Homélie du 15 juin 2014

Prédicateur : Christophe Wermeille, assistant pastoral
Date : 15 juin 2014
Lieu : Eglise Saint-Pierre, Porrentruy
Type : tv

«Qui c’est Dieu?»

Tu as bien raison, Raphaël, de poser cette question! Une question que l’on se pose depuis la nuit des temps, à tous les âges de la vie.

Chacun, chacune de nous, au fil de nos rencontres, de nos questionnements, de nos réussites mais aussi de nos échecs, trouve des pistes de réponses.

Dieu, on en fait l’expérience dans ce qui nous dépasse.

As-tu vu, tout à l’heure, le regard de Didier et Fanny, lorsqu’ils nous présentaient leur petite Eline? On y lisait de la fierté, de la joie, de l’émerveillement! Vivre la naissance d’un enfant est un tel éblouissement qu’on ne peut pas ne pas se demander d’où vient cette vie qui s’offre à nous…

L’expérience d’un dépassement, nous pouvons aussi la vivre en ouvrant les yeux sur notre monde.

Qui n’a pas été troublé devant l’immensité de l’univers, devant la beauté d’un paysage majestueux et même devant un bouquet de fleurs des champs ou un escargot sortant de sa coquille, si simple et pourtant si surprenant… Dans nos vies aussi, et peut-être encore davantage lorsqu’elles sont blessées, nous pouvons faire l’expérience d’une présence qui nous dépasse.

Emilie, Léa et Pablo nous ont rappelé tout à l’heure combien l’amitié, la fraternité, le soutien sont des valeurs précieuses qu’il est bon de sentir dans les moments heureux et plus difficiles de nos existences.

La puissance de vie qui se dégage de ces gestes humains nous fait percevoir quelque chose qui vient de bien au-delà de nous…

Pour répondre à la question de Dieu, il y a tous ces événements, petits et grands, qui sont autant de signes d’un au-delà.

Et puis il y a aussi une Parole qui nous est transmise et qui s’offre à notre liberté.

Avant nous, d’autres chercheurs de Dieu se sont posé les mêmes questions et ont laissé par écrit un témoignage de leur recherche.

D’autres ont même été les témoins directs d’une présence divine parmi nous.

Car Dieu n’est pas seulement Celui dont on peut percevoir des traces dans les réalités qui nous dépassent ; il est Celui qui s’engage à nos côtés!

C’est la nouvelle déconcertante que nous partage saint Jean dans l’Evangile: «Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique». Et la manière d’être de ce Dieu là, Raphaël, a de quoi nous surprendre, à plus d’un titre!

La première lecture nous a dit de lui
qu’il est rempli de tendresse,
qu’il se laisse toucher aux entrailles,
qu’il est rempli d’amour et qu’on peut compter sur lui. Comme la grande bougie, que Laure a portée, tout à l’heure, à travers toute l’assemblée,
Dieu se révèle à nous comme une présence, qui marche au milieu de nous pour nous éclairer, nous réchauffer, nous guider.
Lui faire confiance est un risque qui ne va pas de soi aujourd’hui.

C’est aussi pour cela que nous sommes là ce matin. Comme saint Paul nous y invite dans la seconde lecture, si nous nous encourageons mutuellement, si nous cherchons à nous accorder les uns aux autres, alors le Dieu d’amour et de paix sera avec nous et nous serons dans la joie, une joie authentique, à l’image des pas de danse risqués tout à l’heure lors de la farandole.

Mais se retrouver pour l’Eucharistie, c’est aussi s’unir au Père dans la prière, c’est partager la paix du Ressuscité, c’est recevoir sa vie en nous, autrement dit, c’est faire l’expérience, qu’unis par l’Esprit du Seigneur, nous pouvons déjà goûter à la Vie de Dieu.

Mais cette réalité est d’une telle profondeur, qu’il nous faut sans doute toute une vie – et peut-être même l’éternité entière – pour en mesurer toute la portée.

Alors, Raphaël, quand tu auras l’âge de Laurène et plus tard encore l’âge de François, j’espère que tu continueras de te poser cette question: «Qui c’est Dieu?» et que ton parcours de vie te permettra de répondre avec confiance qu’il vaut la peine de croire au Dieu de l’Evangile car sa Parole et sa présence à nos côtés sont déjà pour nous promesses de Vie.

Amen.

Fête de la Sainte Trinité – Dimanche des réfugiés

Lectures bibliques : Exode 34, 4b-6.8-9; 2 Corinthiens 13, 11-13; Jean 3, 16-18

Homélie du 08 juin 2014

Prédicateur : Abbé Guy-Michel Lamy
Date : 08 juin 2014
Lieu : Eglise du Sacré-Coeur, Bâle
Type : radio

« Shalom »

La paix et la joie !
La peur et la tristesse !

Faisant allusion à ce que Jean Delumeau appellera plus tard la « Pastorale de la peur », Annah Arendt écrivait dans un livre publié en anglais en 1954 et traduit en français dix-huit ans plus tard : « Il est certainement d’une ironie terrible que la « bonne nouvelle » des Évangiles, « La vie est éternelle », ait pu par la suite aboutir non à un accroissement de la joie mais à un accroissement de la peur sur la terre, et n’ait pu rendre à l’homme sa mort plus facile mais plus pénible.

