Homélie du 17 mai 2012

Prédicateur : Abbé Marc Donzé
Date : 17 mai 2012
Lieu : Chapelle de Notre-Dame des Marches, Broc
Type : radio

Fête de l’Ascension

Quel est notre désir le plus profond dans notre vie terrestre ? Quel est notre désir même quand nous souffrons, même quand nous mourons ? Reste-t-il un désir quand la vie devient âpre, très âpre, trop âpre ?

Tout au fond de moi, je ressens quelque chose de tellement fort, qui ne saurait périr. Quelque chose qui vient de plus loin que moi, mais qui est aussi moi. Quelque chose qui allume le désir d’une vie qui continue, d’un amour qui ne tombe pas dans un trou noir, d’une lumière qui devienne pleine. Ce n’est pas une idée ; c’est une expérience. Et je ne suis pas le seul à la faire, j’imagine.

Cette expérience m’incite à penser au mystère de la vie. Je trouve urgent de penser au mystère de la vie, de la mort, de l’au-delà de la vie.

Si l’on y réfléchit quelque peu, en effet, la vie est un mystère. Elle vient de plus loin que nous et personne ne peut se la donner à soi-même. Elle nous est donnée par nos parents, et avant eux par une très longue suite de générations. Avant cela encore, elle est préparée par les lentes évolutions du cosmos, qui depuis les formes les plus élémentaires de la matière, produit les cellules vivantes, puis cet assemblage inouï de cellules qu’est l’homme pensant et aimant.

Ce mystère est d’une subtilité que nous commençons à peine à entrevoir. Pour le croyant – mais aussi pour nombre de philosophes – ce mystère prend origine dans l’Intelligence infiniment aimante qui accompagne de sa puissance créatrice le cosmos et chacune des personnes. Pour cette raison, la vie est à respecter comme don de nos parents, de l’humanité, du cosmos, de la Présence divine ; elle n’est donc pas une pure possession, dont nous aurions la libre et arbitraire disposition.

Le mystère de la vie des personnes va plus loin encore que notre condition terrestre. Il se prolonge au-delà de notre insertion dans la lourde et périssable matière. L’esprit et l’amour ont à faire avec les énergies de la lumière. Le Christ ressuscité montre, au-delà de la mort, une nouvelle forme de la présence du corps, une nouvelle déclinaison de la vie. « Corps spirituel », dit saint Paul. Corps de lumière, corps subtil, qui dévoile et porte au plus pur la présence de la personne.

Mais la mort est un voyage qui ne manque pas d’énigmes. Elle passe parfois par des traverses de souffrance, voire de déchéance. La tentation, à certaines heures, est de les interrompre brutalement. « Je m’enlève la vie », quelle étrange expression. Mais ce voyage est un enfantement, dont nous ne comprenons pas tout. Sa part d’ombre et de dépouillement, pour âpre qu’elle soit, est un creuset de lumière et de réconciliation. Même cette part de dépouillement a besoin d’un temps, dont nous ne savons pas la mesure. Le temps du voyage de la mort vers la vie.

Aucun fatalisme dans cette conviction. Mais le libre respect d’un mystère qui me précède et qui me suit.

Le Christ ressuscité éclaire ce mystère. Il est là dans toutes les nuits. Il est là dans toutes les souffrances, qu’il n’explique pas, mais qu’il remplit de sa présence. Il est là et il entrouvre une fenêtre de lumière, une toute petite fenêtre de lumière au-delà de tout. Quand il apparaît à ses disciples, c’est avec un corps qui n’est plus tout à fait comme le nôtre en cette vie. C’est un corps de lumière, avec juste assez de matière, pour que soient reconnaissables son visage, son allure et les traces de son passage terrible sur la croix. Quand il apparaît à ses disciples, c’est pour dire que nous sommes attendus dans un espace de lumière, de paix, de douceur, de présence. Quand il apparaît à ses disciples, il annonce que mon corps, votre corps, au-delà du voile de la mort, aussi dure soit-elle, deviendra un corps de lumière, avec juste assez de matière pour porter notre personne et notre histoire. Puisse cette perspective de foi m’aider, vous aider à traverser tout, tout, tout.

Et puis, le Christ ressuscité monte au ciel et il est assis à la droite du Père. C’est bien sûr une image. Elle nous dit simplement que le vrai lieu du Christ est auprès de Dieu le Père, source de toute vie et de tout amour. Et ce n’est pas vraiment un lieu : le Christ est au-delà de l’espace et du temps. Et c’est pourquoi, il est aussi partout. Il est aussi en chacun de nous, si nous le voulons bien. Comme dit le pape saint Grégoire le Grand, le ciel, c’est l’âme du juste. Si je peux me permettre l’expression, le Christ monte vers le Père et il « monte » en chacun de nos cœurs.

Dans ce sens, l’Ascension est la figure de notre avenir. Si je regarde le Christ, au fond de mon cœur, je vois d’avance ma trajectoire : celle de ma vie, celle de mes joies et de mes misères, celle de mon voyage à travers la mort, celle de mon à-venir au-delà de la mort. Je m’accroche à la lueur de cette espérance en toute circonstance et je me dis, avec saint Augustin : « à la droite de Dieu, il y a une seule place, celle du Fils, et c’est pourquoi, nous sommes fils et filles de Dieu avec Lui. » A l’état de l’Homme parfait. (Ep 4, 13)»

Lectures bibliques : Actes 1, 1-11; Ephésiens 1, 17-23; Marc 16, 15-20

Homélie du 13 mai 2012

Prédicateur : Abbé Jean-Jacques Agbo
Date : 13 mai 2012
Lieu : Eglise Ste Marie Madeleine, Poliez-Pittet
Type : radio

6e dimanche de Pâques

Chers amis,

Saint Jean dans sa première lettre (seconde lecture de notre messe), saint Jean nous donne la fameuse définition concernant la nature de Dieu : “Dieu est amour”. Oui, l’amour chez Dieu n’est pas un attribut mais sa nature même, son essence.

