Homélie du 19 avril 2019 (Jn 18, 1 – 19, 42)
Chanoine Jean-Robert Allaz – Basilique Notre-Dame, Lausanne
PASSION SELON ST-JEAN
Il est incontournable ce rendez-vous avec la Croix, sur le chemin de la Passion du Christ.
Il y a plusieurs années un ami pasteur me disait « Je ne supporte pas de voir cet instrument de supplice ». Qui d’entre-nous oserait dire s’en être habitué ? Et pourtant, devant la Croix, c’est chaque Vendredi-Saint que nous sommes attendus. La musique de Bach peut être sublime, mais la trame de l’œuvre, c’est le Chemin de la Croix, depuis son jugement jusqu’à la mise au tombeau. Beauté de la musique, tragédie de l’histoire ! Non, il est impossible de sauter du dimanche des Rameaux à celui de Pâques. Pierre qui mettait en doute la passion et la mort sur la croix, Jésus le réprimandera « Arrière Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ».
Une réponse d’amour
Alors nous voici tout penauds, au pied de la croix ! Car des misères et des souffrances, des fautes et des péchés, nous les avouons et les déposons. Qui d’entre nous oserait encore nier les maladies et la mort, les séparations de toutes sortes, les injustices et les guerres, les désespoirs et abandons, les enfants et les religieuses abusées au sein même de l’Église et tant d’autres épreuves et misères ?
“Venez à moi, vous tous qui êtes peinez sous le poids du fardeau, je vous donnerai le repos”. Ce Jésus plein de miséricorde n’a pas nié la souffrance, mais a voulu apporter une réponse d’amour, à travers ses souffrances et sa mort. Le chemin de sa croix avec tous les nôtres.
Le chemin cahoteux de nos vies
J’ai beaucoup aimé cette chapelle dans un village au-dessus du Lac Majeur où je célébrais le mariage de jeunes amis. Elle était dédiée à la « Madona delle crochette » : “la Vierge Marie des petites croix”. Attention délicate, car si nos épreuves sont difficiles à accepter et à porter, petites ou grandes, ce sont des croix sur le chemin parfois bien cahoteux de nos vies. Avec ses questions et ses interrogations.
Au pied de la Croix du Christ, ayant déposé nos fardeaux, nous pouvons alors redire notre foi en Lui : n’est-il pas le Messie – envoyé de Dieu – le Sauveur ? Mais comme il serait triste d’en rester à notre condition de pêcheurs.
Alors, confions Lui ce qui habite le fond de nos cœurs, nos Eglises, nos frères croyants et le monde que nous habitons.
Au pied de la Croix, la rencontre avec Jésus appelle au silence et à la prière. Nous déposons aussi les grandes intentions proposées par l’Eglise dans le cadre de cette Liturgie.
- Pour l’Eglise catholique, qu’elle reste inébranlable dans la foi, fidèle à l’annonce de l’Evangile et témoin d’amour, malgré tant de critiques à son égard.
- Pour le Pape François, notre berger, et toutes celles et ceux qui font avancer le peuple chrétien, prêtres et laïcs. Du courage, il en faut !
- Pour tous ceux qui cherchent le chemin du baptême, les catéchumènes, dans ce temps pascal. Des enfants, des jeunes, des adultes venus de tous horizons !
- Pour que l’Unité reste au cœur de ceux et celles qui se déclarent chrétiens. Plusieurs d’entre vous s’y engagent. Tout particulièrement avec l’Eglise protestante de ce canton.
- Pour le dialogue avec les Juifs – nous sommes de la descendance d’Abraham et de Moïse – et pour les autres croyants, peuples de l’Islam et d’ailleurs.
- Pour tous ceux et celles qui cheminent à la découverte de Dieu.
- Pour ceux et celles qui organisent et dirigent les peuples, les autorités civiles, en commençant par les nôtres, dans notre Suisse artisanale de justice et de paix.
La lumière du matin de Pâques
Ensuite, dépassons la Croix et la mort du Christ, regardons vers le tombeau vide et la lumière du matin de Pâques.
Ce Dieu fidèle ne nous a pas trompés, parce que Son Fils Jésus a été fidèle à travers la souffrance et la mort, pour nous conduire au-delà de la Croix.
