Lucerne: Rencontre avec Anne-Marie Holenstein, directrice de l’Action de Carême

APIC- Interview

«Partager pour un monde solidaire»

Josef Bossart, agence APIC

Lucerne, 19 novembre 1998 (APIC) Fondée il a plus de 35 ans, l’Action de Carême (AdC) est un poids lourds parmi les œuvres suisses d’entraide. Après plusieurs années de réflexion et de discussions, l’AdC a élaboré de nouvelles lignes directrices intitulées «Partager pour un monde solidaire». Leur élaboration a suscité de longs débats sur la notion de mission aujourd’hui, sur les rapports entre travail de développement et action pastorale. Anne-Marie Holenstein, directrice de l’Action de carême depuis trois ans, répond à l’APIC.

APIC: Si vous deviez choisir aujourd’hui, est-ce vous nommeriez encore votre organisation Action de Carême ?

Anne-Marie Holenstein: Non. Nous constatons que nombre de personnes ne comprennent plus ce nom et ont de la peine à lui donner un sens. Pourtant je ne serais pas prête à en changer du jour au lendemain. Ce nom a une longue histoire et pour toute la génération qui était jeune au moment de la fondation de l’Action de carême dans les années 60, il a de profondes racines. Pour notre campagne durant la période de carême, ce nom est certainement adapté. Mais l’œuvre d’entraide dans son ensemble doit chercher un nouveau nom significatif.

APIC: Est-ce une conséquence de la perte d’influence de l’Eglise si des notions comme le jeûne et l’offrande ne sont plus comprises ?

A.M.H. : La notion d’offrande est effectivement très difficile à comprendre pour les jeunes générations. Celle du jeûne a par contre été revalorisée, également hors des cercles de l’Eglise. Le jeûne durant le carême a acquis une nouvelle valeur dans le cadre de notre campagne.

APIC: L’Action de Carême s’est dotée de nouvelles lignes directrices. Leur élaboration a duré plusieurs années. Pourquoi si longtemps?

A.M.H.: Parce que nous voulions engager un processus participatif général. Le personnel et toutes les instances ont été impliqués et il y a eu plusieurs phases de consultation. Une nouvelle génération doit toujours redéfinir sa propre compréhension dans le cadre d’une organisation. Il fallait aussi établir une charte qui soit compréhensible à l’extérieur. Cela a conduit à des mises au point qui ont parfois été longues à propos des concepts théologiques et de la peur de voir l’Action de Carême perdre de sa substance en s’adaptant au langage d’aujourd’hui.

APIC: Une perte de substance dans quel sens ?

A.M.H: Un des concepts centraux de l’Action de carême est la mission. L’AdC est née dans les années 60, à partir d’une année missionnaire. Une discussion de cette notion nous conduit à préciser ce qui est au coeur de notre action. Que signifie la mission aujourd’hui ? Nos lignes directrices rappellent que nous travaillons dans le cadre de ce devoir de proclamation de l’Evangile. L’AdC se reconnaît dans la formule «la vie en plénitude» et s’oriente sur une vision large de la tâche missionnaire de l’Eglise. Qu’est-ce que cela signifie dans la pratique ? L’AdC s’associe avec les organisation partenaires enracinées localement et avec les Eglises locales, dans le processus multiple de la libération de la personne dans son environnement économique, social, culturel et religieux.

APIC: L’Action de Carême a le courage de formuler clairement une orientation politique en parlant de la lutte contre les «structures qui créent l’injustice»…

A.M:H. Etonnamment, lors des discussions sur les lignes directrices, ce point n’a de loin pas été parmi les plus controversés. Les controverses ont porté plutôt sur le rapport entre le travail de développement et l’action pastorale. Car il y a avait des craintes que l’AdC néglige l’aspect pastoral et ne soit plus qu’une simple organisation de développement. Un point tout à fait central du débat a été bien sûr l’engagement de l’AdC en Suisse même, qui est lié aux intérêts financiers de l’Eglise catholique en Suisse.

APIC: Dans quelle mesure l’AdC doit-elle continuer à contribuer aux tâches de l’Eglise en Suisse ?

A.M.H. : Surtout à quelles tâches ? Nous avons finalement trouvé une formulation qui dit que l’AdC soutient les structures qui oeuvrent pour l’innovation, l’ouverture au sein de notre Eglise et l’épanouissement d’une spiritualité en constante recherche de renouvellement.

