Homélie TV du 15 août 2016 (Luc 1, 39-56)
Fr. Olivier de Saint-Martin, dominicain – Fanjeaux, Aude, France
Jésus l’avait promis : « Je vais vous préparer une place et lorsque je reviendrai, je vous prendrais avec moi, afin que vous soyez là où je suis. » C’est ce que fait Jésus avec Marie. Il l’élève, en son âme et en son corps, dans la demeure qu’il lui a préparé auprès du Père. Pourtant il n’est pas encore revenu, alors pourquoi cette hâte ? C’est l’ultime miséricorde du Père pour celle qui a toujours été en communion avec son Seigneur. Une communion de vie, où, dès le départ, son Immaculée Conception, la Croix, était présente. Car, voyez-vous, rien n’a été si facile pour Marie.
Elle porte le Sauveur dans son sein, mais sans être mariée. Elle met au monde son Dieu, mais dans le froid d’une étable. Elle doit fuir dans un pays étranger et savoir que des enfants ont été tués par Hérode. Elle élève Jésus, mais en acceptant qu’il lui dise, comme au recouvrement : « Ne savais-tu que je dois être aux affaires de mon Père ? » Elle se réjouit de la fécondité de la vie apostolique de Jésus, mais souffre des incompréhensions et des rejets dont il est victime. Aux heures de la Passion, elle reste debout, toujours fidèle, portant toute la foi de l’Eglise jusqu’à la résurrection et la Pentecôte.
« Les « oui » successifs de Marie ont changé le cours de l’humanité »
Que de « Mystères » Marie a portés dans son cœur ! Aucun ne l’a révoltée, ne l’a éloignée de Dieu. Chacun l’a poussée à méditer, à prier, à s’abandonner entre les mains de son Seigneur. Car la vie de Marie a d’abord été une vie de foi et de confiance en la Parole de Dieu, une vie d’espérance en la victoire de l’Amour sur le Mal, une vie de charité où l’amour commandait toutes ses actions comme au jour de la Visitation. C’est ainsi que les « oui » successifs de Marie ont changé le cours de l’humanité.
Marie nous répond dans les mystères du royaume
Accueillant sans réserve la volonté du Père, elle a reflété la gloire de Dieu mais de manière si discrète qu’on pouvait passer sans la remarquer. Aujourd’hui, le Père se souvient de sa promesse et il fait monter Marie au Ciel. La gloire de Dieu resplendit en elle, en son âme et en son corps. Dieu la donne désormais comme Mère à tous ses disciples, à chacun de nous. Et c’est bien ainsi que nous la prions et qu’elle nous répond dans les mystères du Rosaire. A l’Annonciation, elle te dit : « Accueille la Parole pour qu’elle prenne chair en toi. » A la visitation, elle te dit : «Ne garde pas pour toi les trésors que tu as reçus. » A Cana, elle te dit : « Fais tout ce qu’il te dira. » A la Cène, elle te dit : « Offre ta vie avec Jésus. » A la Croix, elle te dit : « Dans l’adversité, ne perds pas courage, reste uni à Jésus. » Au cénacle, elle te dit : « Ouvre ton cœur et ton intelligence à l’Esprit Saint. » Et à l’Assomption, elle te dit : « Le ciel est ta vocation, le bonheur auquel tu es appelé. Il n’est pas celui que le monde te promet, mais il te remplira d’une joie que nul ne peut enlever ! » Frères et sœurs, c’est ça le Rosaire.
Prière de Marie qui, après avoir donné naissance à Jésus en ce monde, veut lui donner naissance dans notre vie et nous soutenir dans nos combats contre le mal.
Prière de Marie qui nous apprend à ne pas avoir peur de notre petitesse, de notre fragilité, qui nous apprend à nous approcher du Père qui veut nous donner son pardon.
Prière de Marie qui nous engendre à la vie de la foi, de l’espérance et de la charité en nous montrant le vrai bonheur, celui d’une vie qui se reçoit de Dieu et qui retourne à lui.
Alors Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour ceux qui s’en remettent à Jésus, aujourd’hui, par la télévision. Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Et qu’ensemble nous reprenions le Magnificat. Amen.
