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Les papes et la montagne 2/4

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Nombreux ont été les papes attirés par la montagne, et chacun s’y rendait pour une raison particulière. Jean Paul II pour ses longues marches, Paul VI pour y retrouver une simplicité de vie, Pie XI quant à lui, alpiniste chevronné, y cherchait un moyen de se dépasser.

Arthur Herlin, I.MEDIA

C’est ainsi qu’en 1890, alors que l’alpinisme devenait à peine une activité sportive plus seulement réservée aux montagnards, que le futur pape Pie XI (1857-1939) a réalisé ni plus ni moins l’ascension du mont Blanc. L’ascension a duré deux jours, entrecoupée par une nuit dans la cabane Quintino-Sella, sur le versant italien. À la descente, il a ouvert un nouveau passage permettant d’accéder au sommet du mont Blanc.

Alpiniste chevronné, Achille Ratti a réalisé de nombreuses expéditions en montagne, dont l’une des premières traversées, en 1889, du massif de Mont-Rose (entre Suisse et Italie) par le versant de Macugnaga (Italie).

L’importance qu’il donnait à cette activité sportive est mesurable dans la lettre apostolique du 20 août 1923, adressée à l’évêque d’Annecy en l’honneur de saint Bernard de Menthon, proclamé à cette occasion patron des alpinistes :

« Il est vrai que de tous les exercices du sport honnête, aucun ne l’est plus que celui-ci – quand on évite l’imprudence, on peut dire qu’il est bénéfique pour la santé de l’âme comme du corps. Si, avec un dur labeur et un effort pour monter là où l’air est plus fin et plus pur, la force est renouvelée et revigorée, il arrive aussi que, face à des difficultés de toutes sortes, les devoirs deviennent encore plus durs que la vie, et que, en contemplant l’immensité et la beauté des spectacles qui s’ouvrent devant nos yeux depuis les sommets sublimes des Alpes, notre âme s’élève facilement vers Dieu, auteur et seigneur de la nature ».

Cette grande valeur donnée à la contemplation et à la recherche de l’air pur, était partagée par Jean Paul II qui n’a cessé de se rendre en montagne depuis l’époque où il était jeune prêtre. Tadeusz Styczen, un de ses amis proches, raconte que, quand ils skiaient en Pologne, l’archevêque Wojtyla préférait remonter les pistes à pied, ses skis sur l’épaule, pour demeurer dans un silence total et en méditation.

Jean Paul II sous le charme des massifs et des sommets alpins

Pour lui aussi, la montagne représentait « une école d’élévation spirituelle », comme l’affirme Mgr Alberto Maria Careggio, évêque de Vintimille et San Remo. Passionné d’alpinisme, le prélat a été le premier organisateur des vacances d’été du pape au Val d’Aoste et son fidèle accompagnateur.

Tout a commencé selon lui lors d’un voyage pastoral du pape polonais dans le Val d’Aoste , les 6-7 septembre 1986, dans le cadre des célébrations du bicentenaire de la conquête du mont Blanc. « À cette occasion, le pape avait eu son premier contact avec la vallée et il avait pu y admirer, du haut du glacier de la Brenva, à 3’550 mètres d’altitude, la masse imposante du mont Blanc, tombant sous le charme des massifs et des sommets alpins ».

À partir de cette date, la Vallée d’Aoste est devenue la destination privilégiée de vacances pour Jean Paul II. Il y retournera en effet une bonne dizaine de fois entre 1989 et 2004, période pendant laquelle il n’a pas hésité, tant que sa santé le lui permettait, à chausser les skis et à descendre les pistes des stations italiennes.

Ce n’était plus l’archevêque, « mais bien notre oncle »

C’est dans les montagnes suisses, à Engelberg, que Paul VI aimait se rendre, bien avant de devenir pontife. L’environnement qu’il y trouvait parvenait, dit-on, à le soulager des tensions psychologiques propres à ses grandes responsabilités au sein de l’Église. Sa nièce, Chiara Montini Matricardi, qui l’accompagnait, a témoigné de la merveilleuse atmosphère qui y régnait. « Ce n’était pas l’archevêque qui était avec nous, c’était bien notre oncle. Il jouait avec nous, nous prenions le petit déjeuner ensemble ».

À la fin du 19e siècle, le pape Léon XIII a proposé la construction de vingt monuments pour un hommage grandiose à Dieu, à édifier sur autant de montagnes dans différentes régions d’Italie. L’idée a immédiatement été acceptée par les différents diocèses, qui ont créé un comité pour la décision des vingt sites où les monuments devaient être situés, allant même jusqu’à dresser d’autres cartes des sites. Parmi eux, un monument au Rédempteur est bâti sur le Mont Guglielmo. Le pape Paul VI s’y est rendu à de multiples reprises dans sa jeunesse avec son père. Des années plus tard, il fera rénover cette petite chapelle dont il a gardé un souvenir impérissable.

Benoît XVI avait quant à lui sa façon propre de vivre la montagne. Outre la recherche d’une atmosphère propice à la lecture et à l’étude, le pontife allemand réalisait de longues promenades chaque jour. La montagne, avait-il affirmé en novembre 2010 à une délégation de skieurs professionnels, « nous fait sentir petits, nous restitue à notre juste dimension de créatures, nous rend capables de nous interroger sur la signification de la création, de lever les yeux vers le haut, de nous ouvrir au Créateur ». (cath.ch/imedia/ah/mp)

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Les papes du XXe siècle aimaient la montagne

Les papes et le sport

Depuis le début du 20e siècle, le Saint-Siège montre un intérêt singulier à la pratique du sport. Ce phénomène social récent, les différents papes l’ont tous scruté d’un œil bienveillant, voire passionné, y décelant parfois même un vecteur d’évangélisation ou de perfection chrétienne. Au travers de quatre disciplines sportives, I.MEDIA se propose de vous raconter, en quatre épisodes, les petites et grandes histoires de sport du Saint-Siège.

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