"Après une ou deux décennies de règne de la théorie du gender, voilà donc le retour du balancier" (Photo: pixabay.com)
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"Après une ou deux décennies de règne de la théorie du gender, voilà donc le retour du balancier" (Photo: pixabay.com)

Formatage


«Femmes formatées pour mettre au monde.» Je ne dirais pas que cette expression m’était inconnue. Mais j’ai été tout de même surpris de l’entendre prononcer dans un débat radiophonique récent sur le partage des tâches domestiques entre maris (compagnons) et femmes. A faire retourner dans leur tombe les os de Simone de Beauvoir qui prétendait qu’on ne naissait pas femme, mais qu’on le devenait. Après une ou deux décennies de règne de la «théorie du gender», voilà donc le retour du balancier. Il est vrai que la nature a horreur du vide!

A vrai dire, c’est le mot «formatage» qui me gène et fait hérisser les rares et derniers cheveux que j’ai encore sur le crâne. Comme si notre agir, nos dispositions et ce qu’on appelle notre liberté étaient programmés – de toute éternité – par nos gènes. Comme si une prédisposition étouffait nos désirs personnels et soumettait nos initiatives à un destin aussi tyrannique que déterminé. De là ces fameux préjugés qui se conjuguent en «isme»: machisme, féminisme, et qui se réclament de la fameuse loi d’airain: «C’était écrit!».

L’emploi du mot «formatage» ou de ses équivalents en théologie me révulse.

Je ne suis pas naïf au point de nier les obligations de ma «nature». L’avancée en âge ne fait que les rendre plus contraignantes. Mais je choisis quand même de naviguer, non pas entre hasard et nécessité – n’en déplaise à Jacques Monod! – mais entre liberté et nécessité. Entre une disposition naturelle que j’ai faite mienne, que je ne porte pas comme un fardeau ou traîne comme un boulet, et la liberté qui se permet de jouer avec elle.

L’emploi du mot «formatage» ou de ses équivalents en théologie me révulse aussi. Comme si l’enfant de Bethléem était lui aussi divinement «formaté», ne pouvant rien faire par lui-même ou de lui-même, puisque toute sa vie était pré-destinée. Alors, si c’était le cas, n’attendez de cet enfant aucune espièglerie; son rire, ses pleurs ne sont que factices. Jésus ne «grandit» pas en sagesse et en âge devant Dieu et devant les hommes. Il n’est qu’un robot, un fantôme d’humanité.

Il a fallu attendre quatre siècles pour que les chrétiens osent affirmer que Jésus était tout à la fois Dieu et Homme, sans confusion, ni réduction de l’un à l’autre. C’est un «mystère», dit-on. Est-ce aussi un mystère qu’une femme puisse être faite pour mettre au monde des enfants, tout en demeurant libre de les faire naître?

Guy Musy | 30.12.2016

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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