Fribourg: L’abbé Jean Civelli est décédé
L’abbé Jean Civelli est décédé dans la matinée du 27 mars 2026 à l’âge de 88 ans, a appris cath.ch. Ordonné en 1964 à la période charnière du Concile de Vatican II, il avait un regard critique sur la formation des futurs prêtres dans laquelle il avait vu le risque de cléricalisation menant aux abus.
«Il avait du caractère, se souvient un fidèle. Il ne mâchait pas ses mots mais il avait une grande profondeur d’âme.» Il s’exprimait d’une voix douce mais avec une grande conviction. Dernièrement, le Fribourgeois d’origine avait écrit une lettre émouvante aux familles endeuillées par l’incendie de Crans-Montana.
Publiée dans La Liberté, il y exprimait sa compassion en rapprochant les parents des victimes des apôtres au moment de la passion du Christ: «Comme Jean, vous sentez battre au plus profond de vous-mêmes ces cœurs tant aimés. Ecoutez les battements de votre propre cœur et vous y percevrez que le cœur de votre enfant, de votre frère, de votre sœur, de votre ami, ce cœur que vous sentiez battre quand vous vous preniez dans vos bras, ce cœur n’a pas pu arrêter de vivre. Parce que l’amour ne peut pas être tué.»
Né en 1938 à Fribourg, Jean Civelli avait été ordonné prêtre le 28 juin 1964 à l’église Saint-Michel de Fribourg par Mgr Charrière pour le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Le Fribourgeois est entré au séminaire à l’automne 1959. Le pape Jean XXIII venait d’annoncer le concile, avec des premières réunions de commissions «anté-préparatoires».
Pendant de nombreuses années, il a été délégué épiscopal pour la vie religieuse, visitant les communautés religieuses à travers toute la Suisse romande et prêchant de nombreuses retraites en Suisse et en France. Il a exercé divers ministères, en paroisse et dans l’équipe des responsables de la formation des futurs prêtres. Il a publié plusieurs livres, aux éditions Saint-Augustin dont La résurrection des morts: et si c’était vrai? et Notre Père, source de toute prière.
En 1992, il a été nommé prêtre auxiliaire à l’église St-Pierre de Fribourg – la paroisse de son enfance – et aumônier pour le Centre Sainte-Ursule, jusqu’à sa retraite. En 1996, il a écrit son premier livre Sa tendresse est inépuisable (Ed. Saint-Augustin).
A l’époque de sa formation, ils étaient 70 séminaristes, sur les cinq volées en formation pour le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. En 2022, il s’était confié à cath.ch dans le cadre d’une série sur les 60 ans de l’ouverture du Concile Vatican II.
Les prémisses du changement
«Je sentais que certaines choses avaient déjà changé. Au début du 20e siècle, le pape Pie X avait permis aux enfants de pouvoir communier dès l’âge de sept ans et souhaitait que l’assemblée puisse participer activement à la liturgie. Et c’est Pie XII qui a réformé la Semaine sainte, introduisant une veillée pascale le samedi soir, davantage communautaire. Et il a aussi supprimé l’obligation, en 1951, d’un jeûne absolu avant la communion, indiquant que l’eau naturelle ne rompait pas le jeûne. Avant cela, il était interdit de boire ne serait-ce qu’une gorgée d’eau après minuit sous peine d’être privé de communion le dimanche matin.»
Le jeune prêtre avait été envoyé comme vicaire à Neuchâtel. «Bien que Vatican ait réformé la liturgie en 1962, tout était encore en latin. C’est à partir du premier dimanche de Carême de 1965 que nous avons commencé à lire les textes bibliques en français, mais toute la prière eucharistique, le canon, était encore en latin», rappelait-il.
La réflexion doit continuer
«Je pense que les Pères conciliaires n’ont pas pu aller assez loin, par manque de recul ou de connaissances que nous avons acquises jusqu’à aujourd’hui. Quand on lit les textes conciliaires, on remarque qu’il y a un mélange de la conception de l’Église d’avant Vatican II, héritage du concile de Trente, et des recherches, qui existaient déjà d’ailleurs, ce qui fait qu’aujourd’hui, le Concile Vatican II n’a pas dit son dernier mot.
Pour Jean Civelli, La réflexion devait continuer: il s’agissait «de faire sortir les prêtres de la caste sacerdotale». Il espèrait que le Synode sur la synodalité le permettrait.
La ‘caste’ des prêtres
L’abbé Civelli a apprécié que le Concile Vatican II remette en lumière le sacerdoce commun des fidèles, le sacerdoce baptismal. «Au séminaire cependant, nous parlions principalement du sacerdoce des prêtres, et non de celui des baptisés. Lorsque nous évoquions le sacerdoce commun, c’était pour préciser que le sacerdoce ministériel était supérieur. Avec une conception de ‘caste’, où les prêtres seuls pouvaient s’approcher du sacré, s’occuper de la liturgie et être des intermédiaires entre Dieu et les hommes».
Et de leur côté, soulignait-il, «les fidèles continuaient à ne pas participer à la liturgie. Parce qu’ils ne comprenaient rien et qu’il fallait bien s’occuper, ils récitaient continuellement le chapelet et s’avançaient au moment de la communion avec leur chapelet dans les mains. Heureusement, le pape Paul VI a mis fin à cette pratique.»
Il estimait que les Pères conciliaires n’avaient pas «pu aller assez loin, par manque de recul ou de connaissances que nous avons acquises jusqu’à aujourd’hui. Quand on lit les textes conciliaires, on remarque qu’il y a un mélange de la conception de l’Église d’avant Vatican II, héritage du concile de Trente, et des recherches, qui existaient déjà d’ailleurs, ce qui fait qu’aujourd’hui, le Concile Vatican II n’a pas dit son dernier mot.»
Une autre approche de la formation
L’abbé Civelli envisageait une autre approche de la formation et de la désignation des prêtres que celle quil avait connue. Il s’en était expliqué à cath.ch à propos de son livre Dieu n’aime pas les sacrifices (ed. Parole et Silence, 2021). «Le candidat pourrait bien sûr être marié, homme ou femme, et même en partie garder son travail, comme le faisait saint Paul. Ce serait vraiment un retour, non pas à l’ancienne Alliance, mais à la pratique paulinienne. Cela modifierait les conditions de l’exercice du ministère pastoral et permettrait bien d’éviter des dérives, des solitudes, et surtout un recours à un ‘pouvoir sacré’».
Malgré les diverses critiques émises sur sa formation, Jean Civelli reconnaissait avoir eu beaucoup d’enthousiasme pendant le séminaire. «Maintenant, je suis âgé et ne peut pratiquement plus participer aux messes paroissiales, expliquait-il à cath.ch.
Ces dernières années, il avait quand-même observé un changement, un retour en arrière, «notamment dans l’attitude de certains jeunes prêtres. Je vis cela avec un peu de peine, je ne veux pas dire avec ‘douleur’, parce que je suis quand-même en retrait». «Je trouve que dans tout ce que nous avions vécu après Vatican II: ce nouvel élan, ce mouvement du Saint Esprit, il y a quelque chose qui s’est un peu estompé, avec certains rigorismes, et c’est bien dommage. Cela étant, je garde espoir.» (cath.ch/bh)
L’abbé Jean Civelli repose dans la chapelle mortuaire de l’église Saint-Pierre de Fribourg. Les funérailles auront lieu en l’église Saint-Pierre, le mardi 31 mars à 14h30. L’inhumation suivra dans l’intimité au cimetière Saint-Léonard.





