Homélie du 12 juin 2022 (Jn 16, 12-15)

Abbé Christophe Godel – Eglise Notre-Dame de la Paix, La Chaux-de-Fonds, NE

Il y a très longtemps, au 4ème siècle, un jeune homme qui avait découvert Dieu a été envoyé par le pape en Irlande. Ce jeune homme s’appelait Patrick. A cette époque, les Irlandais n’avaient pas encore entendu parler de Jésus et de son message. Patrick s’est donc chargé de leur annoncer l’Évangile, et beaucoup ont demandé le baptême. A un certain moment, Patrick se demanda comment présenter Dieu avec cette particularité d’exister en trois personnes. Il choisit alors un trèfle avec ses trois lobes, et montra que le premier lobe représentait le Père, le deuxième le Fils, et le troisième l’Esprit-Saint ; pourtant, il n’y avait qu’un seul trèfle. Cette explication a tellement eu de succès que le trèfle est devenu le symbole de l’Irlande, et Saint Patrick le patron du pays.

Aujourd’hui, c’est justement la fête de la Trinité. Le mot « Trinité » est une bonne abréviation, car il est une contraction de « Trois » et « Unité » : trois personnes… unies parfaitement ; un Dieu… en trois personnes ; « Tri-nité ».

Une nouveauté totale

Lorsque Jésus le révèle, que Dieu est ainsi, c’est une nouveauté totale : Les Juifs qui savaient que Dieu existait et prenait soin d’eux, ne savaient pas que Dieu était ainsi. Et aujourd’hui encore, dans d’autres religions, on croit à l’existence de Dieu, mais on ne sait pas qu’il est Trinité.

Pourquoi le savons-nous ? Parce que Jésus, qui est l’un des trois, nous l’a révélé. Jésus parle de Dieu comme « Père » ; il parle de lui comme « le Fils éternel du Père » ; il parle de « l’Esprit » qui sera envoyé du Ciel après son départ. Nous l’avons entendu dans les lectures d’aujourd’hui.

Un zoom sur Dieu

On pourrait dire qu’il y a eu « un zoom sur Dieu ». C’est comme si, avec des jumelles, on arrive voir une étoile dans le ciel. Mais arrive un télescope de haute qualité, et en regardant la même étoile, on en voit trois qui sont si proches l’une de l’autre qu’on ne savait pas qu’elles existaient les trois avant d’avoir ce télescope. On ne savait pas que Dieu était trois personnes avant que Jésus vienne.

Qu’est-ce que ça change qu’ils soient trois ? Ça change tout ! Cela veut dire que Dieu n’est pas un être solitaire là-haut dans le Ciel, et qui a besoin des hommes pour régner un peu sur quelqu’un. Le fait qu’ils soient trois éclaire ce que Saint Jean a voulu dire dans sa lettre : « Dieu est amour » ; il est éternellement « échange d’amour ». Il vit une vie profonde et bienheureuse de communion et d’amour. Et il veut la partager.

Une communion de vie et d’amour

Il veut partager ce qu’il vit. C’est pour cela que, lorsqu’il crée l’humanité, il crée « l’homme et la femme », un couple. Son projet est que l’être humain puisse vivre à son tour ce qu’il vit en lui-même, c’est-à-dire « une communion de vie et d’amour ». Et ce projet se déclinera à tous les niveaux : dans l’unité de la famille, d’une communauté, d’une Église, d’un peuple, d’un monde. Le projet sera toujours le même : construire une communion de vie et d’amour, où les personnes sont différentes et uniques, mais appelées à vivre une unité, une paix, une bienveillance qui donne la qualité à la vie.

La Trinité est un drôle de calcul : il y a 3 personnes, mais il n’y a pas 3 dieux. Chacun partage avec les 2 autres la totalité de la vie divine. Le trèfle ne serait plus un trèfle s’il manquait un de ses lobes.

