Notre-Dame de l'Immaculée Conception, rue du Bac à Paris. (photo: Flickr/baldeaglebluff/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-SA 2.0</a>/)
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Notre-Dame de l'Immaculée Conception, rue du Bac à Paris. (photo: Flickr/baldeaglebluff/CC BY-SA 2.0/)

Rue du Bac


Guy Musy | Rue du Bac au cœur de Paris. Chapelle de la Médaille miraculeuse. J’assiste à l’une des messes qui ponctuent la journée d’une semaine ordinaire. Surprise! Je suis quasiment le seul visage pâle parmi les Antillais, Africains, Indiens et autres Asiatiques qui remplissent la Chapelle à cette heure matinale. Je renouvelle ma dévotion à un autre moment du jour suivant. Même configuration. Derechef le lendemain. On prie, on chante. Assez faux, je dois le dire, mais avec conviction. Et le célébrant est à l’unisson : prêche africain, moralisateur, clair et distinct.

J’abandonne Catherine Labouré et sa médaille pour me réfugier cent mètres plus haut dans une crypte où l’on fait mémoire des Missionnaires martyrisés en Extrême Orient. Un srilankais me sert de guide. A travers les icônes qui représentent ces témoins issus de nos campagnes, une mélopée envoûtante monte à mes oreilles et me perce le cœur. J’imagine un décor musical propre à créer une ambiance mystique dans ce souterrain. Illusion. Sous une voûte, face à une vingtaine de jeunes Asiatiques, un prêtre de là-bas leur montre une hostie blanche fractionnée, symbole du martyre, et les invite à y communier.

Aux pauvres les médailles, aux riches les échoppes de luxe et les produits griffés!

Je rêve. Fais-je partie de la même Eglise? Où sont passés mes frères et mes soeurs de sang et de peau, descendant de ceux qui ont créé ces lieux de prière et qui ont risqué leur vie pour témoigner de leur foi, très loin de leur terre natale? Après la mission, voici donc venu le temps de la “dé-mission”? Apostasie collective et avènement d’une nouvelle religion assortie de rites qui ne se célèbrent pas  dans ce secteur de la Rue du Bac, mais un peu plus bas, dans les boutiques du “Bon Marché” où s’engouffrent les adorateurs et adoratrices du dieu Mammon. Aux pauvres les médailles, aux riches les échoppes de luxe et les produits griffés!

C’était un colloque œcuménique sur l’histoire des missions chrétiennes qui m’avait amené à Paris. Nous nous interrogions sur le Dieu prêché par les missionnaires de jadis à des autochtones qui adoraient déjà le leur. Un pasteur bien inspiré nous proposa de réfléchir au Dieu que les Occidentaux annoncent aujourd’hui, ou plutôt à celui dont ils ont pris le parti de taire le nom. Programme urgent!

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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