Homélie du 29 mai 2014

Prédicateur : Père Jean-René Fracheboud
Date : 29 mai 2014
Lieu : Foyer des Dents du Midi
Type : radio  »

Comme c’est difficile avec des mots pauvrement humains de dire le mystère de Dieu ! Comme c’est difficile avec des mots de la terre d’exprimer quelque chose de la fulgurance du ciel !

Plus que jamais la fête de l’Ascension nous met devant cette énorme difficulté. Les expressions bibliques sont claires, limpides : « … Il fut enlevé au ciel après avoir, dans l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis « .

 » Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée.  »

 » Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel.  » Il faut sûrement prendre des distances par rapport à une forme naïve de lecture entretenue par un style de peintures.

Jésus n’est pas monté au ciel comme une fusée pour traverser l’azur et la couche d’ozone et rencontrer le Père.

Rien à voir non plus avec une forme de lévitation divine spectaculaire. Il nous faut décoder ce langage.

Quand on parle de  » nuée « , le familier de la Bible fait le lien avec l’expérience du Peuple de Dieu dans l’Ancien Testament, l’expérience de l’Exode, la Traversée du désert, le don de la Loi à Moïse. La nuée évoque la présence de Dieu, son épiphanie. Mais tout en se manifestant à l’homme, la réalité de Dieu reste comme voilée.

À l’Ascension, Jésus a été enlevé, arraché à notre visibilité humaine pour rejoindre la plénitude de Dieu, Trinité d’amour.

Ce que nous célébrons à travers la fête de l’Ascension, c’est l’aboutissement, l’accomplissement, la consécration de toute la vie et de toute la mort de Jésus. Jésus s’est fait chair pour nous révéler le secret profond de toute vie, de toute existence. Il a fait le déplacement de la terre.

Le monde et l’histoire n’obéissent pas à des forces aveugles. Tout porte le sceau et l’empreinte d’un immense AMOUR, l’amour de Dieu. Tout vient de cet amour créateur et tout est orienté vers l’accomplissement d’une vie de plénitude et d’harmonie.

Jésus, par son comportement quotidien, a fait comprendre à tous ceux et celles qu’il rencontrait, que leur vie, même fragile, pauvre, souvent malmenée par le mal, le mensonge et la mort, avait une valeur infinie. Par son regard de tendresse, par ses gestes de salut, par sa passion amoureuse, Jésus a promu à l’existence, à la dignité, tous ceux qui venaient à lui. Jésus est allé jusqu’à l’extrême de sa mort pour dire que Dieu croit en l’homme envers et contre tout, qu’il le sauve et qu’il lui ouvre une destinée de gloire. Sa Résurrection et son Ascension scellent à tout jamais la réussite de cette trajectoire d’amour, de don et de générosité.

En affirmant aujourd’hui que Jésus est monté au ciel, nous disons qu’il a pénétré pour toujours dans le monde spirituel nouveau, définitif, dont il est la première cellule vivante. Ce monde est inaccessible à nos sens et à notre imagination mais souverainement réel, plus réel que notre monde actuel. C’est l’audace du christianisme de placer un homme, un fils d’homme, Jésus, au cœur de la vie de Dieu, dans son brasier d’amour.

Si, pour Jésus, son Ascension est le couronnement de toute sa vie, elle est pour nous ses disciples, son Église, un envoi et une mission. Saint Luc, à la fin de son Évangile situe l’Ascension au soir de Pâques. Par contre au début des Actes des Apôtres, il la situe 40 jours après Pâques. Les évangélistes ne sont pas des reporters, mais des témoins qui ont habillé leur message dans des vêtements différents et complémentaires.

Ces 40 jours, qu’on retrouve si souvent dans la Bible, sont l’expression d’une pédagogie divine qui accompagne une maturation intérieure. Après le choc de la mort de Jésus, il a fallu pour les disciples un certain temps pour accueillir le Ressuscité, pour se laisser transformer par Lui, peu à peu, et pour se préparer à vivre une certaine forme d’absence visible de leur Seigneur. L’Ascension, au début des Actes des Apôtres, marque la fin des apparitions pascales de Jésus.

Saint Matthieu ne parle pas de l’Ascension de Jésus, il termine son Évangile par cet envoi grandiose, solennel :

 » Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.  »

On se souvient que son Évangile s’était ouvert avec l’annonce de la venue de l’EMMANUEL, du  » Dieu-avec-nous « . Matthieu assure que cette présence de Dieu parmi les hommes continue :

 » Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.  »

C’est désormais le temps de l’Église qui prend le relais pour devenir sacrement, signe efficace de la puissance salvifique du Christ.

Saint Paul nous donne un raccourci éblouissant de la grâce que nous vivons en Église aujourd’hui :  » Il lui a tout soumis et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de Lui la tête de l’Église qui est son Corps, et l’Église est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude.  » Il n’y a plus rien à voir du côté du tombeau, il est vide. – c’était le message du matin de Pâques – Il n’y a plus rien à voir du côté du ciel, il est vide. Ne restez pas là le nez dans les nuages, – c’est le message d’aujourd’hui, de l’Ascension. –

Mais il y a désormais tout à voir du côté de la communauté des baptisés, qui par leur manière de vivre ensemble, par la manière de se porter, de s’aimer, de se pardonner, vont offrir la visibilité et une actualité à la présence vivante du Christ. L’Église et nos communautés ne sont pas un appendice ou une prothèse ajoutées de l’extérieur, elles sont au contraire le lieu du jaillissement du Christ Ressuscité et exalté dans la gloire.

Cette fête de l’Ascension nous provoque à une immense espérance.

 » Une fois élevé de terre, j’attirerai tout à moi.  » Peut-être qu’une des caractéristiques du monde actuel, c’est la tyrannie de l’immédiateté. Il faut tout faire, tout vivre aujourd’hui.

Il faut faire le plein de consommation, de jouissance, d’expériences, de sensations fortes. Plus l’avenir est sombre, chargé de nuages lourds et menaçants, plus nos sociétés éprouvent des difficultés à trouver des solutions face aux nombreux défis sociaux, économiques et politiques, plus le danger est grand de se replier sur soi, de s’enfermer dans son cocon. Nous sommes menacés par une forme de pessimisme et de désespérance. Ce sont les nombreux  » à quoi bon  » démobilisateurs de nos journées grises. À quoi bon se donner tant de mal pour vivre, puisque tout passe, tout se défait, tout est marqué par la fragilité ? Nous pouvons souvent être saisis par le sentiment que tout est dérisoire, sans valeur, sans consistance, sans relief et que tout retourne au néant. La foi au Christ nous invite à passer du  » dérisoire  » au  » provisoire « …  » La dynamique du provisoire « , expression chère de frère Roger de Taizé. Le Seigneur vient constamment nous ouvrir un avenir.

Il vient nous révéler que tout ce qui est bâti dans le don, la générosité, la justice et la paix trouvera une consécration définitive dans son Royaume. Tout peut avoir un poids d’éternité. Tout ce que nous commençons humblement à humaniser, le Christ le portera à l’accomplissement en le divinisant, en le portant à la plénitude de l’amour. La foi au Christ dans son mystère de Résurrection et d’Ascension vient me libérer à la fois d’un idéalisme désincarné et d’un pessimisme décourageant. Il ne vient pas occulter les fragilités et les opacités de mon  » métier de vivre « , mais il vient m’assurer que ma vie, humble et cachée, sera tranfigurée en Lui.

« Accepte-toi toi-même en ton inachèvement, en ton imperfection,
  mais ne t’y établis pas.
  Cherche ton achèvement, ta perfection.
  Surveille ton désir, cultive l’ambition qui est désir de grandeur.
  Dieu ton Père te veut grand, divin, à son image.
  Sois libre et deviens-le.
  Maître de toi, ouvert à l’infini !
  Ne te laisse pas mettre en prison,
  accepte des barrières à ta droite, à ta gauche,  
  mais jamais devant toi,
  jamais devant ton  ciel ! »

Abbé Jean-René FRACHEBOUD »

Homélie du 25 mai 2014

Prédicateur : Père Jean-René Fracheboud
Date : 25 mai 2014
Lieu : Foyer des Dents du Midi
Type : radio

À l’heure du festival de Cannes, avec ses fastes, ses célébrités et ses extravagances, nous pourrions aborder le message évangélique d’aujourd’hui comme un « travelling cinématographique », qui part de la vie de Jésus, qui se poursuit par l’événement décisif de sa mort et de sa résurrection et qui aboutit au don de l’Esprit.