Mais il faut dire une chose, qui sera très utile pour nous comme vous allez le voir : chacune des trois personnes de la Trinité ne vit pas la vie commune de la même manière. Il y a celui qui la donne ; il y a celui qui la reçoit ; il y a celui qui la transmet.
Le Père est à la source de la vie et la transmet : il donne tout ce qu’il a et ce qu’il est à un autre pour qu’il puisse vivre et être heureux.
Le Fils est celui qui a la vie parce qu’il la reçoit, en renonçant à vivre une autre vie, séparée de son Père, car il a une totale confiance en lui. Et il peut tout parce qu’il a tout reçu.
L’Esprit Saint et celui qui donne la vie, qui la transmet, un peu comme le facteur qui apporte une lettre de l’un à l’autre. Il est au service des deux, comme un serviteur effacé et efficace, au service du bonheur des autres.

Pour essayer d’imaginer un peu cela, je vous raconte une petite histoire : Il y avait un jour un jeune homme assis sur les quais de Marseille. C’était tôt le matin. Il avait en face de lui un bar d’où lui venait la bonne odeur des croissants et du café. Il aurait aimé s’asseoir à une table pour savourer ce qui lui chatouillait le nez, mais il n’avait pas d’argent pour le faire. Méditant sur son sort, il voit soudain arriver vers lui le serveur du bistrot, tenant sur son plateau un café fumant et un croissant chaud. Dans un premier geste de recul, sachant son incapacité à régler la facture, il lui dit : « Je n’ai rien commandé ! » Mais le garçon de lui répondre : « C’est une dame qui l’a offert pour vous ». Le jeune homme se leva alors pour aller remercier la dame, mais elle était déjà partie…

Dans la Trinité, le Père est comme cette dame qui fait ce cadeau sans même demander qu’on le remercie. Sa seule joie et de rendre heureux. C’est le modèle pour nous du don de soi, de la générosité, de la vie non pas tournée sur soi-même mais sur l’autre, avec le désir qu’il soit heureux, qu’il ait tout ce dont il a besoin, qu’il se sente aimé.
Dans la Trinité, le Fils est comme ce jeune homme qui n’a rien, mais qui reçoit ce cadeau. Il est le modèle de la confiance en l’autre, de la reconnaissance, du désir d’entrer dans le projet d’un autre, de l’obéissance libre et choisie, de l’humilité qui sait que ses talents lui ont été donnés et qu’il les a reçus pour les mettre au service des autres.
Dans la Trinité, l’Esprit Saint est comme le serveur qui apporte au jeune homme ce que la dame lui a donné. Il est pour nous l’exemple du service, de la délicatesse qui ne force pas, du désir de ne pas se mettre en avant mais de mettre l’autre en avant, de celui qui crée des ponts et qui donne à chacun les moyens de remplir sa mission.

Vous voyez : pour comprendre les profondeur de la vie humaine, de notre vie, des valeurs les plus importantes, la clé est la Trinité.
Remercions Jésus de nous avoir permis de le découvrir, et demandons à l’Esprit Saint qu’il nous aide à entrer toujours plus profondément dans ce si beau mystère. Car c’est en le contemplant et en mettant en pratique les logiques qu’on y découvre que notre vie s’épanouira et que notre cœur sera comblé.

Amen.

Fête de la Sainte Trinité
Lectures bibliques : Proverbes 8, 22-31; Psaume 8; Romains 5, 1-5; Jean 16, 12-15

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Pour cath.ch, il/elle rédige des articles, prend des photos et réalise de brèves vidéos destinées au site web ou aux réseaux sociaux de cath.ch. Il/elle peut être amené à traduire des articles de l’allemand en français.

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Homélie du 5 juin 2022 (Jn 14, 15-16.23b-26)

Chanoine Roland Jaquenoud – Basilique de Saint-Maurice

Fête de la Pentecôte

            Chers frères et sœurs,

            Les lectures de cette fête de Pentecôte nous parlent de l’Esprit-Saint comme source de trois cadeaux pour notre vie :

  1. le cadeau de l’enseignement : l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom,
    lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
  2. le cadeau du rapport filial avec Dieu : vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père !
  3. le cadeau de la communion entre nous, quelles que soient nos origines :  Tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu.