Fête de l’Assomption de Marie
Lectures bibliques : Apocalypse 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab; Psaume 44; 1 Corinthiens 15, 20-27a; Luc 1, 39-56
Magnificat
Homélie du 14 août 2016 (Lc 12, 49-53)
Chanoine José Mittaz – Hospice du Grand-Saint-Bernard
Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous !
[Et avec votre esprit !]
Que dit-on, quand on dit cela ? Nous avons entendu dans l’évangile que c’est la division, et non la paix, que le Seigneur est venu amener. Nous avons entendu dans la lettre aux Hébreux que nous n’avons pas encore résisté jusqu’au sang.
Nous avons entendu par le prophète Jérémie que celui qui a une parole inspirée, le prophète Jérémie, est foutu dans une citerne – passez-moi l’expression – et il s’embourbe, il s’enfonce dans la boue. Alors quand nous nous disons « La paix du Seigneur soit avec vous ! », est-ce que nous sommes en train de nous donner un antidouleur ? Ou est-ce que nous cherchons la paix ? Comment répondre à cette question ? Peut-être simplement en découvrant si notre désir de paix traverse l’épreuve, ou contourne l’épreuve ? Nous l’avons entendu, Jésus s’est confié à nous dans l’évangile de ce matin, Il nous dit ses dispositions intérieures, Lui qui nous dira à un moment donné « La paix soit avec vous ! », Il est angoissé !
Il aspire à un feu qui soit allumé. Le feu, d’accord, il réchauffe, mais il brûle aussi !
« La paix : consentement à la traversée de la Passion »
Jésus aspire à ce qu’un baptême soit derrière Lui. Parce que la perspective de ce baptême, elle est rude. Vous pouvez bien entendre que ce baptême, ce ne sont pas les trois gouttes d’eau sur le front de bébé. Ce baptême, dans lequel s’inscrit l’enfant qui est sacramentellement baptisé, c’est de s’engager à vivre un passage, à vivre une Pâques. Quand est-ce que Jésus nous dit, avec cette force d’humanité: « La paix soit avec vous ! » ? Eh bien Il le dit au soir de la Résurrection, quand le combat a été traversé. Il ne nous le dit pas avant. La paix que nous pouvons recevoir implique le consentement à la traversée de la Passion. Parce que la boue de la Passion fait partie, est la matière première de la paix à recevoir.
Misère et cœur : miséricorde qui libère la paix. On croit trop qu’on n’a pas besoin de notre misère et qu’il faut se laver les mains. On en connait un qui s’est lavé les mains à la Passion : c’est Pilate. Il ne faut pas avoir peur d’avoir les mains dans la boue. Celui qui a les mains dans la boue, c’est aussi le potier, qui façonne au travers de qui nous sommes, au travers de ce qui est boueux en nous. La citerne de Jérémie était vide, mais il y avait de la boue au fond. Dans la boue, il y a une ressource. C’est très intéressant, le discernement qu’ont vécu, au temps de Jérémie, ceux qui – avec ce roi Sédécias qui n’a pas beaucoup de discernement mais qui se laisse influencer – mais c’est intéressant de voir ce qui a fait descendre Jérémie au fond de la citerne et qu’est-ce qui l’en a fait remonter. Ce qui l’en a fait descendre, c’est qu’il avait des paroles dérangeantes : « il ne veut pas le bonheur du peuple, il veut son malheur. » On est dans des interprétations, on est dans des jugements, parce qu’on a peur. Et à un moment donné, qu’est-ce qui fait que trente hommes vont se mobiliser pour remonter précieusement avec des cordes Jérémie de la boue de cette citerne ? Tiens, depuis que Jérémie est au fond de la citerne, on a faim ! Voyez que le critère, ici, est beaucoup plus au niveau du ventre. Et beaucoup moins au niveau des idées. Si nous voulons traverser nos combats pour recevoir la paix, il nous faut apprendre à écouter ce qui se vit dans notre ventre. Quand Jésus dit « Je suis angoissé ! », ça n’est pas un concept théologique. C’est ce que nous éprouvons parfois la nuit. Une angoisse qui nous appelle nous aussi à nous laisser hisser, à immerger, comme au troisième jour, mais en ayant connu aussi le mouvement de s’enfoncer dans la boue.