Jésus l’avait dit expressément, d’une manière presque provocatrice,
« Il est bon pour vous que je m’en aille ».

Aujourd’hui, il nous dit très clairement :
« Je ne vous laisserai pas orphelins.
D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus,
mais vous, vous me verrez vivant et vous vivrez aussi. »

Quelle extraordinaire promesse et quel merveilleux accomplissement !

Jésus n’est plus simplement devant nous, à côté de nous, en face de nous, mais il est en nous, vivant et vivifiant, nous partageant son dynamisme d’amour et de transformation du monde.

Tout ce temps pascal, à travers le mouvement des grandes fêtes liturgiques, Pâques – Ascension – Pentecôte, nous invite à l’intériorisation de notre foi.

Il fallait d’une certaine manière que Jésus ne soit plus devant nos yeux, extérieur à nous-mêmes, pour le découvrir à l’intérieur, au plus profond du cœur, assage éblouissant du Dieu « devant » au Dieu « dedans ».

Vous l’aurez remarqué, le passage de l’évangile de Jean, proposé aujourd’hui à notre méditation, est trinitaire :
« Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre défenseur
qui sera pour toujours avec vous, c’est l’Esprit de Vérité.
Le monde est incapable de le recevoir parce qu’il ne voit pas
et ne le connaît pas, mais vous, vous le connaissez,
parce qu’il demeure auprès de vous et qu’il est en vous. »

Le mot employé par Saint Jean pour désigner l’Esprit est presque intraduisible…

« le Paraclet »… celui qui est appelé auprès de quelqu’un pour l’accompagner, pour le soutenir, pour le fortifier, pour le dynamiser, pour l’encourager. C’est l’attitude exercée par des parents auprès de leurs enfants, ou des professeurs vis-à-vis de leurs élèves.

Jésus est le premier à avoir exercé cette mission d’accompagnement auprès des disciples sur les routes de Galilée, les initiant au Royaume, les ouvrant amoureusement à la source qui le faisait vivre, le Père, les dilatant à une vie de générosité, de justice, d’attention aux plus faibles.

Jésus n’est désormais plus présent physiquement au milieu de nous, mais cette force de rayonnement et d’accompagnement, il nous la partage dans le DON de l’Esprit, son Esprit qui continue mystérieusement, mais réellement ce rôle de fortification et de charpente intérieures.

Dans le texte biblique, il y a une forme d’insistance sur la réalité du don de Dieu, du don de l’Esprit à travers 3 prépositions…

Ce Défenseur, il sera avec vous pour toujours
il demeure auprès de vous
et il est en vous.

L’Esprit est AVEC, AUPRES et EN,… autant dire que nous sommes merveilleusement équipés, enveloppés de grâce et de force pour vivre harmonieusement la mission de témoin du Christ.

Il est bon de nous redire que la vie chrétienne n’est pas une avancée à la force de l’intelligence ou du poignet, – elle n’est pas une conquête – mais elle est le déploiement de l’œuvre du Christ lui-même, qui investit notre humanité et la travaille du dedans.

L’amour, qui est la respiration du Père et du Fils, vient nous saisir entièrement et nous fait entrer dans l’extraordinaire communion trinitaire.

Nous devenons ainsi les vivants et les célébrants de la vie même de Dieu dans ce qu’elle a de plus fort, de plus intime, de plus dynamique.

Nous devenons les « tout aimés du TOUT AMOUR »

Pour cela, il nous faut conjuguer l’extériorité du Visage et de la Parole de Jésus avec l’intériorité du souffle de l’Esprit.

Les Actes des Apôtres que nous lisons régulièrement pendant ce temps pascal se plaisent à souligner l’extraordinaire transformation que l’Esprit Saint opère dans les cœurs et les premières communautés.

On ne reconnaît plus les Onze Apôtres autour de Pierre.

Ces êtres traumatisés par la mort violente de Jésus, voués à la débandade, esclaves de la peur, barricadés dans la tristesse, on les retrouve avec une force incroyable, unis entre eux comme jamais, capables de tenir tête aux détracteurs les plus hostiles.

« Ce Jésus que vous avez crucifié, Dieu l’a ressuscité et nous en sommes ses témoins ».

Ils iront jusqu’à la mort, jusqu’au martyre, pour attester du sérieux de leur foi et de leur attachement au Christ Ressuscité.

Comme on jette un caillou dans la mare, il y a comme des vagues successives et progressives de cet Esprit Saint répandu abondamment, généreusement.

Il y a d’abord la Pentecôte de Jérusalem, l’Esprit répandu sur les disciples et tout le monde les entend dans leur propre langue proclamer les merveilles du Seigneur Ressuscité.

Il y a ensuite la Pentecôte sur les Samaritains, c’est le texte d’aujourd’hui :
« Philippe, l’un des sept, arriva dans une ville de Samarie
et là il proclamait le Christ. Les foules d’un seul cœur
s’attachait à ce que disait Philippe, car tous entendaient parler
des signes qu’il accomplissait, ou même ils les voyaient.
Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits mauvais,
qui les quittaient en poussant de grands cris…
Beaucoup de paralysés et d’infirmes furent guéris.
Et il y eut dans cette ville une grande joie. »

Il y aura encore la Pentecôte sur les païens, l’universalisation de l’œuvre de grâce.

Désormais, il n’y a plus une parcelle d’humanité qui est appelée à rester en dehors du salut apporté par le Christ et diffusé par l’Esprit.

La grande question que nous pouvons nous poser est celle-ci :

– Est-ce que nos vies sont suffisament embrasées par ce feu et ce dynamisme de l’Esprit ?
– Est-ce que la vie du Christ Ressuscité irrigue suffisament nos cœurs, nos manières d’être, nos engagements au service de l’homme ?
– Où pouvons-nous toucher du doigt le fait que la vie d’un Autre habite en nous ?

Il y a en nous plus grand que nous.

« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi », dira Saint Paul.
Nos vies sont-elles occupées
OU sont-elles habitées ?
Nos vies sont-elles pleines de nous
OU pleines de Lui ?

Revenons au festival de Cannes pour terminer…

J’aime à me souvenir de l’Abbé Pierre qui, il y a quelques années, avait été invité sur le plateau au milieu de toutes les stars.

On avait présenté le film « Hiver 54 » qui reprenait son appel au secours prophétique devant la mort d’une pauvre dame sur les trottoirs de Paris. Et là, le journaliste-présentateur l’interpelle…

« Abbé Pierre, vous êtes au soir de votre vie !
Si vous deviez laisser un message à l’humanité, qu’est-ce que vous diriez ? »

Après un moment de silence, l’Abbé Pierre répondit :

« Pour moi, vivre, c’est du temps donné à des libertés
pour apprendre à aimer
en vue de la rencontre de l’Eternel Amour
dans le toujours de l’au-delà du temps.»

6e dimanche de Pâques

Lectures bibliques : Actes 8, 5-8.14-17; Ps 65; 1 Pierre 3, 15-18; Jean 14, 15-21

Homélie du 18 mai 2014

Prédicateur : Abbé Claude Ducarroz
Date : 18 mai 2014
Lieu : Monastère de la Visitation, Fribourg
Type : radio

Un chemin…une maison ! Ouf ! On est sauvé !

Vous êtes-vous jamais trouvés égarés, sans savoir où vous étiez et donc sans savoir où aller pour prendre la bonne direction, et retrouver enfin l’endroit où vous étiez attendus ?

Perdu ! Peut-être sans aller jusque là, et tant mieux pour vous.