1-  Le cadeau de l’enseignement

L’Esprit Saint vous enseignera tout. Comment ? Il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. Chers frères et sœurs, c’est Dieu lui-même, dans l’Esprit Saint, qui nous enseigne. Oh, bien sûr, nous avons toute une série de médiation par lesquelles Dieu nous enseigne, à commencer par les paroles de Jésus dans l’Évangile. Mais c’est l’Esprit Saint qui fait que ses paroles deviennent pour nous paroles vivantes, paroles redressantes, paroles dispensatrices de vie. C’est par Lui que, au cours de notre vie, telle ou telle parole, lue et relue mille fois dans l’Évangile, devient tout à coup actuelle, nous aide, nous redresse, nous permet d’avancer une peu plus sur le chemin. L’enseignement de l’Esprit Saint n’est pas un enseignement ex cathedra. C’est un vrai accompagnement concret de nos chemins de vie : délicatesse de l’Esprit qui, au moment favorable, nous fait nous souvenir de ce dont nous avons besoin.

2- Le cadeau du rapport filial avec Dieu

            Cadeau extraordinaire, au sens propre de ce terme : qui sort de l’ordinaire. Le Dieu trois fois saint, celui qui est le maître de nos vie, l’Esprit nous fait l’appeler Abba. Il est intéressant que saint Paul, qui s’exprime en grec dans la lettre aux Romains que nous avons entendue tout à l’heure, se croie obligé d’utiliser un mot araméen, sa langue maternelle, qu’il traduit ensuite en grec pour ses destinataires romains : « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! Comme s’il ne trouvait pas l’équivalent du mot Abba dans la langue dans laquelle il communique. C’est que Abba ne signifie pas simplement Père. Il signifie quelque chose comme « Papa ». L’Esprit saint nous enseigne que ce Père qu’est Dieu est un papa pour nous : nous sommes les enfants non pas d’un Père, mais d’un papa : la relation paternelle que Dieu établit avec nous est une relation d’extrême intimité. L’Esprit Saint nous met en relation intime avec Dieu, notre Abba, notre papa.

3- Le cadeau de la communion avec nous

            L’événement de la descente de l’Esprit le jour de la Pentecôte a pour résultat que tous, quelle que soit leur langue maternelle, comprennent ce que les Apôtres annoncent : les merveilles de Dieu. Au début de l’histoire biblique, il y a eu Babel et la confusion des langues : il a fallu que l’être humain apprenne l’altérité, que l’autre est autre et qu’il a parfaitement le droit d’être autre, pour qu’ensuite la communion devienne possible. On ne communie pas avec un autre soi-même. Ça, c’est de l’egocentrisme, la recherche du moi par le moi. La communion est possible parce que l’autre est différent de moi. C’est cette différence qui permet la relation, la relation vraie, qui enrichit mutuellement. Oh, il a fallu que l’Esprit Saint donne de sacrés coups de pied à l’Eglise pour qu’elle commence à comprendre la richesse de la communion avec l’autre. Cela a commencé dès ses débuts. Les Actes des Apôtres nous montrent comment les premiers chrétiens, tous issus du peuple élus, était bien entre eux, comment il n’avait guère envie de partir vers les autres, les étrangers les païens. A coup de miracles, de dispersions forcées, de persécutions même, le Saint Esprit a poussé premiers chrétiens à partir, afin qu’ils accomplissent le commandement du Seigneur : « Allez, de toutes les nations faites mes disciples ». Tout au long de son histoire, l’Église est tentée de rester entre soi. La Mission au loin elle-même peut devenir une exportation de l’entre-soi, une forme de colonisation.

            Or l’Esprit nous enseigne tout autre chose : l’autre est capable d’entendre la Parole en tant qu’autre, c’est-à-dire dans sa langue, c’est-à-dire dans sa culture. Et donc, il sera aussi un jour capable l’enseigner, de me l’enseigner. L’interculturalité que nous vivons de manière de plus en plus concrète dans nos communautés chrétiennes, encore trop souvent vue comme un pis-aller dû à l’affaiblissent de la foi et à la raréfaction des vocations dans nos régions, ne serait-elle pas en fait un nouveau souffle de l’Esprit de Pentecôte ? Cet Esprit qui veut que nous entendions les merveilles de Dieu de la part de gens qui ne sont pas de notre langue, de notre culture, eux qui ont reçu ces merveille dans leur langue.

            Que l’Esprit, chers frères et sœur, continue de nous enseigner : nous avons encore tant de choses à apprendre !

Fête de la Pentecôte
Lectures bibliques : Actes 2, 1-11; Psaume 103; Romains 8, 8-17; Jean 14, 15-16.23b-26