Homélie du 8 janvier 2023 (Mt 2, 1-12)

Abbé Etienne Catzeflis – Café du Col de Torrent, Villa sur Evolène (VS)

Hommes de bonne volonté, disponibles à l’aventure de la foi

Attention que le récit de l’Epiphanie (aujourd’hui) et celui de Noël ne demeurent des anecdotes infantiles, pour amuser les enfants, comme le conte du Père Noël.

Avec le récit de Noël, Luc nous apprend que Jésus n’est pas un espèce d’extra-terrestre, un sauveur surgi d’ailleurs :
il est un homme né d’une femme comme chacun de nous,
à une époque précise et en une région bien déterminée.
Et les premiers à s’en émerveiller sont des pauvres, qui veillent : les bergers.
Le Sauveur se fera accueillir par les cœurs pauvres … qui restent éveillés dans la nuit du monde.

La mission de Jésus déborde les frontières du judaïsme

Pour sa part le récit des Mages, donné par l’évangéliste Matthieu, montre que la mission de Jésus déborde les frontières du judaïsme.
Evoquant l’adoration de l’Enfant-Roi par « des étrangers », notre récit, fort imagé, donne le ton à tant d’autres paroles et gestes de Jésus, que Matthieu va compiler dans son livre, relevant la grandeur, la foi ou la bonté de personnes non-juives.

Comme nous l’avons entendu dans la 2ème lecture, saint Paul confirme cela : « Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, … »

Chers amis, enlevons la couronne à ces hommes :
les mages n’étaient pas des rois, mais des sortes de savants qui étudiaient les mouvements des astres et autres phénomènes cosmiques, afin d’y lire des messages divins.
Pour atteindre leur but, ils interrogent la tradition juive en passant par Jérusalem.
Une fois parvenus, ils adorent l’enfant-roi et expriment leur hommage par des présents.
Puis, mystérieusement éclairés, ils s’en retournent chez eux par un autre chemin.

COMMENT cet épisode PEUT-IL ECLAIRER notre foi chrétienne aujourd’hui et DONNER SENS à ce que nous voyons dans ce monde varié ?
Un monde varié et vaste (!), mais que nos moyens techniques et nos facilités de communications réduisent en quelque sorte à la taille d’un village.
Cela fascine certains, et fait peur à d’autres, provoquant des mouvements sécuritaires nationalistes, parfois même extrêmes, malheureusement.

Pour retenir un enseignement profitable à notre monde aujourd’hui, évitons d’abord des interprétations réductrices ou simplistes :
Non, les mages ne sont pas venus présenter une sorte d’allégeance à l’Enfant-roi.
Et pour nous, non, il ne s’agit pas d’imaginer notre jubilation dans un rêve que toutes les Nations embrassent notre foi chrétienne.

L’Enfant-Jésus, les bras tendus vers les mages

Je vous invite plutôt à un changement de perspective :
EN REALITE, CE NE SONT PAS LES MAGES qui se déplacent : c’est l’Enfant-Roi qui va à eux.
Telle est la posture tellement significative dans certains tableaux de la visite des mages : on voit l’enfant-Jésus, porté par sa mère, les bras tendus vers ces hommes présentant leurs coffrets.
Ainsi Dieu, dans le Tout-Petit, vient agréer ce que ces hommes lui présentent : l’or, la myrrhe et l’encens.
Prenons cela comme des symboles de la disposition intérieure de ces savants:
L’or (pour un roi) : l’aspiration à la sagesse et à la maîtrise
La myrrhe (baume funéraire) : la pleine reconnaissance de leur finitude malgré leur savoir
L’encens (régulièrement associé aux prières) : l’humilité de concevoir l’existence du Tout Autre et de Le prier.

Dieu présent dans toutes les démarches profanes qui honorent l’homme

Ainsi, par la visite des mages et l’accueil offert par l’Enfant-roi, nous percevons qu’aujourd’hui encore Dieu se trouve bien dans toutes les démarches profanes qui honorent l’HOMME, dans tout le potentiel créateur de l’homme, indépendamment de la religion, quelles que soient la culture, la religion et la race ; tout ce qui, en l’homme, reflète Ce que Dieu est en Lui-même.

Pensons aujourd’hui au monde de la science et au monde de l’art – avec la somme des œuvres techniques et culturelles (musiques, poèmes, peintures, danses, etc…).
Tout ce monde, cherchant la vérité et la beauté, ou cherchant encore à exprimer par leur inspiration et leur talent ce qui restera toujours ineffable,
ou constatant avec humilité que leur découverte leur révèlent toujours plus des pans gigantesque de leur ignorance (cette science qui leur ouvre sans cesse des horizons nouveaux d’interrogation et, du coup, de contemplation face à la beauté et la complexité de la Création).

Telle est la porte par laquelle Dieu se laisse honorer. Et parfois, c’est le surgissement de contemplation qui surprend l’un ou l’autre de ces hommes assoiffés de Vérité, de Sens et d’Amour. Ils lui expriment la seule attitude possible : la gratitude.