Mais vous savez bien comme moi que d’innombrables hommes, femmes et même enfants en sont là à travers le monde. A cause de la guerre, de l’exclusion, de la misère, de la famine : partir, par terre ou par mer, n’importe où, sans savoir où l’on arrivera, ni comment. Et peut-être même en imaginant qu’on échouera plus probablement sur les rivages de la mort qu’au port improbable du salut.

Et puis une telle aventure peut-être intérieure, morale, affective, spirituelle, même chez nous, dans l’enchevêtrement toujours plus complexe des moyens de communications modernes et des résidences multiples qui n’empêchent pas la solitude et parfois le désespoir.

Et voici que tout à coup, aujourd’hui dans l’évangile, il est question de maison et de chemin, justement. Une maison bien habitée où nous sommes attendus, un chemin sécurisé pour aller précisément dans cette maison-là. Heureusement !

Ce n’est pas qu’il n’y ait jamais, avant de trouver cette bonne adresse, une recherche qui puisse aller jusqu’à l’angoisse, puisque Jésus nous dit : « Ne soyez donc pas bouleversés ». Dans toute quête profonde, il y a aussi le passage par quelques tunnels, c’est normal.

Mais là, enfin à la maison. C’est une demeure, autrement dit un endroit où il fait bon demeurer, où l’on a envie de rester parce qu’il y fait clair et chaud. C’est que l’hôte qui nous attend, au-delà des ravins de la mort, n’est pas n’importe qui : Dieu comme Père, avec un cœur maternel, le Dieu de la lumière éternelle, le Seigneur de l’Amour qui ne s’éteint jamais.

On pourrait appeler cela un foyer, là où les amoureux se trouvent bien, à la juste température de la tendresse infinie. Car là, à savoir dans le cœur même de Dieu, si nombreux que nous soyons, il y a de la place pour tout le monde. Ta place, ma place sont même préparées. Nous sommes attendus pas seulement par Dieu, mais en Dieu. Une maison en forme de Dieu lui-même : voilà notre lieu de rendez-vous pour toujours.

Et puis le chemin. Car on pourrait imaginer que de telles promesses sont certes merveilleuses, mais très hautes, lointaines, inaccessibles. Ou du moins pas à la portée de tout le monde, et surtout pas de moi.

Eh ! bien, quelqu’un est venu à notre rencontre pour nous montrer le chemin. Mieux : nous ouvrir ce chemin. Plus encore : il est le chemin qui, à travers la vérité de son amour, nous conduit à la vie éternelle. Un chemin qui est quelqu’un, un chemin de chair et de sang, qui peut nous tendre la main, nous donner sa main, nous serrer sur son cœur, pour nous mener, tout en douceur et en sécurité, vers la maison de son Père qui est aussi notre Père.

Il suffit de se laisser guider.

* Il y a la lumière de sa parole pour cela, lampe sur le sentier, clarté devant nos pas.

* Même si nous devons passer par la nuit de la mort, nous croyons, sur la foi de témoins crédibles, qu’il est sorti vivant de l’autre côté du tunnel de la grande détresse, au point de pouvoir nous appeler « des ténèbres à son admirable lumière. »

* Pour parcourir le voyage de notre vie, en pèlerins exposés à tous les temps, il nous faut pouvoir faire halte de temps en temps dans l’auberge du repas partagé : c’est l’eucharistie, là où notre divin compagnon de route se fait tellement humain qu’il peut nous dire en nous les offrant : « Prenez, mangez, ceci est mon corps livré pour vous ; prenez, buvez, ceci est mon sang versé pour vous. »

Et puis, dans cette caravane de la vie en route vers la maison qu’est Dieu, avec Jésus Christ et autour de lui, il y a tout un peuple. Nous ne sommes pas seuls, heureusement.

Il y a « la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu. » Derrière ces mots un peu difficiles à comprendre, n’allons pas chercher très haut ou très loin. Il y a le visage aux mille contours des autres chrétiens, l’Eglise des Eglises, les disciples enfants de la croix, de la Pâque et de la Pentecôte, qui se sont multipliés à partir de Jérusalem et jusqu’au bout du monde, à la suite des premiers apôtres. Et puis on a ajouté de nouveaux ministère, par exemple les diacres, et tant d’autres encore, hommes et femmes, fidèles employés dans la maison ecclésiale.

Quel bonheur, quel honneur de faire Eglise tous ensemble, pas parce qu’on est meilleur que les autres, ni pour se mettre à l’abri du monde, mais pour se laisser envoyer là où nous vivons au jour le jour en témoins de l’évangile libérateur et constructeur d’humanité à l’image de Jésus. Rêvons et réalisons une Eglise qui bâtit des ponts entre les maisons humaines, qui construit dès ici-bas une cité de fraternité et de paix.

A cause de ce Jésus qui a même osé promettre : « Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes. »

Pas nous tous seuls, évidemment, mais lui et son Esprit en nous.

Beau programme ! Allons-y !»

5e dimanche de Pâques

Lectures bibliques : Actes 6, 1-7; Ps 32; 1 Pierre 2, 4-9; Jean 14, 1-12

Homélie du 18 mai 2014

Prédicateur : Marie-Josèphe Lachat, assistante pastorale
Date : 18 mai 2014
Lieu : Eglise Saint-Pierre, Porrentruy
Type : tv

Quelle est belle et forte la réponse de Jésus à Thomas!

«Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie!»

Là où, comme Thomas, nous souhaitons savoir, Jésus nous invite à croire….

Oui, sa réponse est superbe de liberté, magnifique de confiance et merveilleuse de dynamisme!

«Je suis le Chemin» – Ni mon chemin, ni ton chemin mais le chemin…. Celui que tu traceras en même temps que je te l’offrirai. Celui que chacune et chacun de nous dessineras par sa vie et son acquiescement… et même s’il y a des errances, Jésus en reste le chemin, il nous porte… où que nous nous perdions!

Etant Chemin, Jésus s’expose pour être serviteur de notre vie. Comme au lavement des pieds, il se met au service de notre marche, de notre croissance, de notre salut.

Mais il ne le fera pas sans nous: il est le Chemin…. à nous de marcher… et d’en dessiner le tracé. Sachant qu’à chaque pas, il continue de se proposer…

«Je suis la Vérité» – À nouveau, alors que nous attendons des dogmes à croire, il se livre à nous. La Vérité n’est pas quelque chose à croire mais quelqu’un à suivre…. Et d’abord à regarder, à comprendre, c’est-à-dire à prendre avec soi… à vivre donc, plus qu’à suivre. Cette vérité-là est libératoire, à l’opposé de dogmes asservissants. Car il faut notre libre consentement pour que notre engagement soit authentique…

Quelle magnifique confiance que Dieu fait à sa créature, magnifique confiance de Dieu en sa créature! Dieu croit en nous plus que nous croyons en Lui.

«Je suis la Vie» – Y a-t-il quelque chose de plus surprenant que la vie? Alors n’attendons pas qu’il nous réponde comme nous le voulons. Il est la surprise même, le jaillissement et l’impromptu de la Vie… la question sans cesse posée sur nos chemins, comme la pierre d’achoppement, comme la revendication devant l’injustice, comme le cri devant l’exploitation, comme le silence devant la violence, les pleurs face au mépris…

Il est la pierre d’achoppement qui devient pierre angulaire comme la résurrection plantée dans la mort.

Il est la vie qui s’offre à nous. Quel que soit le contenu de nos tribulations, il en est. Toujours prêt à déployer devant nous son salut. La foi est dynamisme de vie… mais c’est à nous de croire, à nous de marcher, à nous de vivre!

