Medjugorje: Document publié par l’épiscopat français
APIC- Dossier
«Y a-t-il une position autorisée et officielle de l’Eglise?»
Paris, 17 janvier 2000 (APIC) «Y a-t-il une position autorisée et officielle de l’Eglise concernant les faits qui motivent les pèlerinages à Medjugorje?». La question, posée à la dernière Assemblée des évêques de France, a fait l’objet d’une réponse écrite de Mgr Henri Brincard, évêque du Puy-en-Velay, chargé d’accompagner l’Association des oeuvres mariales.
Sa réponse, très circonstanciée, vient d’être publiée par le Secrétariat de l’épiscopat français. Mgr Brincard, qui ne cache pas «les fruits douteux ou même mauvais» des faits de Medjugorje, s’en remet à l’avis – négatif – de l’évêque de Mostar. Et si les pèlerinages privés sont autorisés, il en relève l’ambiguïté et préfère, pour sa part, favoriser dans son diocèse «un vrai renouveau de la piété mariale».
La première partie du document rappelle que, selon les normes de l’Eglise en vigueur relatives au discernement des révélations privées, qui datent de 1978, les autorités ecclésiales compétentes sont l’ordinaire du lieu, la Conférence épiscopale locale et la Congrégation pour la doctrine de la foi à Rome. C’est à l’ordinaire du lieu qu’il «appartient au premier chef d’enquêter et d’intervenir» – d’où l’enquête diligentée, de 1982 à 1986, par Mgr Pavao Zanic, évêque de Mostar.
La Conférence épiscopale peut être amenée à intervenir si l’ordinaire du lieu recourt à elle ou si le fait concerne aussi la région ou la nation, «moyennant le consentement préalable de l’ordinaire du lieu». Ce ne fut pas le cas: c’est «sur proposition de la Congrégation pour la doctrine de la foi», indique Mgr Brincard, que Mgr Zanic a accepté que l’étude du dossier soit confiée à la Conférence épiscopale yougoslave, le retentissement de «l’événement» dépassant largement les limites de son diocèse.
Le vote négatif de la commission
Quant à la Congrégation pour la doctrine de la foi, seul dicastère du Saint-Siège habilité à intervenir au nom du pape (qui s’’en abstient dans ce genre d’affaire), son intervention peut être requise soit par l’ordinaire, soit par un groupe qualifié de fidèles. Une fois encore, Mgr Zanic n’a pas sollicité l’intervention du dicastère, qui a par ailleurs «apprécié le travail accompli par la commission diocésaine sous la responsabilité de Mgr Zanic». Le 2 juin 1982, Mgr Zanic a soumis un premier rapport à la Congrégation et, le 26 avril 1986, il a remis à son préfet, le cardinal Ratzinger, un projet de jugement négatif. Le cardinal, explique Mgr Brincard, «demande alors de surseoir à la publication d’un jugement définitif».
Le 2 mai 1986, la commission d’enquête vote, à bulletin secret, à 11 voix contre 4, contre la reconnaissance du caractère surnaturel des faits. En même temps, ayant conclu ses travaux, elle accepte sa dissolution, l’affaire étant désormais remise à Rome. Le 15 mai 1986, Mgr Zanic transmet à la Congrégation l’appréciation négative de la commission.
Il n’est donc pas exact d’affirmer que Mgr Zanic a été dessaisi dudossier, souligne Mgr Brincard. Par ailleurs, si le fait «affecte une large portion de l’Eglise», la Congrégation n’est pas intervenue de son propre chef. C’est Mgr Franic, archevêque de Split, qui, le 17 avril 1985, lors de l’assemblée plénière de l’épiscopat yougoslave, prie l’évêque de Mostar de «vérifier les faits de Medjugorje, en acceptant aussi l’aide du Saint-Siège et des personnes compétentes à l’étranger pour agir conformément à la maxime ’cum Petro’ et ’sub Petro’». La Congrégation charge alors la Conférence épiscopale de Yougoslavie de reprendre le dossier, avec l’aide d’une nouvelle commission. Les travaux de cette commission aboutiront à la «Déclaration de Zadar», du 10 avril 1991.
