Le nouvel évêque catholique-chrétien Fritz-René Müller sera ordonné le 9 mai à Berne

APIC Interview

«La catholicité ne se définit pas à travers la papauté».

Par Walter Müller, de l’Agence APIC/KIPA

Traduction française: Marianne Laubscher et Marie-Thérèse Chauvet

Bâle, 5 mai 2002 (APIC) «Nous sommes là pour annoncer le message de Jésus- Christ et non celui de Rome et ses exigences» déclare l’évêque récemment élu par les catholiques-chrétiens de Suisse, Fritz-René Müller (62 ans). Son Eglise, estime-t-il, a la tâche spécifique de mettre parfois en demeure sa grande soeur, l’Eglise catholique-romaine. Contrairement à celle-ci, les catholiques-chrétiens ont, selon lui, «une structure reprise de l’Eglise ancienne, épiscopale et synodale» et également des diacres et des prêtres- femmes. «Nous n’avons de loin pas accompli notre tâche», rétorque-t-il à ceux qui voient une fin possible de son Eglise

L’ordination épiscopale de l’évêque Fritz-René Müller aura lieu le jeudi 9 mai à 10 heures en l’église Saints-Pierre-et-Paul à Berne. Cette célébration sera présidée par l’archevêque vieux-catholique d’Utrecht Joris Vercammen. Il sera assisté par les évêques Wiktor Wysoczanski (Pologne) et Joachim Vobbe (Allemagne). Le 17 mai, il sera officiellement installé dans sa nouvelle fonction. Le nouvel évêque revient sur sa trajectoire et sa nomination. Interview

Fritz-René Müller: Mon cheminement professionnel a fait la différence lors de ma nomination, car il était un peu différent de celui de mes collègues. En effet, j’ai été enseignant pendant 16 ans. Pendant cette période, je n’ai assumé aucune charge de paroisse. Et cela jusqu’en 1986, date à laquelle mon prédécesseur est devenu évêque. C’est à ce moment-là que la paroisse de Bâle m’a demandé de venir dans la ville rhénane. J’ai donc repris la paroisse de Bâle à trois-quarts temps, tout en continuant à enseigner un quart de temps les langues – latin, grec, français, anglais et allemand – ainsi que l’histoire au niveau secondaire inférieur. Un certain temps, j’ai également enseigné la théorie musicale et le chant. Cette carrière atypique a particulièrement impressionné les laïcs sur les voix desquels je devais compter pour être élu; ils se sont certainement retrouvés en moi.

APIC: C’est donc avant tout votre expérience de vie qui a joué en votre faveur?

Fritz-René Müller: Oui. En plus je me suis intensément occupé de psychologie. Durant mon activité d’enseignant, j’ai aussi fait de la politique au plan local. J’ai été pendant dix ans président de la Commission scolaire de Möhlin (AG). Là, j’ai appris à diriger du personnel, à gérer des situations difficiles et à présider des séances dans diverses commissions.

APIC: Quels sont les défis principaux qui vous attendent en tant qu’évêque catholique-chrétien de la Suisse?