(Prenons donc une comparaison simple.) La couleur de la peinture grise métallisée de votre voiture automobile n’est qu’un attribut, on dirait aussi un accessoire. Pour la raison très simple que si votre voiture n’était pas peinte ou bien peinte d’une couleur dégoûtante, elle pourrait quand même marcher. Si par contre, votre voiture était dépourvue de moteur, elle ne mériterait plus le nom de voiture, ne pouvant pas rouler.

L’amour chez Dieu n’est donc pas une qualité accessoire, un détail, un enjoliveur, mais une qualité fondamentale, nécessaire, constitutive, comme le moteur pour une voiture. Dieu n’est pas amour à ses moments perdus, il n’est pas amour dans les coins, il l’est totalement.

Quelqu’un me disait l’autre jour cette parole un peu méchante, mais pas tout à fait fausse: telle personne, quand elle a fait sa B.A. (sortir ses poubelles), elle en a pour 15 jours à se reposer… Ce n’est donc pas le cas de Dieu, il voudrait qu’on marche sur ses traces: écoutons saint Jean : “Dieu est Amour” (A majuscule).

Le même thème est repris par Jean dans l’évangile d’aujourd’hui. Il précise la nécessité d’aimer son prochain afin d’imiter Dieu.

Saint Jean, qui est un grand réaliste, n’oublie pas de faire un lien avec l’obéissance aux commandements, pour que l’amour ne soit pas seulement, affectif mais effectif. Autrement dit, l’obéissance aux commandements comme garantie sur l’authenticité de notre amour…

Voici une petite histoire provenant probablement de Jean Paul 1° s’emble-t-il partagé avec un confrère mardi dernier :

Un franciscain dans sa prédication commentait allégrement le passage de notre évangile d’aujourd’hui. Il avançait avec véhémence cette affirmation de saint Jean. « Dieu est amour, Il aime tous les hommes de manière particulière… etc… »

Un chrétien dans l’église poussa un profond soupir et interrompt le prédicateur : « Si Dieu était amour comment se fait-il qu’il y a toutes ces injustices, ces guerres, ces pauvres, ces enfants maltraités, tous ces innocents qui sans cesse payent pour les coupables… »

Le franciscain, évidemment surpris et ahuri fit signe au monsieur de s’approcher. Celui-ci s’exécuta. Le religieux lui désigna du doigt une petite tache sur le col de sa veste. « Il y a là une petite tache sur ta veste. C’est la faute du savon qui malgré toutes ses vertus n’a pas su enlever la tache, ou bien de la ménagère qui n’a pas su bien frotter le col, ou pire encore la veste n’a pas été lavée? »… A qui donc la faute…Pas du tout au savon voyons. Pas à Dieu voyons. Allez vous comprendre. Dieu est amour malgré tout…

Chers amis, pour conclure notre méditation, reprenons cette parole du grand Paul Valéry, pourtant sceptique et incroyant, il dit:

“Le mot Dieu n’a été associé au mot amour que depuis Jésus-Christ”.

Cette parole de l’auteur célèbre du “Cimetière marin” peut aider à réfléchir certains qui mettent facilement toutes les religions sur un même plan. Bref, tous les adeptes du syncrétisme, c’est-à-dire la religion transformée en salade niçoise ou bien en salmigondis un morceau par-ci, un autre morceau par-là, assaisonnés à la sauce mayonnaise passe-partout et bon-enfant, voila un des défauts du sentiment religieux à notre époque. Nous, restons fidèles, à St Jean l’évangéliste et surtout à Jésus. Nous, c’est-à-dire, vous toutes et tous qui nous écouter à travers les ondes, Dieu habite partout où des hommes, des femmes, des enfants ont de l’amour les uns pour les autres. « Dieu est amour ».

Amen.

Lecture bibliques: Actes 10, 25-26; 1 Jean 4, 7-10; Jean 15, 9-17

Homélie du 06 mai 2012

Prédicateur : Abbé Bernard Schubiger
Date : 06 mai 2012
Lieu : Eglise Ste Marie Madeleine, Poliez-Pittet
Type : radio

5e dimanche de Pâques

Frères et sœurs, la grâce peu davantage.

La vigne et le vigneron : allégorie du véritable accompagnement spirituel d’une saine et authentique mystique chrétienne.

Voilà comment pourrait s’intituler cette homélie.

Quel est le fondement de l’Eglise ? avec un grand E

Ce n’est ni la démocratie, et pourtant nous sommes en Suisse, ce n’est ni la hiérarchie, qui nous relierait je ne sais comment directement au ciel, encore moins la royauté.

Le fondement de l’Eglise, et c’est la première lecture qui nous le rappelle, c’est la conversion. Paul a dû se convertir pour devenir l’avorton des apôtres, comme il se nommait. Et l’intégration de cette conversion est à faire tout au long de notre vie. Pas seulement au début, à travers le baptême, mais tout au long de notre vie. Pas seulement à travers la catéchèse et la confirmation, mais tout au long de notre vie. C’est le passage des paroles et des discours, en actes et en vérité, comme nous invite à le faire saint Jean dans la deuxième lecture. Et pour cela il y a un moyen que la sainte mère l’Eglise nous offre : c’est l’accompagnement spirituel, qui est, comme le dit le début de l’Evangile d’aujourd’hui, le passage de ce monde, et il n’y a qu’un seul et unique monde, le monde réel dans lequel nous vivons, le nôtre, le passage de ce monde à notre Père, puisque nous reconnaissons tous par notre baptême que nous venons du Père et que tous par notre sainteté nous sommes appelés à retourner auprès de notre Père.

Lorsque j’ai réfléchi comment expliquer à des confirmands l’accompagnement spirituel, tout à coup je vois un miroir. Je me dis : je vais prendre un miroir et le présenter à chacun de ces jeunes en leur demandant : qu’est-ce que tu vois ? Et voilà que tout à coup une fille, je crois bien qu’elle se nommait Aurore, c’est tout un programme, dit : « je vois le visage de Dieu » et gênée elle éclate de rire. Elle avait tout compris. L’accompagnement spirituel au sens littéral c’est de nous permettre de voir le visage de Dieu à l’œuvre en nous. Tous par notre baptême, nous sommes invités à devenir un reflet du visage de Dieu. Nous ne sommes pas Dieu pour les autres, ce serait une hérésie, que j’ai failli commettre dans une homélie d’enterrement, mais heureusement mon confrère pasteur m’a corrigé.

