Homélie du 12 mai 2019 (Jn 10, 27-30)

Diacre Stephan Rempe – église Saint-Prothais, Saint-Prex

Ce passage d’évangile d’aujourd’hui est très court, mais il fait suite à une réponse de Jésus au Juifs qui lui demande: Si c’est toi le Christ, dis-le nous ouvertement. Alors Jésus leur dit: ce sont les œuvres que je fais, moi, au nom de mon Père, voilà ce qui me rend témoignage. Mais vous, vous ne me croyez pas, parce que vous n’êtes pas de mes brebis.

Puis il continue : mes brebis écoutent ma voix et moi je les connais… Jésus nous redis qu’il est venu pour nous guider, il ne nous abandonne pas, et il aimerait que nous lui fassions confiance.

Nous ne savons pas toujours où la vie nous mène, dans quel milieu nous sommes appelés à vivre, quelles personnes nous allons rencontrer… toutes ces inconnues de notre existence terrestre qui ont de quoi nous déstabiliser parfois, eh bien le Seigneur nous redit que si nous restons au sein de son troupeau, il ne nous laissera pas tomber.

Mais nous ne faisons pas partie d’un simple troupeau anonyme, le berger les connait ses brebis, chacune par leur nom comme, Jésus le dit au début du chapitre 10 de saint Jean.
Elles ne périront pas et je leur donnerais la vie éternelle.

Ecouter la voix du Seigneur, c’est bien sûr tout ce que nous pouvons vivre en Eglise, par l’Eucharistie, les temps d’adoration, et de prières, de partage de la parole. Mais également dans le secret de sa chambre, dans le silence de l’oraison, la lecture de la parole.

Je pense spécialement à vous qui êtes chez vous à l’autre bout des ondes, qui pour certains ne peuvent plus se rendre dans les lieux de culte, le Seigneur vous rejoint chaque fois que vous prenez le temps de l’écouter. Vous faites partie de son peuple.

Il y a réciprocité

Et puis, il me semble qu’il y a aussi une sorte de réciprocité. Les brebis écoutent. Le berger les connait et elles le suivent.

Le suivre c’est se mettre à son service, l’imiter par des actes: c’est l’accueil des plus pauvres, de ceux qui ont des difficultés et parfois de la peine à suivre le berger et le reste du troupeau, ceux qui sont en marge.

Car nous pouvons trouver parfois que nous sommes bien au sein du troupeau. Le Seigneur nous protège, nous sommes entre nous. N’oublions pas de laisser une ouverture à celui qui veut s’y glisser. Réjouissons-nous des nouvelles brebis qui nous rejoignent, même si elles bousculent nos habitudes, qu’elles ont d’autres coutumes, ne parlent pas la même langue, ou pire des jeunes qui font du bruit et chantent d’autres chants que nous.

Nous mêler au monde

Soyons, à la manière de Paul et Barnabé, des chrétiens qui nous mêlons au monde pour témoigner de cette confiance que Dieu nous fait dans notre vie de tous les jours, au sein de nos familles, nos cercles d’amis, de sport, de travail… Malgré le pessimisme ambiant qui règne actuellement dans notre monde.

Cette confiance ne va pas de soi, nous qui avons souvent des vies réglées comme du papier à musique, ou des applications de smartphone, pour être dans l’air du temps. Nous pensons parfois que rien ne peut nous arriver.

Alors quand soudain nous avons un imprévu, un souci, un grain de sable dans le rouage de nos existences, une maladie, un conflit qui nous déstabilise et nous déboussole. Il est important de pouvoir se remettre dans les mains de Dieu, et se laisser guider par son Esprit, lui faire confiance pour retrouver un semblant de route et la sortie du tunnel.

Un entraînement quotidien

Mais bien sûr que c’est un entraînement de tous les jours, ce n’est pas seulement quand ça va mal qu’il faut crier vers Dieu pour lui demander quoi faire.

J’ai envie de dire aux plus jeunes qui sûrement font du sport, du foot, du tennis, de la danse, que sais-je. Ils savent très bien que pour être prêt au moment de la compétition, il faut s’entraîner régulièrement pour avoir les muscles solides et savoir où se placer au bon moment dans le jeu.

Et si l’on arrête de s’entraîner pendant un certain temps, l’envie se perd et c’est plus difficile de s’y remettre.

Dans la prière, pour écouter la voix du berger, c’est un peu la même chose: c’est un travail de chaque jour, prendre le temps de demander à Jésus de nous aider à le suivre, de nous dire où aller, il faut persévérer nous ne l’entendons pas toujours, même les champions de la prière vous le diront. Et souvent c’est indirectement qu’il nous fait signe, par un proche ou un ami.

