Medjugorje: les derniers éléments de l’enquête

[aesop_image img= »https://wp.cath.ch/f/wp-content/uploads/sites/3/2017/06/medj.jpg » credit= »Wikimedia commons » alt= »La statue du Christ – sanctuaire de Medjugorje » align= »center » lightbox= »on » caption= »La statue du Christ – sanctuaire de Medjugorje » captionposition= »left » overlay_content= »

Medjugorje

Les derniers éléments de l’enquête

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Homélie du 28 mai 2017 (Jn 17, 1b-11a)

Abbé François Dupraz – Basilique Notre-Dame, Lausanne

Dans le prolongement du mystère de Pâques et de l’Ascension, la 1ère lecture de ce Dimanche – Acte des Apôtres – nous montre l’Eglise en germe et en attente. Il y a là les 11 apôtres, des frères, quelques femmes et Marie, la mère de Jésus, penchée sur le berceau de l’Eglise comme elle le fut 33 ans plus tôt sur celui de Jésus… Mais Jésus Lui, où est-Il ? Il est parti… Il est parti et l’Esprit n’est pas encore venu. Que fait dès lors l’Eglise ? Elle prie. « Tous – nous dit-on – tous, d’un même cœur étaient assidus à la prière ».

Prière persévérante, assidue

La prière assidue de l’Eglise lui est source de force et de courage pour surmonter les innombrables souffrances, épreuves, persécutions subies dès les débuts à cause du « nom ». Le nom  de Jésus s’entend ; seul nom donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés. (Ac 4.12).
L’Eglise naissante est  donc en prière dans l’attente de la venue de l’Esprit-Saint.
Sujette à d’innombrables souffrances, épreuves, persécutions de par le monde l’Eglise d’aujourd’hui  prie, elle aussi. Elle prie de la prière parfois angoissée, souvent joyeuse, persévérante, assidue de bon nombre de ses enfants.

Entendre la voix de l’Esprit

En nos sociétés occidentales, il nous faut sans doute apprendre  – alors que ces mêmes sociétés s’emballent en des rythmes toujours plus effrénés –  à mettre du temps à part pour la prière; l’activisme de tous les instants n’étant pas – n’ayant jamais été – le dessein de Dieu sur l’homme. Cet homme qui, s’il travaille pour vivre, ne vit pas « pour » travailler.
Il nous faut apprendre à passer plus de temps avec Jésus.  Il nous faut comprendre qu’il est de beaucoup plus important d’entendre la voix de l’Esprit, qu’il ne l’est d’entendre toutes les voix du monde.

Sur l’Eglise repose l’éternel « sans Moi vous ne pouvez rien faire » de Jésus. Notre agir est  donc frappé d’un mystère de fécondité plus que d’efficacité. « Sans Moi vous ne pouvez rien faire » mais avec Lui, Jésus tout devient possible. Or Jésus est avec nous. Qu’il nous suffise de le savoir. Bien plus, que cette pensée nous transporte de joie car en vérité Jésus suffit, là où Il est rien ne manque.

L’Esprit agit dans la douceur

Et aspirons parfois à quelque chose de plus que des paroles de la part de Jésus. Aspirons au… silence fécond d’une communion d’esprit à Esprit. Reportons-nous à ce qu’Il a fait, Lui Jésus, autant qu’à ce qu’Il a dit. Un jour par exemple Il a pris par la main la belle-mère de Pierre et subitement la fièvre la quitta. Non pas des mots en masse de la part de Jésus – bavardages inutiles qui heurtent la vie de l’esprit – mais… un court contact et la fièvre fut vaincue. La belle-mère de Pierre se sentit tout à fait bien, en pleine santé, calme, en état de se lever et de servir.
C’est dans la douceur d’une brise légère que l’Esprit agit et se fait entendre. La douceur d’une brise légère d’un côté, le tumulte omniprésent de nos sociétés de l’autre…

Porter dans la prière les chrétiens persécutés

L’Eglise en silence et en prière donc ; oui, l’heure est certainement pour l’Eglise d’aujourd’hui – à l’instar de l’Eglise naissante – à la prière assidue de tous et de chacun. L’Amour – maître mot du christianisme – se doit de circuler au sein du corps mystique du Christ. Cet Amour se fait de nos jours supplication ou du moins intercession quotidienne en faveur de nos frères et sœurs chrétiens persécutés de par le monde. 200 millions ! C’est beaucoup, beaucoup trop… C’est un devoir pour nous autres de les porter tous dans une prière attentive et fidèle.