Les jugements des autorités ecclésiales compétentes
Jusqu’à ce jour, seuls les évêques de Mostar – Mgr Zanic, puis Mgr Peric -, ainsi que la Conférence épiscopale yougoslave (dissoute de facto par la partition du pays après la guerre) ont exprimé un jugement sur les «faits» de Medjugorje. En revanche, jamais la Congréégation pour la doctrine de la foi n’a émis de jugement officiel. Elle a seulement donné des indications d’ordre pastoral.
Les évêques de Mostar ont rendu des jugements «personnels», qui sont négatifs. Ils sont intervenus au terme d’enquêtes officielles longues et laborieuses, dont plusieurs éléments ne sont pas connus de Mgr Brincard. Mais l’évêque français remarque que jamais la Congrégation pour la doctrine de la foi n’a formulé la moindre réserve à l’encontre de ces jugements quand ils ont été publiés. Compte tenu de l’autorité que cette congrégation reconnaît «au premier chef» à l’ordinaire du lieu en matière de discernement et d’intervention, «il ne serait pas sage, dit-il, de prendre à la légère ce qu’ont dit les évêques successifs du diocèse de Mostar-Duvno».
Le jugement de la Conférence épiscopale yougoslave, dans la déclaration dite «de Zadar», datée du 10 avril 1991, était un jugement provisoire réservé, formulé ainsi: «Sur la base des investigations menées jusqu’ici, il n’a pas été possible d’étalir qu’il s’agisse d’apparitions ou de révélations surnaturelles». Mgr Brincard constate: «La disparition de la Conférence épiscopale yougoslave n’a pas permis à celle-ci de poursuivre ses investigations. Mais le fait qu’en 1991, dix ans après le début des événements, aucun élément décisif en faveur d’une possible origine surnaturelle des apparitions n’ait pu être mis en évidence, souligne non seulement la complexité du dossier, mais amène aussi à supposer qu’il y avait encore à l’époque des questions importantes laissées sans réponse».
Depuis février 1999, la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine a reçu de la Congrégation pour la doctrine de la foi la tâche de se prononcer définitivement, après une nouvelle et dernière enquête. A l’heure actuelle, cette conférence ne s’est pas prononcée.
La question des pèlerinages
Mgr Brincard le rappelle: Rome renvoie toujours in fine à l’autorité et à la compétence de l’ordinaire du lieu. Ce fut le cas pour les faits de Beauraing et de Banneux : les évêques de Namur et de Liège, dépossédés un moment du pouvoir de se prononcer, au profit du cardinal Van Roey, à qui était confié l’ensemble du dossier sur les «apparitions belges» de 1932-1934, ont finalement obtenu la faculté de porter un jugement positif sur les faits survenus dans leur diocèse, malgré l’opinion demeurée très négative du primat de Belgique et de la commission que celui-ci avait instituée.
Dans le cas de Medjugorje, la Congrégation pour la doctrine de la foi n’est intervenue que sur le plan pastoral. Les actes officiels sont très rares. Mgr Brincard en signale trois. Le 23 mai 1985, Mgr Bovone, secrétaire du dicastère, demande aux évêques italiens de «décourager publiquement l’organisation de pèlerinages au susdit centre d’apparitions, ainsi que tout autre forme de publicité, spécialement éditoriale». En 1996, dans deux interventions successives, Mgr Bertone, son successeur, rappelle à deux évêques français que le culte n’est pas autorisé. Le 26 mai 1998, Mgr Bertone renvoie un autre évêque français à la déclaration de Zadar, en précisant que «ce n’est pas l’usage du Saint-Siège d’assumer, en première instance, une position propre vis-à-vis de supposés phénomènes surnaturels». Il ajoute, concernant «les pèlerinages à Medjugorje qui se déroulent de manière privée», qu’ils sont «permis à condition qu’ils ne soient pas considérés comme une authentification d’événements en cours qui demandent encore un examen par l’Eglise».
