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Un Noël avec Sant’Egidio, bras droit du pape auprès des pauvres 2/3

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Chaque année depuis 1982, l’immense basilique de Sainte-Marie-du-Trastevere se transforme en réfectoire et accueille d’immenses tablées de personnes dans le besoin. Au moins 1’000 personnes de nationalités différentes – réfugiés, malades, ou encore détenus – partagent ainsi un repas copieux avec des volontaires de la communauté Sant’Egidio, association de cœur du pontife.

Un rendez-vous incontournable qui avait rassemblé pas moins de 240.000 personnes en 2017 et auquel ont pu participer différents responsables curiaux.

«Le fait de se réunir ensemble dans ce lieu est symbolique, surtout que cette église – la deuxième consacrée à Marie après la basilique Sainte-Marie-Majeure – est très ancienne », explique Carlo Santoro, membre de la communauté. Ce quartier dans lequel il aime vagabonder est pour lui « l’emblème de la Rome populaire » et le ramène aux racines de cette association soucieuse d’aider les plus pauvres fondée en 1968.

Pandémie oblige, l’immense banquet ne pourra avoir lieu cette année. Mais la crise sanitaire et les gestes barrières qu’elle entraîne sont loin de décourager les responsables. « Les pauvres souffrent déjà beaucoup de cette situation et ont faim », résume Carlo. L’arrêt de nombreux lieux de distribution, la fermeture des églises ou encore la réduction de lits dans les dortoirs en raison de la distanciation n’ont fait qu’accentuer la pauvreté des personnes de la rue. «Nous ne pouvons pas les laisser seuls et avons décidé d’augmenter cette présence», abonde le volontaire.

Dans le Trastevere comme partout ailleurs à Rome et en Italie, des milliers de repas – sous forme de portions déjà chaudes – ainsi que des cadeaux seront donc distribués par les volontaires de l’association. La pauvreté s’aggravant au sein des foyers, la communauté compte bien aller frapper aux portes des familles les plus démunies. Les maisons de retraite, les instituts pour personnes handicapées mais aussi les prisons, dans lesquelles est prévue une distribution de lasagnes, ne seront pas oubliés.

Créer une famille de foi et d’amour

«Noël est vraiment le jour où les pauvres sont encore plus seuls. Alors que tout le monde est en famille, ils n’ont n’ont personne», souligne un laïc ayant des responsabilités au Vatican et membre de la communauté. Pour ce volontaire investi depuis maintenant 16 ans dans l’association, l’idée de ce Noël avec Sant’Egidio est bel et bien de «créer une famille pour ceux qui sont sans famille, une famille non de sang mais de foi et d’amour». Cette mission de proximité avec le plus faible à laquelle le pape François invite chacun doit selon lui faire partie de la vie de tout chrétien.

«Le sens de la vie chrétienne se comprend dans l’urgence, dans la souffrance» poursuit ce cadre qui n’hésite à faire de ses missions ponctuelles auprès des plus démunis une priorité. En raison de son investissement durant l’année, il vit ce 25 décembre comme une fête partagée avec des amis qu’il ne pourrait pas laisser seuls en ce jour si particulier.

Certaines années, son engagement l’a aussi poussé dans les lieux les plus retranchés de la capitale, sous des bretelles d’autoroute ou des ponts. Il se souvient ainsi de ce 24 décembre plongé dans l’obscurité humide d’une nuit sans étoiles avec quelques familles Roms. «Nous avons simplement partagé un moment de joie». Ces années d’engagement l’ont aussi conduit à nouer des liens très forts avec des personnes âgées comme cette grand-mère dont la mort l’a grandement affecté.

Un réveillon au Palazzo Migliori

Malgré la pandémie, plusieurs lieux d’accueil tenus par Sant’Egidio comme le Palazzo Migliori, don du pape François, offriront toutefois un réveillon à leurs hôtes. Dans ce palais du XVIIIe siècle décoré de fresques égyptiennes, quelque 30 personnes soupent et dorment chaque soir. Il y aura un grand repas pour le 25 décembre, se réjouit Rosanna qui passera son premier Noël dans ce lieu à deux pas de la place Saint-Pierre.

Comme chacun de ses colocataires, elle recevra un cadeau de la communauté. Assise sous les fenêtres de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée durant la journée, elle attend avec impatience de pouvoir chaque soir retrouver la chaleur d’un foyer.

En raison de la crise, le palais ne pourra cependant pas ouvrir sa porte comme c’était le cas l’année dernière, à des personnes qui n’ont pas le statut d’hôtes dans ce foyer. De même, les distributions de haricots normalement prévues place Saint-Pierre aux alentours de Noël sont suspendues en raison des longues files d’attente qu’elles pourraient créer.

En cette année si particulière, la communauté a lancé une immense campagne de dons qui se tient jusqu’au 28 décembre. Lors d’une conférence de presse le 10 décembre dernier, son directeur Marco Impagliazzo avait alerté sur l’accroissement de la pauvreté en Italie, soulignant que le nombre de paquets distribués avait été multiplié par 2,5 depuis l’éclatement de la crise sanitaire. Le laïc avait aussi effectué un appel aux autorités de la ville de Rome pour accroître le nombre de lieux disponibles en cette période de Noël. «Rome aurait les ressources pour aider tous ceux qui sont dans la rue», déclare Carlo Santoro.

Regarder les pauvres avec d’autres yeux

Au-delà de cette récolte de fonds et cette demande de structures, le volontaire souligne que le but de l’appel de la communauté est d’abord de mobiliser les consciences et d’ouvrir les cœurs sur la pauvreté. Noël est l’occasion de regarder les pauvres avec d’autres yeux, au-delà de ce qu’en présentent les journaux, et de créer une relation d’amitié avec les plus démunis. Au fond, «entre celui qui aide et celui qui est aidé, il n’y a pas de différence et nous sommes là pour partager cette fête», souligne-t-il. (cath.ch/imedia/cd/mp)

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