Telle est l’expérience de Blaise Pascal, lors de « la nuit de l’extase » (novembre 1654), que commente un de ses admirateurs (Xavier Patier, Blaise Pascal, La nuit de l’extase, Cerf 2014, p. 23) :
« Toi, le philosophe et le savant, tu as pleuré de joie en te laissant aimer par le Christ, qui n’était pas le Dieu des philosophes et des savants.
N’oublie jamais qu’à une certaine heure tu as, toi le scientifique imbu de sa supériorité, désiré la soumission totale et douce à Jésus.
Tu as, toi le pessimiste, été fasciné par la grandeur de l’âme humaine.
Tu as, toi le sceptique, ressenti une certitude.
Tu as, toi le cérébral, éprouvé un sentiment ».
« Joie, joie, joie, et pleurs de joie ! »

Frères et sœurs, que la Solennité de l’Epiphanie, nous aide
à rechercher,
à apprécier
et à relever cette présence de Dieu
en toute culture, en toute civilisation, en toute religion,
dans leurs activités intellectuelles, artistiques, spirituelles.
Amen

Fête de l’Epiphanie du Seigneur
Lectures bibliques : Isaïe 60, 1-6; Psaume 71; Ephésiens 3, 2-6; Matthieu 2, 1-12

Homélie du 1er janvier 2023 (Lc 2, 16-21)

Solennité de Marie, Mère de Dieu et de la journée mondiale de la paix


Abbé Aimé Munyawa – Eglise Saint-Joseph, Lausanne

Chers frères et sœurs, et vous tous, bien-aimés de Dieu qui nous suivez à travers les ondes de la RTS,
Nous savons que toute messe, toute eucharistie, est une action de grâce, mais celle-ci l’est encore à plus d’un titre :
Action de grâce pour cette nouvelle année civile qui commence à la suite de celle qui nous venons de boucler.
Action de grâce pour la maternité divine de notre mère céleste, la très sainte vierge Marie.
Action de grâce enfin pour la journée mondiale de la paix, cette paix dont nous avons intensément besoin en ces jours.

Chers frères et sœurs,

Nous venons de clôturer l’année 2022 dans un contexte assez particulier. La sortie du Covid-19 qui ne fait que soulever des espoirs timorés. Des conflits armés de haute intensité à travers le monde contraignant ainsi des millions de déplacés dans des conditions inhumaines et dégradantes. Ces conflits ont emporté des millions des vies humaines, des morts inutiles, des morts de trop pour rien. Ces derniers temps, la guerre a pointé à nos portes par l’Ukraine avec le grand risque du débordement nucléaire ou d’autres armes plus dangereuses.
La fin de l’année 2022, c’est aussi l’émergence accrue des intérêts économico-financiers qui prennent en otage la question écologique et imposent l’omerta sur l’état réel de notre maison commune : la planète.
C’est aussi l’année des clivages où se creuse davantage le fossé entre les pays du nord global et ceux du sud global, entre les riches et les pauvres, etc.

C’est aussi la montée de l’indifférence religieuse. Comme à la naissance du Christ il n’y a toujours pas assez d’espace pour lui dans les places communes en faisant de Jésus le plus grand absent de Noël (Sapin de Noël sans crèche ou Joyeuse fête au lieu de joyeux noël). Dieu est délogé de nos centres de vie pour être relégué dans les périphéries. Bref, une société de créatures sans Créateur.

Confier cette nouvelle année au Seigneur pour qu’elle soit bénie pour toute l’humanité

Malgré toutes ces situations lugubres et exsangues, nous avons raison de dire merci au Seigneur parce que nous sommes là. Nous avons certes perdu des amis, des proches, etc. mais la providence divine a voulu que nous soyons encore là et disons merci au Seigneur en lui confiant cette nouvelle année pour qu’elle soit bénie pour toute l’humanité. La bénédiction ne sera pas certes la disparition des problèmes ou des souffrances, mais plutôt la certitude de son amour et de sa présence. Pour la nouvelle année, en empruntant les paroles du Seigneur exprimées dans la première lecture, je vous adresse ses bénédictions : « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde ! Que le Seigneur face briller sur vous son visage, qu’il vous prenne en grâce, qu’il tourne vers vous son visage et vous apporte la paix ».

En Marie, Dieu a scellé la nouvelle alliance avec l’humanité

Quant à la solennité de la maternité divine de Marie dont il est question aujourd’hui, nous célébrons le plus grand titre ou privilège reconnu à Marie notre mère. C’est en 431 que le Concile d’Ephèse reconnait à Marie non seulement le titre de mère de Jésus, mais aussi celui de mère de Dieu (théotokos en grec). Le concile a reconnu que, dès les premiers instants de la conception, Marie a porté en elle le fils de Dieu, de même nature que son Père. Sous l’action de l’Esprit Saint, le Verbe s’est fait chair dans le sein de la Vierge Marie sans pour autant renoncer à sa propre nature divine. Par son obéissance, Marie a donné à Dieu sa chair dont il avait besoin pour sceller la nouvelle alliance avec l’humanité quand il dira : ceci est mon corps, ceci est mon sang pour la nouvelle alliance. Le verbe de Dieu reçoit l’humanité en Marie et devient l’Emmanuel (Dieu avec nous). La maternité divine est lourde de conséquences pour nous croyants. Elle nous signifie que nous ne croyons pas en une idée, un principe, un Dieu lointain, mais plutôt en un Dieu qui marche avec nous et qui agit dans notre histoire humaine parce que Dieu est désormais lié l’Homme. En ce sens, Marie a été le premier tabernacle vivant qui a porté Dieu pour l’offrir au monde en nous disant : « faites tout ce qu’il vous dira ».