Mgr Brincard reconnaît qu’il n’est pas aisé d’appliquer fidèlement cette recommandation. «Comment, en effet, demande-t-il, organiser un pèlerinage privé sans qu’il soit motivé par la conviction que les faits de Medjugorje sont d’origine surnaturelle? Dès lors que cette conviction est à l’origine du pèlerinage, ce dernier ne devient-il pas de facto «une authentification d’événements en cours et qui demandent encore un examen par l’Eglise» ? C’est bien cette difficulté qu’entrevoyaient le cardinal Kuharic et Mgr Zanic dans leur déclaration commune du 9 janvier 1987.
Le critère des fruits
A ce propos, Mgr Brincard fait une remarque liminaire. Il ressort du document publié en 1978 par la Congrégation pour la doctrine de la foi qu’il faut «en premier lieu» juger du fait selon les critères positifs et négatifs et «ensuite, si cet examen s’est révélé favorable, permettre certaines manifestations publiques de culte et de dévotion, tout en poursuivant sur les faits une investigation d’une extrême prudence (ce qui équivaut à la formule : pour l’instant, rien ne s’y oppose)». L’examen des faits doit, par conséquent, précéder celui des fruits, commente Mgr Brincard. Lorsque cet ordre n’est pas respecté, des erreurs d’appréciation peuvent se produire.
Si on examine les faits de Medjugorje à la lumière des fruits, que constate-t-on ? «Il est tout d’abord indéniable, écrit l’évêque du Puy, qu’il se produit à Medjugorje des retours à Dieu et des guérisons «spirituelles». Il n’est pas moins évident que la vie sacramentelle y est régulière et la prière fervente. On ne saurait nier ces bons fruits «in situ». Il faut même beaucoup s’en réjouir. Mais peut-on dire qu’ils continuent dans nos paroisses ? Question difficile, car il faut malheureusement constater que la susceptibilité, voire l’agressivité, de certains partisans de Medjugorje à l’égard de ceux qui ne partagent pas leur enthousiasme est telle qu’elle suscite, ici et là, de sérieuses tensions portant atteinte à l’unité du peuple de Dieu.
Enfin, il est opportun de se demander, écrit Mgr Brincard, si les faits de Medjugorje ont produit de bons fruits chez les visionnaires qui, au moins pendant la durée des «apparitions», doivent être par leur vie les premiers témoins de la grâce dont ils disent bénéficier. Il en résulte qu’il convient de se poser les questions suivantes: «Ont-ils obéi à l’évêque de Mostar ? L’ont-ils respecté ?» Pour l’évêque français, «de telles questions et d’autres encore font habituellement partie d’une enquête sérieuse sur un fait d’apparitions. Pour que l’enquête aboutisse à une conclusion solide, il est nécessaire que ces interrogations fondamentales reçoivent une réponse claire et objective».
Plus sévère: «On voudrait passer sous silence les fruits douteux ou même mauvais. Mais la vérité oblige à dire qu’ils existent. Citons, à titre d’exemples la mise en cause, allant jusqu’à la diffamation, de l’ordinaire du lieu ainsi que la désobéissance à l’égard de son autorité légitime; l’exaspération de la «question» d’Herzégovine à la suite de paroles attribuées à «la Gospa», paroles en faveur des franciscains et contre l’évêque».