Oui, quelles merveilleuses images pour dire l’être-avec-nous de Dieu…

Jésus y ajoute encore la transparence: « Qui m’a vu, a vu le Père» Il est chemin qui mène au Père, comme on mène à une source pour y boire l’eau vive…

…et pas après pas, au fur et à mesure de l’invention du chemin, à chaque avancée de notre quête de vérité, notre vie se dessine et nous conduit à sa source autant qu’à son aboutissement…. nous conduit en ce lieu d’intimité où nous est murmuré de quel amour nous sommes aimé-e-s, de quel désir nous sommes fruit, de quel avenir nous sommes remplis-e-s…

C’est à la source – et de la source – que nous apprenons notre dignité de fille et de fils! Oui, Dieu nous a créé-e-s, il a laissé en nous sa trace: nous sommes d’origine divine.

C’est à la source de nous-mêmes que nous mène le Chemin, là, que nous découvrons la vérité et là, qu’est la Vie! C’est là que nous voyons et rencontrons le Père.

A la source de nos vies, tout devient limpide, tout est récapitulé en Dieu, toute notre vie est accomplie… toutes nos vies, frères et sœurs, sont entrelacées et unies pour être mêlées à la vie-même de Dieu…

Comme la mer est dans la source, nous avons tout, en nous…. Le Père est dans le Fils, le Fils est dans le Père et nous en Eux, toutes et tous….

Dans la limpidité de l’eau de notre baptême, notre vraie dimension étincelle! Elle fait ruisseler la vie et la vérité et nous abreuve pour nous permettre de reprendre le chemin….

Ayant appris de la Source notre filiation et notre fraternité, un chemin nouveau en découle…

Faisant de Dieu la source de nos choix, nous façonnons notre propre chemin pour qu’il devienne chemin de vérité et de vie!

Nous devenons chemin de Dieu! Chemin vers les autres… chemin pour les autres… qui invente la beauté en chaque chose, en chaque vie, en chaque événement… en pleine vérité, Dieu s’unit au monde, comme l’eau à la terre, en passant par nous, comme sur un chemin!

Nous l’avons chanté: Nous sommes peuple de lumière. Nous avons été baptisés pour témoigner, pour avancer dans la vérité, pour demeurer dans la charité et pour inventer le don et la joie!

«Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes….»

5e dimanche de Pâques

Lectures bibliques : Actes 6, 1-7; Ps 32; 1 Pierre 2, 4-9; Jean 14, 1-12

Homélie du 11 mai 2014

Prédicateur : Abbé Claude Ducarroz
Date : 11 mai 2014
Lieu : Monastère de la Visitation, Fribourg
Type : radio

Je me souviens. Une fois l’hiver bien installé dans la plaine broyarde d’où je viens, nous guettions l’arrivée des moutons. Je veux dire le passage d’un troupeau emmené par un berger accompagné d’un chien très obéissant, et ses brebis qui cherchaient quelques brins d’herbe encore verte, parfois sous la neige. J’admirais la vigilance du berger qui n’abandonnait jamais ses bêtes, même la nuit, et le soin particulier qu’il apportait aux agneaux, nos préférés évidemment.

Je l’ai découvert plus tard : ce spectacle touchant, c’était aussi une parabole de l’évangile, et précisément le récit d’aujourd’hui, « dimanche du bon Pasteur. »

Selon l’heureuse nouvelle de ce jour, Jésus a toutes les qualités du bon berger : il connaît ses brebis, c’est pourquoi elles écoutent sa voix ; il marche à leur tête et elles le suivent volontiers ; il les appelle sur le ton de la tendresse, elles peuvent donc aller et venir en toute confiance: il les mène sur de bons pâturages, il les protège s’il le faut, il est au service de leur vie.

S’il est un mot qu’on utilise souvent dans les discours et les écrits de l’Eglise, c’est bien celui-là : la pastorale. Il y a 50 ans, le concile Vatican II se voulait « pastoral ». Les divers conseils qui se multiplient dans les organigrammes de l’Eglise se nomment « pastoraux », ou du moins leur but est d’organiser ou de soutenir la pastorale. Dans les Eglises de tradition réformée, les premiers responsables se nomment « pasteurs » et les communautés nouvelles ont à leur tête des bergers…ou bergères.

On pourrait donc en conclure, avec une certaine bonne conscience, que nous sommes tous « en plein dans le mille de l’Evangile » avec nos structures, nos planifications et nos initiatives…pastorales. Sauf que justement dans ce chapitre 10 de saint Jean, au verset suivant, Jésus dit : « Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » Le vrai berger, le seul pasteur, ce n’est donc pas nous, mais un autre, le Christ de la croix et de Pâques.

La preuve : Pierre, à qui le Seigneur Jésus avait dit au soir de la résurrection : « Sois le berger de mes agneaux, sois le berger de mes brebis », c’est le même qui écrit, sans doute depuis Rome : « Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous. » Pas lui, Pierre, mais le Christ ressuscité évidemment. Pas ses brebis à lui Pierre, mais celles de Jésus.

Et voilà qui situe mieux tous nos efforts de pastorale. Pas pour les rendre suspects par principe, car finalement la pastorale est peut-être ce que nous pouvons faire de mieux dans l’esprit de l’évangile et dans la communion de l’Eglise et des Eglises. A une condition cependant : que nous nous mettions au service de l’unique bon pasteur et non pas à notre compte, dans la boutique de notre petit enclos personnel.

Donc oui à la pastorale, mais celle du pasteur que Dieu nous a envoyé, nous a révélé et finalement nous a donné dans un grand geste d’amour, jusqu’à la croix, jusqu’au cœur ouvert par la lance, jusqu’au tombeau vide parce qu’il est ressuscité, vivant, présent au milieu de nous et en nous. Qui dit mieux ?

Peut-on entrer dans quelque détail, sans avoir l’air d’être meilleur que les autres ni leur faire la leçon ?

* Entrer dans la bergerie par la porte, c’est frapper à la conscience de chaque humain avec la douceur de l’amour, et non pas la contrainte de la force ou de la propagande.

* Proposer la foi, l’offrir humblement, et non pas l’imposer.

* Ouvrir la porte en nous souvenant de ce que le pape François – qui a certes reçu une haute mission pastorale – vient de rappeler : « L’Eglise n’est pas une douane, mais la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile. » (La joie de l’évangile no 47).

Dans nos responsabilités pastorales, quelles qu’elles soient – depuis les évêques jusqu’aux laïcs, aux religieux et religieuses, en passant par les prêtres et pasteurs, sans oublier les diacres – nous mettons nos yeux, nos oreilles, notre voix, nos mains, nos pieds et tout le reste au service d’un évangile qui nous vient d’un autre, tellement plus important que nous.

Il nous adresse à tous une « bonne nouvelle » et non pas une volée de bois vert soit disant évangélique, même si nous avons tous à nous laisser convertir, dans le micro-onde de la miséricorde.

Les verts pâturages du psaume sont encore là, dans le jardin de Pâques, près de la fontaine du baptême. Il y a le pain savoureux de la parole de Dieu, il y a le festin goûteux de l’eucharistie, il y a le bon air de l’Esprit Saint qui souffle où il veut, pour nous faire gambader comme des agneaux dans l’ambiance libérée du Dieu-Amour.

Et si nous sommes un troupeau, dans la communion de l’Eglise, ce n’est pas pour devenir des moutons bêlants et dociles, mais des frères et sœurs solidaires, attentifs aux plus faibles et aux plus pauvres, dans le seul but de favoriser la vie et le bonheur partagé le plus largement possible, y compris avec celles et ceux qui sont différents de nous, qui ne sont peut-être même pas de notre bergerie.

Telle est la belle aventure de la transhumance chrétienne, avec le bon pasteur à notre tête, y compris dans l’hiver du monde, parce que nous nous savons sauvés, surtout lorsque nous nous égarons comme des brebis perdues, puisqu’il vient toujours à notre recherche afin « qu’il y ait un seul troupeau et un seul pasteur. »

Celui qui conclut ainsi : « Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance. »»

4e dimanche de Pâques

Lectures bibliques : Actes 2, 14a.36-41 ; Psaume 22 ; 1 Pierre 2, 20b-25 ; Jean 10, 1-10

Homélie du 04 mai 2014

Prédicateur : Chanoine Antoine Salina
Date : 04 mai 2014
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Frères et sœurs, nous venons d’entendre un évangile qui nous est familier dont nous allons essayer de souligner quelques aspects :

Trois jours après la Résurrection, deux disciples sont en marche vers Emmaüs, à proximité de Jérusalem. Ils sont encore pleins de la violence des événements de la Passion.