Les bergers viennent trouver l’enfant couché dans une mangeoire. C’est le signe que le nouveau-né sera pour le monde, une nourriture qui donne non pas la vie qui passe, mais la vie éternelle. Quand il nous dira : « je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde ». Au cours de la messe, chaque fidèle qui reçoit le corps du Christ, devient lui aussi, à la suite de Marie, un tabernacle vivant qui porte Dieu pour l’offrir à notre temps et à notre société.

Nous devenons des lieux privilégiés de l’incarnation de l’amour de Dieu

Chers frères et sœurs avons-nous souvent conscience de ce grand privilège dont nous bénéficions en devenant, par la foi, des lieux privilégiés de l’incarnation de l’amour de Dieu ? Vraiment, il grand le mystère de la foi !  La maternité divine de Marie n’est pas une fête doctrinale et absurde, mais elle est la célébration d’une réalité quotidienne de notre foi.

Quelle qu’elle soit la situation dans laquelle on se trouve, on a la certitude qu’on n’est pas seul. Dieu est avec nous et il habite en nous !

Ainsi donc, par la maternité divine de Marie, la divinité vient féconder notre nature humaine pour nous puissions, par la foi, participer à sa nature divine en accueillant Dieu en nous. C’est pour cette raison que le Christ dit : « voici que je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui… »

Le nouveau-né que les bergers viennent visiter c’est aussi le Prince de la paix. Il veut entrer chez nous pour nous transformer en artisans de sa paix. La paix avec nous-mêmes, avec la famille, avec les collègues, les voisins et l’étranger. La paix c’est d’abord une attitude intérieure pour chaque être humain. « Marie, cependant, – nous dit l’évangile – retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ». Il s’agit de vivre tout ce qui nous arrive à la lumière de Dieu qui est présent en nous. Être à l’écoute de cette présence divine qui est au cœur de nos vies et qui nous fait vivre. La majeure partie de nos conflits qui mettent à mal la paix viennent du fait que chaque personne n’est à l’écoute que de soi-même, de son ego et de ses intérêts. Ne pourrions-nous pas cette année donner assez de place à celui qui habite en cœur, le Prince de la paix, lui qui concilie et réconcilie ce qui pourrait s’opposer ? Lui qui vient nous inviter à développer une nouvelle culture de la vie ?

Sainte Marie Mère de Dieu priez pour nous !

Solennité de Marie, Mère de Dieu
Lectures bibliques : Nombres 6, 22-27 ; Psaume 66 ; Galates 4, 4-7 ; Luc 2, 16-21

Homélie TV du Jour de Noël 2022 (Jn 1, 1-18)

Mgr Jean-Luc Hudsyn, évêque auxiliaire du Brabant Wallon, église Saint-Nicolas, La Hulpe, Belgique

Nous avons entendu, soeurs et frères, le début de la lettre aux Hébreux : Dieu a parlé de bien des manières à nos pères. Mais en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils. Nous célébrons ce matin la manière dont Dieu s’y est pris à Noël pour parler à notre coeur. C’est Dieu lui-même qui vient à nous dans cet enfant de la crèche. C’est Dieu lui-même qui vient nous rejoindre : et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ! Un enfant en qui va se révéler cet amour inimaginable d’un Dieu qui vient partager notre humanité jusqu’au bout, dans sa beauté et son tragique, dans ses épreuves et dans ses joies.

Dans sa proximité jusqu’à l’extrême, Dieu vient nous manifester ce que nous sommes à ses yeux : tous, infiniment précieux ; tous – qui que nous soyons, et où que nous en soyons – tous désirables, au-delà de nos contradictions. Ce ne sont pas nos ténèbres intérieures qui auraient pu l’arrêter… Les anges le chantaient cette nuit : nous sommes ces hommes, ces femmes, ces enfants que Dieu aime et pour qui il vient ouvrir les chemins d’une nouvelle naissance toujours possible. Il est venu de nuit. Et il continue. Il vient dans les nuits de la guerre et de la terreur qu’elle répand. Il vient dans les détresses et l’inquiétude face à l’avenir qui étreignent bien des nôtres aujourd’hui. Il vient se faire proche de nos doutes, de nos chemins de traverse, de nos vies aux rythmes un peu fous qui créent souvent comme un vide en nous, comme le disait Christian Bobin : le temps manque à leur temps ; et la vie manque à leur vie…