Un vrai renouveau de la piété mariale
En conclusion, Mgr Brincard se livre à la réflexion suivante: «Je n’ai aucune autorité pour prononcer le moindre jugement ecclésial sur les faits de Medjugorje. Je suis donc le premier à devoir donner l’exemple de l’obéissance, notamment en respectant les décisions pastorales de mon confrère de Mostar et en obtempérant avec joie à ses souhaits. Je ne vois pas comment je puis me rendre à Medjugorje sans cautionner, par ma seule venue, des faits dont le discernement et l’appréciation relèvent désormais de la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine. Une telle caution irait alors à l’encontre d’un enseignement traditionnel de l’Eglise, rappelé dans «Lumen Gentium» et applicable à tous les successeurs des apôtres. (apic/cip/pr)
L’Eglise au Cambodge
APIC – Dossier
L’espoir renaît pour l’Eglise cambodgienne (190990)
Interview de Mgr Yves Ramousse, ancien vicaire apostolique de Phnom-Penh
Lembang, 19septembre(APIC) Mgr Yves Ramousse, ancien vicaire apostolique
de Phnom Penh, est plein d’espoir pour l’Eglise du Cambodge, une Eglise qui
renaît de ses cendres après les terribles épreuves de ces dernières années.
Prêtre des Missions Etrangères de Paris (MEP) et aujourd’hui responsable du
Bureau pour la promotion de l’apostolat parmi les Cambodgiens, Mgr Ramousse
l’a dit dans une interview accordée à l’agence de presse catholique UcaNews
à l’occasion de l’Assemblée plénière de la Fédération des Conférences épiscopales d’Asie (FABC) en Indonésie. Notons que l’année dernière, Mgr Yves
Ramousse, âgé de 62 ans, a visité le Cambodge pour la première fois après
une absence de quatorze années.
UcaNews: – Le problème cambodgien est à nouveau d’actualité depuis que
les Nations-Unies ont changé de position à l’égard des forces de la résistance. Quelle est la situation de l’Eglise du Cambodge aujourd’hui ?
Mgr R.: Il est impossible de parler de l’Eglise au Cambodge aujourd’hui
sans mentionner la triple tragédie endurée par le peuple khmer au cours des
20 dernières années, à savoir: la guerre, le génocide et l’occupation
étrangère.
A la fin des quatre années terribles du génocide perpétré par les Khmers
Rouges, l’Eglise avait presque disparu. Les chrétiens survivants étaient
éparpillés. Tous les prêtres et les évêques khmers, les religieuses et religieux ainsi que la majorité des catéchistes avaient été décimés. Les
églises avaient été détruites; les écoles, les couvents, les séminaires et
les évêchés avaient été mis à sac et ensuite confisqués. C’était à fendre
l’âme.
Nous avons dû surmonter le spectacle déchirant d’une Eglise en ruine et
nous ouvrir nous-mêmes à l’espérance d’une Eglise pascale, vivant comme un
disciple dans le mystère de la Mort et la Resurrection de son Maître.
UcaNews: Cela, c’était en en 1979. Comment la situation a-t-elle évolué
depuis lors ?
Mgr R.: La situation a grandement changé. Je suis retourné au Cambodge à
titre individuel l’année passée, 14 ans après mon expulsion par Pol Pot. Ce
fut un pèlerinage émouvant. Ce n’est que récemment que les chrétiens ont
récupéré la liberté de culte qui avait été accordée aux bouddhistes et aux
musulmans il y a déjà plusieurs années.
En avril dernier, les autorités accordaient officiellement aux chrétiens
de Phnom Penh la permission de se rassembler pour les célébrations de Pâques. La messe a été célébrée en langue khmère dans une salle de cinéma de
la ville en présence des autorités. Environ 1’500 chrétiens y ont assisté.
Ce fut une extraordinaire célébration de la Résurrection. Deux mois plus
tard, la messe a pu être dite à Battambang, la deuxième plus grande ville
du pays après Phnom Penh. Aujourd’hui les chrétiens espèrent que leurs demandes d’ouvrir des lieux de culte recevront un accueil favorable.
