la Faculté de Théologie protestante de Genève inscrit dans son programme des cours de théologie catholique (Photo: Jacques Erard/unige)
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la Faculté de Théologie protestante de Genève inscrit dans son programme des cours de théologie catholique (Photo: Jacques Erard/unige)

Printemps œcuménique


Une hirondelle ne fait pas elle seule tout un printemps. C’est bien connu. Mais pourquoi faire la fine bouche quand elle vient à passer?

J’applaudis donc des deux mains à l’initiative de la Faculté de Théologie protestante de Genève d’inscrire dans son programme des cours de théologie catholique. Elle a déjà connu des professeurs catholiques invités en raison de leur compétence. Mais, cette fois-ci, il s’agit d’un enseignement de théologie catholique qui sera donné par des professeurs catholiques. Genève les a trouvés à Lyon. D’où ma première surprise.

En théologie comme partout ailleurs, l’argent demeure le nerf de la guerre.

Bien sûr, j’aurais dû savoir que depuis Farel et Calvin c’est le vent d’Ouest qui souffle au bout du lac et que les frontières culturelles de Genève coïncident avec les rives de la Versoix. J’aurais dû aussi me souvenir des escapades de mon frère dominicain Christian Duquoc, professeur à l’Institut catholique de Lyon, remontant le Rhône en catimini pour déverser son savoir sur de jeunes têtes calviniennes ou calvinistes. Une brèche était ouverte; il suffisait de l’élargir.

Il y a plus. En théologie comme partout ailleurs, l’argent demeure le nerf de la guerre. Il en fallait donc pour honorer les nouveaux invités de la Faculté de Genève. Et voilà ma seconde surprise. La Faculté passa la facture à l’Eglise catholique (ECR) qui partit à la chasse aux mécènes. Ce fut une congrégation religieuse – qui a des attaches lyonnaises – qui répondit à l’appel. De prime abord, je jugeai le procédé inélégant. Comme si celui qui invite devait faire supporter à son hôte les frais de son hospitalité. Curieuse façon de mettre en pratique le fameux verset de la Lettre aux Hébreux 13,1-2: «Que l’amour fraternel demeure. N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains ont accueilli des anges». Mais que valent ces belles et pieuses considérations face au marasme financier dans lequel pataugent nos brillants instituts supérieurs. Vivraient-ils encore sans les «bienfaiteurs» venus de la banque ou de l’économie? On pourrait se réjouir de leur générosité, tout en regrettant qu’elle ne fut pas totalement désintéressée.

En l’occurrence, l’Eglise catholique a tout à gagner à dévoiler elle-même ses secrets, plutôt que s’en remettre à des voisins – bien intentionnés – qui en parlent derrière son dos. Le premier mot du dialogue est la connaissance mutuelle. En confiance et en vérité. Merci à la Faculté de théologie de Genève d’avoir franchi ce pas. Une belle avancée œcuménique.

Guy Musy | 09.03.2017

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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