Homélie du 9 septembre 2018 ( Mc 7, 31-37)

Père Thibault-Marie Ruelle – Communauté du Verbe de Vie, Pensier, FR

L’être humain est un être de la parole ; elle est le fondement de notre communication. Ne plus entendre, c’est être mis à l’écart de la sphère des échanges interpersonnels et donc hors de la sphère humaine. De tristes expériences ont été faites avec des bébés, où personne ne devait leur adresser la parole. Résultat au bout de quelques semaines, ils se laissaient mourir en refusant de s’alimenter.

Dieu parle et nous n’entendons pas

Vous allez me dire : « ouf » heureusement pour moi, je ne suis pas sourd. En es-tu si sûr ? Car l’évangile de ce dimanche est là pour nous rappeler que nous sommes tous, plus ou moins sourd (ou en tous cas malentendant). Pourquoi ? Parce que Dieu nous parle et nous ne l’écoutons pas.

Voilà hélas la triste situation de notre humanité pécheresse ; le péché nous a affecté dans nos sens spirituels : nous n’entendons plus Dieu. Spirituellement sourds, nous nous replions sur nous-mêmes, emmurés dans notre solitude, incapables de communiquer, ni avec Dieu, ni avec les autres.

Nous perdons une perception décisive

Le pape Benoît XVI, dans une homélie en 2006, nous invitait à lire ce passage de l’évangile dans ce sens :

« Il n’existe pas seulement la surdité physique, qui isole l’homme en grande partie de la vie sociale. Il existe également un affaiblissement de la capacité auditive à l’égard de Dieu, dont nous souffrons particulièrement à notre époque. Tout simplement, nous n’arrivons plus à l’entendre – trop de fréquences différentes parasitent nos oreilles… Avec l’affaiblissement de la capacité auditive ou même la surdité à l’égard de Dieu, nous perdons également notre capacité de parler avec lui ou de lui. De cette façon, nous perdons une perception décisive. Nos sens intérieurs courent le danger de s’éteindre. Avec la disparition de cette perception, l’étendue de notre rapport avec la réalité en général est également limitée de façon drastique et dangereuse. L’horizon de notre vie se réduit de façon préoccupante. »

La compassion de Jésus

La Bonne Nouvelle pour nous aujourd’hui frères et sœurs, c’est que Jésus vient nous guérir de cette surdité afin de nous restaurer dans notre dignité de fils et de filles de Dieu son Père.

Jésus se rend en « territoire de la Décapole », c’est-à-dire sur la rive est du lac de Galilée, en terre païenne. « On lui amène un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler » : sans doute les habitants de la région avaient entendu parler des miracles qu’accomplissait Jésus. Pourtant, très curieusement, ils ne demandent pas à Jésus qu’il le guérisse, mais qu’il lui impose les mains.

Mais Jésus devant la souffrance des hommes, quel qu’elle soit, est toujours saisi de compassion. Il va donc non seulement guérir cet homme de sa surdité physique, mais il va aussi lui rendre toute sa dignité humaine et sociale.

Jésus met ses doigts dans ses oreilles, il touche sa langue avec sa salive, et les yeux levés au ciel, il soupire et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »

Ces gestes de Jésus ont de quoi choquer notre sensibilité moderne, notre souci d’hygiène, sauf en communauté bien sûr où on partage tout, même les microbes. En tous cas Jésus n’a peur du handicap, ni des lépreux, ni de s’approcher des malades, Bien au contraire…

Une parole efficace

A travers ces gestes, Jésus ne fait que reproduire des usages de la médecine de l’époque : un contact physique localisé sur l’endroit de la maladie : les oreilles et la salive, source présumée de vie, proche de la parole. Par contre, à la différence des médecins de son époque, c’est qu’avec Jésus ça fonctionne. Sa parole est efficace, l’effet est instantané : « ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement ».

Jésus, le divin potier vient réparer sa créature. Lui, le Verbe créateur du Père, par ces deux gestes accompagnés de cette parole : « Effata », vient restaurer sa créature, la rétablir dans sa beauté originelle. Jésus est venu pour faire une création nouvelle.