UcaNews: Quels sont les problèmes majeurs que doit affronter l’Eglise en
recouvrant sa liberté ?
Mgr R.: La première question est: A quoi doit ressembler cette Eglise
renaissante ? Il existe une grande tentation de vouloir retourner vers le
passé, de recréer ce qui existait avant les changements, de reconstruire
les cathédrales. Mais ce serait sûrement trahir le présent.
L’Eglise du Cambodge est pauvre, faible et en position de minorité. On
peut en être désolé, mais ne pourrait-on pas aussi considérer cela comme un
avantage et un appel à être plus libre et plus apte à répondre aux défis du
présent ?
L’étendue du désastre cambodgien est difficile à imaginer. En dépit du
courage remarquable du peuple khmer pour reconstruire, le pays tout entier
est appauvri. Le génocide a liquidé un quart de la population. L’infrastructure économique a été détruite. Il faudra du temps et une aide substantielle pour arriver à retrouver le niveau de vie d’avant la guerre.
La guerre a causé et continue de causer d’innombrables victimes – pardessus tout des handicapés – en raison des mines antipersonnelles disséminées partout durant dix ans par des soldats engagés dans une guerre sans
front.
La population est divisée par les antagonismes des factions politiques.
Le pays a connu cinq différents gouvernements et drapeaux en 20 ans. De
plus, l’intervention étrangère menace sérieusement l’identité nationale et
culturelle du peuple khmer.
L’Eglise doit accomplir sa mission dans ce contexte. Elle doit se présenter elle-même comme l’Eglise des pauvres, travailler en solidarité et
joindre ses efforts pour reconstruire la patrie; promouvoir des signes de
réconciliation à travers le dialogue avec d’autres religions. Elle doit
faire un effort décisif pour s’enraciner profondément dans la culture
khmère.
UcaNews: Comment ce programme pour les années à venir peut-il être réalisé ?
Mgr R.: Une réalisation concrète a déjà commencé. En ce qui concerne le
témoignage de solidarité, les oeuvres d’entraide catholiques et les organisations de développement travaillent au Cambodge depuis dix ans. Le Comité
Catholique Contre la Faim et pour le Développement (CCFD) figure parmi les
premières organisations arrivées à Phnom Penh pendant la période de grande
pauvreté en 1979. D’autres organisations ont suivi.
Récemment Caritas International a ouvert un bureau permanent à Phnom
Penh, bureau animé par le père Emile Destombes. Cette solidarité et cette
amitié envers le peuple khmer de la part de l’Eglise catholique va
certainement se développer.
La même attitude de solidarité se manifeste envers les réfugiés cambodgiens. L’Eglise en Thaïlande, soutenue par de nombreuses Eglises soeurs, a
mis sur pied une aide généreuse et des programmes de développement. Cette
orientation sert de point de référence dans le travail d’animation des
communautés chrétiennes. L’expérience du passé montre que l’Eglise vit
d’abord dans les coeurs des croyants; à ce niveau rien ne peut la détruire.
Voilà pourquoi les communautés de croyants tiennent une place fondamentale
dans le processus de renaissance de l’Eglise.
UcaNews: Vous avez mentionné l’engagement de l’Eglise en faveur des réfugiés. Quelle est la situation dans les camps de réfugiés ?
Mgr R.: Il y a encore plus de 300’000 réfugiés cambodgiens dans les
camps frontaliers. Leur avenir dépend de la solution du problème cambodgien. Ils savent qu’aucune posssibilité ne leur est ouverte si ce n’est le
rapatriement. Ils s’y préparent et redoutent ce moment.
Les chrétiens cambodgiens dans les camps n’ignorent pas la situation
difficile qu’ils doivent affronter. Ils devront eux-mêmes bâtir et développer leurs communautés chrétiennes. Actuellement, la plus grande importance
est accordée aux rencontres hebdomadaires des communautés chrétiennes où
les problèmes de la vie chrétienne sont abordés, les solutions discutées et
les décisions prises ensemble. Les comités sont élus par les communautés,
mais les mandats sont de courte durée, de façon à permettre à chacun de
pouvoir assumer des responsabilités.