L’accompagnement spirituel, c’est de faire découvrir cette présence de Dieu dans le plus ordinaire du quotidien de notre vie.

« Tout sarment qui donne du fruit, Dieu le Père, dans son infinie sagesse, lui qui est le vigneron, le nettoie, pour qu’il en donne davantage » (Jean 15,2a).

La grâce peut davantage, c’est le titre, d’un livre (André Louf, La grâce peut davantage. L’accompagnement spirituel, Septembre 2005) que je vous recommande vivement. André Louf, dans ce livre, développe la diversité de l’accompagnement et des spiritualités.

Une parabole est une comparaison pour nous faire découvrir à travers la nature ou/et l’histoire des hommes, quelque chose de la vie de Dieu avec les hommes.

Par contre une allégorie est une comparaison où chaque élément est porteur de sens. Ainsi à travers cette histoire de la vigne et de son vigneron Dieu nous fait découvrir en profondeur ce que peut devenir l’accompagnement spirituel, lorsque nous le vivons tout au long de notre vie. Peut-être devrions-nous reconnaître que pour être tout simplement un baptisé digne de ce nom, fécond de la fécondité de Dieu, il est indispensable de vivre d’une manière ou d’une autre cet accompagnement.

1° Au sens littéral l’accompagnement c’est ce qu’ont vécu les 2 disciples en marche vers Emmaüs. Voilà que Jésus est avec eux et ils ne le reconnaissent pas. Souvent l’accompagnement commence par ce cheminement, ce compagnonnage, qui n’a même pas le nom d’accompagnement. On vient d’enterrer un de mes confrères l’abbé Georges Beaud, qui faisait cela admirablement bien dans sa ferme « des sots » à Hauteville, sans avoir de titre.

2° Ensuite il y le directeur de conscience qui nous fait découvrir que l’accompagnement c’est aussi nécessaire, lorsqu’on a besoin d’intégrer de manière plus claire les exigences de la foi et de l’Evangile dans notre conscience. C’est le vigneron qui émonde et nettoie.

3° Le directeur spirituel fait référence au Christ, il nous éduque et nous forme dans la vie spirituelle et mystique. Il nous apprend à « demeurer ». Ce verbe « μενειν » (menein en grec), est une clef pour comprendre l’évangile de Jean. Il signifie l’intimité profonde qui règne dans la Trinité, entre le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Intimité dans laquelle nous aussi nous sommes invités à entrer.

Pour vivre cette intimité, le Jésus de saint Jean nous invite à :

– demeurer dans la Parole

– demeurer dans les commandements en y étant fidèle au quotidien

– de faire de notre cœur une demeure pour Dieu, afin que Dieu demeure en nous

et ainsi de suite…

4° Et enfin pour nous nouer la gerbe, il y a le père spirituel qui nous fait entrer dans une relation d’amitié. Ce qui pouvait encore être une dépendance de service (ordre et commandement) devient une relation d’amitié, puisqu’il n’y a plus rien de caché, comme nous le dit le Jésus de saint Jean ailleurs dans son Evangile.

L’accompagnement spirituel nous l’avons vu dans cette allégorie est indispensable pour porter du fruit. Puisque le Jésus de Jean nous dit qu’il n’y a plus rien de caché.

L’accompagnement spirituel nous l’avons vu dans cette allégorie est indispensable; puisque Jésus nous dit que seuls les sarments restés greffés sur le cep portent du fruit. Les sarments qui laissent couler la sève de l’Esprit, pourront porter du fruit, un fruit abondant et qui demeure.

Ainsi l’accompagnement spirituel est d’abord une grâce à demander. C’est peut-être la grâce que nous pourrions demander tous ensemble, nous tous rassemblés dans cette église, ou à travers les ondes.

Et puis bien sûr il faut faire un choix, choisir un accompagnateur, cela demande un discernement, pour bien choisir, dans la préférence et la perfection de l’amour. Pas forcément un prêtre, j’ai été accompagné de longues années par une religieuse. Et je peux témoigner de tout ce que peut nous apporter cette manière maternelle d’accompagner le prêtre que je suis.

Ainsi frères et sœurs, à travers cette allégorie de la vigne et de son vigneron, nous sommes invités à découvrir, redécouvrir ou approfondir, le véritable accompagnement spirituel il nous fera entrer dans une spiritualité qui est une vraie et authentique mystique chrétienne,

parce qu’elle nous mettra au cœur de l’homme,

au cœur de l’unique monde, qui est le nôtre,

au cœur de la réalité la plus ordinaire,

en nous faisant découvrir l’extraordinaire de Dieu.

AMEN

Lectures bibliques : Actes 9, 26-31; 1 Jean 3, 18-24; Jean 15, 1-8

Homélie du 29 avril 2012

Prédicateur : Abbé Paul Frochaux
Date : 29 avril 2012
Lieu : Eglise Notre-Dame, Vevey
Type : radio

4e dimanche de Pâques

« Paroisse encore vivante attend un prêtre qui soit un bon Pasteur, un vrai berger, selon le cœur de Dieu…faire offre à… »

Ce type de petite annonce pourrait intéresser de nombreuses paroisses aujourd’hui, tant la demande est forte et pressante en des temps où les prêtres sont de moins en moins nombreux et dont la moyenne d’âge devient impressionnante par son élévation !

C’est vrai, on y est maintenant ! On est dans les problèmes, on ne sait pas trop vers quoi on va. Deux prêtres encore en pleine force, dont votre serviteur, vont quitter cet été l’Unité Pastorale du Grand Vevey. Combien seront-ils pour les remplacer ? Deux, un ? Ici, les rumeurs ou plutôt les inquiétudes sont réelles. De leur côté, nos autorités ne savent plus comment répondre à l’attente des paroisses. Ce problème est un problème général en Occident, il vaut aussi pour les Communautés religieuses, monastiques et même des communautés nouvelles.