La force de Dieu est dans son amour

Si Dieu humblement vient rejoindre nos fragilités, il n’est pas pour autant sans force, ni sans puissance. N’avez-vous pas constaté qu’il y a dans un tout-petit, comme une force insoupçonnée. Peut-être justement parce qu’il vient à nous désarmé, c’est nous qu’il vient désarmer. Et si sa mère le dépose dans nos bras – et je vois bien Marie le faire ! – nous en perdons nos moyens. Devant ce tout-petit, voilà que monte en nous une étrange émotion, une tendresse émerveillée, une attention extrême devant ce cadeau qui nous est confié. La force de cet enfant de la crèche, c’est de réveiller en nous le meilleur de nous-mêmes. C’est la force de l’amour quand il fait confiance comme cet enfant qui se livre entre nos mains : il ouvre les cœurs, il opère des miracles, il nous redonne un cœur de chair. C’est là qu’est la force de Dieu, dans son amour. C’est la seule force qui vaille, la seule qui peut engendrer la vie, celle qui fait des miracles.
Un Dieu qui qui nous guérit du mal, en se livrant sans défense entre nos mains. Corps livré pour nous, comme nous disons à chaque eucharistie, pour devenir nous aussi son Corps, sa chair, son amour en ce monde. L’Evangile de Jean nous parlait de tous ceux qui l’ont reçu. Leur vie en a été peu à peu transformée, comme la venue d’un tout-petit peu transformer bien des choses. Voilà qu’il nous tire de toutes ses forces du côté de la vie. Voilà que c’est lui qui nous prend par la main, et nous relance du côté de la confiance, de l’espérance. Il ressuscite en nous le gout de se donner, de prendre soin de lui, de prendre soin des autres.

Prendre soin

Dieu qui vient comme un enfant. Et donc comme une invitation. Sans s’imposer, sans discourir, sans mettre de conditions à son amour. Couché dans la paille, il vient en nous tendant les bras. Il nous demande ce qu’on n’avait sans doute jamais imaginé de la part d’un Dieu… Un Dieu qui nous demande de prendre soin de lui. De prendre soin de sa Parole. Et comme, il le demandera plus tard, de prendre soin, à sa manière, des plus petits, de tous ceux en qui ils voient des enfants de Dieu, qu’ils soient bergers ou rois ! Prendre soin aussi de ce monde et de cette terre venus par lui à l’existence. Pour lui, vivre ainsi, c’est cela naître de Dieu. L’Evangile de Jean nous en indique le chemin :

  • Il nous invite à nous placer sous la lumière du Christ, à nous laisser éclairer par Lui dans nos choix de vie
  • Il nous invite à Le laisser venir chez lui en nous. En restant à l’écoute de sa Parole ; en communiant à son Corps tout donné ; en prenant le temps de la prière pour naître de lui
  • Il nous invite à devenir enfants de Dieu, frère du Christ, frères et sœurs les uns des autres.

C’est le bienheureux Christian de Chergé, qui dans une homélie de Noël à Thibérine, avait eu cette parole, si belle : cette nuit-là, le Verbe s’est fait frère ! Prendre soin de Dieu ! Prendre soin de tous ceux qu’il appellera un jour ses frères, ses sœurs ! Prendre soin de ce monde… Telle se révèle ce matin notre mission, tel s’éclaire le sens que le Seigneur voudrait donner à notre vie : être avec lui des guetteurs de vie et des messagers de paix !

Messe du Jour de Noël
Lectures bibliques : Isaïe 52, 7-10; Psaume 97; Hébreux 1, 1-6; Jean 1, 1-18

Message du pape François, 25 décembre 2022

Bénédiction Urbi et Orbi de Noël

Chers frères et sœurs de Rome et du monde entier, joyeux Noël !

Que le Seigneur Jésus, né de la Vierge Marie, apporte à chacun l’amour de Dieu, source de confiance et d’espérance. Et qu’il vous apporte en même temps le don de la paix que les anges ont annoncé aux bergers de Bethléem : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime » (Lc 2, 14).

En ce jour de fête, nous tournons notre regard vers Bethléem. Le Seigneur vient au monde dans une grotte et il est couché dans une mangeoire pour animaux, parce que ses parents ne trouvaient pas où loger, alors que l’heure de l’enfantement était venue pour Marie. Il vient parmi nous dans le silence et dans la nuit parce que le Verbe de Dieu n’a pas besoin de projecteurs ni de la clameur des voix humaines. Il est lui-même la Parole qui donne sens à l’existence, la lumière qui éclaire le chemin. « La vraie Lumière – disait l’Évangile – qui éclaire tout homme en venant dans le monde » (Jn 1, 9).

Jésus naît au milieu de nous, il est Dieu-avec-nous. Il vient accompagner notre vie quotidienne pour tout partager avec nous, joies et souffrances, espérances et inquiétudes. Il vient comme un enfant sans défense. Il naît dans le froid, pauvre parmi les pauvres. Ayant besoin de tout, il frappe à la porte de notre coeur pour trouver chaleur et abri.

Comme les bergers, allons voir le signe que Dieu nous a donné

Comme les bergers de Bethléem, laissons-nous envelopper par la lumière et allons voir le signe que Dieu nous a donné. Surmontons la torpeur du sommeil spirituel et les fausses images de la fête qui nous font oublier celui qui est le fêté. Sortons de l’agitation qui anesthésie le cœur et nous pousse à préparer des décorations et des cadeaux plutôt qu’à contempler l’Événement : le Fils de Dieu qui est né pour nous.