Dans son journal, Julien Green parle d’un célèbre prédicateur anglais du XVIIème siècle qui allait, paraît-il, jusqu’à faire s’évanouir de terreur des hommes à l’écoute de ses sermons.

Et plus d’un paroissien âgé du Sacré-Cœur, homme ou femme, m’a parlé de cette peur de son enfance et de son adolescence entretenue par la prédication de certains curés ou pasteurs.

Une peur de l’enfer inventée par Platon quatre siècles avant Jésus-Christ pour faire marcher droit la multitude (lui-même étant d’origine aristocratique), et remontant chez nous surtout à la fin du Moyen-âge : ces XIV° et XV° siècles, qui n’en sont après tout que deux sur les dix que recoupe le Moyen-âge dans son ensemble, mais qui auront suffi à faire de lui un « dark age », un âge sombre, alors qu’il est celui de nos plus belles églises romanes et gothiques.

Né lui-même neuf ans avant la découverte des Amériques, Martin Luther s’en fera à son tour l’écho en décrivant ainsi sa formation religieuse monastique : « Nous pâlissions au seul nom du Christ, car on ne nous le représentait jamais que comme un juge sévère, irrité contre nous ».

Juge certes, mais nous jugeant avec amour, ce qui n’est pas évident à concevoir à moins peut-être d’avoir connu des parents qui nous aimaient profondément.

« Non abbiate paura », « N’ayez pas peur », a martelé le pape Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre de Rome au jour de son intronisation, répétant les mots que Jésus lui-même adresse à Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé au jour de sa résurrection.

Ici, pour ceux que Daniel Marguerat appelle « les séquestrés du dimanche soir » (et séquestrés par peur des Juifs) : c’est « shalom », deux fois « shalom », en latin : « pax vobis » ; en français : « la paix soit avec vous »

Jésus leur avait promis qu’il reviendrait : « Un peu de temps, et vous ne me verrez plus, et puis un peu de temps encore, et vous me verrez » (Jn. 16, 3).

Et quelques versets plus loin : « …vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie » (Jn. 16, 20)

Cette joie à laquelle saint Luc fait plusieurs fois allusion en parlant du « cœur brûlant » (« brûlant » de joie) des disciples d’Emmaüs (Luc. 24, 32). Cette joie des disciples, même ayant du mal à croire : « Et comme dans leur joie ils refusaient de croire » (Luc 24,41). Cette joie d’un Pascal transcrite dans son célèbre Mémorial du lundi 24 novembre 1654 : « Joie, joie, joie, pleurs de joie ».

Jésus s’est frayé un passage dans cette maison fermée et triste, comme il s’en fraie en tout homme qui accepte de s’ouvrir à lui et de le reconnaître comme le Messie (mot hébreu) ou comme le Christ (mot grec) ; le refuser étant le péché par excellence tout au long de l’évangile de saint Jean.

Dans un petit essai intitulé « Pour une spiritualité de l’insurrection », publié en 2004, Francine Carrillo s’amuse à faire remarquer qu’on a presque les mêmes lettres en hébreu pour le mot joie : « hasimha » et messie : « mashiah ».

« Seigneur, donnez-moi l’humour pour que je tire quelque bonheur de cette vie et en fasse profiter les autres », demandait saint Thomas More, chancelier d’Angleterre et ami d’Erasme, mort décapité une année avant lui.

C’est une prière qui commence par ces mots : « Seigneur, donnez-moi une bonne digestion, et aussi quelque chose à digérer… ».

Ça me rappelle les propos d’un moine qui avait un jour déclaré au cher abbé Zundel : « J’ai autant de dévotion à manger ma soupe qu’à célébrer la messe ».

Amen

Fête de la Pentecôte

Lectures bibliques : Actes 2, 1-11;1 Corinthiens 12, 3b-7.12-13; Jean 20, 19-23

Homélie du 08 juin 2014

Prédicateur : Abbé Jim Schilder
Date : 08 juin 2014
Lieu : Basilique Saint-Nicolas, Amsterdam, Pays-Bas
Type : tv

La Pentecôte est la fête de l’Esprit, du langage et de la communauté. Là où tout a été dit, il manque souvent quelque chose de plus profond. Cela vaut aussi pour ce monde, pour l’Eglise, et pour nos vies.

En ce qui concerne le monde, permettez-moi de vous partager certaines expériences. Avant que je ne devienne prêtre, j’étais journaliste. Dans les années quatre-vingt, j’ai visité le Mozambique, en Afrique australe.

Une guerre civile y faisait rage depuis longtemps. Je me suis rendu dans un petit village très reculé à l’intérieur des terres.

Quelques jours plus tôt, quatre cents habitants y avaient été assassinés. Beaucoup d’autres étaient grièvement blessés et s’entassaient à l’hôpital.

Dans cette région du pays, cela faisait déjà des années qu’on ne parlait plus du gouvernement, ni des rebelles. On communiquait par mitrailleuses et coups de machette. Pourtant, des négociations furent enfin entamées et un accord de paix fut signé.