Une place à prendre

Et en cette journée de prières pour les vocations, c’est peut-être ça que nous pourrions lui demander. Bien sûr il y a les vocations religieuses, les agents pastoraux et les nombreux bénévoles en Eglise qui ont besoin de nos prières.

Mais moi, quel est ma vocation? Qu’est-ce que le berger attend de moi, dans mon quotidien d’hommes et de femmes, de jeune ou moins jeune, de grands-parents, retraité et même malade ou handicapé?
Chacun a une place à prendre, pour être cet ami par qui le Seigneur passe, pour témoigner et semer la confiance en l’amour de Dieu autour de nous.


4e DIMANCHE DE PÂQUES

Lectures bibliques : Actes 13, 14.43-52 / Psaume 99 (100), 1-2, 3, 5 / Apocalypse 7, 9.14b-17 / Jean 10, 27-30


 

Dimanche des médias 2019

Votez pour le Prix Good News 2019!

A l’occasion du dimanche des médias, le prix «Good News» distingue une personne, une institution ou un projet ayant spécialement contribué à diffuser la Bonne Nouvelle par de bonnes nouvelles dans les médias. Le choix du lauréat appartient aux internautes qui sont invités à voter pour l’un des trois candidats retenus. Le vote est ouvert du 13 mai au 10 juin 2019.

Les trois nominés:

1. «La croix de retour à Mossoul»

De retour d’Irak, Jacques Berset, journaliste de Cath-Info, évoque sur le site cath.ch le courage des chrétiens de la plaine de Ninive, au nord de l’Irak. Ces derniers reconstruisent leurs villages, avec le soutien d’ONG comme Aide à l’Eglise en détresse (AED) et de gouvernements. Car rebâtir les édifices détruits par les djihadistes de Daech redonne espoir aux familles restées sur place.


2. Un bateau au secours des migrants

L’émission spéciale de Faut pas croire sur RTS Un, diffusée le 2 juin 2018, s’intéresse au remarquable travail du bateau Aquarius qui a 30’000 vies en Méditerranée depuis 2015. A bord du bateau, amarré à Catane, l’émission TV est complétée par un dossier multimédia, qui va à la rencontre des médecins, sage-femme, médiateurs culturels qui rendaient leur dignité aux migrants fuyant l’enfer libyen.


3. Guérir, quand la médecine ne peut plus

Pour l’émission Babel de RTSreligion, Carole Pirker a rencontré le neurologue français Antoine Sénanque avec la question: que faire quand la médecine déclare forfait et laisse le patient seul avec sa maladie? Le praticien confronté aux limites de sa science peut soit céder à l’impuissance, soit s’intéresser à d’autres voies de guérison, qui font la part belle à la spiritualité en médecine.


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Homélie du 5 mai 2019 (Jn 21, 1-19)

Chanoine Alexandre Ineichen – Abbaye de St-Maurice

Chaque fois que nous entendons ce passage de l’Evangile, chers frères et sœurs, demandons-nous pourquoi dans la narration de cette troisième manifestation de Jésus ressuscité d’entre les morts saint Jean l’Evangéliste répète-t-il par trois fois la question de Jésus à Pierre : «M’aimes-tu ?»

Pourquoi multiplie-t-il aussi les détails de cette pêche miraculeuse jusqu’à spécifier non seulement le nombre exact des poissons pris, cent cinquante-trois, mais aussi jusqu’à préciser qu’ils étaient gros et pourquoi explicite-t-il encore de manière imagée de quel genre de mort Simon-Pierre allait mourir en rapportant sa manière de serrer sa ceinture.

Une interprétation de la résurrection

Chaque fois que l’Eglise annonce le Christ ressuscité, son Seigneur et son Dieu, l’Eglise ne se contente pas seulement d’ajouter quelques circonstances aux faits mentionnés, comme par hasard, mais aussi d’en donner une interprétation à partir des Ecritures. Rappelez-vous la deuxième manifestation de Jésus ressuscité : «Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et qu’il nous faisait comprendre les Ecritures ?»

Chaque fois que je lis ce passage de l’Evangile, il est un élément qui m’intrigue. Pourquoi Simon-Pierre s’habille-t-il avant de se jeter à l’eau alors que le texte précise bien qu’il n’avait rien sur lui et que c’est ainsi que, lui, Simon-Pierre, passa la nuit sur le lac de Tibériade à essayer de prendre quelques poissons, comme il en avait l’habitude. Pourquoi saint Jean l’Evangéliste, le disciple que Jésus aimait, comme il aime à se mettre en scène dans le texte même, rapporte-t-il ce fait par trop curieux et difficile à comprendre ?