Il est beau aussi de voir que Jésus soupire, ce qui n’est pas sans nous rappeler le souffle créateur de l’Esprit Saint qui vient nous donner la vie même de Dieu.

Frères et sœurs, cette parole « Effata » que le Christ prononce sur le sourd-muet en touchant ses oreilles et sa langue est une parole efficace pour chacun d’entre nous. Comme il ouvre les oreilles du sourd, le Christ vient ouvrir nos oreilles à l’Esprit Saint pour que nous entrions dans l’intelligence de sa Parole. Et comme il délie la langue du muet pour le rendre capable de parler, il nous donne de pouvoir proclamer notre foi avec assurance.

L’Eglise a toujours été très sensible à cet épisode qui exprime si bien la compassion du Seigneur pour nous ; c’est sans doute pour cela qu’elle a introduit le rite de l’«Effata » dans la liturgie du baptême où le prêtre en touchant les oreilles et la bouche du baptisé dit : « Effata, ouvre-toi ! Le Seigneur Jésus a fait entendre les sourds et parler les muets ; qu’il te donne d’écouter sa Parole et de proclamer la foi pour la louange et la gloire de Dieu le Père. »

Des humains ouverts à Dieu et aux autres

Qui ouvrira notre cœur et notre bouche si nous sommes devenus sourds et muets ?

Dieu seul peut ouvrir nos bouches et délier nos langues. Car Il veut que nous devenions des témoins de la foi.

Aujourd’hui encore, le Seigneur veut que nous soyons des hommes et des femmes ouverts à Dieu et aux autres ; dont les oreilles soient capables d’entendre sa Parole, pour l’accueillir comme l’écrit St Paul, « pour ce qu’elle est réellement : non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre en nous, les croyants » (1 Th 2, 13).

Le Seigneur veut que notre langue soit déliée, pour que nous ne restions pas muets, mais pour que nous Lui parlions, par notre louange et notre prière ; et aussi pour que nous proclamions Sa Parole avec assurance.

Frères et sœurs, sommes-nous dans cette attitude d’écoute et de disponibilité active, où sommes-nous plutôt comme le sourd-muet de l’Evangile ?

Où que nous en soyons, nous avons tous besoin d’être touché par Jésus. Qu’il nous délivre de nos enfermements et qu’il nous ouvre à la richesse de sa Parole, afin de pouvoir en témoigner autour de nous.


Homélie 23ème dimanche du temps ordinaire – Année B 

Lectures bibliques : Isaïe 35, 4-7a; Psaume 145; Jacques 2, 1-5; Marc 7, 31-37


 

Soeur Marie-Paule

Passionnée par la Bible, Sœur Marie-Paule est moniale au monastère des Bernardines, à Collombey (VS). Elle est entrée dans la famille cistercienne en 1999 et a prononcé ses vœux définitifs en 2009. Elle anime “L’étoile sonore“, une sonothèque pour personnes aveugles et malvoyantes.“

Homélie du 2 septembre 2018 (Mc 7, 1-8.14-15.21-23)

Chanoine Gilles Roduit – Abbaye de Saint-Maurice

Nous avons prié le Seigneur tout à l’heure
comme étant celui qui
« développe ce qui est bon en nous. »

Pour développer ce qui est bon en nous,
Moïse a donné un chemin
dans la première lecture :
« Maintenant Israël : écoute ! »

Pour nous cela donnerait :
« Maintenant,
ami dans cette église,
ami entendant la radio en ce moment :
écoute ! »

Ecouter pourquoi ?

Parce que le but nous intéresse fortement :
« Il n’y a pas un peuple sage et intelligent
comme cette grande nation ! »

Comme on aimerait que cela soit la pensée générale
de nos concitoyens !

Un Dieu proche

D’où vient cette sagesse,
en quoi consiste cette sagesse ? :
« Quelle est en effet la grande nation
dont les dieux soient aussi proches
que le Seigneur notre Dieu est proche de nous ? »

Donc la grande nation
est celle dont les dieux sont proches.

Nous n’avons donc plus qu’à nous approcher de Dieu.

Et cela pour que nous devenions :
« la grande nation dont les décrets
et les ordonnances soient aussi justes. »,
comme le disait également la lecture.