APIC: Aujourd’hui les pauvres sont aussi au milieu de nous. N’y a-t-il pas un certain «égoïsme naturel» qui pousserait l’AdC à s’occuper de la solidarité en Suisse ?

A.M.H. : Il y a toujours quelques donateurs qui disent: ’je ne veux pas donner pour le Sud mais pour les pauvres ici en Suisse’. Nous disons clairement: il y a des œuvres avec des missions différentes et Caritas est responsable pour la lutte contre la pauvreté en Suisse. En même temps, nous rendons attentifs au fait que le partage est quelque chose de global et une attitude fondamentale.

APIC: Le message de l’AdC passe surtout par les paroisses. Mais aujourd’hui les églises ont tendance à se vider. Comment réagissez-vous à cela ?

A.M.H. : La collaboration avec les paroisses reste comme auparavant un pilier très important de notre travail. Nous construisons cependant un second pilier en nous adressant directement aux donateurs par courrier. La mise en place de ces contacts directs est importante pour être en lien avec des personnes que nous ne pouvons pas atteindre par les paroisses.

APIC: Comment évoluent les dons à l’AdC ?

A.M.H. : Dans les années 80, sans mesures particulières, les dons augmentaient chaque année. Cette époque est malheureusement révolue. Dans les années 90, la tendance est à la baisse avec pour 1994 des rentrées très basses. En 1985, avec 26 millions de recettes, on a atteint le plus haut point de toute l’histoire de l’AdC. En 1994, ce n’était plus que 22 millions. Depuis nous avons à nouveau un peu augmenté et aujourd’hui nous oscillons entre 23 et 24 millions. Mais les conditions pour atteindre ce résultat sont nettement plus difficiles. Il faut plus d’efforts et plus d’investissements dans le marketing et les relations publiques. (apic/job/mp)

27 avril 2001 | 00:00
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L’Eglise catholique ukrainienne,

APIC – Interview

«refuge de la nation»

Jacques Berset, Agence APIC

Rencontre avec Mgr Maxim Hermaniuk, archevêque

métropolite de Winnipeg des Ukrainiens (Canada)

Les larmes aux yeux – l’émotion de retrouver sa patrie après plus de 40 ans

d’exil – Mgr Maxim Hermaniuk, métropolite catholique ukrainien de Winnipeg,

au Canada, ne peut cacher ses sentiments à la vue de la foule immense rassemblée en ce dimanche des Rameaux sur la place de l’Opéra de Lviv, capitale de la Galicie. Les fidèles catholiques ukrainiens sont rassemblés par

dizaines de milliers pour accueillir ce jour-là le cardinal Lubachivsky,

chef d’une Eglise qui vient tout juste ici de sortir des catacombes.

Avisant le déploiement des drapeaux bleu et jaune – les couleurs nationales ukrainiennes -, les traditionnels tridents qui les surmontent et les

uniformes de l’ancienne armée ukrainienne portés par la garde d’honneur,

Mgr Hermaniuk nous fait remarquer combien l’Eglise gréco-catholique dans

cette région d’Ukraine a été le refuge de la nation.

APIC:Quel rôle a joué l’Eglise gréco-catholique ukrainienne pour la

sauvegarde de l’identité nationale ukrainienne ?

MgrHermaniuk:Du point de vue historique, surtout en Galicie – un territoire qui est en fait le centre du catholicisme ukrainien – être catholique

de rite oriental voulait justement dire, à l’époque de la domination polonaise, ne pas être Polonais. Ainsi, (jusqu’à la deuxième guerre mondiale,

date à laquelle la Galicie a été intégrée à l’URSS), la Pologne avait une

politique de «latinisation» et de «polonisation» des Ukrainiens. Aussi la

vie culturelle ukrainienne s’est-elle détériorée quand la Galicie – qui appartenait avant la première guerre mondiale à l’empire austro-hongrois – et

une partie de la Volhynie sont devenues polonaises.

Si un Ukrainien adoptait le rite latin, il était automatiquement considéré comme Polonais. Si un intellectuel ukrainien, un professeur par exemple, voulait une place en vue à l’Université ou dans une profession libérale, on lui faisait comprendre qu’il serait bien d’être de rite latin. On

lui demandait le certificat de baptême de l’Eglise latine et on le réenregistrait dans cette Eglise; il devenait Polonais. C’est tout à fait faux

d’un point de vue théologique ou même de justice, mais c’était un fait.

