Homélie du 6 septembre 2020 (Mt 18, 15-20)
Chanoine Olivier Roduit – Abbaye de Saint-Maurice, VS
J’ai eu la chance, il y a bien longtemps, de faire des sessions de formation avec un vieil ami psychologue. Louis aimait bien, et il aime toujours, utiliser des formules frappantes. Ainsi, il nous demandait quel était le contraire de « être gentil ». On était tous tentés de répondre : « être méchant ». Et lui de dire : le contraire d’être gentil, c’est ne pas être gentil. Cela signifie être vrai, dire la vérité, même si elle peut faire mal.
J’y vois là le centre du message des lectures de ce jour.
Le psaume 94 proclame : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre cœur comme au désert où vos père m’ont tenté et provoqué. » Il s’agit de laisser la Parole entrer en nous. Et cette parole c’est la vérité.
Mais qu’il est difficile de toujours vivre selon la vérité, de toujours parler en vérité. Combien de fois utilisons-nous des formules alambiquées pour parler en faisant attention à ce que cela ne se retourne pas contre nous.
Le risque de se faire corriger à notre tour
On n’aime pas devoir aller faire des reproches aux autres car ils risquent de nous révéler nos manquements. Jésus a une parabole pour illustrer cela, c’est celle de la paille et de la poutre. « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? » (Lc 6,41).
De plus il est si difficile d’accueillir une parole qui vient nous montrer que nous avons mal agi. C’est alors notre orgueil qui est touché. « Est-ce possible que j’agisse si mal, au point que l’on doive venir me corriger ? »
Comment alors être juste lorsque l’on doit aller faire des reproches à celui qui a péché contre nous, comme le demande Jésus dans l’Evangile de ce jour. Peut-être que celui que l’on doit réprimander va nous révéler nos manquements à nous ?
Ce que l’on appelle la correction fraternelle est si difficile que nous ne la pratiquons pas, car il y a tant de risques de se faire corriger en retour. On est « gentil » avec les autres, et on ne vit plus dans la vérité, ni dans l’amour.
Le tu tue
Et jaillit la tentation des reproches lancés méchamment. « Tu n’as pas fait ceci ! Tu dois faire cela ! » Et comme le dirait encore mon ami psychologue, le tu tue. Car il n’y a plus la vérité, ni l’amour.
Écoutons saint Paul s’adressant aux Romains : « N’ayez de dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel ».
Paul reprend l’enseignement de Jésus lorsqu’il rappelle que tous les commandements se résument dans la sentence : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », et il va jusqu’à s’écrier : « Le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour ».
J’ai vu dernièrement une série de films d’action français dont le scénario a été écrit par Luc Besson. Dans les films Taken 1, 2 et 3, on voit à chaque fois le héros, un ancien agent secret, aller jusqu’au bout du monde et combattre les méchants qui s’en étaient pris à sa fille. Une démonstration parmi tant d’autres de ce à quoi peut conduire l’amour du prochain.
Nous sommes à Saint-Maurice sur une terre abreuvée du sang des martyrs qui ont refusé, au risque de leur vie, d’aller massacrer d’autres chrétiens. Leur parole face aux ordres impies de l’empereur, a été la plus forte.
Guetter, une démarche d’humilité
Dans la première lecture, nous voyons que le Seigneur fait d’Ezéchiel un guetteur… pour la maison d’Israël. Pourquoi donc guetter ? Certainement parce que l’on craint un danger. Et c’est une démarche d’humilité.
Notre monde n’a-t-il pas fait preuve d’orgueil, pensant qu’il avait tout maîtrisé et que rien ne pourrait plus lui arriver. Et nous avons vu ce qui s’est passé lorsqu’un tout petit virus a commencé à circuler dans le monde entier.
Le guetteur que le Seigneur désigne ne doit pas s’endormir. Il doit être attentif aux tout petits signes d’égarement de son peuple. Et il doit parler à celui qui a une mauvaise conduite.
Encore une fois, il s’agit d’une question de vie et de mort. Dans l’industrie et le business, on a développé des services de veille stratégique qui explorent le monde entier à la recherche de nouvelles technologies et surtout pour ne pas rater de nouveaux marchés potentiels.
Si le Seigneur demande de veiller c’est pour la recherche de la vérité et pour le bien des hommes.
Et si c’est difficile, il faut en demander la force à Dieu et ne pas rester seul. Lorsque deux ou trois sont réunis en son nom, il est à au milieu d’eux.
Veillons et prions !