Fritz-René Müller: Ce qui est primordial, c’est que le nouvel évêque soit un catholique-chrétien convaincu et je le suis depuis ma jeunesse à Möhlin. Les catholiques-chrétiens représentaient alors la majorité de la population de ce grand village; les catholiques-romains étaient la deuxième force. Il n’y avait pratiquement pas de protestants. J’ai par contre très vite compris que nous étions partout ailleurs en minorité, que nous étions de manière générale une Eglise minoritaire. Le nombre de membres va en diminuant, non pas parce que les gens sortent de l’Eglise, mais plutôt à cause de la structure démographique défavorable: il y a en partie le vieillissement de la population mais aussi la situation de la diaspora. Cela arrive lorsque quelqu’un quitte son lieu d’origine catholique- chrétien, par exemple le Fricktal, pour s’installer ailleurs, soit dans l’Emmenthal ou dans le Haut-Valais. De là, il devrait se rendre à Berne pour participer à une messe. Il est cependant probable qu’une telle personne préférera ne pas participer du tout à une messe. Ou alors, il rejoindra l’Eglise catholique-romaine ou l’Eglise réformée. C’est de cette manière que nous avons perdu beaucoup de monde ces dernières années. En outre, nous avons moins de baptêmes que d’enterrements – c’est pour cela aussi que le nombre diminue. En devenant de plus en plus petit de cette manière, la crainte pourrait nous gagner. J’estime dès lors qu’il est important que l’évêque sache donner un sentiment de sécurité et aussi transmettre la conviction que notre Eglise a une mission à remplir. En plus, l’importance numérique d’une Eglise joue un rôle mineur. Nous avons régulièrement des réformés ou des catholiques-romains qui viennent nous rejoindre. Ces personnes se disent: «il y a ici une autre Eglise nationale, plus petite où l’on se connaît et où l’on a plus de facilité à collaborer». Notre force réside dans la minorité. C’est pour cette raison que j’ai déclaré à la fin de la session d’élection du Synode national, le slogan «Small is beautiful». Il ne s’agit pas de jeter de la poudre aux yeux des fidèles, mais je suis convaincu que la mission de l’Eglise catholique- chrétienne est de jouer un rôle important entre les deux grandes Eglises nationales.

APIC: La petite taille entraîne donc un meilleur sentiment communautaire?

Fritz-René Müller: effectivement, il y a des personnes qui entrent dans notre Eglise pour cela. Elles aspirent à un tel sentiment communautaire.

APIC: Quel est le nombre de ces personnes?

Fritz-René Müller: A Bâle nous enregistrions certaines années plus d’entrées que de sorties de l’Eglise. Et cela pendant la période où les médias se lamentaient sur l’importante défection des fidèles de leurs Eglises. Effectivement, l’Eglise réformée et l’Eglise catholique-romaine ont dû surmonter des saignées importantes, nous pas.

APIC: Comment les Eglises nationales peuvent-elles faire face à la désacralisation de la société?

Fritz-René Müller: Dans ce domaine, les Eglises de Suisse devraient travailler ensemble. Il s’agit d’établir une liste de priorités des choses qui nous paraissent importantes. Quel est l’enjeu pour les Eglises? Quelle est leur mission? Que convient-il de faire pour que les gens ne s’éloignent pas – non seulement extérieurement, mais aussi intérieurement. Là il y aurait beaucoup de points communs à trouver et à inscrire sur la liste des priorités. Il faudrait probablement beaucoup plus travailler et apparaître plus souvent ensemble dans les années à venir et attirer l’attention sur l’essentiel. Concrètement cela signifierait: l’Eglise catholique romaine devrait enseigner qu’il est plus opportun de suivre les Evangiles, la Bonne Nouvelle, les paroles de Jésus-Christ, au lieu de donner la priorité aux revendications de Rome, impressions que donnent les leçons de morale de la curie.

APIC: Par exemple.

Fritz-René Müller: Rome attribue une importance capitale au célibat. Il n’est pourtant cité nulle part dans la Bible que les prêtres ne pouvaient se marier. Pourquoi alors imposer le célibat depuis environ 700 ans, bien qu’il n’en a été jamais question avant? Pourquoi l’Eglise catholique- romaine n’arrive pas à régler définitivement cette question qui affecte profondément tant de personnes alors que tant de paroisses de l’Eglise catholique-romaine n’ont même pas de prêtre? Et que des responsables laïcs de paroisse comme, par exemple, Martin Bühler à Winterthour, actif depuis des années dans sa paroisse catholique-romaine, a décidé de devenir maintenant catholique-chrétien. Il ne supportait plus de n’avoir pas le droit de célébrer l’Eucharistie parce qu’il était marié.

La question du célibat représente certainement pour beaucoup d’évêques catholiques- romains un problème difficile. Alors pourquoi n’arrivent-ils pas, sous la pression venant de la base, à rompre ce mur?

APIC: La relation avec les femmes constitue pour vous un point semblable?

Fritz-René Müller: Cela se range pratiquement dans le même tiroir.