Deux ans plus tard, je me tenais sur le mur de Berlin. Après des années d’hostilités silencieuses entre l’Est et l’Ouest, des années de Guerre Froide, le mur s’ouvrit un matin de novembre. La conversation, le contact et la communauté furent restaurés.

Douze ans plus tard, le 11 septembre, je me trouvais à New-York près des ruines encore fumantes du World Trade Center. Une tragédie causée par des fondamentalistes qui ne pouvaient entendre la raison, et qui étaient aveuglés par la haine.

Jusqu’à ce jour, il y avait aux Etats-Unis de nombreuses communautés de chrétiens, de non-croyants et de musulmans qui pouvaient vivre ensemble sans le moindre problème. Le dialogue est soudainement devenu muet. La méfiance s’est mise à grandir, et les communautés se sont effondrées.

Aujourd’hui, rien n’est vraiment différent. Pensez à la Syrie, à l’Ukraine, au Nigéria. Pas de dialogue et une violence intense.

La méfiance apparaît en l’absence de dialogue. Cela vaut aussi pour l’Eglise. Les dirigeants religieux qui ne s’adressent pas aux fidèles, perdent le contact avec le monde. Ils crient dans leur propre désert.

Les échanges et le dialogue ont leur importance, de même que les rencontres et le respect. C’est pour cela aussi que notre diocèse souhaite organiser l’année prochaine à Amsterdam une série d’événements où le dialogue entre croyants et non-croyants serait privilégié.

Pas pour conquérir de nouvelles âmes, mais pour se rapprocher. L’Esprit est en effet le bien de tous.

Pentecôte, langage et communauté. Dans le monde, au sein de l’Eglise, et en nous-mêmes.

En pastorale, j’entends souvent parler de relations familiales perturbées.

 

Récemment, j’ai rencontré une dame qui n’avait plus que peu de temps à vivre. Elle avait un frère qu’elle n’avait plus vu depuis longtemps à cause d’une dispute.

A la demande d’un membre de la famille, ils sont finalement entrés en contact et n’ont pas tardé à s’embrasser. Ils se sont tous les deux demandé pourquoi ils n’avaient pas fait cela avant.

La langue peut lier une communauté. Mais pas toujours. Les mots peuvent aussi être destructeurs. C’est pour cela que la Pentecôte commence avec l’arrivée de l’Esprit Saint.

Nous avons d’ailleurs chanté nos prières en ce début de célébration pour cette venue de l’Esprit. L’Esprit qui représente l’amour entre le Père et le Fils.

Quand nous sommes doués d’Esprit, alors nous pouvons parler dans une langue qui tisse les communautés. Une langue que tout le monde comprend, et qui est le langage de l’amour.

Amen

Fête de la Pentecôte

Lectures bibliques : Actes 2, 1-11;1 Corinthiens 12, 3b-7.12-13; Jean 20, 19-23

Homélie du 01 juin 2014

Prédicateur : Chanoine Jean-Paul Amoos
Date : 01 juin 2014
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Mes Sœurs, mes Frères, chers Auditeurs,

Quelle densité dans ce texte d’Evangile que nous venons de lire, quelle merveilleuse prière, quelle superbe communion. Que désirer de mieux que la gloire du Père. Que souhaiter de plus fort que d’accomplir la volonté du Père. Quoi de plus grand que de parvenir à réaliser ce que le Père souhaite : le salut du monde, la grâce du ciel pour l’homme !

Pour Jésus l’heure est venue, cette heure du passage qu’il a tant désirée est toute proche, et selon une ma-nière juive de prier, il lève les yeux au ciel, il prononce la plus longue prière que les évangiles nous aient lais-sée. La prière dite sacerdotale. La prière de Jésus grand prêtre, réalisant ce qui est écrit au ch. 10 de la lettre aux Hébreux : en venant dans le monde, le Christ dit : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre ».

Et cette volonté, il l’a accomplie en réalisant l’œuvre confiée par le Père.

Jésus a conscience d’être bien plus qu’un envoyé, un prophète de Dieu : il est le Fils qui peut s’adresser à Dieu son Père avec des accents de tendresse inéga-lables. Sa dernière heure est arrivée : surmontant son angoisse devant le supplice qui approche, il rend grâce à Dieu d’arriver au terme de la mission qu’il avait reçue de Lui : révéler le Nom du Père, son Etre profond et de faire comprendre que Dieu n’est pas un Absolu lointain, mais qu’il est PERE.

En présence des Apôtres, Jésus demande d’être entiè-rement saisi par son Père, de n’avoir plus entre le Père et lui le mur de son corps mortel; Il demande au Père de lui donner un corps de gloire tout irradié par sa lu-mière amoureuse. En fait, Jésus demande sa résurrec-tion. Ainsi transformé, il pourra donner la vie éter¬nelle aux siens.

« Père, glorifie-moi auprès de toi : donne-moi la gloire que j’avais auprès de toi avant le commencement du monde ».

Par ces mots, l’évangéliste nous fait entrer dans l’intimité de la prière filiale de Jésus. Certes, en tant que Verbe éternel, Jésus partageait la gloire trinitaire avant le commencement de la création, c’est ce que S. Jean dit dans son prologue. Mais conformément au dessein du salut, Jésus a pris chair en ce monde, il s’est revêtu de notre humanité mortellement blessée par le péché, afin de la délivrer de son impuissance et la restaurer dans sa faculté d’aimer.