23e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
Lectures bibliques : Ézéchiel 33, 7-9; Psaume 94, 1-2, 6-7ab, 7d-8a .9; Romains 13, 8-10; Matthieu 18, 15-20
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Homélie du 30 août 2020 (Mt 16, 21-27)
Abbé François Dupraz – Basilique Notre-Dame, Lausanne
La première lecture de ce dimanche est extraite du prophète Jérémie; l’un des prophètes dont l’influence a été la plus grande pour le judaïsme de l’après exil. Jérémie a reçu un appel, un appel de Dieu, c’est-à-dire une vocation (du latin « vocare » appeler). Qu’a-t-il fait de cet appel, de cette vocation ? Dans un premier temps il a essayé de s’y soustraire: « Seigneur, – dit-il – je ne sais pas parler, je suis un enfant… »(Jr 1.6). Autrement dit « envoies-en un autre… ». Moïse et Jonas avaient fait de même et tant d’autres avec eux…
Mais parfois Dieu maintient son appel de sorte que Jérémie finit par répondre. « Seigneur, Tu m’as séduit et j’ai été séduit; Tu m’as saisi, et Tu as réussi » (1ère lecture). Jérémie répond et va accomplir la mission extrêmement périlleuse que le Seigneur lui a confiée, à savoir appeler le roi, les prêtres et le peuple idolâtres à se convertir. « A longueur de journée – écrit-il – je suis exposé à la raillerie, tout le monde se moque de moi ». Destinée de bien des témoins…
S’il demeure fidèle à l’appel reçu, Jérémie, c’est qu’il y a en lui comme un « feu, un feu dévorant »; une « source où puiser Dieu » et cette source, c’est la Parole de Dieu lui-même: « Quand je rencontrais tes paroles Seigneur, je les dévorais, elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur, parce que ton nom était invoqué sur moi, Seigneur, Dieu de l’univers» (Jr 15.16).
Appelés à aimer
Qu’en est-il de nous? Cette même Parole de Dieu nous appelle à notre tour… Elle nous appelle personnellement, dans l’aujourd’hui de notre vie, en nos chemins uniques et complémentaires. Elle nous appelle de manière générale à… AIMER. Aimer, oui aimer; maître mot du christianisme par trop souvent oublié. Nous sommes appelés à aimer : nous aimer nous-mêmes, aimer les autres, aimer le vaste monde qui nous entoure. Ne point laisser passer de jours sans étendre un bras d’amour à l’adresse de nos frères : simple mot, lettre, visite, aide sous une forme quelconque.
Appelés à la joie
AIMER et nous REJOUIR aussi car la joie est salutaire. « Tes paroles faisaient ma joie, les délices de mon coeur… » écrit Jérémie. La Parole de Dieu nous appelle à la joie et la joie guérit. Nous réjouir – dans l’œil de la foi qui sait « voir » – du moindre rayon de soleil, de la moindre fleur, du moindre sourire, du moindre acte de bonté ou d’amour, du moindre service rendu…
Oui, la Parole de Dieu nous appelle, par notre amour, par notre joie, à soulever les âmes hors de cet océan de péché, de maladie et de doute où l’homme est tombé. Aider à sauver les autres reconnus comme autant de frères, de sœurs, pères, mères, enfants… portant eux-mêmes leurs propres croix sur des chemins d’éternité, voilà notre vocation commune.
C’est en donnant que l’on reçoit
La grâce de la foi, me permet d’affirmer que Jésus est constamment auprès de nous, avec nous, en nous tout au long du chemin. Plus bas que nos détresses s’étendent Ses bras éternels. Nul ne saurait tomber au-dessous. Sachons nous y blottir tels des enfants fatigués que nous sommes tous, parfois nous-mêmes. Qui se décharge sur Lui, Jésus, de son fardeau reçoit de Lui le repos. Le cœur léger, il peut ensuite se tourner pour l’aider, vers tel frère, telle sœur qui n’en peut plus lui non plus…
Combien de fardeaux allégerons-nous en ces mois à venir? Combien de cœurs illuminerons-nous? Combien d’âmes assisterons-nous? Surtout ne l’oublions pas, c’est en donnant que l’on reçoit. « On versera dans votre sein une bonne mesure, tassée, secouée, débordante » promet Jésus. (Lc 6.38).
Aujourd’hui encore Jésus longe la rive du lac et appelle. Il appelle des hommes et des femmes à Le suivre pour devenir pêcheurs d’hommes.
Que cherche-t-il en nous? Des mains secourables pour soutenir les épuisés, leur rendre le courage, le goût de l’effort, la foi, l’espérance, la santé, la joie…
Emprunter tel chemin nous expose assurément, à l’instar des prophètes d’autrefois, à contre-courant de l’esprit qui mène le monde mais où le mène-t-il au juste? Refusons nous autres d’être abattus! Refusons d’être arrêtés en notre ascension! C’est toujours par défaut d’amour suffisant qu’on ne peut plus avancer. Aimons donc ceux à qui nous avons à faire; ceux qui nous agacent comme les autres. Entraînons-nous à cela, précisément à cela – amour et joie dans la foi et l’espérance – et nous nous verrons bien vite bénis au-delà de tout ce que nous pouvons penser ou imaginer. L’Evangile se révélant vérité à tout homme qui accueille en son coeur pour les vivre ses paroles de lumière. Amen.
22e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
Lectures bibliques : Jérémie; 20, 7-9; Psaume 62, 2, 3-4, 5-6, 8-9; Romains 12, 1-2; Matthieu 16, 21-27