Tentative de «polonisation» des Ukrainiens

Pour rester Ukrainien, il fallait être gréco-catholique, c’était un refuge pour préserver la nationalité. C’est pour cela que l’Eglise catholique

ukrainienne a protégé le sentiment national et la culture ukrainienne. Nos

intellectuels et nos politiciens savaient bien que quand on était grécocatholique, on était ukrainien. En Ukraine orientale par exemple, l’orthodoxie n’a pas pu jouer tout à fait le même rôle, car les rites orthodoxes

ukrainien et russe sont les mêmes. Ainsi, la population de cette région, du

point de vue national, est très assimilée au peuple russe.

C’est d’ailleurs pourquoi l’Eglise orthodoxe ukrainienne autocéphale qui joue fortement sur le sentiment national ukrainien – se développe principalement en Ukraine occidentale, face aux gréco-catholiques et aux orthodoxes ukrainiens dépendant de Moscou. Elle affirme qu’elle est la seule

vraiment ukrainienne, puisqu’elle se déclare dépendante ni de Moscou ni de

Rome. En Ukraine orientale, la population est habituée à l’Eglise orthodoxe

russe et les autocéphales n’ont pas tellement de succès dans cette région.

Relations «correctes» avec les catholiques latins

APIC:Si les rapports entre l’Eglise catholique ukrainienne et les

orthodoxes sont plutôt tendus, quand ce n’est pas franchement empreints

d’hostilité, quels sont-ils avec la minorité catholique de rite latin ?

MgrHermaniuk:Les relations avec la communauté latine – ce sont pour

l’essentiel des gens d’origine polonaise – sont correctes, parce que c’est

la même foi catholique, seul le rite est différent. Mais il y a quand même

des sentiments mitigés, car en Pologne, pour près d’un demi-million de catholiques ukrainiens, nous n’avons qu’un évêque, Mgr Ivan Martyniak, évêque

de Przemysl (Peremysl en ukrainien). Et encore était-il seulement, jusqu’à

récemment, auxiliaire du cardinal Glemp, primat de Pologne, qui était donc

l’ordinaire des fidèles de rite gréco-catholique.

En Ukraine, pour une population latine bien inférieure en nombre, les

Polonais ont un archevêque et ses deux auxiliaires à Lviv, un évêque à Kamieniec et un autre à Zytomir. Les relations sont donc correctes, mais les

fidèles ukrainiens ont un certain sentiment d’injustice face à ce manque de

proportionnalité et de réciprocité.

Les relations avec l’Eglise orthodoxe ukrainienne dépendant du patriarcat de Moscou sont très tendues, étant donné que cette Eglise représente

pratiquement l’Eglise orthodoxe russe qui n’a jamais été acceptée par notre

peuple, mais imposée par le gouvernement de Moscou. Nos fidèles en général

estiment que c’est une Eglise étrangère, russe… et pour les Ukrainiens,

tout ce qui est russe – pour des raisons politiques – est anti-national.

C’est un peu pareil avec les Polonais, bien qu’avec eux, la foi soit la même. Quant aux autocéphales, c’est la même nationalité, le même rite byzantin, mais la foi est différente. On a des villages, des communautés, même

des familles qui sont divisées à propos de la religion, il y a même des

disputes et des violences pour le contrôle des églises, et c’est très pénible !

La vérité sur l’»uniatisme» et l’Union de Brest-Litovsk

APIC:A voir cette situation conflictuelle, ne devrait-on pas donner

raison à certains oecuménistes qui affirment que l’existence d’Eglises de

rite oriental unies à Rome (Eglises dites uniates) est un obstacle à l’oecuménisme ?

MgrHermaniuk:Je réponds à ces oecuménistes que ce n’est ni vrai ni juste. Tout d’abord je n’aime pas le mot «uniatisme», qui n’est pas correct :

on devrait parler de «l’Union», de l’unité des Eglises orientales avec

l’Eglise catholique de rite latin. Ces «Unions» qui existent depuis des

siècles, comme c’est la cas pour notre Eglise, sont justifiées par l’histoire de ces pays-là du point de vue religieux, culturel et national.

Cela peut être également justifié du point de vue dogmatique par le fait

même que pour la doctrine catholique et orthodoxe tout chrétien a le droit

et le devoir de suivre sa conscience. Au nom de quoi a-t-on le droit d’empêcher quelqu’un d’être catholique s’il pense en conscience que cette Eglise est dans la vérité ?