Frères et sœurs, tournons-nous vers Bethléem où retentissent les premiers cris du Prince de la Paix. Oui, parce que Jésus lui-même est notre paix : cette paix que le monde ne peut donner et que Dieu le Père a donnée à l’humanité en envoyant son Fils dans le monde. Saint Léon le Grand a une expression qui, dans la concision de la langue latine, résume le message de cette journée : « Natalis Domini, Natalis est pacis », « Le Noël du Seigneur est le Noël de la paix » (Sermon 26, 5).

Jésus-Christ est aussi le chemin de la paix. Par son incarnation, sa passion, sa mort et sa résurrection, Il a ouvert le passage d’un monde fermé, opprimé par les ténèbres de l’inimitié et de la guerre, à un monde ouvert, libre de vivre dans la fraternité et dans la paix. Suivons cette voie ! Mais pour pouvoir le faire, pour être capable de marcher derrière Jésus, nous devons nous dépouiller des fardeaux qui nous entravent et nous maintiennent bloqués.

Et quels sont ces fardeaux ? Quel est ce “boulet” ? Ce sont les mêmes passions négatives qui ont empêché le roi Hérode et sa cour de reconnaître et d’accueillir la naissance de Jésus : l’attachement au pouvoir et à l’argent, l’orgueil, l’hypocrisie, le mensonge. Ces fardeaux nous empêchent d’aller à Bethléem, ils nous excluent de la grâce de Noël et nous ferment l’accès au chemin de la paix. Et nous devons constater, en effet, avec tristesse que les vents de la guerre continuent à souffler le froid sur l’humanité, bien que le Prince de la Paix nous soit donné.

Si nous voulons que ce soit Noël, le Noël de Jésus et de la paix, regardons vers Bethléem et fixons notre regard sur le visage de l’Enfant qui est né pour nous ! Et sur ce petit visage innocent, reconnaissons celui des enfants qui, dans toutes les régions du monde, aspirent à la paix.

Que notre regard se remplisse des visages de nos frères et soeurs ukrainiens qui vivent ce Noël dans l’obscurité, dans le froid ou loin de chez eux, à cause des destructions causées par dix mois de guerre. Que le Seigneur nous rende prêts à des gestes concrets de solidarité pour aider ceux qui souffrent, et qu’il éclaire l’esprit de ceux qui ont le pouvoir de faire taire les armes et de mettre fin immédiatement à cette guerre insensée ! Malheureusement, on préfère écouter d’autres arguments dictés par les logiques du monde. Mais la voix de l’Enfant, qui l’écoute ?

Une grave pénurie de paix

Notre époque connaît une grave pénurie de paix aussi dans d’autres régions, en d’autres théâtres de cette troisième guerre mondiale. Nous pensons à la Syrie, encore martyrisée par un conflit qui est passé au second plan mais qui n’est pas terminé. Et nous pensons à la Terre Sainte où la violence et les affrontements ont augmenté ces derniers mois, avec des morts et des blessés. Implorons le Seigneur pour que là, sur la terre qui l’a vu naître, le dialogue et la recherche de la confiance mutuelle entre Israéliens et Palestiniens puissent reprendre. Que l’Enfant Jésus soutienne les communautés chrétiennes qui vivent dans tout le Moyen-Orient, afin que dans chacun de ces pays l’on puisse vivre la beauté de la coexistence fraternelle entre personnes de confessions différentes. Qu’il aide le Liban en particulier, pour qu’il puisse enfin se relever, avec le soutien de la Communauté internationale et avec la force de la fraternité et de la solidarité. Que la lumière du Christ illumine la région du Sahel où la coexistence pacifique des peuples et des traditions est brisée par des affrontements et des violences. Puisse-t-il guider vers une trêve durable au Yémen et vers la réconciliation au Myanmar et en Iran, afin que cesse toute effusion de sang. Qu’il inspire les autorités politiques et toutes les personnes de bonne volonté du continent américain à œuvrer à la pacification des tensions politiques et sociales qui affectent différents pays. Je pense en particulier à la population haïtienne qui souffre depuis si longtemps.

En ce jour où il est bon de se réunir autour de la table dressée, ne détournons pas le regard de Bethléem, qui signifie “maison du pain”, et pensons aux personnes qui souffrent de la faim, en particulier les enfants, alors que, chaque jour, de grandes quantités de nourriture sont gaspillées et que l’on dépense des ressources pour les armes. La guerre en Ukraine a encore aggravé la situation, laissant des populations entières menacées de famine, notamment en Afghanistan et dans les pays de la Corne de l’Afrique. Toute guerre – nous le savons – provoque la faim et utilise la nourriture elle-même comme une arme, en empêchant sa distribution à des populations qui souffrent déjà. En ce jour, prenant exemple sur le Prince de la Paix, engageons-nous tous, et en premier lieu ceux qui ont une responsabilité politique, pour que la nourriture ne soit qu’un instrument de paix. Alors que nous profitons de la joie de retrouver nos proches, pensons aux familles les plus blessées par la vie, et à celles qui, en cette période de crise économique, luttent contre le chômage et manquent du nécessaire pour vivre.