APIC: Comment voyez-vous la relation oecuménique avec l’Eglise réformée?

Fritz-René Müller: Je n’ai jamais eu de problème de collaboration avec les protestants, malgré les plus grandes différences entre eux et nous, que celles avec l’Eglise catholique-romaine. Mais il n’y a pas d’esprit de concurrence. J’ai toujours eu à faire à des réformés qui pensaient que ce que j’avais à offrir aux services religieux, en tant que catholique- chrétien, les enrichissaient. Ainsi nous célébrions régulièrement des services religieux avec la paroisse réformée «Peterskirche» de Bâle, même avec célébration de la communion (sainte cène). Cela signifie que si la célébration a lieu chez nous, nous la célébrons avec l’eucharistie, si elle a lieu chez eux, le pasteur réformé célèbre la cène. Dans les deux cas les membres des deux paroisses y participent.

APIC: Est-ce que l’on célèbre ensemble?

Fritz-René Müller: Non. Nous pensons que la concélébration des prêtres catholiques-chrétiens et des pasteurs protestants n’est pas nécessaire. On exprime de cette façon que la pratique de l’autre peut être reconnue comme une forme de célébration possible.

APIC: Et quelle est votre relation avec l’Eglise catholique-romaine?

Fritz-René Müller: On ne peut malheureusement pas s’y prendre aussi simplement avec les catholiques-romains. Au plan humain, je n’ai pas plus de problèmes avec les catholiques-romains qu’avec les autres. Pour l’exprimer selon Franz Hohler «Ils sont tous si gentils!». Mais parfois ils sont si gentils que l’on n’ose pas mettre les problèmes réellement sur la table, notamment en ce qui concerne les faits douloureux qui nous ont poussés, en tant qu’Eglise, à entreprendre un chemin séparé et qui continuent à nous séparer. Là, cela ne fonctionne parfois vraiment pas. Lors de mes débuts à Bâle, un prêtre catholique-romain m’a demandé si j’étais prêt à célébrer avec lui à l’autel dans le cadre de la semaine de l’unité. J’ai évidemment accepté. Ce soir-là, à mon arrivée, il m’a dit: «tu vois, je pense que c’est quand même mieux, que tu restes assis sur le côté». Lors de cette célébration, je prononçais l’homélie, j’en ai profité pour commenter immédiatement l’événement. Dès cet instant, la collaboration dans les célébrations religieuses a été terminée …

A Bâle, j’ai toujours fixé mes marques et certains s’en souviennent certainement en souriant! Mais en tant que catholique-chrétien, j’ose espérer de la part des catholiques-romains qu’ils me prennent au sérieux. A l’occasion des 200 ans d’existence de l’Eglise catholique-romaine à Bâle, un livre a paru sur le catholicisme à Bâle et sur son histoire. Il passe totalement sous silence l’existence centenaire de l’Eglise catholique- chrétienne dans le canton urbain, alors que nous sommes reconnus officiellement depuis 1923 dans le canton et que l’Eglise romaine n’est reconnue que depuis 1972 seulement.

Ces personnes ne se rendent pas compte de l’impression qu’elles me donnent en ne prenant pas au sérieux l’Eglise catholique-chrétienne! Si on parle à Bâle, dans le cadre du dialogue oecuménique de «l’Eglise catholique», je demande systématiquement: «Vous parlez de laquelle?»

APIC: Sur la page du site de l’Eglise catholique-chrétienne de Bâle figure le slogan «catholique sans Rome». Qu’entendez-vous par-là?

Fritz-René Müller: Il y a différentes Eglises catholiques qui sont indépendantes de Rome: les orthodoxes, les anglicans et nous, les vieux- catholiques. La catholicité se définit par la structure épisco-synodale et non par la papauté de Rome. Notre préoccupation consiste à perpétrer la tradition de l’Eglise ancienne. C’est évident que Rome le fait aussi; mais avec de nombreux ajouts que nous devons refuser, parce qu’ils sont contraires à la compréhension de l’Eglise catholique ancienne. Pour l’exprimer de manière exagérée, on devrait dire: en 1870, une nouvelle Eglise a vu le jour, celle de Rome.