Jésus demande au Père, de le glorifier, afin de pouvoir répandre sur l’humanité sa puissance infinie d’amour, pour qu’il puisse à son tour LE glorifier non seulement en tant que Fils de Dieu, mais en tant que Fils de l’homme.

« Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie ».

On pourrait s’étonner d’entendre Jésus dire : « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie ». Pourquoi la glorification du Père passe-t-elle par la glorification du Fils ?

Pour le comprendre, il faut tenter de saisir le mystère de la création de l’homme à l’image et la ressemblance de Dieu, de cette image destinée à entrer dans la gloire de Dieu, mais qui depuis le péché des origines a perdu le sens de son existence. Pour comprendre pourquoi la glorification du Père passe par la glorification du Fils, il faut entrer dans cette profonde communion Père – Fils, de ce souhait du Fils de s’offrir pour le salut du monde afin que le Père retrouve en l’homme cette image créée par amour pour aimer. Et cette harmonie de l’homme avec Dieu passe par le salut en Jésus Christ. Si le Christ n’accomplit pas son œuvre jusqu’au bout, jusqu’à la mort et à la résurrection l’homme ne retrouve pas sa place de créature projetée par Dieu pour une communion et pour un destin de relation amoureuse avec Lui. Donc, la glorification du Fils, sa résurrection donne toute gloire au Père qui retrouve son œuvre : l’homme debout.

En demandant la gloire de son corps, Jésus était loin d’exprimer une requête égoïste : cette gloire même se référait aussi au salut des autres hommes, car il est ressuscité pour notre justification. Jésus ne peut penser à sa gloire sans désirer la nôtre; sans la nôtre, la sienne ne serait pas parfaite.

Par sa mort et sa résurrection, Il ouvre les sources de la vie divine qui va pouvoir nous envahir et nous transfigurer. “Je leur donnerai la vie éternelle, et je trouverai ma gloire en eux”.

Au 2ème siècle, S. Irénée, évêque Lyon écrivait ceci : “un homme vivant, c’est la gloire de Dieu. Et la vie de l’homme c’est la vision de Dieu”, c’est-à-dire la partici-pation à sa vie divine.

Voilà ce que demande Jésus à ce moment suprême : Père, révèle ma gloire, ta puissance de vie, en me don-nant le pouvoir de faire de tous les hommes des vivants qui se¬ront ma gloire et ta gloire.»

9e dimanche du temps ordinaire, dimanche des médias

Lectures bibliques : Actes 1, 12-14; Psaume : Ps 26; 1 Pierre 4, 13-16; Jean 17, 1-11

Homélie du 29 mai 2014

Prédicateur : Père Jean-René Fracheboud
Date : 29 mai 2014
Lieu : Foyer des Dents du Midi
Type : radio ”

Comme c’est difficile avec des mots pauvrement humains de dire le mystère de Dieu ! Comme c’est difficile avec des mots de la terre d’exprimer quelque chose de la fulgurance du ciel !

Plus que jamais la fête de l’Ascension nous met devant cette énorme difficulté. Les expressions bibliques sont claires, limpides : “… Il fut enlevé au ciel après avoir, dans l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis “.

” Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. ”

” Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. ” Il faut sûrement prendre des distances par rapport à une forme naïve de lecture entretenue par un style de peintures.

Jésus n’est pas monté au ciel comme une fusée pour traverser l’azur et la couche d’ozone et rencontrer le Père.

Rien à voir non plus avec une forme de lévitation divine spectaculaire. Il nous faut décoder ce langage.

Quand on parle de ” nuée “, le familier de la Bible fait le lien avec l’expérience du Peuple de Dieu dans l’Ancien Testament, l’expérience de l’Exode, la Traversée du désert, le don de la Loi à Moïse. La nuée évoque la présence de Dieu, son épiphanie. Mais tout en se manifestant à l’homme, la réalité de Dieu reste comme voilée.

À l’Ascension, Jésus a été enlevé, arraché à notre visibilité humaine pour rejoindre la plénitude de Dieu, Trinité d’amour.

Ce que nous célébrons à travers la fête de l’Ascension, c’est l’aboutissement, l’accomplissement, la consécration de toute la vie et de toute la mort de Jésus. Jésus s’est fait chair pour nous révéler le secret profond de toute vie, de toute existence. Il a fait le déplacement de la terre.

Le monde et l’histoire n’obéissent pas à des forces aveugles. Tout porte le sceau et l’empreinte d’un immense AMOUR, l’amour de Dieu. Tout vient de cet amour créateur et tout est orienté vers l’accomplissement d’une vie de plénitude et d’harmonie.

Jésus, par son comportement quotidien, a fait comprendre à tous ceux et celles qu’il rencontrait, que leur vie, même fragile, pauvre, souvent malmenée par le mal, le mensonge et la mort, avait une valeur infinie. Par son regard de tendresse, par ses gestes de salut, par sa passion amoureuse, Jésus a promu à l’existence, à la dignité, tous ceux qui venaient à lui. Jésus est allé jusqu’à l’extrême de sa mort pour dire que Dieu croit en l’homme envers et contre tout, qu’il le sauve et qu’il lui ouvre une destinée de gloire. Sa Résurrection et son Ascension scellent à tout jamais la réussite de cette trajectoire d’amour, de don et de générosité.