Chers frères et soeurs, aujourd’hui comme hier, Jésus, la vraie lumière, vient dans un monde malade d’indifférence qui ne l’accueille pas (cf. Jn 1, 11) mais qui le rejette au contraire comme cela arrive à de nombreux étrangers, ou bien qui l’ignore comme nous le faisons trop souvent avec les pauvres. N’oublions pas aujourd’hui les nombreux réfugiés et personnes déplacées qui frappent à nos portes en quête de soutien, de chaleur et de nourriture. N’oublions pas les marginalisés, les personnes seules, les orphelins et les personnes âgées qui risquent d’être mises au rebut, les détenus que nous regardons seulement pour leurs erreurs et non comme des êtres humains.

Bethléem nous montre la simplicité de Dieu qui se révèle non pas aux sages et aux savants mais aux petits, à ceux dont le cœur est pur et ouvert (cf. Mt 11, 25). Comme les bergers, allons-nous aussi sans tarder nous émerveiller devant l’événement impensable de Dieu qui se fait homme pour notre salut. Celui qui est la source de tout bien se fait pauvre[1] et demande en aumône notre pauvre humanité. Laissons-nous émouvoir par l’amour de Dieu, et suivons Jésus, qui s’est dépouillé de sa gloire pour nous faire participer à sa plénitude.[2]

Joyeux Noël à tous !

[1] Cf. Grégoire de Nazianze, Discours 45.

[2] Cf. ibid

Homélie du Jour de Noël 2022 (Jn 1, 1-18)

Abbé Pascal Desthieux – Basilique Notre-Dame, Genève

Aujourd’hui la lumière a brillé sur la terre

Souvenirs d’un Noël confiné

Comment avez-vous fêté Noël il y a deux ans ? Vous souvenez-vous de ce Noël 2020, tellement compliqué ? On pouvait se réunir, mais seulement en petit comité, pas plus de six personnes, en gardant les distances et laissant les fenêtres ouvertes…
Certes, nous ne sommes pas mécontents en cette fin d’année de retrouver une certaine normalité, mais avec peut-être d’autres inconvénients de stress pour préparer ces fêtes de Noël, et peut-être que nous nous souvenons avec une certaine nostalgie de ce Noël vécu plus simplement.

Personnellement, j’ai vécu ce Noël 2020 de manière très particulière, puisque j’étais en isolement complet, avec un test positif, seul dans ma chambre, et terrassé par une lourde fatigue causée par le virus. Beaucoup d’entre vous ont fait cette expérience désagréable, et pour certain, cela a été même bien pire.
Pour moi, c’était douloureux de ne pas pouvoir célébrer les messes de Noël où j’étais attendu, ni de pouvoir participer aux petits repas familiaux. Mais ce fût aussi une expérience très forte, dans ce grand dépouillement qui me rapprochait de celui de la Sainte Famille à Bethléem, d’accueillir la présence d’un Sauveur, de pouvoir compter sur lui, de ressentir sa présence réconfortante.
Bref, je n’ai peut-être jamais vécu Noël si intensément.

C’est peut-être tout simplement cela Noël : cette lumière qui vient briller dans les ténèbres, une présence qui vient nous rejoindre particulièrement dans nos situations de pauvreté, de fragilité, de dépouillement.
C’est peut-être bien le Noël que vous passez cette année, dans une chambre d’hôpital, ou en étant assez seul.
Je vous souhaite vraiment, comme j’en ai fait particulièrement l’expérience il y a deux ans, de ressentir combien le Seigneur est là, il prend chair dans notre vie, dans notre humanité si souvent blessée, et vient apporter sa lumière qui brille en nous.

Il est né aujourd’hui ! 

Car, oui, Noël, ce n’est pas seulement une commémoration d’un événement du passé. C’est aujourd’hui que Dieu vient parmi nous.
La liturgie de Noël insiste beaucoup sur ce point.
L’antienne d’ouverture de la messe de la nuit dit : « Tous ensemble, réjouissons-nous dans le Seigneur : notre Sauveur est né sur la terre ! Aujourd’hui, pour nous, descend du ciel la paix véritable ! »
Le verset de l’alléluia de cette messe de Noël le confirme : « Aujourd’hui la lumière a brillé sur la terre. Peuples de l’univers, entrez dans la clarté de Dieu. Venez tous adorer le Seigneur ! »

Il y a 30 ans, j’ai fêté Noël à Bukavu, à l’est de ce qui était autrefois le Zaïre, aujourd’hui la République démocratique du Congo. Et je me souviens que, pendant la nuit de Noël, partout, on chantait : « Amezaliwa leo », ce qui signifie : « Il est né aujourd’hui ! »

Aujourd’hui. C’est aujourd’hui que cela se passe.
A chaque Noël, Dieu nous refait le don de son fils, réactualise sa venue en notre humanité accomplie il y a 2000 ans. C’est pour nous aujourd’hui que Dieu se donne et naît dans notre monde.
Oui, Dieu renouvelle tout particulièrement sa grâce aujourd’hui.
Pour nous, aujourd’hui, il prend notre chair et nous apporte sa lumière. J’aimerais encore développer avec vous ces deux thèmes que nous présente saint Jean dans le prologue de son Evangile.