APIC: Quelle fonction a l’Eglise catholique-chrétienne dans la société actuelle?

Fritz-René Müller: Contribuer la même chose que les autres Eglises: annoncer la Bonne Nouvelle. Elle l’annonce comme Eglise, qui se situe dans une tradition catholique libérale indépendante de Rome. En outre, notre Eglise a la mission particulière d’être le signal d’une Eglise qui est devenue nécessaire au XIXe siècle, une fonction qui, aujourd’hui encore, est nécessaire pour notre grande soeur, l’Eglise catholique-romaine. Contrairement à elle, nous avons des femmes diacres et prêtres. C’est un appel à de nombreux catholiques-romains qui ont le même souhait. Ceci est également valable en ce qui concerne le célibat. Si les principes de l’ancienne Eglise et la structure épisco-synodale pouvaient être respectées un jour par Rome, le temps serait alors venu de dire que l’existence de l’Eglise catholique-chrétienne n’est plus nécessaire. Il faudrait alors également résoudre le problème de «l’infaillibilité et de l’épiscopat universel» du pape.

APIC: L’Eglise catholique-chrétienne de la Suisse compte environ 14’000 membres. L’avenir de votre Eglise vous semble-t-il compromis par la diminution constante de vos effectifs?

Fritz-René Müller: Non. La diminution s’est ralentie et nous avons aussi suffisamment de moyens financiers. Nous ne disparaîtrons jamais par manque de moyens financiers. Pour ce qui est des prêtres, la situation n’est pas alarmante. La fréquentation des services religieux dépasse la moyenne. Nous disposons de personnes actives, motivées, qui développent des initiatives et qui sont orientées vers la spiritualité. Souvent, il s’agit de personnes jeunes, donc porteuses d’espoir. Dans ce domaine, je n’ai aucune crainte. Notre Eglise a une mission à remplir. C’est un appel pour nous ! D’autres Eglises doivent nous voir à travers notre mission. Je suis convaincu que nous sommes loin d’avoir fini de servir. Je dois sans doute décevoir tous ceux qui attendent l’annonce de notre liquidation. Je souhaite être un évêque qui consolide et cimente cette confiance auprès des membres de l’Eglise et qui rend attrayante l’Eglise catholique-chrétienne pour des membres d’autres Eglises. Nous sommes réellement une alternative. (apic/ml/mtch/pr)

5 mai 2002 | 00:00
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L’unité des Eglises,

APIC – Interview

un objectif réalisable

Konrad Raiser, secrétaire général (060493)

du Conseil oecuménique des Eglises

Evelyne Graf, Agence APIC

Genève, 6avril(APIC) L’unité visible des Eglises est un objectif réalisable, et Konrad Raiser, nouveau secrétaire du Conseil Oecuménique des Eglises (C0E), y croit, malgré les difficultés qui s’accumulent sur le chemin

de l’oecuménisme. A l’occasion de ses 100 premiers jours à la tête du COE à

Genève, une organisation qui rassemble plus de 300 Eglises membres – mais

pas l’Eglise catholique – le pasteur Raiser fait le point sur cette construction de longue haleine.

Rendre visible l’unité des Eglises, tel est l’une des tâches principales

dont s’occupe le COE depuis sa fondation en 1948. Les initiateurs et

responsables de ce grand rassemblement d’Eglises protestantes, anglicanes

et orthodoxes n’ont jamais douté de l’importance de cet objectif, même si

le chemin de l’oecuménisme est pavé d’obstacles. Mais pour le nouveau

secrétaire du COE, la pleine unité des Eglises, mais si elle n’est pas pour

demain, est cependant réalisable.

APIC:Konrad Raiser, comment pensez-vous que les Eglises peuvent avancer

sur le chemin de l’unité visible ?

