être nommé curé à Marx, sur la Volga, de 1987. En 1991 il devient administrateur apostolique de Sibérie, puis évêque Novosibirsk en 2002. JB

Des illustrations de cet article peuvent être commandées à l’agence CIRIC, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 38 Fax 026 426 48 36 Courriel: info@ciric.ch Dorénavant, les photos de CIRIC peuvent être commandées automatiquement par internet sur le site www.ciric.ch

Jérusalem: Les organisations internationales catholiques (OIC) pour une «culture de paix»

L’assemblée générale des OIC plaide la réconciliation

Richard Werly, envoyé spécial à Jérusalem

Jérusalem, 21 novembre 2005 (Apic) Plus de 40 organisations catholiques internationales (OIC) ont entamé ce week-end à Jérusalem leur assemblée générale sur le thème «Pour une culture de paix». Ces organisations laïques, représentatives de tous les secteurs de la société sont représentées pour cette assemblée qui s’achèvera mardi 22 novembre par une centaine de délégués venus de tous les continents.

Le pape Benoît XVI, dans un message lu dimanche 20 novembre au centre Notre-Dame de Jérusalem, s’est déclaré sensible au thème retenu. «La paix entre les hommes comme entre les nations naît en effet du dialogue», rappelle le message pontifical lu par le nonce apostolique Pietro Sambi. «Car celui-ci permet aux hommes de s’accueillir mutuellement dans le respect de leurs différences et dans la reconnaissance de leur commune identité».

La conférence des OIC, ainsi dénommée au sein de l’Eglise catholique, regroupe l’ensemble des mouvements de militants catholiques laïcs engagés dans l’action internationale. Le fait de se réunir à Jérusalem se veut un signe fort de paix: «Nous sommes venus ici pour témoigner de notre soutien aux initiatives de réconciliation», a affirmé à la tribune le président de la conférence, Ernest Koenig (Autriche), candidat à sa réélection.

Mgr Sabbah plaide pour le respect de tous à Jérusalem

L’importance de l’événement à été confirmée par la présence, à l’ouverture de l’assemblée vendredi puis aux cérémonies de dimanche, du patriarche latin de Jérusalem Mgr Michel Sabbah. «Jérusalem aujourd’hui est une ville à la recherche de stabilité, a déclaré le patriarche latin. Or celle-ci ne peut être atteinte que par le respect de sa nature fondamentale de ville sainte, de ville de Dieu (.) Ceux qui se battent pour Jérusalem doivent

être capables d’aimer et de respecter tous leurs frères et soeurs de toutes nations et religions».

Président de Caritas Internationalis, l’agence d’aide de l’Eglise catholique, Denis Vienot a rappelé pour sa part la nécessité de justice et, dans le domaine humanitaire, l’importance de clarifications sur des sujets aussi délicats, par exemple, que l’engagement des militaires dans les secours d’urgence. «C’est une nouvelle mode, comme le manifeste actuellement l’engagement de l’OTAN au Pakistan, a-t-il déclaré. Or il faut veiller à éviter des situations de mélange des genres politiquement et éthiquement dangereuses».

Invités à rencontrer les délégués des OIC et à donner leurs témoignages, les catholiques de Jérusalem et des territoires palestiniens ont souligné pour leur part l’importance de cette conférence: «Nous savons que nous sommes soutenus et que nous ne sommes pas seuls et cela compte dans les temps difficiles que nous vivons», a expliqué une de leurs porte-parole. Les chrétiens de Palestine, pris en étau entre les forces israéliennes et les musulmans ne sont plus que quelques dizaines de milliers en Terre Sainte. Ils ont massivement émigré. Dans la seule ville de Bethléem, lieu de naissance de Jésus, ils ne seraient plus que 7’000 sur une population de 35’000. RW

Encadré

L’Eglise universelle a le regard tourné vers Jérusalem

Le patriarche latin de Jérusalem a salué la tenue de l’assemblée générale de la conférence des OIC à Jérusalem du 18 au 22 novembre. «La présence des organisations catholiques à Jérusalem est toujours importante pour nous. Elle marque le caractère chrétien de cette ville. Elle montre que l’église universelle a le regard tourné vers nous. Nous sentons cette présence à nos cotés et nous en avons besoin», a souligné Mgr Michel Sabbah. Les OIC sont en plus chez elles à Jérusalem, a-t-il ajouté, précisant qu’aucune paix ne peut s’y faire sans le respect de toutes les confessions.

«Nous continuons d’étouffer, nous demeurons toujours dans une grande prison»

Mgr Sabbah rappelle que malgré le calme relatif qui prévaut actuellement dans la ville sainte, «nous demeurons dans un état de guerre. C’est cela la réalité, que des accalmies surviennent ou pas». Et le patriarche latin de rappeler que l’attitude des autorités israéliennes demeure dictée par les impératifs de sécurité. «La liberté religieuse est sacrifiée. L’accès aux sanctuaires chrétiens de Jérusalem est souvent impossible pour les catholiques de Palestine, coincés derrière le mur de séparation. On peut toujours se réjouir du calme à court terme. Il nous permet de respirer. Mais sur le long terme, nous continuons d’étouffer».

Le nouveau leader travailliste, Amir Peretz, parle certes de paix et de poursuite des négociations.»Le calme actuel ne nous empêche pas de demeurer toujours dans une grande prison. Les catholiques des territoires palestiniens ne peuvent pas en sortir, sauf à attendre des heures aux points de contrôle sans aucune garantie. Tant que ces barrières demeureront, tant qu’une partie de la population de cette terre sera enfermée, la violence fera son lit de cette exclusion».

L’élection d’Amir Peretz, le nouveau leader travailliste, peut ouvrir une nouvelle période, poursuit Mgr Sabbah. «Mais ce dernier, s’il arrive au pouvoir, retrouvera devant lui des situations inextricables. Il y a dans ce pays un mur psychologique, une mentalité crée par 50 années de guerre. Le sentiment qu’il est impossible de vivre ensemble prédomine. Le changer demandera beaucoup de temps. Et pour changer cela, il faut redonner aux Palestiniens ce qui leur revient». Le patriarche latin de Jérusalem estime que la menace de nouvelles violences est toujours là. A ses yeux, elle est indissociable de la vie des Palestiniens à Jérusalem. «Les gens s’habituent à tout. Ils vivent dans leurs prisons de béton et, un jour, ils se révoltent. Le climat est empoisonné par cette pseudo sécurité. Les curés, les évêques, les fidèles vivent à l’aune de cette sécurité et de ses exigences toujours plus grandes. Nous n’arriverons à aucun règlement durable sans un retour à la normalité». (apic/rw/be)

21 novembre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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