Le Verbe s’est fait chair

« Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous ». Nous fêtons aujourd’hui un Dieu qui se fait l’un de nous, qui prend notre chair pour nous sauver, nous tendre vers Dieu, nous élever, nous diviniser.

Quand on veut soulever quelqu’un ou quelque chose, il faut nous mettre plus bas que celui ou ce que l’on veut soulever pour le prendre et l’élever. C’est bien ce que Dieu a voulu faire en se faisant l’un de nous, en se faisant petit bébé, en se faisant chair.

Le mot chair, en grec : sarx, désigne notre humanité de la manière la plus crue : ce mot signifie également la viande, notre carcasse. Dieu nous rejoint, aussi dans nos fragilités, dans nos parties les plus obscures. C’est la bonne nouvelle de Noël !

Le Verbe était la vraie lumière

« Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde ». Comme il est bon, en fêtant Noël, d’accueillir cette lumière. Qu’elle vienne éclairer chacune et chacun de nous, et chaque partie de nous-mêmes.

Saint Jean nous dit aussi que cette lumière n’a pas été acceptée par tous : « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu », « la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée ». Le rejet de Jésus qui le conduira à la Passion jusqu’à la Croix est déjà préfiguré ici.

Cela nous guette aussi quand nous nous passons de lui, quand nous ne ressentons pas profondément le besoin d’être sauvés par lui.

En cette fin d’année difficile, nous avons besoin de cette lumière du Sauveur. Depuis le mois de février, nous sommes tellement tristes d’apprendre ce qui se passe en Ukraine, avec cette guerre qui se prolonge et son lot de destructions et de victimes. Je repense à cette femme, devant sa maison détruite, qui disait : « je ne pensais pas voir ça de mon vivant ». Aujourd’hui, nous pensons fort à nos frères et sœurs ukrainiens qui souffrent, et nous invoquons le Christ, qui est le « Prince de la paix ». Que les dirigeants se laissent inspirer par lui, pour arriver, après cette guerre forcément injuste, à une paix juste et durable.

Les conséquences de la guerre se font sentir jusque chez nous, même si nous sommes un peu plus épargnés que d’autres. À cela s’ajoute peut-être nos difficultés personnelles, de santé, des souffrances, des épreuves, des deuils.

Alors, en cette fête de Noël, célébrons la venue du Sauveur, de celui qui vient briller dans nos obscurités, qui vient nous rejoindre dans nos fragilités, aujourd’hui, maintenant.
« Aujourd’hui la lumière a brillé sur la terre. »
« Aujourd’hui, pour nous, descend du ciel la paix véritable ! »

Messe du Jour de Noël
Lectures bibliques : Isaïe 52, 7-10 ; Psaume 97 ; Hébreux 1, 1-6 ; Jean 1, 1-18

Homélie de la messe de Minuit 2022 (Lc 2,1-14)

Mgr Jean Scarcella – Basilique de l’Abbaye de Saint-Maurice

Mes sœurs, mes frères, chers amis d’ici et d’ailleurs,

Dire que Noël est une fête à caractère universel est incontesté, je pense. Mais on pourrait se demander pourquoi… À cause de la Tradition ? Des antiques fêtes celtes de la lumière ? De la naissance de Jésus, le Fils de Dieu ? De la trêve que la fête apporte dans l’agitation du monde ? De l’aspiration de l’homme à la paix ? De l’appel à vivre plus intensément la vie de famille ? Ou des décorations dans les rues et des crèches dans les églises, voire des Père-Noël dans les neiges du Nord comme dans les sables du Sud ? Ou encore des cadeaux qui disent l’amour et l’amitié ? Tout cela dit ainsi pêle-mêle risquerait de donner une image plutôt éclatée de cette fête, mais pourtant tous ces éléments ont un point commun : la lumière. La lumière dans toutes ses dimensions, celle célébrée à l’origine lors des fêtes du solstice d’hiver et celle, originelle, célébrée dans l’étable de Bethléem.

Quelques propriétés de la lumière sont donc ici mises en évidence : la lumière qui donne la clarté en brisant les ténèbres, la lumière du feu qui réchauffe dans la nuit glaciale, la lumière qui étincelle et exprime la joie, la lumière qui découvre les visages et ouvre les cœurs, la lumière de la trêve qui apporte le réconfort. En fait la lumière dessine dans la nuit le pourtour des ombres, et éclabousse durant le jour la vérité qui s’expose : le soleil brillant dans la nuit, les étoiles étincelant sur le jour… Dans la lumière, la nuit et le jour se rapprochent, le mal et le bien se réconcilient, l’étranger et le familier se rejoignent, “amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent” (Ps 84, 11).

La crèche de Bethléem, lieu-source de tout ce que les hommes peuvent vivre en cette période de Noël.