Nous n’avons donc plus qu’à nous rapprocher de Dieu,
parce que notre Dieu,
comme le souligne saint Jacques
dans la seconde lecture :
« n’est pas, comme les astres,
sujet au mouvement périodique
ni aux éclipses. »

C’est donc à notre cœur,
à notre intérieur,
que nous devons travailler.

Accueillir la parole

Et pour cela nous nous laissons faire par Dieu,
comme le recommande encore saint Jacques :
« Accueillez dans la douceur
la parole semée en vous. »

Jésus aussi nous y invite très fortement,
très vertement,
très terriblement,
désireux de notre conversion :
« Ce peuple m’honore des lèvres,
mais son cœur est loin de moi. » !!!

Et Jésus ajoute,
pour préciser de quelle conversion il s’agit :
« Vous laissez de côté
le commandement de Dieu,
pour vous attacher
à la tradition des hommes. »

Donc vous faites ce que le monde dit,
sans réfléchir,
sans rechercher le vrai, le juste, le bon.

Soigner le dedans

Et Jésus donne encore le chemin, le lieu du travail :
« C’est du dedans, du cœur de l’homme,
que sortent les pensées perverses. »
Donc encore :
Ne pas oublier l’ESSENTIEL :
SOIGNER LE DEDANS !

C’est le dedans qui enrichit,
c’est le dedans qui fait vivre,
c’est au-dedans qu’est la vie !

* * *

Chers amis, j’étais dernièrement avec quarante mille personnes à Palexpo à Genève pour la visite du pape.

Dans l’attente de la messe, je suis allé aider aux très nombreuses personnes qui ont passé ce temps en désirant le remplir de la miséricorde, du temps de Dieu, dans la confession.

La dernière personne venue vers moi était une jeune dame. Elle commence : « Mon père, j’aimerais me confesser…, pour la première fois ! »

Un peu surpris, je lui demande comment il est possible qu’elle ne soit jamais allée à confession de sa vie.

Elle me répond : « J’ai été baptisée il y a un mois. »

Émerveillé, je lui réponds : « Super, je suis très heureux avec toi, mais tu sais que le baptême a pardonné tous tes péchés ? »
Elle me répond : « Oui, mais j’aimerais demander pardon à Dieu d’avoir attendu si longtemps pour découvrir son amour ! »

* * *

Quelle confession !
Jamais je n’avais entendu un si beau péché :
« J’aimerais demander pardon à Dieu
d’avoir attendu si longtemps
pour découvrir son amour ! »

Et elle continua,
me montrant les quarante mille personnes
de la salle :
« Mais je vous dis cela à vous, mon père
parce qu’eux,
ils ne peuvent pas comprendre ! »

Trop beau !

Dans la naïveté de sa jeune foi,
elle ne comprenait pas
que sa découverte intérieure de Dieu
avait pu toucher,
chacun selon sa manière
tant d’autres frères et sœurs là présents.

Cette dame appartenait désormais à un peuple,
mais y était entrée
par une rencontre bouleversante, personnelle,
avec son Dieu.

Elle avait été touchée du dedans.

Elle n’a plus désormais, qu’à soigner le « dedans ».

Une religion qui vient du coeur

Ainsi elle ne sera pas du nombre de ceux
à qui le prophète Isaïe doit dire :
« Ce peuple m’honore des lèvres,
mais son cœur est loin de moi ».

Ce n’est pas le rite ou le précepte qui nous rend pur,
c’est le cœur avec lequel on l’accomplit.

Mon frère, ma sœur à l’écoute, si quelqu’un te prêche une religion qui ne vient pas du cœur, qui n’est pas dite avec cœur, ne l’écoute pas : ce n’est pas notre religion.

Notre religion est une religion du dedans,
de l’intérieur.

C’est le cœur qui rend pur.

Attachons-nous donc aujourd’hui,
maintenant, à cet Essentiel !


22e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lectures bibliques : Deutéronome 4, 1-2.6-8; Psaume14; Jacques 1, 17-18.21b-22.27; Marc 7, 1-8.14-15.21-23