Des questions, nous nous en poserons encore et toujours, « Si le Christ n’était pas mort et ressuscité, notre foi serait vaine » dit Saint Paul. Pour l’instant, dans l’esprit de la liturgie pascale, suivons le Ressuscité ! La Croix ? un mauvais souvenir, incontournable dans l’Histoire du Salut et du Vendredi-Saint.
AMEN
Lecture : Jean 18, 1 – 19, 42
Une montée au Calvaire plus vraie que nature
Moutier: Soeur Françoise a uni sa vie à Dieu
Voyage avec Cath-Info
du lundi 24 au mercredi 26 juin 2019
SUR LES PAS DE DON BOSCO A TURIN
Dernières places disponibles. Prix : 580 francs (+50 fr. pour ch. individuelle)
Renseignements et inscriptions : secretariat@cath-info.ch Tél. 021 653 50 22
Le feu et la foi
La résurrection du crucifié
Homélie du 14 avril 2019 (Lc 22, 14 – 23, 56 )
Abbé Lionel Girard – Chapelle de Platta, Sion
Prolongeons le récit de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Luc, en nous laissant guider par l’Esprit-Saint pour apprendre de lui comment arriver à reconnaître dans le drame qui se joue, la figure de l’auteur de la vie en plénitude, tout à la fois créateur, provident et sauveur. Pas évident en effet, dans ces manifestations d’une violence paroxysmique, de saisir que Dieu, juste et miséricordieux, ait choisi pour notre rédemption, pour tous et chacun, cette mort si atroce de la croix… Osons lui redemander la grâce de la foi pour entrer dans ce mystère !
Deux mondes se font face
Interrogeons-nous au sujet des trahisons qui s’enchaînent : celle de Judas bien sûr, mais aussi celle d’Hérode, de Pilate, des grands prêtres et des scribes, bref des puissants ; mais aussi celle des soldats, de la foule, même de Simon-Pierre ! Et devant cette mascarade de justice dévoyée, le Juste par excellence se tait, prie, pardonne, libère et restaure dans sa dignité, l’humanité déboussolée. Oui, deux mondes se font face !
Plus le bruit du mensonge, de la haine enfle et se propage alentour, plus Jésus se tait. D’abord, devant les moqueries des soldats, leurs coups portés, l’exaspération des autorités liguées, Jésus prend la peine de révéler pacifiquement sa divinité. Mais qui l’écoute encore ? Qui se laisse toucher par la vérité qu’il incarne ?
A de maintes reprises pourtant, il avait annoncé qu’avant de ressusciter, avant de mourir, il lui faudrait souffrir. Mais déjà à l’époque, sa parole prophétique n’était pas reçue. Maintenant qu’elle s’accomplit, nous assistons à son agonie et sommes touchés par la prévenance qu’il déploie à exhorter à la prière, à guérir en pardonnant jusqu’à l’impardonnable, manifestant ainsi encore parfaitement la volonté du Père. Et quand la nuit refait surface, comme pour signifier la nouvelle création en train d’advenir, retentit alors son dernier cri, tel celui d’un nouveau-né que l’humanité espère encore inconsciemment.
Mystère de la vie, indissociable de la mort
Ainsi, ce jour du sabbat qui commence est celui du véritable silence qui convient à ceux qui reposent en paix attendant d’être saisis par le Vivant pour le repas des noces éternelles.
Nous venons d’assister au mystère de la vie, indissociable de la mort ; Avec Jésus crucifié, nos vies sont éclairées d’un jour nouveau ; par lui, notre humanité devient associée à la sienne jusque dans les souffrances les plus tragiques que nous puissions traverser, et une espérance un peu folle surgit, celle de savoir qu’un regard contrit vers lui peut nous obtenir la libération véritable de nos péchés qui nous auraient valus une issue funeste.
Tandis que le Verbe de Dieu meurt sur la croix, il nous sauve ; nous ayant appelés à sa suite, apprenons à faire silence, à prier, à pardonner et à servir nos frères. Ainsi, nous garderons sa parole… et donc ne mourrons pas. Oui, vivons avec, par et en lui, dans cette contemplation éternelle de l’amour manifesté jusqu’au bout. Et avec le centurion qui rendit gloire à Dieu, continuons de célébrer le mémorial de notre merveilleuse rédemption. Amen.
DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION DU SEIGNEUR
Lectures bibliques : Luc 19, 28-40 (procession); Isaïe 50, 4-7; Psaume 21; Philippiens 2, 6-11; Luc 22, 14 – 23, 56