Nous contemplons, au premier plan de ce tableau merveilleux une large palette de significations concernant Noël, mais, attirés par son point de fuite, nous serons immanquablement entraînés vers la crèche de Bethléem. Ce qui semble second, devient alors premier, lieu-source de tout ce que les hommes peuvent vivre en cette période de Noël. Qu’on le veuille ou non, c’est comme si le temps s’arrêtait, la paix pouvant prendre toute la place dans la vie du monde, les familles se regrouper unanimes dans l’amour, les traditions porteuses de tant de significations pouvant alors comme s’incarner dans un moment précis de l’Histoire.

Oui, la lumière reste première, et l’aube se levant sur le monde au jour de Noël est bien le don unique de Dieu à l’humanité, sa création qu’il veut sauver de tout ce qui contrarie la lumière, la conduisant dans la clarté éternelle en lui. Pourtant tout homme fait l’expérience “de son” Noël, mais restant attaché d’une manière ou d’une autre à cet élément premier lui apportant bonheur, joie et espérance.

Je dis oui à tout cela, mais je ne le crois possible qu’au prix de notre prière, de la prière de l’Église qui en Jésus, Dieu fait chair et Lumière du monde, seule porteuse du cri des hommes vers Dieu, cri de joie, d’attente et d’espérance. Finalement une fête de l’homme pour l’homme. Et pour nous, chrétiens, parce qu’est né le Fils de l’Homme, Lumière du monde, une fête de Dieu parmi les hommes : l’Emmanuel !

Ainsi rappelons-nous les paroles de saint Paul à Tite entendues tout à l’heure : “Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes, […] attendant que se réalise la bienheureuse espérance : manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ.” Trois lignes, frères et sœurs, d’une densité énorme, trois lignes qui sont le kérygme, l’annonce de la Parole faite au nom de Dieu, révélant la réalisation de son œuvre d’Amour. Si la manifestation de la grâce est bien la naissance du Fils de Dieu, la bienheureuse espérance quant à elle confesse la vie de foi, et la manifestation de la gloire de Dieu proclame le salut. Le kérygme, c’est-à-dire l’annonce de la foi chrétienne, est un tout et ne peut s’énoncer qu’en partie. Ainsi on ne peut penser Noël, la naissance première, sans espérer la résurrection, la nouvelle naissance pour les hommes, qui s’accordera à la seconde venue du Christ sur terre. Noël ne peut être un en-soi, mais est bien un début, sans lequel l’œuvre de Dieu ne pourrait prendre corps. Et le commencement est bien la naissance de Jésus, l’Emmanuel – Dieu avec nous –, Dieu qui a pris corps d’homme pour intégrer l’humanité et la préparer, par sa Parole, son Verbe, à entamer son chemin de salut en écho à la bienheureuse espérance.

Si la naissance de Jésus est commencement, sa résurrection est aboutissement

Un auteur a écrit cette expression merveilleuse : « Le berceau de Noël est sous l’ombre de la croix ». Ça donne les frissons tant c’est beau de justesse et de mystère ! Comment l’homme, créature aimée de Dieu, peut-il cheminer vers son salut, si celui-ci ne lui est pas obtenu par Dieu lui-même, en Jésus, prénom qui veut précisément dire : “Le-Seigneur-sauve” ? “Car – dit plus loin saint Paul – il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. “ C’est-à-dire nous sauver ! Ainsi Jésus devait naître, mais son berceau était déjà sous l’ombre de la croix, car c’est bien elle qui est le signe du salut, celui de la délivrance de la mort, et de la bienheureuse espérance de la vie éternelle à venir. Si la naissance de Jésus est commencement, sa résurrection est aboutissement. Et entre ces deux grands moments de l’histoire de tout croyant au Dieu de Jésus Christ, il y a le chemin de l’espérance, ce chemin de foi qui prépare tout homme à suivre Jésus, à entrer dans son mystère et recevoir l’héritage promis. Et suivre Jésus c’est non seulement la mise en pratique de sa parole et de ses enseignements, de ses exemples et de tout l’amour qu’il offre à qui s’ouvre à lui, mais aussi l’exercice de la conversion qui libère de tout péché, la lutte contre le mal, la recherche de la paix, la volonté de développer des gestes de bonté, autant de manifestations de l’homme, émaillées dans la vie de Jésus et rassemblées sur la croix, où elles seront purifiées et vivifiées, afin d’être exaltées pour la gloire de Dieu le Père.

Oui, frères et sœurs, cette grande joie de la naissance du Sauveur qui est le Christ, et qui nous est annoncée aujourd’hui, doit être pour nous, bien sûr d’abord une source d’émerveillement et d’action de grâce sans pareille face à Dieu le Père, mais ne peut pas faire fi du don d’amour de Jésus offrant sa vie sur la croix pour le salut du monde, ni de l’espérance qu’il a ainsi mise en nos cœurs pour que, notre vie durant, nous annoncions la Bonne Nouvelle du salut. Celle de la crèche de Bethléem, celle de la lumière inondant le cœur de l’humanité, celle qui est chemin vers le ciel de la béatitude infinie.

Ainsi soit-il !              

Messe de la Nuit
Lectures bibliques : Isaïe 9,1-6 / Psaume 95 / Tite 2,11-14 / Luc 2,1-14