Une rencontre décisive

Par ailleurs, de nombreux disciples sont là. A côté de Simon-Pierre et du disciple que Jésus aimait, il y a aussi Thomas, celui qui mit huit jours à croire que le Seigneur est ressuscité, il y a aussi l’autre fils de Zébédée, fils de Zébédée plus connus pour avoir voulu des places privilégiés auprès du Seigneur, et enfin deux autres disciples. Bien du monde, certes utile pour une partie de pêche, mais peut-être légèrement de trop pendant cette rencontre entre Pierre et Jésus, rencontre décisive comme le texte nous le montre par la suite.

Mais alors, pourquoi s’arrêter sur ce détail, curieux et bizarre, alors que le cœur de évangile de ce dimanche est bien la mission pastorale que Jésus donne à Simon-Pierre, celui qui l’avait d’ailleurs renié, mais auquel Jésus avait confié de raffermir la foi de ses frères et auquel il avait remis les clés du Royaume.

Pourtant, avec cet épisode, Pierre nous rejoint.

Certes, il recevra une mission universelle et essentielle, mais surtout dans sa vie même il nous indique le chemin à suivre. Comme nous, et reprenant les mots du pauvre Job, Simon-Pierre peut dire : « Nu, je suis sorti du sein maternel, nu, j’y retournerai, le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, que le nom du Seigneur soit béni. » En effet, après les événements de Jérusalem, comme nous, Pierre retourne à son travail, travail ingrat, et bien peu productif, si un miracle ne vient pas l’aider un peu. Cette humanité, toute nue, c’est la nôtre, celle que Dieu nous a donnée, celle qui nous fait souffrir, celle dont nous avons de la peine à en saisir le sens ultime.

Pierre : fort de sa foi

Alors, même si la pêche fut miraculeuse, ce qui l’est encore plus, c’est la manifestation de Jésus ressuscité, c’est la parole du disciple que Jésus aimait, cette parole qui retourne les cœurs, ce « C’est le Seigneur. » qui précipite l’action et transforme le monde. Aussi, fort de sa foi, Pierre peut passer un vêtement et s’élancer vers son Seigneur et son Dieu, vers notre Seigneur et notre Dieu, courir malgré l’eau, au travers de la mort vers son destin et la mission qu’il recevra.

Avec Simon-Pierre, nous pouvons alors revêtir l’homme nouveau créé saint et juste dans la vérité, à l’image de Dieu. L’habit pour se jeter à l’eau, ce n’est pas une erreur de copiste ou une coutume bizarre des pêcheurs de Palestine. Passer un habit avant de se jeter à l’eau, c’est justement revêtir le Christ, habit de lumière, habit reçu à notre baptême, qui signifie que nous sommes associé à la mort et à la résurrection du Christ, que nous y participons.

De plus, avec cet habit de lumière, nous comprenons mieux le sens des deux lectures qui précèdent l’Evangile de ce dimanche. Dans la première, c’est parce que je suis un homme nouveau, recréé à l’image de Dieu que je ne peux obéir qu’à Dieu plutôt qu’aux hommes. Oui, Pierre, et à sa suite, la multitude des martyrs, de hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs, ne peuvent qu’annoncer le Christ ressuscité malgré toutes les vicissitudes de la vie. A notre tour, n’hésitons pas à nous jeter à l’eau, à proclamer à temps et à contretemps le miracle de Pâques, mieux ne manquons pas de le vivre en profondeur au-delà de l’abîme, au-delà de la mort.

Conviés aux noces éternelles

Mais, cet acte de foi, cet habit recouvrant notre nudité n’est pas un saut dans l’inconnu, une illusion, mais une participation à la vie même de Dieu. Et c’est là que nous pouvons comprendre la seconde lecture, celle de l’Apocalypse. En revêtant notre habit blanc, nous proclamons, certes, la mort et la résurrection du Christ, mais surtout nous sommes conviés aux noces éternelles, nous participons alors à la vie même de Dieu. « Moi, Jean, dans ma vision (…), j’entendis l’acclamation de toutes les créatures au ciel, sur terre, sous terre et sur mer. »

Avec les martyrs et les saints décrits dans l’Apocalypse, nous avons blanchi nos robes dans le sang de l’Agneau. Revêtus de la robe des noces, celle que le Père gardait précieusement pour le Fils prodigue, parti dilapidé l’héritage, habillés pour une liturgie céleste, grandiose et divine, nous sommes conviés aux noces éternelles. Revenons et recevons cet habit de lumière pour participer au banquet qui nous est préparé, ici et maintenant.


3e DIMANCHE DE PÂQUES

Lectures bibliques :

Actes 5, 27b-32.40b-41 / Psaume 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13 /Apocalypse 5, 11-14 / Jean 21, 1-19