Les comités d’aide mutuelle travaillent en faveur des plus pauvres sans
considération d’affiliation religieuse. Chaque semaine environ 100 familles
sont visitées, encouragées et secourues. A la demande des comités, les collectes du dimanche sont retournées. L’idée des collectes dans un camp de
réfugiés semble absurde. Les comités justifient leur initiative en se référant au «denier de la veuve» que Jésus place au-dessus de l’offrande du riche.
En outre, les réfugiés dans les camps sont tellement interdépendants
dans leur vie que le geste d’offrir quelque chose devient une affirmation
de la dignité humaine.
Les comités de prière et de liturgie préparent la messe du dimanche à
partir des lectures bibliques. Ils s’efforcent d’avoir une expression plus
conforme à leur culture dans leurs attitudes et leurs gestes. Ils recommandent d’adopter une position assise sur des nattes de paille, avoir les
mains jointes et l’usage de bâtons d’encens. Les chrétiens âgés ne sont pas
habitués à cette façon de faire dans l’Eglise. Ceux qui doivent s’adapter
le plus sont les leaders traditionnels qui avaient l’habitude d’exercer
l’autorité dans les communautés. Ils doivent reconsidérer leurs fonctions
dans le sens de se mettre au service de la communauté et dans un esprit
d’égalité fraternelle.
UcaNews: Etes-vous finalement optimiste pour l’Eglise au Cambodge ?
Mgr R.: Je ne sais pas si le terme est bien choisi. L’optisme c’est
souvent une réaction capricieuse et superficielle. Les efforts fournis pour
résoudre le problème du Cambodge nous font passer sans cesse de l’optimisme
au pessimisme et vice versa. Je préfère parler d’espérance. Le terme est
bien adapté si nous considérons la foi, le courage et la disponibilité des
chrétiens cambodgiens. Je me souviens d’un homme dans la fleur de l’âge
dont les jambes avaient été amputées. Récemment baptisé, il est devenu un
merveilleux catéchiste, plein de joie et d’esprit ecclésiastique.
Je pense au témoignage donné par les chrétiens cambodgiens pendant 300
ans d’histoire de leur Eglise, et en particulier durant la période du génocide. L’histoire de l’Eglise du Cambodge n’a pas encore été publiée. Elle
le sera cette année encore. «La cathédrale de la rizière», tel devrait être
le titre de l’ouvrage.
La conclusion du livre évoquera la figure de Mgr Joseph Salas, premier
évêque khmer de Phnom Penh, ordonné le 14 avril 1975, et envoyé dans un
camp de travail forcé trois jours plus tard. Préoccupé par le sort des
chrétiens, il demandait d’être placé dans des équipes de travail mobiles.
Se rendant d’un lieu de travail à l’autre, il espérait rencontrer les chrétiens et les réconforter. Il mourut de misère et de faim à l’âge de 39 ans
dans les rizières de TaingKauk, la seule cathédrale qu’il aura jamais eue.
Oui, je suis plein d’espérance pour cette Eglise. (apic/ucan/gar)
Rome: La Jeunesse Ouvrière Chrétienne Internationale (JOCI) rayée (060889)
APIC Dossier
de la liste des Organisations Internationales Catholiques (OIC)
Intervention de la JOCI auprès du Saint-Siège
Rome/Bruxelles, 6août(APIC/CIP) Il y a trois ans quasiment jour pour
jour, le 4 août 1986, suite à une crise qui couvait depuis une dizaine
d’années, le Saint-Siège reconnaissait la CIJOC (Coordination Internationale de la Jeunesse Ouvrière fondée moins de deux mois auparavant) comme la
nouvelle structure provisoire du mouvement des jeunes travailleurs chrétiens. Et cela en lieu et place de la JOCI, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne
Internationale (JOCI). Le Saint-Siège vient à présent de signer avec la CIJOC un protocole d’accord reconnaissant à la nouvelle structure le statut
d’Organisation Internationale Catholique (OIC), «avec tous les droits et
effets y attenant». Ce qui signifie, par corollaire, que la JOCI, basée à
Bruxelles, cesse d’être reconnue comme OIC. Elle demande aujourd’hui au Vatican de reconsidérer sa position.