APIC:Vous allez célébrer solennellement dans cinq ans le 400e anniversaire de l’Union de Brest-Litovsk (1596), acte par lequel une partie des chrétiens d’Ukraine – essentiellement en Ukraine occidentale – rejoignirent

l’Eglise catholique tout en gardant leurs traditions et leur liturgie byzantine. Cela ne sera-t-il pas reçu comme une provocation de la part des

orthodoxes, qui considèrent que les gréco-catholiques ont été forcés de

quitter le giron de leur Eglise sous la pression notamment de la Pologne ?

MgrHermaniuk:Certains croient que cela va alourdir le climat oecuménique, mais nous ne le pensons pas. Nous avons d’ailleurs traité ce problème

lors du Synode des évêques catholiques ukrainiens en février dernier à Rome. Nous aurons deux symposiums : l’un en Ukraine, destiné en premier lieu

à nos fidèles ici, aux intellectuels du pays; l’autre, un symposium international, à Rome. Le but principal sera de prouver scientifiquement les

raisons qui donnent son attrait à l’union. Ainsi, l’unité de l’Eglise du

Christ, qui doit être une, mais sa foi peut être exprimée dans les différents rites : latin, byzantin, copte, melkite, maronite, malabar, malankar,

arménien, chaldéen, etc.

Nous allons certainement inviter des orthodoxes à participer à cette

commémoration de l’Union, notamment des professeurs qui pourraient présenter leur point de vue lors du colloque scientifique. Cela pour donner à

tous les gens de bonne volonté la possibilité de distinguer entre les accusations polémiques et la vérité historique. (apic/be)

Encadré

Quelques repères historiques

Pour mieux comprendre la complexité de la réalité ukrainienne, il faut

d’abord rappeler que c’est bien de Kiev, capitale de ce que l’on appelle la

«Rus’ de Kiev», que le christianisme importé de Byzance en 988 s’est propagé chez les futurs russes, ukrainiens et biélorusses. Jusqu’au 13e siècle,

l’Eglise de Kiev, très florissante, a maintenu des liens étroits avec

l’Orient orthodoxe et l’Occident catholique, malgré la rupture entre Rome

et Constantinople en 1054.

Après quelque deux siècles d’occupation mongole, les chrétiens d’Ukraine

ont suivi deux destinées différentes : ceux de l’Ukraine orientale, de Kiev

à Kharkov, furent rattachés au patriarcat orthodoxe de Moscou et ceux

d’Ukraine occidentale (autour de Lviv), sous occupation polonaise et autrichienne, se rattachèrent pour la majorité à Rome, tout en gardant leurs

traditions liturgiques et spirituelles byzantines, ainsi que leurs moeurs

et discipline (par exemple la possibilité des prêtres mariés). Le pape Jean

Paul II a encore récemment souligné que «le Concile Vatican II donne des

indications claires pour que les Eglises orientales puissent conserver

cette tradition qui vient des Apôtres et qui constitue une partie de

l’héritage indivisible de toute l’Eglise». «C’est en effet le dessein de

l’Eglise catholique de sauvegarder dans leur intégrité les traditions de

chaque Eglise particulière ou rite».

Les uniates d’Ukraine affirment n’avoir pas suivi le schisme de Byzance,

étant donné qu’ils ont maintenu des liens avec Rome après 1054, et affirment que le «pseudo-synode de Lvov» de 1946 qui les a intégrés de force au

patriarcat de Moscou est l’oeuvre de Staline et du NKVD.

De leur côté, de nombreux orthodoxes affirment que l’Union de Brest est

«contre-nature», qu’elle a été imposée par la force à des croyants à l’époque orthodoxes et que l’Eglise uniate a été créé artificiellement «par le

fer et le feu». «L’Orient n’a jamais accepté les uniates», affirmait encore

il y a trois ans le métropolite Philarète de Minsk. Le métropolite Philarète de Kiev affirmait à la veille de la reconnaissance légale de l’Eglise

gréco-catholique en 1989 que «l’Eglise uniate n’existe plus en Ukraine depuis quarante ans». On sait ce qu’il en est aujourd’hui : les orthodoxes

ukrainiens dépendant du patriarcat de Moscou ne sont plus qu’une minorité

en Galicie, face aux gréco-catholiques (uniates) et aux orthodoxes ukrainiens autocéphales. (apic/be)

Encadré

Biographie

Agé de 80 ans, Mgr Maxim Hermaniuk est né à Nove Selo, en Ukraine, en 1911.