Dans l’Eglise ou hors d’elle, beaucoup y vont de leurs solutions : il faut que les prêtres puissent se marier, il faut ordonner des femmes… Mais, d’autres Communautés chrétiennes qui connaissent largement ces ouvertures voient, avec un certain décalage il est vrai, les mêmes problèmes arriver chez eux. Le problème est donc ailleurs. Ne serait-il pas simplement dans la grave déchristianisation que connaît actuellement notre société ?

Une affiche déjà ancienne pour les vocations sacerdotales montrait un jeune prêtre africain célébrant l’Eucharistie. La légende de cette belle affiche était ainsi libellée : « Le monde a besoin de prêtres, car le monde a besoin du Christ ». Cette phrase m’a touché et j’y crois. En même temps je m’interroge : Notre société occidentale a-t-elle encore besoin du Christ ? Ne donne t-elle pas plutôt des signes qu’elle peut s’en passer. Et si elle peut s’en passer, elle peut se passer des prêtres, des vocations consacrées et, en général de toutes les vocations.

Apparemment, notre monde préfère suivre d’autres bergers dont les voix sont peut-être plus séduisantes. La voix de la publicité qui nous promet une vie meilleure, les voix de la facilité en matière d’éthique qui nous arrangent, les voix de la politique qui nous promettent des solutions qui ne seront pas tenues. Ces voix et tant d’autres sont celles des bergers mercenaires pour qui les brebis ne comptent pas vraiment.

Ces constats, plutôt négatifs, je le reconnais, ne sont pas étendus à l’échelle planétaire et la santé vocationnelle de notre Eglise catholique dans le monde n’est pas si mauvaise. Pour 410.000 prêtres il y a plus de 100.000 séminaristes ou futurs prêtres ! Donc, dans l’ensemble de la vie de notre Eglise catholique, les prêtres non seulement se remplacent largement, mais ils sont même statistiquement en augmentation. Si nous avions la même proportion, nous aurions chez nous environ septante séminaristes à la place de 5 ! D’où viennent ces séminaristes nombreux ? Sans doute de pays moins favorisés matériellement. Sans doute de communautés vivantes, joyeuses, où les jeunes sont nombreux dans les assemblées. Les fameuses journées mondiales de la Jeunesse nous donnent un signe formidable d’encouragement, mais elles ne remplissent pas les séminaires et les couvents de Suisse Romande.

Face à cette question, Jésus nous donne la première des solutions, la plus simple, la plus essentielle : « Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Mt 9, 38) Prier. Cela s’est toujours fait. Il faut d’ailleurs rendre hommage à tant de personnes qui ont prié, qui prient encore tous les jours à cette intention. Elles ont formé des monastères invisibles, invisibles aux yeux des hommes, parfaitement visibles aux yeux de Dieu. Merci à toutes ces personnes, croyez quoi qu’il en soit que votre prière n’a pas été vaine et qu’elle reste précieuse.

Priez, prions avec vous, pour que la voix de Jésus le Bon Pasteur soit entendue. Il est la voix de Celui qui donne sa vie pour ses brebis. Il est la voix de celui qui connaît ses brebis et, attention, il ne les connaît pas de manière superficielle, il les connaît comme il connaît le Père et que le Père le connaît. Pas moins que cela !

Il est enfin la voix de celui qui veut rassembler les brebis en un seul troupeau, il est le pasteur de l’Unité.

Prions pour que cette voix soit entendue de tous et plus particulièrement des nouvelles générations. Prions pour que les séminaristes et les prêtres que nous espérons plus nombreux s’efforcent de ressembler à ce Bon Pasteur en donnant eux aussi leur vie pour les brebis qui leur sont confiées. Prions pour les vocations consacrées dans nos communautés religieuses, nos monastères, dont l’action et la prière féconde l’Eglise tout entière.

Prions pour notre pauvre monde ; qu’il découvre qu’il a besoin du Christ et qu’en ayant besoin du Christ, il a besoin de prêtres, qu’il a besoin de vocations consacrées prêtes à donner leur vie pour le peuple que Dieu s’est acquis. AMEN»

Lectures bibliques : Actes 4, 8-18; 1 Jean 3, 1-2; Jean 10, 11-18

Homélie du 08 avril 2012

Prédicateur : Abbé Philippe Matthey
Date : 08 avril 2012
Lieu : Eglise St-Bernard de Menthon, Plan-les-Ouates
Type : radio

Fête de Pâques

Quelle ouverture !   Quel bouleversement !

Ce matin, ce tombeau vide fait éclater toute nos géographies : il nous situe bien plus loin qu’on en avait l’habitude. Il nous fait passer de la ville au monde… de là où l’on crie Hosanna, à là où l’on chante Exultet. Je vous invite à suivre ce chemin !

Nous voilà dans cette ville de Jérusalem où étaient enracinées les bonnes habitudes religieuses. Rappelez-vous, il y a une semaine c’est devant ses portes que la foule était massée pour acclamer Jésus comme un roi. Il était reçu dans sa capitale, pensait-on, ce qui motive le joyeux enthousiasme de cette fête. On y a crié et chanté, comme dans les fêtes les plus réussies : Hosanna, béni soit celui qui vient ! Littéralement : « s’il te plaît, sauve-nous ! » On attendait de celui qui vient qu’il soit le libérateur de cette ville et de ses habitants : c’est bien et c’est louable, mais c’est un peu réduire Jésus à la dimension de cette ville et de ses soucis d’indépendance.

Nous savons la suite : Jésus ne se laisse pas enfermer dans une carrière politique qui lui imposerait de régler les questions du pouvoir. On comprend donc qu’il puisse décevoir ceux qui attendaient autre chose. Cette foule qui l’acclamait va subir la manipulation des puissants et le rejeter avec la même force qu’ils l’avaient accueilli. Du coup c’est comme si les murs de cette ville se refermaient sur lui.

Il fallait donc aller plus loin. Jésus, homme libre par excellence, ne pouvait rester prisonnier d’un tombeau. Il fallait que le Hosanna exprimant le désir d’être sauvé trouve une autre dimension : le tombeau vide est devenu au matin de Pâques le signe du salut de l’humanité entière.