Dans une lettre signée par des responsables de la JOCI et son président
Felix Ollarves, la JOCI demande que le Vatican reprenne le dialogue et revoie sa décision de ne plus la considérer comme une OIC. Datée du 14 juillet, mais venant seulement d’être portée à la connaissance du public, cette
lettre est adressée à Mgr Edward Idris Cassidy, substitut de la Secrétairerie d’Etat du Vatican. Dans une lettre adressée au président de la JOCI le
26 juin dernier, Mgr Cassidy rappelait que les différentes JOC locales
pouvaient cependant toujours être affiliées aux Eglises locales, étant
donné que les évêques ont le droit de reconnaître des organisations à
l’intérieur de leur juridiction.
Une crise qui couve depuis plus d’une décennie
C’est à la suite d’une crise qui couvait depuis une bonne dizaine
d’années et que venait d’exacerber le Conseil international de Madrid
(1983), que la CIJOC fut fondée à Paris le 22 juin 1986 par les JOC de
France, d’Italie, d’Angleterre et de Malte. Peu de temps après, le
Saint-Siège nommait un aumônier international auprès de la CIJOC. (Ce
qu’elle ne faisait plus auprès de la JOCI depuis 1983). Depuis, huit autres
mouvements nationaux, dont la VKAJ, la JOC féminine flamande, ont adhéré à
la nouvelle coordination. D’autres ont annoncé leur participation.
On ne reviendra que brièvement sur les motifs qui ont provoqué le dissidence et qui ont été largement exposés au moment de la rupture. Ils tiennent pour l’essentiel à la nature et aux buts du mouvement face aux idéologies et religions non-chrétiennes – à sa caractéristique chrétienne, sa
«dimension missionnaire», la «fidélité à l’intuition de Cardijn», le prêtre
belge qui fonda la JOC en 1925 – ainsi qu’au type de rapports devant exister entre l’équipe internationale et les mouvements nationaux.
Une des questions qui se pose avec acuité, surtout dans le tiers-monde,
est de savoir si la JOC est un mouvement de masse, accueillant sans distinction des jeunes travailleurs de toute convictions religieuses ou philosophiques, ou ne doit-elle recruter que des travailleurs chrétiens. En
Asie, où les chrétiens sont minoritaires, la JOC travaille souvent avec des
travailleurs non-chrétiens, provoquant des difficultés avec l’épiscopat local, comme en Inde depuis quelques années déjà. Des réunions de la JOC
d’Asie doivent d’ailleurs se tenir à ce propos ce mois-ci et le mois prochain.
Qu’en est-il de la caractéristique chrétienne de la JOC ?
La question de la caractéristique chrétienne a été examinée par la JOCI
en 1976, à la demande de Rome, dans un document sur «La spécificité chrétienne et ecclésiale de la JOC». Document approuvé par la Secrétairerie
d’Etat, comme le fut par la suite un Protocole d’accord. Dans sa lettre du
26 juin dernier, informant la JOCI des nouvelles dispositions, Mgr Cassidy
explique que la décision «provisoire» de reconnaître la CIJOC comme nouvelle structure était prise «dans l’espoir que la JOCI s’engagerait vers de
nouvelles orientations qui permettraient un rapprochement et une unification. Etant donné qu’aucune clarté n’a été faite sur les questions fondamentales, et en raison de la violation du Protocole d’accord, (…) celuici est résilié. A dater de ce jour, la JOCI n’est donc plus reconnue comme
OIC».