K.Raiser:La façon dont l’unité des Eglises peut être réalisée concrètement fait toujours à nouveau l’objet de dialogues oecuméniques très sérieux, également avec l’Eglise catholique. Je pense qu’aujourd’hui toutes les

Eglises sont d’accord pour dire qu’il faut réaliser un certain nombre de

conditions fondamentales pour rendre possible l’unité visible. Il s’agit

notamment de la confession de foi commune, de la célébration commune, en

particulier de l’eucharistie, ainsi que la reconnaissance réciproque des

formes de ministères qui existent dans les différentes Eglises.

Au COE, ces conditions ont été exposées dans des études détaillées, comme le «Document de Lima» (BEM) sur le Baptême, l’Eucharistie et le Ministère, ou sur la confession de foi commune. La question de l’unité visible des

Eglises sera au centre de la Conférence mondiale de «Foi et Constitution»,

qui se tiendra en août prochain à St-Jacques de Compostelle. J’espère

beaucoup que cette conférence mondiale donnera de nouvelles impulsions pour

l’unité des Eglises, pour que nous puissions poursuivre notre chemin

commun. C’est un chemin dont la direction nous est donnée dans la grande

prière de Jésus que l’on trouve dans l’Evangile de Jean, une direction qui

ne dépend finalement pas de nos décisions, puisque l’on est conduit sur ce

chemin par l’Esprit Saint.

APIC:Comment vous représentez-vous l’unité visible des Eglises ?

K.Raiser:Pour moi, cela reste la description qu’en a faite l’Assemblée

générale du COE en 1975 à Nairobi, c’est-à-dire que l’unité des Eglises se

conçoit comme une «communauté conciliaire» d’Eglises locales unies entre

elles. C’est un point de départ très important. Je pense que l’on ne peut

pas ne pas voir que les situations et les formes de vie dans lesquelles les

Eglises particulières témoignent de leur foi sont si différenciées que l’on

ne peut plus se représenter l’unité des Eglises – a-t-elle d’ailleurs jamais existé – comme une donnée unitaire. Dans les faits, on ne peut se la

représenter que comme une communauté vivante, pleine de diversités, comme

cela se doit dans une communauté vivante.

APIC:Quel rôle joue la Commission «Foi et Constitution» au sein du COE ?

K.Raiser:La Commission «Foi et Constitution» occupe une place irremplaçable au sein du COE. Cela est souligné notamment par le fait que c’est l’unique commission du COE où des représentants de l’Eglise catholique romaine

sont membres officiels. «Foi et Constitution» est également l’instrument de

travail qui permet au COE de mener un dialogue continu avec les partenaires

catholiques compétents. C’est d’autant plus remarquable que l’Eglise catholique n’est pas membre du COE. Nos partenaires catholiques ont toujours

souligné combien était importante pour eux la possiblité d’une

collaboration continue au sein de la Commission Foi et Constitution. Le COE

en aucun cas ne souhaite changer quelque chose.

APIC: Avez-vous l’impression que les progrès obtenus au sein de la Commission Foi et Constitution concernant l’ecclésiologie ont trouvé un écho dans

la déclarations de l’Eglise catholique, par exemple dans le nouveau Catéchisme?

K. Raiser: Je dois avouer que je n’ai pas encore étudié le nouveau Catéchisme en détail à ce sujet. C’est une oeuvre très riche et il faut un certain temps pour l’étudier d’un bout à l’autre. Je découvre beaucoup de choses qui sont analogues aux résultats du travail et aux positions discutées

au sein du COE. Il existe une large part de la communauté dans laquelle on

a une «ecclésiologie de communion»; la déclaration de l’assemblée générale

du COE à Camberra qui parle de l’unité de l’Eglise comme «Koinonia» (communauté, communion) est un exemple dans ce sens.

D’un autre côté, il y a les récentes déclarations de l’Eglise catholique

et en particulier la lettre du cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la docrtine de la foi, qui donnent un accent très différent sur

l’Eglise comprise comme communion et qui nécessitent des éclaicissements

supplémentaires. Mais il faut constater que nous continuons à travailler

sur ces points avec nos partenaires catholiques dans le cadre de Foi et

Constitution. Nous devons voir ce que vont donner ces éclaircissements, car

la lettre du cardinal Ratzinger n’est pas restée sans opposition au sein

même de l’Eglise catholique. Le transfert de l’accent des églises locales à

l’Eglise universelle, là où précisemment le Concile Vatican II ouvrait des

perspectives importantes; la signification centrale du rôle et du primat du

pape et leur reconnaissance comme condition indispensable pour l’unité visible, ne peuvent pas être acceptés sous cette forme par les Eglises membres du COE.