C’est le chant de l’Exultet qui a déchiré notre nuit, comme pour appeler la multitude des créatures à se réjouir de la vie nouvelle. Au ciel et sur la terre c’est la même joie qui envahit le peuple universel des filles et des fils du Père. Un peuple nouveau est constitué à la dimension du monde. Le passage de la ville de Jérusalem au monde entier est symbolisé par le passage d’un cri à un chant : des Hosanna de Rameaux à l’Exultet de l’aube de Pâques.

Vous avez remarqué ? On court beaucoup dans cet évangile de Pâques. Voyant que la pierre est enlevée du tombeau, Marie Madeleine court trouver Pierre et l’autre disciple. Les deux vont au tombeau en courant et l’un va plus vite que l’autre. J’aime cette petite compétition qui dit que même les disciples ont leur amour propre. Le premier est tout fier de faire comprendre qu’il est le plus rapide. Le second, dont la tradition nous dit qu’il serait Jean, le même qui écrit cet évangile, est tout fier de parler de lui comme du disciple que Jésus aime.

Au delà des qualités propres de ces deux personnages, nous découvrons là ce qui caractérise le disciple du Ressuscité : se savoir aimé et le communiquer au plus vite avec enthousiasme. Nous voilà donc là aussi invités à suivre le chemin. Quelle bousculade, quelle ouverture !

A propos d’ouverture : un détail de cet évangile a retenu mon attention.

C’est en deux étapes que l’un puis les deux disciples découvrent que le tombeau est vide.

D’abord l’un se penche et il voit le linceul ; il est resté là, il est le signe que la mort n’est pas oubliée. Ce n’est que dans un deuxième temps que les deux entrent dans le tombeau. C’est donc à l’intérieur du tombeau qu’ils constatent que le mort n’y est pas.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Que d’abord il faut voir, et pour cela se pencher, se bouger pour chercher du regard.

Mais ça ne suffit pas ; ce regard doit conduire à un déplacement : en entrant dans le tombeau, les disciples font le même chemin que Jésus. A leur manière ils passent par la mort, ils en expérimentent les signes. Et devant le vide, ou plutôt l’ouverture, leur regard les conduit à croire. Par le déplacement de leur corps, c’est aussi un déplacement de leur être qui les engagent à la suite du crucifié.

Et nous savons qu’ils ne sont pas restés dans le tombeau. On ne serait pas là pour en parler. Y étant entrés, ils leur a bien fallu en sortir. Ainsi, les deux disciples ont expérimenté le même déplacement que le Christ. Sortant du tombeau à sa suite ils sont déjà engagés dans la vie nouvelle du Ressuscité. C’est ainsi qu’il deviennent les témoins crédibles de la Résurrection.

A leur suite nous avons la possibilité de ne pas rester simples spectateurs de l’événement de Pâques et de nous engager avec tout notre être dans ce passage à la vie nouvelle. Nous voici devenus des acteurs de notre propre liberté. Ce passage, nous l’avons expérimenté dans notre chair au jour de notre baptême : plongés dans l’eau, nous sommes comme entrés dans la mort du Christ pour en ressortir vivants, ressuscités avec lui, comme le dit saint Paul aux Colossiens.

Oui, les amis, le chemin du Christ est devenu notre propre chemin : la fête de ce jour nous y invite une nouvelle fois.

Joyeuse Pâques à vous et à tous les vôtres !»

Lectures bibliques : Actes 10, 34-43; Colossiens 3, 1-4;Jean 20, 1-9

Homélie du 08 avril 2012

Prédicateur : Mgr Johan Bonny, évêque d’ Anvers
Date : 08 avril 2012
Lieu : Cathédrale Notre-Dame, Anvers
Type : tv

Fête de Pâques

Frères et soeurs,

On dirait que notre monde a du mal à supporter le bien. Le bien doit parfois se cacher pour survivre. Souvent il tombe dans l’oubli, pour ne pas dire qu’il est nié, voire banni. La souffrance des gens tient souvent au fait que malgré leurs intentions les meilleures, le zèle de leur engagement, ils se retrouvent en marge de la société.

Cette question nous amène au cœur de ce que nous célébrons aujourd’hui: la résurrection de Jésus. Le Vendredi Saint, il fallait que Jésus disparaisse car il était littéralement ‘trop bon pour ce monde’. Ce qu’Il était et ce qu’Il faisait était devenu insupportable. Non parce c’était mal mais au contraire parce que c’était bon. Jésus aurait pu se sauver lui-même. Il aurait pu s’arranger pour ne pas souffrir. Mais son histoire unique se serait alors arrêtée là. La croix fut son dernier refuge et pour cette raison son dernier choix. Il décida lui-même d’aller à Jérusalem et de porter sa croix jusqu’au bout. Mais est-ce sur cette croix qu’il est apparu pour la dernière fois?

En ce matin de Pâques nous célébrons Jésus relevé d’entre les morts par le Père, par la force de L’Esprit. Tout ce bien qui avait conduit Jésus en marge de la société et l’avait mené à la croix ne s’est pas heurté à un mur. Non : sur la croix tout ce bien s’est déversé dans les mains du Père, qui l’a recueilli et l’a transfiguré. Ce qu’était Jésus, ce qui faisait de Lui la figure du Père, le Père l’a extirpé de l’incompréhension de ce monde pour le mener à sa transfiguration. Là où la vie s’arrêtait, il l’a fait renaître. Là où se dressait un mur, il a ouvert un nouvel horizon. D’abord pour Jésus mais aussi pour chacun de nous.

Pâques n’est pas seulement la résurrection de Jésus. Il est le premier de cette nouvelle création mais non le dernier. La résurrection de Jésus marque l’avènement d’un temps nouveau pour Lui et pour nous. Celui qui est repoussé et banni dans ce monde peut plonger son regard dans celui du ressuscité. Il nous rassemble et s’adresse à nous. Il nous emmène sur ce chemin qu’il a déjà lui-même parcouru.

Voulez-vous contempler le meilleur de ce monde ? Vous le trouverez bien souvent en marge de notre société. Les fleurs les plus belles fleurissent où on les attend le moins. Tout comme ces narcisses, ces fleurs de la saison pascale, presque perdues en marge des chemins. Elles y ont bien leur place. Toute vérité et tout bien de ce monde sera reconnu et atteindra sa plénitude dans le visage du Ressuscité. C’est notre espoir et notre joie en ce jour.

