Dituria, l’Association culturelle des musulmans albanophones de Genève a ouvert ses portes aux jeunes | © Myriam Bettens
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Dituria, l’Association culturelle des musulmans albanophones de Genève a ouvert ses portes aux jeunes | © Myriam Bettens

Le défi du dialogue interreligieux


Guy Musy | Comment ne pas se réjouir quand une soixantaine de jeunes genevois et genevoises se retrouvent pour des ateliers “créatifs” et  sans doute aussi récréatifs? Le fait serait banal si ces jeunes n’avaient pas été invités par la Plateforme interreligieuse de Genève dans des salles paroissiales et même dans une mosquée de la commune banlieusarde de Plan-les-Ouates.

J’ai lu avec attention les échos de cette manifestation relevés par cath.ch (29.10.2018). Contents de se rencontrer sans doute, mais sans plus. L’une des participantes le reconnaît sans détours: “La religion des gens importe peu finalement…L’amitié ne se fonde pas sur ce genre de choses.” Belle franchise de notre jeunesse sécularisée à l’excès, qui n’a pas besoin des religions pour s’amuser et s’apprécier. Il faudrait même se méfier des emballements religieux qui, au dire de beaucoup d’adultes, favorise la haine et les conflits. Donc félicitons la Plateforme. En favorisant le vivre ensemble au sein de notre région humainement si disparate, elle apporte son grain de sable aux multiples associations privées ou publiques, de toute sensibilité et philosophie, qui depuis longtemps travaillent en ce sens dans la cité d’Henry Dunant. Mais nous attendions mieux d’une Plateforme qui ne cache pas son label religieux.

“Des jeunes chrétiens ont découvert étonnés la prière du soir formulée à la mosquée”

En effet, la Plateforme interreligieuse a mieux à faire qu’à reprendre le programme d’un parti politique ou d’une œuvre humanitaire. Elle doit respecter sa spécificité. Faire connaître les richesses du contenu des croyances de ses membres, non pour exacerber leurs divisions, mais pour leur faire découvrir les moyens de les surmonter et de les unir. C’est un travail sérieux, de longue haleine, qui exige courage et persévérance. C’est là l’enjeu d’un vrai dialogue interreligieux et non le plaisir fugace de se taper sur l’épaule entre bons amis. J’attends encore que la Plateforme interreligieuse genevoise s’attelle à cette œuvre essentielle.

Mais peut-être que ’exagère! Je lis dans le même communiqué que des jeunes chrétiens qui se retrouvaient à Plan-les-Ouates ont découvert étonnés la prière du soir formulée à la mosquée. C’est un début de vrai dialogue interreligieux. Mais comme j’aimerais que l’inverse fut vrai: que de jeunes juifs ou musulmans assistent eux aussi à un culte réformé ou à une messe catholique. Et qu’ils puisent en discuter avec leurs camarades chrétiens qui fréquentent le temple ou l’église. Je reste persuadé qu’une pratique religieuse authentique, non seulement n’isole pas les humains, mais les rapproche au plus profond d’eux-mêmes.

Guy Musy

2 novembre 2018

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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