En affirmant aujourd’hui que Jésus est monté au ciel, nous disons qu’il a pénétré pour toujours dans le monde spirituel nouveau, définitif, dont il est la première cellule vivante. Ce monde est inaccessible à nos sens et à notre imagination mais souverainement réel, plus réel que notre monde actuel. C’est l’audace du christianisme de placer un homme, un fils d’homme, Jésus, au cœur de la vie de Dieu, dans son brasier d’amour.

Si, pour Jésus, son Ascension est le couronnement de toute sa vie, elle est pour nous ses disciples, son Église, un envoi et une mission. Saint Luc, à la fin de son Évangile situe l’Ascension au soir de Pâques. Par contre au début des Actes des Apôtres, il la situe 40 jours après Pâques. Les évangélistes ne sont pas des reporters, mais des témoins qui ont habillé leur message dans des vêtements différents et complémentaires.

Ces 40 jours, qu’on retrouve si souvent dans la Bible, sont l’expression d’une pédagogie divine qui accompagne une maturation intérieure. Après le choc de la mort de Jésus, il a fallu pour les disciples un certain temps pour accueillir le Ressuscité, pour se laisser transformer par Lui, peu à peu, et pour se préparer à vivre une certaine forme d’absence visible de leur Seigneur. L’Ascension, au début des Actes des Apôtres, marque la fin des apparitions pascales de Jésus.

Saint Matthieu ne parle pas de l’Ascension de Jésus, il termine son Évangile par cet envoi grandiose, solennel :

” Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. ”

On se souvient que son Évangile s’était ouvert avec l’annonce de la venue de l’EMMANUEL, du ” Dieu-avec-nous “. Matthieu assure que cette présence de Dieu parmi les hommes continue :

” Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. ”

C’est désormais le temps de l’Église qui prend le relais pour devenir sacrement, signe efficace de la puissance salvifique du Christ.

Saint Paul nous donne un raccourci éblouissant de la grâce que nous vivons en Église aujourd’hui : ” Il lui a tout soumis et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de Lui la tête de l’Église qui est son Corps, et l’Église est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude. ” Il n’y a plus rien à voir du côté du tombeau, il est vide. – c’était le message du matin de Pâques – Il n’y a plus rien à voir du côté du ciel, il est vide. Ne restez pas là le nez dans les nuages, – c’est le message d’aujourd’hui, de l’Ascension. –

Mais il y a désormais tout à voir du côté de la communauté des baptisés, qui par leur manière de vivre ensemble, par la manière de se porter, de s’aimer, de se pardonner, vont offrir la visibilité et une actualité à la présence vivante du Christ. L’Église et nos communautés ne sont pas un appendice ou une prothèse ajoutées de l’extérieur, elles sont au contraire le lieu du jaillissement du Christ Ressuscité et exalté dans la gloire.

Cette fête de l’Ascension nous provoque à une immense espérance.

” Une fois élevé de terre, j’attirerai tout à moi. ” Peut-être qu’une des caractéristiques du monde actuel, c’est la tyrannie de l’immédiateté. Il faut tout faire, tout vivre aujourd’hui.

Il faut faire le plein de consommation, de jouissance, d’expériences, de sensations fortes. Plus l’avenir est sombre, chargé de nuages lourds et menaçants, plus nos sociétés éprouvent des difficultés à trouver des solutions face aux nombreux défis sociaux, économiques et politiques, plus le danger est grand de se replier sur soi, de s’enfermer dans son cocon. Nous sommes menacés par une forme de pessimisme et de désespérance. Ce sont les nombreux ” à quoi bon ” démobilisateurs de nos journées grises. À quoi bon se donner tant de mal pour vivre, puisque tout passe, tout se défait, tout est marqué par la fragilité ? Nous pouvons souvent être saisis par le sentiment que tout est dérisoire, sans valeur, sans consistance, sans relief et que tout retourne au néant. La foi au Christ nous invite à passer du ” dérisoire ” au ” provisoire “… ” La dynamique du provisoire “, expression chère de frère Roger de Taizé. Le Seigneur vient constamment nous ouvrir un avenir.

Il vient nous révéler que tout ce qui est bâti dans le don, la générosité, la justice et la paix trouvera une consécration définitive dans son Royaume. Tout peut avoir un poids d’éternité. Tout ce que nous commençons humblement à humaniser, le Christ le portera à l’accomplissement en le divinisant, en le portant à la plénitude de l’amour. La foi au Christ dans son mystère de Résurrection et d’Ascension vient me libérer à la fois d’un idéalisme désincarné et d’un pessimisme décourageant. Il ne vient pas occulter les fragilités et les opacités de mon ” métier de vivre “, mais il vient m’assurer que ma vie, humble et cachée, sera tranfigurée en Lui.