« Reconnaitre cette Présence qui est au cœur de notre misère »
Quand on est au pays de la soif et que les réserves d’eau sont des citernes vides remplies de boue, ce n’est franchement pas le moment où on a envie de regarder dans la citerne, parce que cela nous rappelle encore plus qu’on a soif. Et pourtant, dans cette citerne, il y a Jérémie. Si on va le rechercher, c’est une source nouvelle qui va pouvoir jaillir. Je vous invite à poser le même regard sur les citernes boueuses et vides à l’intérieur de nos histoires, là où on sent qu’on est à sec, épuisé, malmené, là où on a l’impression qu’on s’enfonce. Le Christ nous précède par Sa Passion dans ces lieux-là. Il nous y rejoint.
Aussi, lorsque nous sommes invités à oser regarder en face notre misère, ce n’est pas pour nous embourber, mais c’est pour reconnaitre cette Présence qui est au cœur de notre misère. Autrement dit, il y a des gisements d’espérance dans nos citernes vides et boueuses.
Voilà la parole de miséricorde que je voudrais nous laisser. Il y a des gisements d’espérance, visage de Jérémie dans la Parole de Dieu, visage de Jésus qui est venu apporter un feu. Alors évidemment, ressources et citerne vide, ça ne va pas ensemble. Eh bien oui, il est venu apporter la division. Ça ne va pas ensemble, mais si on les regarde ensemble, il y a un vrai chemin de paix. Et le seul chemin de paix qui puisse nous pacifier, c’est celui qui va nous rejoindre dans toutes les sphères de notre être, du plus charnel au plus spirituel. Osons dans cette Eucharistie poser ce regard d’espérance sur nos citernes vides, boueuses.
Une Présence nous y précède.
20e dimanche du temps ordinaire
Lectures bibliques :
Jérémie 38, 4-6.8-10; Psaume 39; Hébreux 12, 1-4; Luc 12, 49-53
Pourquoi la guerre fascine-t-elle?
Retour de balancier
Chine: un réveil religieux sous contrôle
La vie d’Alexandre Jollien à Séoul
Regard oblique sur… les tensions aux frontières
Homélie du 7 août 2016 (Lc 12, 35-40)
Chanoine Raphaël Duchoud – Hospice du Grand-Saint-Bernard
« Restez en tenue de service et gardez vos lampes allumées. » Cette exhortation du Christ à l’adresse de ses disciples peut paraître totalement ajustée dans le cadre de l’année de la miséricorde divine que nous sommes en train de vivre.
En effet, vivre la miséricorde au quotidien demande une attitude de vigilance, d’attention et d’écoute. Car, si celle-ci consiste en un sentiment par lequel la misère d’autrui touche notre cœur et qu’un cœur miséricordieux est celui qui devient sensible à toute situation de misère que traverse notre prochain, qui d’entre nous n’a-t-il jamais eu l’occasion d’avoir manqué de discerner tout de suite et de comprendre une telle situation de souffrance vécue par un proche se présentant inopinément dans son quotidien et après, le regretter de ne pas s’en être aperçu tout de suite ? Par la suite, on entend souvent cette réflexion : « Je ne m’en étais pas aperçu tout de suite. » On peut donc comprendre à quel point l’exhortation de Jésus à rester en tenue de service revêt toute son importance pour vivre au quotidien ce que l’on peut appeler “l’attitude de miséricorde”.
« Vivre sa foi nécessite un décentrement de soi-même »
Si l’on regarde le message de Jésus dans une traduction plus proche du texte grec, l’expression “restez en tenue de service” est rendue par “gardez les reins ceints” évoquant l’attitude les fils d’Israël lors de la Pâques au moment de quitter l’Egypte : être à l’œuvre dans la perspective de se mettre en voyage. Quoi de plus parlant que de vivre une démarche concrète de pèlerinage afin de se rendre compte que vivre sa foi au quotidien nécessite un décentrement de soi-même et une mise en route vers l’imprévu et l’inconnu? Le chanoine Gratien Volluz, guide de montagne, dont nous commémorons cette année le 50ème anniversaire de sa mort, nous rappelle dans sa prière du pèlerin de la montagne, la nécessité de se mettre en route pour vivre une expérience de vie.