Quant à nos communautés, nous ne soulignerons  jamais assez l’importance de développer en leur sein un esprit de prière. Esprit de prière dans lequel tout devient fécond de ce que nous entreprenons car… la prière est à l’agir ce que la pluie est à la semence : une nécessité pour croître et porter fruit. Et davantage encore : plus la plante doit s’élever vers le ciel, plus la racine doit s’enfoncer dans la terre. Cette croissance dans des directions opposées est nécessaire : sans une racine vigoureuse, la plante se dessèche et dépérit très vite. Ainsi s’épuisent ceux qui spirituellement ne s’enracinent pas en Christ et ce n’est plus qu’occasionnellement que leurs activités – sans même parler de leurs paroles – sont dignes de Lui.

La prière : temps de croissance

Et commençons peut-être déjà par Le sortir  plus généreusement de nos Tabernacles, Lui Jésus, puisqu’il s’y trouve comme prisonnier de Son Amour, mendiant de notre amour. Exposons-Le à l’adoration aimante des multitudes  contemporaines par trop souvent assoiffées  sur nos rivages d’éternité…
Christ est toujours à même de toucher pour guérir! Tâchons de Le sentir ! Eprouvons sa Présence ! La fièvre du travail, alors, nous quittera, et avec elle celle des paroles inutiles(…), des soucis, de la peur.

En deux mots comme en cent, les moments consacrés à la prière sont des temps de croissance. Si nous les écourtons, beaucoup, beaucoup, beaucoup(…) de nos heures de travail les mieux organisées cessent de rendre car… les critères célestes ne sont pas ceux de la terre, loin s’en faut.

A l’approche de la Pentecôte, sachons donc attendre nous autres dans le silence, pour y reposer nos âmes, le temps qu’il faudra, conscients de Sa présence à Lui, Jésus et nous trouverons  en ce repos même, puissance, santé, joie et paix. C’est notre expérience de toujours. Que Dieu en soit éternellement béni. Amen !


7e Dimanche de Pâques

Lectures bibliques : Actes 1, 12-14Psaume 26, 1, 4, 7-8; 1 Pierre 4, 13-16; Jean 17, 1b-11a – Année A


 

Homélie TV du 25 mai 2017 (Mt 28, 16-20)

Frère Didier Croonenberghs, dominicain, Collégiale Saint Ursmer, Lobbes, Belgique

« Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments » avons-nous entendu dans la première lecture. Pour beaucoup de nos contemporains, le temps qui passe est peut-être la dimension de l’existence la plus difficile à intégrer et à accepter. Comment mener une vie sensée jusqu’au bout ? Comment garder une réelle fécondité lorsque nos forces s’amenuisent ? Comment accepter sa vieillesse et celle des autres ? Comment bien vivre malgré la perte d’un être cher et l’inéluctable d’une séparation ?