« Accepte-toi toi-même en ton inachèvement, en ton imperfection,
  mais ne t’y établis pas.
  Cherche ton achèvement, ta perfection.
  Surveille ton désir, cultive l’ambition qui est désir de grandeur.
  Dieu ton Père te veut grand, divin, à son image.
  Sois libre et deviens-le.
  Maître de toi, ouvert à l’infini !
  Ne te laisse pas mettre en prison,
  accepte des barrières à ta droite, à ta gauche,  
  mais jamais devant toi,
  jamais devant ton  ciel ! »

Abbé Jean-René FRACHEBOUD”

Homélie du 25 mai 2014

Prédicateur : Père Jean-René Fracheboud
Date : 25 mai 2014
Lieu : Foyer des Dents du Midi
Type : radio

À l’heure du festival de Cannes, avec ses fastes, ses célébrités et ses extravagances, nous pourrions aborder le message évangélique d’aujourd’hui comme un « travelling cinématographique », qui part de la vie de Jésus, qui se poursuit par l’événement décisif de sa mort et de sa résurrection et qui aboutit au don de l’Esprit.

Jésus l’avait dit expressément, d’une manière presque provocatrice,
« Il est bon pour vous que je m’en aille ».

Aujourd’hui, il nous dit très clairement :
« Je ne vous laisserai pas orphelins.
D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus,
mais vous, vous me verrez vivant et vous vivrez aussi. »

Quelle extraordinaire promesse et quel merveilleux accomplissement !

Jésus n’est plus simplement devant nous, à côté de nous, en face de nous, mais il est en nous, vivant et vivifiant, nous partageant son dynamisme d’amour et de transformation du monde.

Tout ce temps pascal, à travers le mouvement des grandes fêtes liturgiques, Pâques – Ascension – Pentecôte, nous invite à l’intériorisation de notre foi.

Il fallait d’une certaine manière que Jésus ne soit plus devant nos yeux, extérieur à nous-mêmes, pour le découvrir à l’intérieur, au plus profond du cœur, assage éblouissant du Dieu « devant » au Dieu « dedans ».

Vous l’aurez remarqué, le passage de l’évangile de Jean, proposé aujourd’hui à notre méditation, est trinitaire :
« Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre défenseur
qui sera pour toujours avec vous, c’est l’Esprit de Vérité.
Le monde est incapable de le recevoir parce qu’il ne voit pas
et ne le connaît pas, mais vous, vous le connaissez,
parce qu’il demeure auprès de vous et qu’il est en vous. »

Le mot employé par Saint Jean pour désigner l’Esprit est presque intraduisible…

« le Paraclet »… celui qui est appelé auprès de quelqu’un pour l’accompagner, pour le soutenir, pour le fortifier, pour le dynamiser, pour l’encourager. C’est l’attitude exercée par des parents auprès de leurs enfants, ou des professeurs vis-à-vis de leurs élèves.

Jésus est le premier à avoir exercé cette mission d’accompagnement auprès des disciples sur les routes de Galilée, les initiant au Royaume, les ouvrant amoureusement à la source qui le faisait vivre, le Père, les dilatant à une vie de générosité, de justice, d’attention aux plus faibles.

Jésus n’est désormais plus présent physiquement au milieu de nous, mais cette force de rayonnement et d’accompagnement, il nous la partage dans le DON de l’Esprit, son Esprit qui continue mystérieusement, mais réellement ce rôle de fortification et de charpente intérieures.

Dans le texte biblique, il y a une forme d’insistance sur la réalité du don de Dieu, du don de l’Esprit à travers 3 prépositions…

Ce Défenseur, il sera avec vous pour toujours
il demeure auprès de vous
et il est en vous.

L’Esprit est AVEC, AUPRES et EN,… autant dire que nous sommes merveilleusement équipés, enveloppés de grâce et de force pour vivre harmonieusement la mission de témoin du Christ.

Il est bon de nous redire que la vie chrétienne n’est pas une avancée à la force de l’intelligence ou du poignet, – elle n’est pas une conquête – mais elle est le déploiement de l’œuvre du Christ lui-même, qui investit notre humanité et la travaille du dedans.

L’amour, qui est la respiration du Père et du Fils, vient nous saisir entièrement et nous fait entrer dans l’extraordinaire communion trinitaire.

Nous devenons ainsi les vivants et les célébrants de la vie même de Dieu dans ce qu’elle a de plus fort, de plus intime, de plus dynamique.

Nous devenons les « tout aimés du TOUT AMOUR »

Pour cela, il nous faut conjuguer l’extériorité du Visage et de la Parole de Jésus avec l’intériorité du souffle de l’Esprit.

Les Actes des Apôtres que nous lisons régulièrement pendant ce temps pascal se plaisent à souligner l’extraordinaire transformation que l’Esprit Saint opère dans les cœurs et les premières communautés.

On ne reconnaît plus les Onze Apôtres autour de Pierre.

Ces êtres traumatisés par la mort violente de Jésus, voués à la débandade, esclaves de la peur, barricadés dans la tristesse, on les retrouve avec une force incroyable, unis entre eux comme jamais, capables de tenir tête aux détracteurs les plus hostiles.

« Ce Jésus que vous avez crucifié, Dieu l’a ressuscité et nous en sommes ses témoins ».