Essayons de nous mettre à leur place ; alors même que nous avons reçu les écrits des Actes des Apôtres et les témoignages des Ecritures, les disciples n’ont à l’esprit que les derniers instants de la Vie de Notre Seigneur ; il leur reste à imaginer le tombeau vide auprès duquel quelques femmes de leur groupe leur ont dit avoir été l’objet d’une surprenante manifestation :  » des anges qui disaient qu’Il est vivant « .

Nos deux voyageurs ont partagé le quotidien du Christ parmi les hommes. Ils ont mis leur confiance et leur espérance entre ses mains – ils y ont cru – et puis, témoins de sa passion, ils n’ont pas eu le courage de s’approcher de la Croix.

Cela explique que, à ce stade du récit, ils n’arrivent pas encore à faire le lien entre le tombeau vide et la promesse que leur avait faite le Christ, dont nous savons peut-être mieux qu’eux à ce moment-là, qu’il est vainqueur de la mort ; c’est un peu comme la fin d’une symphonie qui s’étire, le brusque relâchement d’une tension , un crépuscule.

Le récit des Saintes Femmes aurait dû les remplir d’une frémissante attente, comme plus tard l’Espérance, conjuguée à l’action de l’Esprit-Saint, remplira les Apôtres d’un courage missionnaire.

Nous savons, nous qui lisons ce récit, avant même les disciples, que c’est le Christ qui leur parle, et qu’il est celui auquel leur cœur aspire ; nous aurions à notre tour envie de leur dire :  » regardez, écoutez, Il est là avec vous et vous n’arrivez pas encore à croire ?  »

Ils se mettent à entendre puis à écouter l’inconnu, mais n’arrivent pas encore à faire le lien entre Moïse, les Saintes Ecritures, les prophètes et ce récit des Saintes Femmes.

Ce discours ne semble pas encore pouvoir raviver leur Espérance en deuil ; cependant les mots font leur chemin, petit à petit leur cœur se prépare. Et, le soir venu, selon les lois de l’hospitalité, les disciples invitent l’étrange voyageur à leur table.

Et c’est le miracle du pain rompu , du vin partagé ! les gestes de Jésus leur ouvrent les yeux et le cœur – la symphonie n’était donc pas terminée – dans un mouvement extraordinaire, la musique rebondit, le Ciel s’éclaire, la Pâque fait irruption dans l’univers des disciples.

Tout ce qu’ils ont traversé d’épreuves à la suite du Christ prend soudain un sens et comme nous, ils sont prêts à entendre ces paroles que prononcera Pierre à Jérusalem au jour de la Pentecôte :

« oui mon cœur est dans l’allégresse, ma langue chante de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’Espérance ; Tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton fidèle connaître la corruption – Tu m’as montré le chemin de la Vie, Tu me rempliras d’allégresse par Ta présence ».

Frères et Sœurs, nous croyons connaître tout l’histoire et son dénouement ; mais ce récit des disciples d’Emmaüs nous interpelle aussi et nous invite, à notre tour, à nous laisser toucher au plus profond de nous-mêmes par la grande nouvelle de la Résurrection.

Ce récit est construit sur le modèle de nos eucharisties où la Parole nous prépare, par le cœur et l’intelligence, à entrer dans le partage du corps et du sang de notre Seigneur.

Il s’agit, pour nous aussi, d’étayer nos trop fragiles certitudes.

Nos assemblées sont construites sur la Pâque et c’est dans la mort et le résurrection du Christ que nous sommes baptisés. Chrétiens, sommes-nous prêts à nous laisser bousculer par la Bonne Nouvelle ?

Quand nous lisons les exploits des premiers disciples, la rapide progression du message évangélique, nous nous laissons impressionner par ces événements ; mais il ne faut pas oublier que cet élan, qui est celui de l’Eglise de tous les temps, se reçoit du Christ lui-même ;

c’est Lui qui – comme dans le récit d’Emmaüs – a l’initiative.

Il nous est demandé, à l’instar des Apôtres, de nous laisser rejoindre et revêtir par la Grâce à laquelle nous sommes invités à nous conformer ; ce n’est pas nous qui rendons avant tout l’Eglise vivante, c’est le Christ !

Voilà, Frères et Sœurs, toute cette multitude de témoins qui nous précèdent, marqués du signe de la foi – les deux disciples au départ pouvaient évoquer ce que nous sommes parfois, dans nos doutes et nos fatigues, marqués par un monde si tourmenté.

De même que leurs yeux se sont ouverts et qu’ils ont reconnu le Christ vivant, nous sommes également invités à suivre le même chemin ; il s’agit de laisser le Christ entrer en nous , de répondre à cette exhortation qu’il fit aux apôtres :  » N’ayez pas peur « .

Frères et Sœurs, si nous participons parfois sans conviction à nos eucharisties dominicales, ne s’agit-t-il pas pour nous de nous demander en profondeur la signification de ce que nous sommes en train de vivre ?

Nous célébrons le Christ vivant qui nous donne ou nous redonne vie ; considérons que chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, c’est la Pâque qui est actualisée.

En Jean XXIII et Jean-Paul II, l’Eglise a célébré dimanche passé, deux infatigables pasteurs qui ont cru en la modernité du message pascal et ont voulu qu’il soit porté aux confins de la Terre.

Ces saints, que l’Eglise propose à notre vénération, ne sont pas des idéaux inaccessibles, mais bien plutôt des exemples vivants de ce à quoi nous sommes tous invités : témoigner dans tout ce que nous sommes, faisons et disons, que la Vie triomphe de la Mort.

Pour cela il convient que notre cœur soit brûlant comme celui des disciples alors qu’ils écoutaient notre Seigneur – préparons-nous ensemble à accueillir l’Esprit de Pentecôte – ainsi la symphonie n’est pas achevée !»

3e dimanche de Pâques

Lectures bibliques : Actes 2, 14.22-33 ; 1 Pierre 1, 17-21 ; Luc 24, 13-35

Homélie du 27 avril 2014

Prédicateur : Abbé Célestin Kabundi
Date : 27 avril 2014
Lieu : Eglise Saint-Nicolas de Flue, Lausanne
Type : radio

Frères et sœurs bien aimés de Dieu, bienvenue,

Le joyeux alléluia de Pâques résonne encore aujourd’hui

En ce premier dimanche après Pâques, dimanche in Albis, nous célébrons la fête de la Divine miséricorde. C’est Jean Paul II qui institua cette fête le jour de la canonisation de Sainte Faustine en 2000. Le Christ lui avait dit : » La Fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles, je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques.

Et aujourd’hui à place Saint Pierre à Rome, prions ensemble avec le Saint Père François qui canonise deux anciens papes. Chacun avec son charisme particulier et riche : Jean XXIII, artisan de l’ouverture (Concile Vatican II), Jean Paul II, l’infatigable missionnaire de l’Evangile dans le monde et apôtre de la Divine Miséricorde.

Oui Dieu nous aime, Il nous aime profondément et à travers la fête d’aujourd’hui, il nous dit : mon enfant bien aimé, ne t’enfermes pas dans ton péché, dans tes doutes, dans tes angoisses. Par mon Fils, je t’offre le salut, je t’offre mon pardon, je t’offre tout mon amour. C’est l’occasion de lui confier toutes les personnes touchées par l’épreuve, souffrantes, meurtries, blessées ou écrasées par le poids de leur culpabilité, Car chaque personne est précieuse aux yeux de Dieu, le Christ a donné sa vie pour chacun »

Oui Dieu nous aime d’un amour profond comme une mère et nous offre sans cesse sa miséricorde :

Ce mot miséricorde vient du latin miseri/cordia et signifie qui a le cœur (cor) sensible au malheur (miseria). Dieu a un cœur sensible à la misère, à notre misère, à nos souffrances, à nos péchés. La Miséricorde divine c’est sa fidélité inlassable à son amour pour l’homme, malgré tout le péché dont celui-ci se rend coupable.