Aucune sécurité quant au temps qui passe

Nous le savons bien : le temps nous échappe toujours, même si rien ne se fait sans lui. Nous voulons le maîtriser, le tuer parfois, mais c’est toujours lui qui nous rattrape. Par souci d’efficacité, nous avons peur de le perdre. Et lorsque nous le prenons, il semble toujours trop court. Nos existences fragiles ne nous offrent donc aucune sécurité quant au temps qui passe. Finalement, notre seule certitude est bien celle de notre propre mort, cette fin dont nous ne savons vraiment rien de certain…

Inscrire notre temps dans l’éternité de Dieu

A première vue, un tel constat pourrait nous amener résignation, désespoir, ou fuite en avant. Et pourtant… ce que nous célébrons aujourd’hui nous propose un tout autre rapport au temps que celui de notre culture de la rentabilité. Les textes de ce jour défatalisent l’histoire. « Pourquoi regardez-vous le ciel comme cela?». Cette fête que nous célébrons nous invite à inscrire notre temps dans l’éternité de ce Dieu qui, par son retrait, nous convie chaque jour à vivre pleinement le présent, en toute liberté.

Accueillir le temps de Dieu

Celle-ci ne consiste pas à vouloir que ce qui arrive survienne selon nos désirs, mais tout au contraire à consentir à la nécessité, c’est-à-dire à accueillir le temps de Dieu dans notre vie. C’est cela qui nous permet de donner à nos rencontres un goût d’éternité. « Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Le temps qui passe est donc aussi celui de Dieu. En ce sens, nos errances, nos échecs et lenteurs, sont autant de lieux de maturation, où Dieu est présent malgré notre sentiment d’absence.

Apprendre à lâcher prise

Dès lors, si nous regardons le temps avec les yeux de Dieu, vivre le présent consistera à accueillir chaque jour le temps pour ce qu’il est, sans vouloir le posséder. Finalement, vivre, c’est apprendre à mourir et —comme le Christ— à se retirer, à lâcher prise, à s’effacer.

Car, malgré nos sentiments d’abandon, Dieu vient. Tous les jours. Il vient lorsqu’un acte de soin et de bienveillance est posé, lorsqu’une parole qui relève est donnée, lorsqu’un geste de consolation est offert. Vraiment, il est avec nous, tous les jours, que Dieu soit nommé ou pas, que nous y croyions ou non! S’il est avec nous tous les jours, c’est qu’il n’est peut-être pas toujours là où nous le cherchons…

« Prendre de la hauteur »

Sans mauvais jeu de mot, l’ascension nous invite à «prendre de la hauteur»! Prendre de la hauteur, ce n’est pas changer sa vie ou la fuir. Il s’agit de changer son regard sur elle et sur le temps qui passe. Parfois, nous préférons prendre du recul, des vacances, fuir le réel plutôt que de nous y confronter lucidement.

Mais « prendre de la hauteur » est tout différent. Il s’agit de poser sur notre propre situation des yeux qui ne sont pas les nôtres ; regarder sa vie avec les yeux de Dieu. Prendre de la hauteur, c’est de discerner l’essentiel, au-delà de l’urgence. C’est éviter de vouloir tout maîtriser. Prendre de la hauteur, c’est oser «lâcher prise», ne pas être dans le contrôle. C’est aimer, sans dévorer. C’est tenir à quelqu’un, sans le posséder. C’est être épris de l’autre, sans s’y agripper.

Prendre de la hauteur —aller sur sa propre montagne— c’est donc finalement découvrir le paradoxe de toute relation d’amour vécue en vérité. Et ce paradoxe le voici : plus nous aimons un être cher, plus nous nous sentons liés, dépendants de lui. Mais plus nous voulons aimer, plus il nous faut donner du temps et de la patience, de la distance. Car aimer, c’est vouloir l’autre libre d’être lui-même, indépendant de nous. C’est cela aimer. Comme l’a écrit Timothy Radcliffe, aimer, c’est prendre le temps de le perdre, mais ensemble.

L’Ascension est donc cette ultime révélation de l’amour d’un Dieu qui se soustrait à nos regards, pour se rendre éternellement présent dans le temps de l’humain. Et c’est précisément cet effacement de Dieu, sa discrétion et son retrait qui le rend crédible, digne de confiance. Amen.


ASCENSION DU SEIGNEUR
Lectures bibliques :
Actes 1, 1-11; Psaume 46, 2-3, 6-7, 8-9Ephésiens 1, 17-23; Matthieu 28, 16-20 – Année A