Ils iront jusqu’à la mort, jusqu’au martyre, pour attester du sérieux de leur foi et de leur attachement au Christ Ressuscité.

Comme on jette un caillou dans la mare, il y a comme des vagues successives et progressives de cet Esprit Saint répandu abondamment, généreusement.

Il y a d’abord la Pentecôte de Jérusalem, l’Esprit répandu sur les disciples et tout le monde les entend dans leur propre langue proclamer les merveilles du Seigneur Ressuscité.

Il y a ensuite la Pentecôte sur les Samaritains, c’est le texte d’aujourd’hui :
« Philippe, l’un des sept, arriva dans une ville de Samarie
et là il proclamait le Christ. Les foules d’un seul cœur
s’attachait à ce que disait Philippe, car tous entendaient parler
des signes qu’il accomplissait, ou même ils les voyaient.
Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits mauvais,
qui les quittaient en poussant de grands cris…
Beaucoup de paralysés et d’infirmes furent guéris.
Et il y eut dans cette ville une grande joie. »

Il y aura encore la Pentecôte sur les païens, l’universalisation de l’œuvre de grâce.

Désormais, il n’y a plus une parcelle d’humanité qui est appelée à rester en dehors du salut apporté par le Christ et diffusé par l’Esprit.

La grande question que nous pouvons nous poser est celle-ci :

– Est-ce que nos vies sont suffisament embrasées par ce feu et ce dynamisme de l’Esprit ?
– Est-ce que la vie du Christ Ressuscité irrigue suffisament nos cœurs, nos manières d’être, nos engagements au service de l’homme ?
– Où pouvons-nous toucher du doigt le fait que la vie d’un Autre habite en nous ?

Il y a en nous plus grand que nous.

« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi », dira Saint Paul.
Nos vies sont-elles occupées
OU sont-elles habitées ?
Nos vies sont-elles pleines de nous
OU pleines de Lui ?

Revenons au festival de Cannes pour terminer…

J’aime à me souvenir de l’Abbé Pierre qui, il y a quelques années, avait été invité sur le plateau au milieu de toutes les stars.

On avait présenté le film « Hiver 54 » qui reprenait son appel au secours prophétique devant la mort d’une pauvre dame sur les trottoirs de Paris. Et là, le journaliste-présentateur l’interpelle…

« Abbé Pierre, vous êtes au soir de votre vie !
Si vous deviez laisser un message à l’humanité, qu’est-ce que vous diriez ? »

Après un moment de silence, l’Abbé Pierre répondit :

« Pour moi, vivre, c’est du temps donné à des libertés
pour apprendre à aimer
en vue de la rencontre de l’Eternel Amour
dans le toujours de l’au-delà du temps.»

6e dimanche de Pâques

Lectures bibliques : Actes 8, 5-8.14-17; Ps 65; 1 Pierre 3, 15-18; Jean 14, 15-21

Homélie du 18 mai 2014

Prédicateur : Abbé Claude Ducarroz
Date : 18 mai 2014
Lieu : Monastère de la Visitation, Fribourg
Type : radio

Un chemin…une maison ! Ouf ! On est sauvé !

Vous êtes-vous jamais trouvés égarés, sans savoir où vous étiez et donc sans savoir où aller pour prendre la bonne direction, et retrouver enfin l’endroit où vous étiez attendus ?

Perdu ! Peut-être sans aller jusque là, et tant mieux pour vous.

Mais vous savez bien comme moi que d’innombrables hommes, femmes et même enfants en sont là à travers le monde. A cause de la guerre, de l’exclusion, de la misère, de la famine : partir, par terre ou par mer, n’importe où, sans savoir où l’on arrivera, ni comment. Et peut-être même en imaginant qu’on échouera plus probablement sur les rivages de la mort qu’au port improbable du salut.

Et puis une telle aventure peut-être intérieure, morale, affective, spirituelle, même chez nous, dans l’enchevêtrement toujours plus complexe des moyens de communications modernes et des résidences multiples qui n’empêchent pas la solitude et parfois le désespoir.

Et voici que tout à coup, aujourd’hui dans l’évangile, il est question de maison et de chemin, justement. Une maison bien habitée où nous sommes attendus, un chemin sécurisé pour aller précisément dans cette maison-là. Heureusement !

Ce n’est pas qu’il n’y ait jamais, avant de trouver cette bonne adresse, une recherche qui puisse aller jusqu’à l’angoisse, puisque Jésus nous dit : « Ne soyez donc pas bouleversés ». Dans toute quête profonde, il y a aussi le passage par quelques tunnels, c’est normal.

Mais là, enfin à la maison. C’est une demeure, autrement dit un endroit où il fait bon demeurer, où l’on a envie de rester parce qu’il y fait clair et chaud. C’est que l’hôte qui nous attend, au-delà des ravins de la mort, n’est pas n’importe qui : Dieu comme Père, avec un cœur maternel, le Dieu de la lumière éternelle, le Seigneur de l’Amour qui ne s’éteint jamais.