Elle est la force de la vérité et de l’amour qui s’oppose au mal et cherche à le vaincre par le bien (cf. Romains 12, 17.21). La miséricorde n’est, en aucun cas, un laisser faire devant l’injustice ou la violence et encore moins une vague compassion sentimentale devant la souffrance ou la blessure d’autrui. Ce n’est pas vivre, disait Benoît XVI, « comme si le bien et le mal était égaux sous prétexte que Dieu ne peut être que miséricordieux.

Si dans l’Ancien Testament, Dieu se proclame : YHWH, YHWH, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité (Exode 34, 4-5) ; c’est en Jésus-Christ, mort sur la croix et ressuscité que sa miséricorde est particulièrement visible.

Frères et sœurs bien aimés,

Comme entendu dans l’Évangile de ce Dimanche, celui de l’apparition de Jésus ressuscité aux apôtres et à saint Thomas : « Jésus vint et se tint au milieu d’eux et il leur dit : « Paix à vous ! ». Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Il leur dit alors de nouveau : « Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » ».

« Avant de prononcer ces paroles, disait Jean Paul II le 30 avril 2000, Jésus montre ses mains et son côté. C’est-à-dire qu’il montre les blessures de la Passion, en particulier la blessure du coeur, source d’où jaillit la grande vague de miséricorde qui se déverse sur l’humanité. A travers le coeur du Christ crucifié, la miséricorde divine atteint les hommes. Cette miséricorde, le Christ la diffuse sur l’humanité à travers l’envoi de l’Esprit qui, dans la Trinité, est la Personne – Amour. Et la miséricorde n’est-elle pas le « second nom » de l’amour, saisi dans son aspect le plus profond et le plus tendre, dans son aptitude à se charger de chaque besoin, en particulier dans son immense capacité de pardon ».

Il y ressort donc un lien étroit entre la passion du Christ et sa résurrection et la fête de la Divine Miséricorde. « Qui voit Jésus en croix voit le Père en sa miséricorde ». Le Christ incarne et personnalise la miséricorde.

C’est justement cela que notre Seigneur Jésus disait à Sr Faustine :

 » Ma fille, parle au monde entier de mon inconcevable Miséricorde. Je désire que la Fête de la Miséricorde soit le recours et le refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour les entrailles de ma Miséricorde sont ouvertes, je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approcheront de la source de ma miséricorde ; toute âme qui se confessera (dans les huit jours qui précèdent ou suivent ce Dimanche de la Miséricorde) et communiera, recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur peine ; en ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoulent les grâces ; qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de moi, même si ses péchés sont comme l’écarlate. […] » (Petit Journal, § 699).

Frères et sœurs bien aimés,

Une chose est d’implorer la miséricorde de Dieu et une autre est d’y croire, d’y croire vraiment, de poser des actes. Y croire demande de lui faire confiance, lui ouvrir notre cœur, nous convertir à sa Parole de Vie, de croire en son Fils unique, en qui Il nous donne tout.

Et quelqu’un y a cru profondément et devient pour nous tous l’apôtre de la divine miséricorde. C’est Jean Paul II.

« Il était lui-même d’abord et avant tout un homme de miséricorde tout en ne transigeant pas sur la vérité et la justice. Son attitude notamment à l’égard des personnes fragilisées par la vie, enfants, personnes malades ou handicapées, pauvres, ne trompe pas sur sa profonde compassion pour toute souffrance. Ceci témoigne de la force et du courage de la miséricorde, qui l’habitait ».

Il est et restera pour nous un vrai témoin et une voie à suivre.

Et depuis le début de son ministère pontifical, le pape François revient chaque fois sur la MISERICORDE DIVINE. DIO NON SI STANCA MAI DI PERDONARCI. SIAMO NOI A SCANTARCI DI CHIEDERE A LUI IL PERDONO (Dieu ne se fatigue jamais de nous pardonner. C’est nous qui nous fatiguons de lui demander pardon).

En cette fête de la divine miséricorde, allons tous ensemble avec confiance à la source de la miséricorde et laissons l’appel du Seigneur retentir en nous : « soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». Puisons dans son sacré cœur les flots de la miséricorde qui lavent les âmes du péché et les délivrent de la mort et à l’exemple de nos deux Saints, devenons à notre tour des apôtres de sa miséricorde. .

Parce qu’Il nous aime, Dieu nous fait confiance, et nous demande de faire confiance en son Fils et avec confiance répétons à Dieu aujourd’hui :

‘Jésus, j’ai confiance en toi.
Aie miséricorde de nous et du monde entier’.
Amen.

Dimanche de la Miséricorde

Lectures bibliques : Actes 2, 42-47;1 Pierre 1, 3-9; Jean 20, 19-31

Homélie du 27 avril 2014

Prédicateur : Pape François
Date : 27 avril 2014
Lieu : Basilique Saint-Pierre, Rome
Type : tv

Au centre de ce dimanche qui conclut l’Octave de Pâques, et que Jean Paul II a voulu dédier à la Divine Miséricorde, il y a les plaies glorieuses de Jésus ressuscité.

Il les montre dès la première fois qu’il apparaît aux Apôtres, le soir même du jour qui suit le sabbat, le jour de la résurrection. Mais ce soir là Thomas n’est pas là ; et quand les autres lui disent qu’ils ont vu le Seigneur, il répond que s’il ne voyait pas et ne touchait pas les blessures, il ne croirait pas. Huit jours après, Jésus apparut de nouveau au Cénacle, parmi les disciples, et Thomas aussi était là ; il s’adresse à lui et l’invite à toucher ses plaies. Et alors cet homme sincère, cet homme habitué à vérifier en personne, s’agenouille devant Jésus et lui dit « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jean 20,28).

Les plaies de Jésus sont un scandale pour la foi, mais elles sont aussi la vérification de la foi. C’est pourquoi dans le corps du Christ ressuscité les plaies ne disparaissent pas, elles demeurent, parce qu’elles sont le signe permanent de l’amour de Dieu pour nous, et elles sont indispensables pour croire en Dieu. Non pour croire que Dieu existe, mais pour croire que Dieu est amour, miséricorde, fidélité. Saint Pierre, reprenant Isaïe, écrit aux chrétiens : « Par ses plaies vous avez été guéris » (1 Pierre 2,24 ; Cf. Isaïe 53,5).

Jean XXIII et Jean Paul II ont eu le courage de regarder les plaies de Jésus, de toucher ses mains blessées et son côté transpercé. Ils n’ont pas eu honte de la chair du Christ, ils ne se sont pas scandalisés de lui, de sa croix ; ils n’ont pas eu honte de la chair du frère (Cf. Is 58,7), parce qu’en toute personne souffrante ils voyaient Jésus. Ils ont été deux hommes courageux, remplis de la liberté et du courage (parresia) du Saint Esprit, et ils ont rendu témoignage à l’Église et au monde de la bonté de Dieu, de sa miséricorde.

Il ont été des prêtres, des évêques, des papes du XXème siècle. Ils en ont connu les tragédies, mais n’en ont pas été écrasés. En eux, Dieu était plus fort ; plus forte était la foi en Jésus Christ rédempteur de l’homme et Seigneur de l’histoire ; plus forte était en eux la miséricorde de Dieu manifestée par les cinq plaies ; plus forte était la proximité maternelle de Marie.

En ces deux hommes, contemplatifs des plaies du Christ et témoins de sa miséricorde, demeurait une « vivante espérance », avec une « joie indicible et glorieuse» (1 Pierre 1,3.8). L’espérance et la joie que le Christ ressuscité donne à ses disciples, et dont rien ni personne ne peut les priver. L’espérance et la joie pascales, passées à travers le creuset du dépouillement, du fait de se vider de tout, de la proximité avec les pécheurs jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’écœurement pour l’amertume de ce calice. Ce sont l’espérance et la joie que les deux saints Papes ont reçues en don du Seigneur ressuscité, qui à leur tour les ont données au peuple de Dieu, recevant en retour une éternelle reconnaissance.