Je vous souhaite une sainte et heureuse fête de Pâques !

Amen.

Lectures bibliques : Actes 10, 34-43; Colossiens 3, 1-4;Jean 20, 1-9

Homélie du 06 avril 2012

Prédicateur : Abbé Philippe Matthey
Date : 06 avril 2012
Lieu : Eglise St-Bernard de Menthon, Plan-les-Ouates
Type : radio

Célébration de la Passion du Seigneur

Peser une loi sur la même balance que la vie… quelle dérision !

C’est pourtant ce qui conduit à la situation dramatique de ce jour :

« Nous avons une loi et selon cette loi il doit mourir car il s’est dit Fils de Dieu »

Pendant toute sa vie Jésus a cherché à révéler que c’est la vie qui est importante au cœur de Dieu.

Certes, des paroles sont nécessaires pour donner un cadre à la vie commune… C’est pourquoi, pour Jésus, la loi est faite pour être accomplie, autrement dit pour donner à la vie de se déployer.

Or, nous le savons, c’est justement cela qui lui est reproché par ceux qui se sentent menacés dans leur pouvoir, justement au nom de cette loi !

Pour l’avoir séparée de la volonté de Dieu, les chefs religieux ont fait de la loi un instrument de mort. En en faisant le conservatoire du pouvoir religieux ils ont trahi non seulement la personne de Jésus, mais toutes celles et ceux qui vivent selon la loi de l’amour.

Car c’est bien cet affrontement qui se joue définitivement sur la croix du Christ : contre une parole d’amour s’est dressée une loi de mort. Et pourtant, là où la justice de Dieu bouscule la justice des hommes, c’est un espace de liberté qui s’ouvre devant Celui qui a fait son choix : aller jusqu’au bout non seulement de sa vie et de sa mission, mais de l’amour d’une vie donnée pour la vie du monde !

Cette croix plantée devant nous, nous appelle à ce même choix :

Signe de l’amour donné, elle nous indique le chemin de la liberté. Nous avons la possibilité de nous engager à la suite de Celui qui nous révèle que la seule loi, c’est la vie… au delà même de la mort !»

Lectures bibliques : Isaïe 52, 13 -53, 12; Hébreux 4, 14-16; 5, 7-9; Jean 18, 1 – 19, 42

Homélie du 01 avril 2012

Prédicateur : Abbé Philippe Matthey
Date : 01 avril 2012
Lieu : Eglise St-Bernard de Menthon, Plan-les-Ouates
Type : radio

Dimanche des Rameaux et de la Passion :

Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu !

Que de passages contrastés à vivre dans cette célébration !

C’est la fête ou déjà le drame ? La peine ou la joie ? Le passé ou le présent ?

N’est-ce pas la vie elle-même qui se joue avec se hauts et ses bas, ses réussites et ses échecs ?

Parce qu’il est venu vivre avec nous, Jésus lui-même assume ces extrêmes et ces contrastes.

La fête de ce jour nous fait entrer dans cette grande semaine du passage : nous y vivrons au rythme de la vie du Christ donnée en toutes circonstances.

 

Le premier passage auquel nous sommes invités, c’est de passer du passé au présent.

La déclaration du centurion, un étranger, est impressionnante, mais elle parle du passé. Elle parle d’un homme mort, le reconnaissant ce qu’il a été. Le centurion ne connaît pas la suite…

Nous aujourd’hui nous sommes les disciples du Vivant ; nous sommes interrogés au présent.

Sommes-nous prêts à nous engager à la suite Christ, mort et Ressuscité ?

Si oui, notre profession de foi nous fait proclamer :

« Vraiment celui-ci EST Fils de Dieu ! »»

Lectures bibliques : Isaïe 50, 4-7; Philippiens 2, 6-11; Marc 14,1 -15,47

Homélie du 01 avril 2012

Prédicateur : Abbé Jean-François Luisier
Date : 01 avril 2012
Lieu : Eglise Saint-Germain, Savièse
Type : tv

Messe des Rameaux et de la Passion

Meditation – personnage de Pierre

Mes amis, c’est vrai, il faisait des miracles, surtout des guérisons, mais au moment décisif où il aurait fallu prouver qu’il était l’envoyé de Dieu, sur la croix, ce fut le silence de Dieu, silence qu’il accepta de partager avec tous ceux qui souffrent. Les disciples avaient peine à comprendre que Jésus soit un messie pauvre. Ils espéraient peut-être qu’il changerait les conditions sociales ou politiques du moment, ils ne saisissaient pas qu’il était venu d’abord arracher le mal à la racine.

Jacques ! Jean ! et surtout toi Pierre, tes yeux sont alourdis, tu t’en poses des questions ? Pourquoi avoir suivi ton frère ? N’aurait-il pas fallu garder des filets en réserve ? Te voilà dans de beaux filets…. Pierre ! tu serais capable de fuir, de le renier, de ne pas aller jusqu’au bout ?

Tu as ce visage de l’Eglise d’hier et d’aujourd’hui endormie parfois, barque à la dérive, et nous le sommes à chaque fois que sonne l’indifférence dans nos vies, celle qui nous fait somnoler devant la souffrance, sans réaction, peut-être parce qu’il y a saturation, trop d’information, trop d’émotion et si peu de recul, …

Allons Pierre, réveille-toi, avec toute l’Eglise qui va naître de toi… Celui que tu croyais si fort, si puissant, a besoin de l’homme si faible et si fragile. Lorsque tu es faible, c’est alors que Dieu est fort en toi, demande-le à Jean, “Dieu est amour”, et l’amour se penche toujours plus bas….

Meditation   – Personnage du Soldat

Hé soldat, hé ! tu as vu la foule, tu as vu comme elle a changé. Tu avais de la peine à la contenir à deux pas d’ici lorsque cet illuminé entrait dans la ville de ton gouverneur Pilate. Et maintenant…tu vois comme elle a changé, comme elle se retourne… ah ! les foules ah! la rumeur quand elle emplit… Tu as donc maintenant le sale bouleau, crucifier cet homme. C’est le mystère du mal et de la souffrance qui rôde ? Y es-tu pour quelque chose ?