Seigneur Jésus,
toi qui as fait un si long déplacement d’auprès du Père
pour venir planter ta tente parmi nous;
toi qui es né au hasard d’un voyage,
et as couru toutes les routes,
celle de l’exil, celle des pèlerinages, celle de la prédication:
tire-moi de mon égoïsme et de mon confort,
fais de moi un pèlerin.
Dans l’Evangile de ce jour, Jésus exhorte ses disciples à être « comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. » Attendre dans la foi. « La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère » nous enseigne la lettre aux hébreux et en soi, elle est la vertu théologale qui nous pousse à une grande audace vécue dans la confiance. Pour accueillir une parole de vie, la parole de Dieu, il faut oser se risquer dans la confiance. La parole évoquée précédemment invite à être comme des gens qui attendent, qui sont en éveil, les éveillés du Seigneur. Cette attente comporte une perspective heureuse, teintée de joie : dans la petite parabole employée ici, ce n’est pas un maître autoritaire qui est attendu, mais quelqu’un qui est de bonne humeur vu qu’il est à son retour des noces.
« L’aspect de la fête de l’amour : centre de la relation Dieu-homme »
Jésus aime prendre ce symbole des noces au cœur de ses prédications afin d’exprimer l’aspect de la fête de l’amour qui se veut être le centre de la relation Dieu-homme. Dans notre passage d’évangile, afin d’inviter ses disciples à attendre leur maître dans une perspective de fête et de joie, l’image des noces apparaît comme un signe invitant à vivre le message de miséricorde dans une perspective de béatitude : « Heureux les serviteurs vigilants… ». Oui, la disposition de notre cœur est invitée à être orientée vers la venue de l’auteur de toute joie et de l’inattendu. Combien de fois, alors que nous envisageons nos projets d’une certaine manière nous sommes obligés de “modifier le tir” comme on dit et on s’aperçoit ainsi que la réalité qui se présente à nos yeux nous apporte bien plus que ce qu’on imaginait auparavant. L’inattendu de Dieu nous révèle bien autre chose que ce que nos idées et notre manière de voir laissent souvent entrevoir.
A l’exemple de saint Bernard,
j’ai à écouter ta parole,
j’ai à me laisser ébranler par ton amour;
sans cesse tenté de vivre tranquille,
tu me demandes de risquer ma vie,
comme Abraham, dans un acte de foi;
sans cesse tenté de m’installer,
tu me demandes de marcher en espérance
vers Toi le plus haut sommet dans la gloire du Père.
Risquer sa vie au service de l’amour, au service de celui qu’on aime et dont on se sait être aimé, dans un acte de foi ! C’est une aventure exigeante qui ouvre notre cœur au delà de ce qu’on peut espérer et la dynamique de la miséricorde s’inscrit dans cette marche vers l’intérieur, de la tête au cœur.
Jésus nous dit encore : « Heureux les serviteurs que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. » Le comportement du maître à son retour des noces révèle cet inattendu de Dieu en décrivant le visage du Seigneur comme celui de la joie, qui ne tient pas compte de la classe sociale quand il s’agit d’exprimer et de communiquer les sentiments qui habitent le cœur. C’est la personne humaine qui l’intéresse et l’estime dont celle-ci jouit dans le cœur de Dieu provoque un renversement social inattendu et voire même scandaleux aux yeux des disciples : le maître revêt la tenue de service pour se mettre au service de ses serviteurs ; attitude qui annonce le signe du lavement des pieds que Jésus effectuera à l’égard de ses disciples le soir du Jeudi saint.
Marcher en espérance sur un chemin de miséricorde, c’est justement orienter les yeux vers Jésus, le plus haut sommet dans la gloire du Père et le contempler dans son état de Ressuscité, portant son enfant perdu et retrouvé, dans une unité de regard sur le monde avec les marques de sa Passion inscrites dans son être, signes de la miséricorde infinie puisque, mourant sur la croix, il a pris sur lui la misère et le péché du monde. Amen.
19ème dimanche du temps ordinaire
Lectures bibliques : Sagesse 18, 3; Hébreux 11, 1-2. 2-12; Luc 12, 35-40