Cette espérance et cette joie se respiraient dans la première communauté des croyants, à Jérusalem, dont nous parlent les Actes des Apôtres (Cf. 2, 42-47). C’est une communauté dans laquelle se vit l’essentiel de l’Évangile, c’est-à-dire l’amour, la miséricorde, dans la simplicité et la fraternité.

C’est l’image de l’Église que le Concile Vatican II a eu devant lui. Jean XXIII et Jean Paul II ont collaboré avec le Saint Esprit pour restaurer et actualiser l’Église selon sa physionomie d’origine, la physionomie que lui ont donnée les saints au cours des siècles. N’oublions pas que ce sont, justement, les saints qui vont de l’avant et font grandir l’Église. Dans la convocation du Concile, Jean XXIII a montré une délicate docilité à l’Esprit Saint, il s’est laissé conduire et a été pour l’Église un pasteur, un guide-guidé. Cela a été le grand service qu’il a rendu à l’Église ; il a été le Pape de la docilité à l’Esprit.

Dans ce service du Peuple de Dieu, Jean Paul II a été le Pape de la famille. Lui-même a dit un jour qu’il aurait voulu qu’on se souvienne de lui comme du Pape de la famille. Cela me plaît de le souligner alors que nous vivons un chemin synodal sur la famille et avec les familles, un chemin que, du Ciel, certainement, il accompagne et soutient.

Que ces deux nouveaux saints Pasteurs du Peuple de Dieu intercèdent pour l’Église, afin que, durant ces deux années de chemin synodal, elle soit docile au Saint Esprit dans son service pastoral de la famille. Qu’ils nous apprennent à ne pas nous scandaliser des plaies du Christ, et à entrer dans le mystère de la miséricorde divine qui toujours espère, toujours pardonne, parce qu’elle aime toujours.»

Messe de canonisation de Jean XXIII et Jean Paul II

Dimanche de la miséricorde

Lectures bibliques : Actes 2, 42-47;1 Pierre 1, 3-9; Jean 20, 19-31

Homélie du 20 avril 2014

Prédicateur : Abbé Bernard Allaz
Date : 20 avril 2014
Lieu : Eglise de Farvagny
Type : radio

Pâques brille ce matin ! « Le Seigneur est ressuscité. Il est vivant alléluia ! » L’évangile de saint Jean nous surprend ! C’est à une femme, Marie-Madeleine que le mystère de la résurrection est signifié. « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis. » Jn 20, 2 Elle va le dire à Pierre, il court avec Jean au tombeau. Celui-ci arrivant le premier attend, se penchant, voit que le linceul est resté là. Il attend Pierre. Ils entrent ensemble, Pierre ne comprend pas. Mais Jean vit et il crut. Pourquoi, lui comprend, tout simplement parce se mettant en prière avant d’entrer il s’est souvenu de la Transfiguration de Jésus au Thabor. En redescendant Jésus leur avait ordonné « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » Mt 17, 9

Notre Saint Père François nous invitait récemment à nourrir notre vie par la Bonne Nouvelle. Ayez toujours un évangile dans votre poche et lisez de temps en temps un petit passage. Connaître, méditer la Parole ne peut que nous conduire à la foi et nous engager à donner notre vie pour que fleurisse partout, la justice, le pardon, le partage, la solidarité, le respect et le bonheur.

Ce matin, avant de relire l’homélie que j’avais préparée pour cette messe radiodiffusée, ouvrant mes mails, je découvrais cette magnifique méditation que je vous partage, en lieu et place de ce que j’avais rédigé. Elle fait partie de la retraite, proposée par Notre-Dame du Web, Carême dans la Ville, méditation de Pâques de Frère Jacques Dorvault, dominicain, prieur du couvent du Caire.

Où donc est Dieu ? Il est toujours plus loin.
Il est ressuscité d’entre les morts
et voilà qu’il vous précède en Galilée ;
c’est là que vous le verrez. Mt 28, 7

Avec Pierre et Jean, tu es là, devant le tombeau et Jésus n’est plus où on l’avait mis. Et pourquoi en être surpris ? Tu savais bien qu’on n’enferme pas Dieu, ni dans un trou, ni dans les temples ou les églises, ni dans des livres, ni dans un linceul, ni dans aucun rite, fût-il funéraire, car même la mort ne peut le retenir. Jésus n’est pas là où ses disciples pensaient le trouver, comme d’habitude, et c’est bien ce qui manifeste qu’il est Fils de Dieu. Comme son Père, il est absolument libre, il est vivant.

Le tombeau vide te dit d’abord cela : la vie est ailleurs. La vie de Dieu est ailleurs. Christ est ressuscité et la vie nouvelle que Dieu t’offre n’est pas dans le silence de tes tombeaux, elle est ailleurs. Peut-être dans le bruit de ton quotidien, au travail, à la maison, dans les paroles échangées, dans les repas partagés, dans tes rencontres.

La vie de Dieu n’est pas non plus dans les choses que tu as acquises, les chemins que tu as déjà parcourus au cours de ton existence, et sur lesquels tu te retournes avec satisfaction, ou avec tristesse, elle est plus loin, au devant de toi, sur le chemin qu’il te reste à faire.

Le Christ est ressuscité, et ce n’est pas pour que tu restes en adoration devant un sépulcre vide. Il t’entraîne à sa suite, de la mort à la vie, pour que tu sortes du tombeau de tes immobilismes, de tes tristesses, de tes culpabilités, et que tu te mettes en marche, pour aller plus loin. En toi-même, dans ta vie et même, tu le sais, au-delà. Vers le Père. Toujours plus loin. Parce que c’est ça, la vie avec Dieu.

Tu es devant le tombeau vide et, s’il est vide, c’est aussi pour que tu aies le choix. Le tombeau vide c’est aussi le signe de la liberté que Dieu veut pour toi. Tu es là, face au vide du tombeau et ce vide te donne le choix. Croire ou ne pas croire.

Pierre et Jean ont cru. Et toi ? Au diable les comparaisons et de savoir qui a la foi la plus forte, qui est le plus grand. Cela ne t’avancera à rien. Pose toi simplement cette question : Tu aimes proclamer que Christ est ressuscité. Et c’est vrai. Mais, qu’en est-il dans ta vie ?

Tu chantes « Christ est mort et ressuscité pour toute l’humanité »… mais, ton humanité à toi, dans toutes ses dimensions, est-elle vraiment illuminée par cette nouvelle ?

Le corps du Christ n’est plus dans le tombeau. Il en est sorti, il est en marche, il témoigne, il soulage, il guérit, il aime. Et ce corps du Christ ressuscité, vivant et libre, pour le monde aujourd’hui, sois en sûr, c’est toi, c’est nous, c’est l’Église de tous ceux qui le cherchent. Toujours plus loin. ALLELUIA !

Oui, le Ressuscité a besoin de chacun de nous pour que son message soit annoncé dans le monde. Commençons par nourrir notre vie de la prière d’action de grâce, par une attention particulière pour chacun en écoutant, encourageant, en soutenant et en entourant nos proches. Engageons- nous, là où nous vivons, pour plus de justice, de vérité, de respect dans le monde. Que la solidarité nous donne de ressusciter chaque jour en donnant la joie de l’Evangile à tous.

A tous, surtout à vous les auditeurs, joyeuses et saintes fêtes de Pâques. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie. Amen. Alléluia !»

Fête de Pâques

Lectures bibliques : Actes 10, 34a.37-43; Colossiens 3, 1-4; Jean 20, 1-9

Homélie du 20 avril 2014

Prédicateur : Don Italo Molinaro
Date : 20 avril 2014
Lieu : Collégiale de Bellinzone, Tessin
Type : tv

Les grandes vedettes du spectacle et du sport attirent les foules quand elles se font proches des gens simples et modestes. Pensons par exemple à la manière dont est admiré un grand champion qui crée une fondation pour des enfants pauvres. C’est l’histoire de la pierre rejetée, celle dont nous parle le psaume de ce dimanche de Pâques: la pierre qui soudain devient la «pierre d’angle» et est «une merveille devant nos yeux».