Que vas-tu faire, soldat ? Tu fais le mal que tu ne voudrais pas faire, et tu ne fais pas le bien que tu voudrais faire ? Est-ce cela qui t’habite, comme chacun de nous ? n’es-tu pas crucifié toi aussi, toi avant Lui ! Partagé, écartelé…Le combat est en toi, ce drame se joue en toi…

Et si cet homme hué conspué t’attendait au pied de sa croix, connaissait ta croix, ce qui te crucifie, alors fais confiance à la petite voix, avance, fais ton boulot, mais avance et garde ton cœur docile ! Peut-être qu’au pied de la croix, qu’au bout du supplice, tu entendras des paroles comme jamais qui se solidarisent avec tout homme de toute souffrance en toutes conditions ? Tu en fais partie, non ? Allez, va, fais ta besogne, l’heure avance, l’heure arrive, celle aussi de ton acte de foi ! Cet homme qui aime jusqu’au bout n’est-il vraiment pas le Fils de Dieu ?

Meditation   – personnage de Marie-Madeleine

Frère Aloys de Taizé écrivait aux jeunes tout récemment : En acceptant la mort violente sans répondre par la violence, Jésus a porté l’amour de Dieu là où il n’y avait que la haine. Sur la croix, il a refusé le fatalisme et la passivité. Jusqu’au bout il a aimé et, malgré le caractère absurde et incompréhensible de la souffrance, il a gardé confiance que Dieu est plus grand que le mal et que la mort n’aura pas le dernier mot. Paradoxalement sa souffrance sur la croix est devenue le signe de son amour infini.

(s’adresse à Marie-Madeleine)

Marie de Magdala, ton regard est bien bas, tes larmes tombent si amères, sur vous toutes les femmes, la nuit est tombée….

Oseras-tu croire à tous les possibles ? Et si Dieu te choisissait entre toutes les femmes, entre tous les apôtres pour porter une bonne nouvelle ? Tu l’ignores encore ! Mais Celui qui a re-suscité du bonheur dans ta vie ne serait-il pas capable de plus encore ? Ce parfum, même le peu qu’il en reste… je crois bien que c’est ta confiance, la confiance des humbles et des petits au pied de chaque croix, dans chaque situation, en toute circonstance. Marie-Madeleine d’hier et d’aujourd’hui, plus que jamais notre Eglise a besoin des blessés de la vie et de l’amour pour annoncer que la vie est plus forte que tout, qu’il ne faut jamais se décourager…

Notre monde attend ce parfum d’espérance, personne ne doit garder pour soi !»

Lectures bibliques : Isaïe 50, 4-7; Philippiens 2, 6-11; Marc 14,1 -15,47

Homélie du 25 mars 2012

Prédicateur : Abbé Jean-René Fracheboud
Date : 25 mars 2012
Lieu : Foyer “Dents-du-Midi”, Bex
Type : radio

5e dimanche de Carême

Chers Frères et Sœurs,

Cette nuit, nous avons changé d’heure, nous sommes passés à l’heure d’été. Cette démarche, au cadran de nos horloges et de nos montres, est bien futile et dérisoire à côté d’une autre heure, celle dont nous parle l’évangile de Jean : « L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié ».

C’est l’heure décisive pour Jésus, l’heure de l’extrême, l’extrême du DON, l’extrême de l’Amour qui va jusqu’à la dépossession de soi pour que la VIE puisse triompher de la mort. Tout l’évangile de Jean est coloré par ce thème de l’heure; à Cana, l’heure de Jésus n’était pas encore venue, pourtant Jésus pose déjà un geste fort et significatif, il change l’eau en vin, il permet à la fête d’aller jusqu’au bout. Maintenant, c’est l’heure des ténèbres qui s’annonce. Jésus va être livré, va être conduit à la mort. Une heure lourde et dramatique : l’AMOUR n’est pas aimé.

Mais pour saint Jean, cette heure, c’est l’heure de la GLOIRE, de la glorification du Fils de l’homme. Encore un terme qui sous la plume de saint Jean a une force extraordinaire. La gloire, cela n’a rien à voir avec la gloriole, une forme de gonflement de l’apparence pour faire impression sur les autres. La gloire dans la Bible, c’est ce qui pèse, ce qui a du poids, ce qui ne trompe pas. Ce qui pèse dans la vie de Jésus, c’est son amour, c’est la densité profonde de son être qui rayonne et touche les cœurs. Il parle avec autorité, il pose des gestes qui créent de la vie.

Toute la vie de Jésus, – ses paroles, ses gestes de guérison, la dénonciation des injustices, ses choix de rejoindre les plus petits, les plus pauvres, sa manière d’être – exprime ce qu’il porte en lui, sa densité d’existence, sa densité d’amour. Sur les routes de Palestine, beaucoup ont reconnu la gloire de Jésus et ont cru en Lui. Mais cette gloire va trouver son couronnement et son aboutissement dans la manière de mourir de Jésus. « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne » Jésus est livré mais plus fondamentalement, il se livre. Il plie la mort à dire encore l’AMOUR, et c’est en ce sens qu’il ouvre une brèche de lumière dans l’opacité de la nuit. On a souvent tendance à associer la gloire de Dieu à la résurrection. Mais pour saint Jean, la mort de Jésus, tragique et inacceptable, est déjà le moment et la révélation de la gloire. Elle en est comme l’éclat le plus parfait, le plus sublime.

La gloire de Dieu se donne à lire et à voir à travers le tressaillement de tout l’être, de l’homme Jésus, touché aux entrailles, bouleversé par ce qu’il affronte :

« Maintenant, je suis bouleversé. Que puis-je dire ?

Père, délivre-moi de cette heure ? – Mais non !

C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci.

Père, glorifie ton nom !

Alors, du ciel vint une voix qui disait :

“Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore.” »

Cette heure-là, on ne la change pas, on ne la change plus. Elle est l’heure décisive de notre espérance, l’heure où l’humain est sauvé de toutes les dérives accablantes de l’histoire pour basculer dans la vie et la tendresse de Dieu.