Les responsables de la JOCI ont répondu dans une lettre datée du 14
juillet, tout d’abord pour dire leur surprise : la lettre de Mgr Cassidy,
écrivent-ils, «est la première que nous recevons depuis que la nouvelle
Equipe Internationale a été élue (septembre 1987). Le Conseil International
de la JOC avait pourtant adressé une lettre au pape le 5 octobre 1987. La
JOCI avait ensuite écrit à Mgr Pironio (le 3 novembre 1987) et envoyé les
conclusions du Conseil International à la Secrétairerie d’Etat du Vatican
et au Conseil pontifical pour les Laïcs (16 novembre), redisant chaque fois
son désir de rencontrer leurs instances respectives pour dialoguer sur ce
que vit la JOCI et ses préoccupations.
Surprise d’autant plus grande, ajoute la JOCI, que lors du dernier Conseil International, les mouvemements nationaux «avaient unanimement exprimé
leur volonté de rester un Mouvement de jeunes travailleurs à l’intérieur de
l’Eglise et dont l’expérience soit reconnue par celle-ci»; que les mouvements nationaux avaient décidé d’entreprendre une réflexion sur l’orientation du mouvement, qui devait déboucher sur une clarification au prochain
Conseil International (1991); qu’une Commission d’Orientation, à laquelle
participent des anciens responsables de la JOCI, a été mise sur pied et a
commencé ses travaux en juin; que les mouvements nationaux avaient décidé
d’établir le dialogue avec le CIJOC et qu’à l’initiative de la JOCI, l’une
d’elle était prévue pour 1989.
Des espoirs quand même
S’ils regrettent que leur organisation n’est plus désormais reconnue
comme OIC, les responsables de la JOCI se réjouissent par contre de la
conclusion de la lettre que vient de leur adresser Mgr Cassidy, où l’on
peut lire que «cette décision prise au niveau international ne préjuge pas
des rapports que les Conférences épiscopales ont avec les Mouvements
jocistes de leur propre pays, mais est une invitation à réfléchir avec eux
à leur orientation. D’autre part, nous attendons que le dialogue entre la
CIJOC et la JOCI ait lieu sur des questions fondamentales, en vue de la
recherche d’une éventuelle unification sur des bases fidèles à l’héritage
jociste de Cardijn, dans la communion au Magistère et à la mission de
l’Eglise».
Les responsables de la JOCI demandent de pouvoir rencontrer Mgr Cassidy.
«Si nous avons été choqués par le fait qu’une décision aussi importante que
celle que vous nous annoncez soit prise de manière si abrupte, sans tenir
compte de ce que nous venons de vous exprimer sur le cheminement de la JOCI, ni des sentiments des Mouvements nationaux, lui écrivent-ils, nous réaffirmons notre foi dans le dialogue et notre volonté de nous situer à
l’intérieur de l’Eglise. C’est pourquoi nous vous demandons de reconsidérer
votre décision et de donner aux démarches engagées (…) le temps d’arriver
à des conclusions (au prochain Conseil International) avant de prendre toute décision».
Discrétion de mise
Au secrétariat de la JOCI à Bruxelles, la discrétion est de mise : «Le
temps n’est pas à la polémique, confie un responsable. Ce qu’il faut, c’est
faire en sorte qu’une analyse soit possible sur la façon dont les décisions
sont prises dans l’Eglise. Notre conflit doit être situé dans le cadre plus
large du débat interne et du dialogue au sein de l’Eglise. Nous ne sommes
pas les seuls concernés». A la JOCI, on attend aussi du Saint-Siège qu’il
précise quel est désormais le statut de l’organisation dans l’Eglise : si
elle n’est plus reconnue comme OIC, est-elle encore considérée comme une
organisation internationale catholique ? (apic/bo/ucan/be)