Il fait ses études au collège des rédemptoristes belges près de Lviv. Ces

derniers étaient venus comme missionnaires en Ukraine à l’invitation du célèbre métropolite de Lviv, Mgr Andrej Szeptyckyj. Comme les rédemptoristes

belges n’ont pas de maison d’études supérieures en Ukraine, Maxim Hermaniuk

se rend à Louvain pour étudier la philosophie, puis à Beauplateau, dans les

Ardennes, pour étudier la théologie. En 1938, il retourne à Lviv, en

Ukraine occidentale alors sous occupation polonaise, pour son ordination

sacerdotale, avant de poursuivre ses études pour l’obtention du doctorat en

théologie.

Accepté par les Dominicains à l’Angelicum à Rome, il ne peut s’y rendre,

les autorités polonaises refusant de lui délivrer un visa. «En ce temps-là,

les Polonais ne voulaient pas que l’Eglise ukrainienne dispose d’un clergé

avec une formation académique!». Au bénéfice de son visa belge, il peut y

retourner et y obtenir son doctorat avant de devenir maître agrégé de

l’Université catholique de Louvain. Ses supérieurs l’envoient en 1948 au

Canada comme supérieur des rédemptoristes Ukrainiens au Canada et aux

Etats-Unis. Pas question en effet de retourner en Ukraine à l’époque, puisqu’on était en pleine persécution stalinienne et que l’Eglise catholique

ukrainienne venait d’être liquidée. Mgr Hermaniuk a été consacré évêque en

1951. (apic/be)

Les photos de ce reportage peuvent être obtenues à CIRIC, tél. 021/25 28 29

16 mai 1991 | 00:00
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Interview de Cornelio Sommaruga, président du CICR (270789)

APIC-Interview

La parabole du Bon Samaritain

Genève, 27juillet(APIC/Sandra Lo Curto) Qui le connaît seulement par les

coupures de journaux, se souvient de lui comme étant le récent secrétaire

d’Etat aux Affaires étrangères et c’est pourquoi on l’imagine stressé et

d’un accès très difficile. Pourtant Cornelio Sommaruga, président du Comité

International de la Croix Rouge (CICR) surprend déjà à la première poignée

de main par sa chaleur humaine.

Cornelio Sommaruga a deux façons de parler, premièrement, il a

l’habitude des médias, c’est pourquoi ses réponses sont claires et concises; deuxièmement, il aime les langues et il aime s’en servir. Mais qu’estce que l’actuel président du CICR veut bien dire sur sa vie privée et ses

idées en tant que «catholique pratiquant» ?

Cornelio Sommaruga n’esquive pas les questions personnelles : «Oui, j’ai

la vision d’un monde meilleur. Sinon je ne serais pas où je suis et je ne

serais pas non plus catholique! Mais la question qui reste à se poser est :

comment peut-on réaliser rapidement cette vision…» Cornelio Sommaruga,

qui est âgé de 57 ans et père de six enfants, se présente comme un optimiste et rayonne d’une grande joie de vivre. Pourtant, au sujet de la réalisation d’un «monde meilleur», il n’est pas optimiste au point de croire que

le développement soit une chose rapide…

Qu’est ce que l’amour du prochain pour un chrétien ?

Dès que l’on parle de «développement» – et la conversation continue automatiquement sur les pays pauvres du monde qui souffrent de conflits – la

voix de Cornelio Sommaruga vibre d’un mélange de préoccupation profonde et

de vrai engagement. «Il y a dans l’Evangile selon Saint Luc la merveilleuse

parabole du Bon samaritain», relève Cornelio Sommaruga. Il n’est pas le

premier président du CICR qui se serve de cette parabole; mais cette «aide

spontanée envers un homme qui a besoin d’aide, sans regarder qui est celui

qui souffre, sans condamner son agresseur et sans se demander si on s’expose soi-même au danger en aidant» – cette manière d’aider spontanément est

pour lui l’incarnation même de l’engagement chrétien pour le prochain.

Cornelio Sommaruga a récemment parlé du Bon Samaritain à Lugano, pendant

un office du soir. C’est essentiel pour lui : sortir de son bureau de Genève et parler avec les gens. Il n’est pas rare non plus que Cornelio Sommaruga assiste à un service religieux lors d’un voyage dans une zone d’engagement du CICR. Il se réjouit de voir comme le peuple participe là-bas.