C’est l’heure de la réalisation de la prophétie de Jérémie dans la 1ère lecture. L’heure où la loi n’est plus écrite sur les tables de pierre mais dans le profond du cœur de l’homme : « Je l’inscrirai dans leur cœur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Ils n’auront plus besoin d’instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : “Apprends à connaître le Seigneur” car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands. »

Par la mort de Jésus dans l’amour, par l’inscription de la loi de Dieu dans le plus profond du cœur, s’inaugurent les temps nouveaux, le temps de la grâce, le temps où le « Je t’aime » de Dieu ouvre des perspectives neuves, nouvelles pour toute l’humanité. L’homme n’est plus condamné à l’errance, au désespoir, il est promis à la vie et à l’amour.

Comme le dit Christian Bobin, nous sommes « les rescapés d’un effondrement ». C’est désormais la vie du Christ qui coule en nous, qui nous anime, qui nous transforme et qui nous oriente vers notre destinée de lumière.

Mais ce DON infini de Dieu, ce cadeau qui jaillit de la croix du Christ n’est pas quelque chose de tout fait, d’emballé. Ce n’est pas quelque chose qu’on possède comme un objet ou un gadget. Ce n’est pas quelque chose qu’on reçoit extérieurement en ouvrant les mains seulement. C’est une dynamique de vie, une manière de vivre, c’est un mouvement qui entraine tout l’être vers un « plus », qui opère un dépassement. Et comme toujours pour dire des choses complexes et souvent difficiles, l’évangile emploie des images toutes simples, à notre portée : « Le grain de blé qui doit mourir en terre pour porter beaucoup de fruit. »

Jésus est entré dans la mort, a vécu sa mort comme le grain tombé en terre. Pour nous, pour être à hauteur du cadeau de Dieu, pour l’accueillir et le vivre, il est indispensable d’entrer dans ce mouvement pascal, une perte en vue d’un gain, une mort en vue d’une résurrection.

Envisager cela reste très difficile pour nous, si attachés à nos racines humaines, si accrochés aux choses visibles, immédiates, si sensuellement empiriques. On n’est pas fait pour perdre, mais pour gagner, pour réussir, pour aller de l’avant, pour construire, pour conquérir…Chaque perte nous semble une agression : un échec, un pépin de santé, un chômage, la mort d’un proche…et l’on se dit : « Si Dieu existait, on ne verrait pas des choses pareilles ! »

Je ne résiste pas à l’envie de redire ici cette petite histoire d’enfant qui illustre merveilleusement cette difficulté. C’est l’histoire de Corine qui est au jardin avec sa maman. Elles sont en train de planter des petits pois. La petite prend un malin plaisir à faire comme sa maman. On fait un petit trou dans la terre, on jette quelques graines et on remet de la terre par-dessus. Et on recommence l’opération. Lorsque le travail est fini, la maman dit à sa petite Corine « Je vais préparer du dîner pour la famille… » et la petite répond « Moi, je reste encore un moment pour jouer dans le jardin. »Quelques instants plus tard, la maman entend sa petite arriver dans la cuisine comme un volcan, les mains pleines de graines : « Maman, regarde ! les graines que tu avais perdues, je les ai retrouvées… ! »Corine ne peut pas comprendre qu’on fasse exprès de perdre quelque chose dans la terre ! ça la dépasse…

Pour ce qui est du jardin, des petits pois ou des grains de blé, nous adultes, nous sommes au point sur ce processus incontournable de la fécondité. Mais pour le reste, pour les grandes et difficiles questions de la vie, de la souffrance, de la mort, des épreuves diverses, nous avons la même réaction spontanée que Corine…

Il nous faut sûrement beaucoup de temps, de grâce, de don de Dieu, pour nous familiariser avec la dimension pascale de nos vies, pour dépasser nos impressions premières et découvrir la fécondité de la vie. Nous souhaitons un bonheur mais sans l’engagement du don. Nous souhaitons la Résurrection – une vie plénière et intensément comblante –mais sans la mort et les morsures du mal. Nous souhaitons la récolte de fruits abondants mais sans la décomposition de la graine dans la froideur de la terre. Seul le Christ qui est passé par là le premier, et de quelle manière, peut nous entraîner dans cette pâque à vivre tous les jours. C’est la vie de nos baptêmes où nous sommes plongés dans la mort avec le Christ pour avoir déjà part à sa Résurrection.

C’est lui seul qui peut nous faire découvrir, lentement, petit à petit, discrètement, que nos souffrances, nos expériences douloureuses de « perte », de « mort » peuvent devenir en Lui des lieux de naissance à une vie nouvelle. Lui seul peut faire de nos calvaires, de nos chemins de croix, des chemins de gloire.

« Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »

Frères et Sœurs, aujourd’hui, nous sommes à l’heure du grain de blé… Chacun, chacune de nous porte en lui, sourdement, dès sa naissance, les sombres racines de sa mort et chacun, chacune peut/doit choisir, jour après jour, d’en resurgir plus vivant, car la vie, la présente autant que la future, ne cesse de passer par l’épreuve du « mourir ».

« Si le grain de blé » n’est pas enseveli, noyé, perdu et déconstruit dans l’hiver de la terre, il reste seul. Mort pour de bon. S’il s’abandonne et se laisse emporter par le flux de la vie, par la vie du Christ, alors, il porte beaucoup de fruits. L’issue n’est jamais ailleurs que là où a lieu l’épreuve. L’issue est une brèche dans l’épaisseur de la tourmente. Dans le Christ, le lieu précis de la blessure devient celui de la présence. Il y a résurrection, chaque fois qu’une perte, un dénuement nous enfante à une plus grande liberté, chaque fois qu’un vide nous ouvre un peu plus d’accueil, chaque fois qu’un départ prépare une rencontre plus vraie.

Se mettre à l’heure d’été ne suffit plus ! Il faut se mettre à l’heure de Pâques, « du grain de blé tombé en terre qui portera beaucoup de fruit ».

AMEN

Lectures bibliques : Jérémie 31, 31-34; Hébreux 5, 7-9; Jean, 12, 20-33