APIC: Qu’espérez-vous de la cinquième assemblée générale de la Commission

Foi et Constitution?

K. Raiser: J’espère naturellement que cette conférence mettra en valeur les

grands efforts accomplis depuis 20 ans par la Commission en vue de

l’éclaircissement des conditions de base données auparavant. Deuxièmement

j’espère que dans les domaines de la compréhension et de la pratique commune du baptême, de l’Eucharistie et du ministère, on formule des voies, comme on l’a fait pour la déclaration de Lima. Les Eglises ont réagi dans des

expertises détaillées. Ce premier processus a eu des répercussions. Je pense que cette conférence doit maintenant formuler des recommandations pour

poursuivre ce processus au delà de l’état actuel. Troisièmement, j’espère

que la conférence développera des perspectives dans lesquelles les principaux points du travail de la Commission dans les années prochaines seront

fixés. Les conférences mondiales ont lieu maintenant après de très longs

intervalles.

J’espère par exemple que la Conférence mondiale stimule la Commision à

réflechir à nouveau de quelle unité et de quel accord propre et explicite

nous avons besoin. Je me pose la question s’il existe un point déterminé à

partir duquel on peut dire: ’c’est assez’. La Confession d’Augsbourg, le

texte de reconnaissance de la tradition luthériennne, prévoit dans son article sept que cela suffit à l’unité de l’Eglise si l’Evangile est proclamé

clairement et si les sacrements sont administrés selon l’Evangile. Cela parait trop minimaliste par rapport à la définition de chaque point. Mais je

pense que lorsqu’on engage la discussion à ce sujet ou par exemple sur la

propostiion de «hiérarchie des valeurs» contenue dans le décret de Vatican

II sur l’oecuménisme, il doit être possible de dépasser un état dans lequel

lors de chaque dialogue de nouveaux problèmes sont définis et demandent un

éclaircissement, si bien que l’affaire devient interminable. Cela ne peut

pas à terme être le sens de notre recherche de l’unité. Il doit y avoir une

possibilité légitime moralement de dire: ’maintenant c’est assez’. Nous devons être conscients que nous vivons dans une communauté avec l’Evangile et

malgré les différences pesristantes cela doit être exprimé dans un témoignage joyeux. Si on veut utiliser un terme technique, on peut dire que c’est

une des tâches de l’herméneutique de l’unité. Je souhaite que la Commission

Foi et Constitution engage la discussion sur la recherche fructueuse de

l’herméneutique des années 60 et 70 par rapport à la situation actuelle.

APIC: Comment abordez-vous les tensions qui ont surgi au COE à propos de

l’ordination des femmes?

K. Raiser: Les tensions qui ont surgi après la décision de l’ordination des

femmes dans l’Eglise anglicane d’Angleterre ne sont pas nouvelles dans le

dialogue oecuménique. Toutes les Eglises qui jusqu’à présent ont pris cette

décisions se trouvées confrontées à des tensions. Dans aucune Eglise cette

décision n’a été prise facilement. La communauté oecuménique dans laquelle

les Eglises se trouvvent aujourd’hui ensemble exige que les Eglises respectent les décsions prises sérieusement et après un examen approfondi sur les

conséquences théologiques, pastorales et oecuméniques. Le même respect vaut

aussi pour les Eglises qui refusent l’ordination des femmes parce que contraire à leur tradition et contraire à leur interprétation du Nouveau Testament. Je viens moi-même d’une Eglise qui depuis 20 ans ordonne des femmes à la prétrise et je peux témoigner que cette voie a enrichi la vie et

le témoignage de notre Eglise. J’espère que les Eglises qui refusent l’ordination des femmes puissent trouver des voies pour exprimer de façon plus

forte le témoignage des femmes dans la vie de l’Eglise. Le COE veut s’efforcer de transformer ces tensions en une chance pour l’enseignement oecuménique.