Cette pierre – nous le savons – c’est Jésus. Si nous le comparons aux grandes vedettes, lui est la plus grande «vedette» non seulement parce qu’il est vraiment Dieu, mais surtout parce qu’il était proche des plus petits. Pourtant, à la différence des célébrités, chez nous sur le Vieux Continent, Jésus ne génère pas beaucoup d’émerveillement et de foi. Au fond, le pape François attire davantage que Jésus…

Peut-être que le moment d’humilité que nous sommes en train de vivre dans la foi est positif, car l’admiration que nous vouons à une grande vedette est une chose, mais la vraie foi en Jésus Sauveur en est une autre! Et c’est de cette humble foi pascale dont j’aimerais vous parler aujourd’hui.

Nous sommes ici pour célébrer Jésus ressuscité et nous croyons en lui avec amour.

Mais réfléchissons-y bien: comment Jésus nous a-t-il attiré? Comment est née en nous la merveille de la foi? Et comment pourrait-elle s’amorcer pour tant de sœurs et tant de frères de notre temps?

Cherchons une inspiration dans l’Evangile de ce matin de Pâques, dans la course du disciple sans nom et de Pierre vers la tombe de Jésus.

En Israël les tombes ont été considérées comme le royaume de l’obscurité éternelle des morts qui ne s’ouvrirait jamais ouvrir et dont on ne ressortait jamais. Les tombes n’étaient donc pas un lieu où l’on pouvait entrer. Il s’agissait de lieux fermés pour toujours.

C’est pourquoi le geste de Pierre et du disciple était déjà risqué, puisqu’ils entrent dans le tombeau pour regarder.

Mais le message est dans ce paradoxe: dans le monde des morts, sans lumière et sans vie, la lumière de la foi s’allume.

En effet, après entré dans le tombeau, le disciple «vit et crut».

Observons d’un peu plus près cette affirmation: en théorie, c’est une absurdité! Comment est-ce possible que l’absence constatée de Jésus nous amène à la foi?

J’aimerais vous rendre attentif à ce détail. L’évangéliste est très précis: le disciple n’a pas cru après avoir bien lu la Bible.

La phrase du commentaire est claire: «Ils n’avaient pas vu que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts».

Méditer sur ces prophéties anciennes, relire l’aventure de Jésus à la lumière de la Bible… cela s’est fait uniquement dans ce que nous pourrions appeler la «deuxième phase».

Mais ici, au matin de Pâques, dans le tombeau, avec les linceuls et le suaire bien pliés, nous sommes encore à la «première phase»: quelque chose attire le disciple, précisément dans ce tombeau ouvert, vide et sombre, et ce n’est pas encore la victoire, ce n’est pas encore l’apparition de la grande vedette ressuscitée. Ce premier «croire» vient simplement de la constatation du vide.

Mais revenons à nous, aujourd’hui. Cela fait aussi partie de notre expérience de vie que d’entrer dans le vide et de nous rendre compte de nos limites! Et quand l’homme touche le fond, lorsqu’il atteint ses limites, lorsqu’il reconnait vraiment toutes ses faiblesses, que lui arrive-t-il?

C’est un moment très délicat, dans lequel, si nous lui faisons de la place, peut naître une foi profonde. L’humilité d’une expérience de faiblesse pousse vers l’unique direction possible pour s’en sortir: avoir confiance. Si, en constatant sa faiblesse, l’homme ne passe pas à la confiance, il plonge vraiment vers le vide. Si au contraire il réagit, il voit que la seule issue possible, c’est de faire confiance et de croire. Voici la «merveille devant nos yeux»!

L’évangéliste Jean montre une grande sensibilité au visuel. Dans son évangile, le «voir» indique un contact très intime avec la limite humaine, avec notre pauvreté. Et le message de Jean est extraordinaire: si l’homme voit vraiment sa propre limite, ce contact visuel fait briller une étincelle qui est déjà un «croire»! «Voyez et croyez»!

Avant la foi solide, la foi pensée, la foi formée, il y a en somme une foi élémentaire, instinctive, qui naît au contact avec ce que nous sommes en profondeur, y compris notre fragilité humaine.

Si nous fuyons notre propre limite, si nous la masquons, si nous faisons semblant de ne pas la voir, nous ne croirons jamais.

Par contre si nous assumons nos limites, si en fait, pour le dire ainsi, nous entrons courageusement dans le tombeau, alors il peut se passer aujourd’hui aussi pour nous un miracle de foi.

Peut-être que parfois nous, les prêtres, nous sous-évaluons cette «foi profonde» présente dans la vie quotidienne de tant de personnes! Nous voulons immédiatement une foi institutionnelle, formée, instruite, ecclésiale, adulte.

Nous voulons tout de suite une foi «de Pentecôte», lorsque Pierre annonce que Jésus est le «juge des vivants et des morts», comme nous le rappelaient les Actes des apôtres. Mais, dans cette page de Jean, nous sommes seulement au matin de Pâques, et au matin de Pâques la première foi était d’une autre nature: certes plus humble, mais beaucoup plus fondamentale. Pourquoi ne savons-nous pas reconnaître et valoriser aujourd’hui ce type de foi? Nous sommes trop exigeants en matière de foi et nous ne savons pas apprécier l’élan de foi de ceux qui «voient et croient» simplement!

Chers amis, en ce matin de Pâques rappelons-nous des moments durant lesquels la foi a surgi en nous avec candeur et émotion. Nous nous sommes abreuvés à cette foi comme à une source fraîche de montagne! Notre cœur a vu quelque chose de nous et de la vie qui nous a poussés malgré tout vers la confiance. Nous avons pu faire l’expérience que la limite n’est pas tout et que ce Jésus dont nous savons peu de choses, est vraiment vivant parmi nous.

Ensuite, la première gorgée à la source fraîche nous pousse à continuer notre chemin pour consolider la foi et la rendre plus précise. Le passage de l’évangile poursuit en nous montrant comment Jésus s’approche de Marie de Magdala, comment il l’appelle par son nom et comment elle le reconnaît.

Saint Paul exprime toute sa foi adulte lorsqu’il chante «Christ notre vie»! La voilà, la foi qui grandit, la foi qui devient rencontre de l’amour.

Et aujourd’hui tant de croyants se sentent vraiment appelés au nom du Ressuscité, ils se sentent vraiment aimés. Mais n’oublions pas l’origine mystérieuse de la foi, qui est déposée dans la profondeur d’un humble vide, qui un jour s’est ouvert à une confiance fondamentale.

Nous devrions apprendre davantage à descendre dans la profondeur de notre limite. Nous devrions nous exercer à accueillir avec humilité notre petitesse, parce que si nous le faisons, le désespoir ne naîtra pas en nous, mais l’espérance et l’attraction vers un salut possible. Dans l’instant de ce «voir», naît déjà le miracle de la foi, et tant de personnes pourraient témoigner que c’est exactement ce qu’elles ont vécu.

Nous qui, aujourd’hui, célébrons cette eucharistie pascale, nous sommes ici avec notre foi parce qu’un jour quelque chose en nous a commencé. Si, en revanche, nous sommes ici uniquement par tradition ou par doctrine, nous avons besoin d’une secousse, nous avons besoin de retoucher à notre limite, de recommencer dans l’humilité et de ressentir radicalement notre besoin d’être sauvé.

La foi de celui qui n’a pas confiance peut partir déjà d’un contact visuel simple et sincère avec son propre vide, avec sa propre limite. Mais même la foi de celui qui a déjà cheminé, a besoin toujours et à nouveau de sentir notre être petit et vide afin de renaître et de grandir.

C’est seulement comme cela que le Christ pourra être vraiment «notre vie».

Amen.

(traduction: Concetta di Cicco et Bernard Litzler)