Les encycliques du pape viennent trop vite…

Ayant vécu dans deux cultures – au Sud des Alpes, ce qui a fortement

marqué son enfance et sa jeunesse, et ensuite au Nord des Alpes, culture à

laquelle il s’est «accoutumé» -, il est compréhensible que le regard de

Cornelio Sommaruga se tourne souvent vers Rome. Il y était d’ailleurs alors

que l’Eglise catholique risquait le grand bond de Vatican II : «J’ai vécu

là-bas pratiquement tout avec les Pères suisses du Concile et j’ai eu la

chance de pouvoir participer à deux séances privées du Concile».

Il n’a pourtant pas tout compris, admet-il, parce que son latin était

déjà quelque peu «effacé»; mais c’était malgré tout une «expérience formidable». Qui aurait pensé que le président du CICR avait lu des encycliques

du pape ? Pour lui, «Populorum progressio» était la plus intéressante. Il

lit toujours les message du pape avec grand intérêt; pour les encycliques

qui sont plus vastes il a manqué de temps ces dernières années, déplore-til.

Pour une religion «du dedans»

Mais Cornelio Sommaruga peut aussi juger d’une façon critique chaque

chose qui le touche. Il repense au Concile Vatican II : «Lors de la mise en

oeuvre des diverses décisions et recommandations, j’ai été déçu. Comme il

était difficile de prendre en considération les diverses situations locales

des Eglises. Il y avait beaucoup, peut-être beaucoup trop de différences…

Et j’aurais désiré qu’on aille plus loin dans le domaine de l’oecuménisme».

Au sujet d’Ecône, Cornelio Sommaruga ne manque pas de mots critiques. On

a jeté des ponts envers Mgr Lefebvre et les intégristes pour empêcher le

schisme, mais ils n’en ont pas tenu compte. Cornelio Sommaruga ajoute : «Je

suis partisan d’une certaine discipline dans l’Eglise!» Mais, selon lui il

n’est pas déterminant pour un chrétien d’aller chaque dimanche à la messe,

mais que l’Eglise reste une communauté et vive par ces communautés. «La religion ne doit pas vécue vers l’extérieur de la personne, mais ressentie du

dedans», souligne Cornelio Sommaruga.

A-t-il voulu une grande famille (huit personnes) parce qu’il avait la

foi ? Cornelio Sommaruga s’en explique : «Ma femme vient de Lombardie, et

nous avons grandi tous les deux dans une grande famille, nous désirions la

même chose pour nous. Nous sommes très heureux d’avoir eu la grâce d’avoir

six enfants… Et nous espérons que nos enfants auront également une grande

famille». (apic/slc/bd)

Encadré

Qui est Cornelio Sommaruga ?

(APIC) Cornelio Sommaruga est né en 1932 à Rome. Ses parents étaient originaires de Lugano au Tessin, c’est pourquoi il venait souvent en Suisse. Il

est marié et père de 6 enfants. Il a accompli ses études universitaires à

Zurich, Paris et Rome.

Docteur en droit de l’Université de Zurich, il entame son activité

professionnelle dans les milieux bancaires de cete ville en 1957. C’est en

1960 qu’il entre au service de la Confédération auprès du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE). Il occupe jusqu’en 1973, des postes

diplomatiques à La Haye, Bonn, Cologne, Rome et Genève. Il devient chef adjoint de la Délégation suisse près la CNUCED, la CEE/ONU, le GATT, et

l’AELE.

Sous-secrétaire général de l’AELE, à Genève de 1973 à 1975, Cornelio

Sommaruga devient, en 1976, membre de la Direction de l’Office fédéral des

Affaires économiques extérieures à Berne, où il est d’abord nommé Ministre

plénipotentiaire puis Ambassadeur (1977), et, dès 1980, Délégué aux accords

commerciaux. De 1984 à 1986, il est Secrétaire d’Etat pour les affaires

économiques extérieures.

Cornelio Sommaruga, qui est docteur honoris causa rer. pol. de l’Université de Fribourg, est depuis novembre 1986 membre du Comité International

de la Croix-Rouge (CICR) et, a été nommé président de l’institution le 7

mai 1987. (apic/bd)

27 juillet 1989 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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