APIC: Ces dernières années, le COE a été critiqué pour ses déclarations politiques que certains estiment unilatérales. Je pense en particulier à la

politique en Europe de l’Est. Comment voyez-vous les futurs engagements du

COE?

K.Raiser: La prise au sérieux d’une responsabilité politique commune dans

le cadre de la justice et de la paix est depuis le début un des engagement

centraux du mouvement oecuménique. Il a ses racines dans les déclarations

de la première conférence mondiale des Eglises en 1925 à Stockholm qui

disait que l’Evangile touche tous les domaines de la vie humaine, personnel

et public, spitituel et politique. Le COE s’est dès le début efforcé d’exprimer la tâche globale des Eglises dans le monde et de lui correspondre.

Il faut remarquer que dans les Eglises membres, il existe de traditions diverses à propos de la responsabilité politique. De même on observe qu’il

existe des formes différentes d’engagement du COE dans les problèmes politiques. Il est question ici de l’appréciation des situations politiques

dans lesquelles des jugements et des décisions sont nécéssaires, sous des

conditions qui ne sont pas partagées par toutes les Eglises membres. Le COE

s’efforce de faire des consultations et des accords mutuels, mais à l’avenir si l’on veut rester fidèle à sa tâche, il faut aussi prendre le risque

d’inititatives et de prises de positions qui suscitent la critique. Il faut

également rappeller que le COE dans ses déclarations publiques, et également pour les questions politiques, n’a pas d’autre autorité que la force

de témoignage de ses propres déclarations.

APIC: Vous êtes aujourd’hui depuis 100 jours secrétaire général du COE.

Quelles expériences vous ont-elles particulièrement marqué?

K. Raiser: J’ai été frappé à travers un nombre incalculable de messages, de

lettres, de dialogues de constater combien la vision oecuménique est vivante dans le coeur de beaucoup d’hommes. Il est encourageant de voir combien

on est prêt de tous les côtés à soutenir le travail du COE. L’expérience

unique de la tâche de secrétaire général ne peut être placée qu’avec la

conscience de ce réseau d’intercession et de solidarité quotidienne. Je

suis également impressionné par la richesse des expériences et des compétences des collaborateurs que j’ai trouvé au sein du COE. Je peux seulement

espérer que les Eglises membres renforceront le COE qui est un instrument

précieux pour la vie et le témoignage des Eglises dans le monde actuel et

l’utiliseront pour leur propre vie.

Encadré

Konrad Raiser qui a été nommé en août 1992 secrétaire général du Conseil

oecuménique des Eglises (COE)à Genève, est né en 1938 en Allemgane. Il est

marié et père de quatre fils. En tant que pasteur de l’Eglise évangélique

luthérienne d’Allemagne, Konrad Raiser a étudié la théologie à Tübingen,

Béthel, Heidelberg et Zurich, ainsi que la sociologie et la psychologie à

l’Université d’Harvard. En 1970 il a été promu docteur en théologie à

l’Université de Tübingen. De 1963 à 1965, il fut vicaire de l’Eglise évangélique du Wurtemberg et travailla comme aumônier d’industrie à Berlin et à

Stuttgart. Il a poursuivi ensuite ses études au Etats Unis. Entre 1967 et

69, il fut assistant à l’université de Tübingen. Il fut ensuite appelé à

Genève pour être pendant quatre ans secrétaire de la Commission Foi et Constitution du COE. Il accomplit ensuite d’autres tâches au sein du COE. En

1983, il devient directeur de l’Institut oecuménique de la Faculté de théologie de l’Université de Bochum. Konrad Raiser est l’auteur de nombreuses

publications dont «Identität und sozialität» (1970) et «Ökumene im Übergang» (1989). Il a pris sa tâche de secrétaire général en janvier de cette

année. (apic/com/eg/mp)

6 avril 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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