On pourrait appeler cela un foyer, là où les amoureux se trouvent bien, à la juste température de la tendresse infinie. Car là, à savoir dans le cœur même de Dieu, si nombreux que nous soyons, il y a de la place pour tout le monde. Ta place, ma place sont même préparées. Nous sommes attendus pas seulement par Dieu, mais en Dieu. Une maison en forme de Dieu lui-même : voilà notre lieu de rendez-vous pour toujours.

Et puis le chemin. Car on pourrait imaginer que de telles promesses sont certes merveilleuses, mais très hautes, lointaines, inaccessibles. Ou du moins pas à la portée de tout le monde, et surtout pas de moi.

Eh ! bien, quelqu’un est venu à notre rencontre pour nous montrer le chemin. Mieux : nous ouvrir ce chemin. Plus encore : il est le chemin qui, à travers la vérité de son amour, nous conduit à la vie éternelle. Un chemin qui est quelqu’un, un chemin de chair et de sang, qui peut nous tendre la main, nous donner sa main, nous serrer sur son cœur, pour nous mener, tout en douceur et en sécurité, vers la maison de son Père qui est aussi notre Père.

Il suffit de se laisser guider.

* Il y a la lumière de sa parole pour cela, lampe sur le sentier, clarté devant nos pas.

* Même si nous devons passer par la nuit de la mort, nous croyons, sur la foi de témoins crédibles, qu’il est sorti vivant de l’autre côté du tunnel de la grande détresse, au point de pouvoir nous appeler « des ténèbres à son admirable lumière. »

* Pour parcourir le voyage de notre vie, en pèlerins exposés à tous les temps, il nous faut pouvoir faire halte de temps en temps dans l’auberge du repas partagé : c’est l’eucharistie, là où notre divin compagnon de route se fait tellement humain qu’il peut nous dire en nous les offrant : « Prenez, mangez, ceci est mon corps livré pour vous ; prenez, buvez, ceci est mon sang versé pour vous. »

Et puis, dans cette caravane de la vie en route vers la maison qu’est Dieu, avec Jésus Christ et autour de lui, il y a tout un peuple. Nous ne sommes pas seuls, heureusement.

Il y a « la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu. » Derrière ces mots un peu difficiles à comprendre, n’allons pas chercher très haut ou très loin. Il y a le visage aux mille contours des autres chrétiens, l’Eglise des Eglises, les disciples enfants de la croix, de la Pâque et de la Pentecôte, qui se sont multipliés à partir de Jérusalem et jusqu’au bout du monde, à la suite des premiers apôtres. Et puis on a ajouté de nouveaux ministère, par exemple les diacres, et tant d’autres encore, hommes et femmes, fidèles employés dans la maison ecclésiale.

Quel bonheur, quel honneur de faire Eglise tous ensemble, pas parce qu’on est meilleur que les autres, ni pour se mettre à l’abri du monde, mais pour se laisser envoyer là où nous vivons au jour le jour en témoins de l’évangile libérateur et constructeur d’humanité à l’image de Jésus. Rêvons et réalisons une Eglise qui bâtit des ponts entre les maisons humaines, qui construit dès ici-bas une cité de fraternité et de paix.

A cause de ce Jésus qui a même osé promettre : « Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes. »

Pas nous tous seuls, évidemment, mais lui et son Esprit en nous.

Beau programme ! Allons-y !»

5e dimanche de Pâques

Lectures bibliques : Actes 6, 1-7; Ps 32; 1 Pierre 2, 4-9; Jean 14, 1-12

Homélie du 18 mai 2014

Prédicateur : Marie-Josèphe Lachat, assistante pastorale
Date : 18 mai 2014
Lieu : Eglise Saint-Pierre, Porrentruy
Type : tv

Quelle est belle et forte la réponse de Jésus à Thomas!

«Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie!»

Là où, comme Thomas, nous souhaitons savoir, Jésus nous invite à croire….

Oui, sa réponse est superbe de liberté, magnifique de confiance et merveilleuse de dynamisme!

«Je suis le Chemin» – Ni mon chemin, ni ton chemin mais le chemin…. Celui que tu traceras en même temps que je te l’offrirai. Celui que chacune et chacun de nous dessineras par sa vie et son acquiescement… et même s’il y a des errances, Jésus en reste le chemin, il nous porte… où que nous nous perdions!

Etant Chemin, Jésus s’expose pour être serviteur de notre vie. Comme au lavement des pieds, il se met au service de notre marche, de notre croissance, de notre salut.

Mais il ne le fera pas sans nous: il est le Chemin…. à nous de marcher… et d’en dessiner le tracé. Sachant qu’à chaque pas, il continue de se proposer…

«Je suis la Vérité» – À nouveau, alors que nous attendons des dogmes à croire, il se livre à nous. La Vérité n’est pas quelque chose à croire mais quelqu’un à suivre…. Et d’abord à regarder, à comprendre, c’est-à-dire à prendre avec soi… à vivre donc, plus qu’à suivre. Cette vérité-là est libératoire, à l’opposé de dogmes asservissants. Car il faut notre libre consentement pour que notre engagement soit authentique…

Quelle magnifique confiance que Dieu fait à sa créature, magnifique confiance de Dieu en sa créature! Dieu croit en nous plus que nous croyons en Lui.

«Je suis la Vie» – Y a-t-il quelque chose de plus surprenant que la vie? Alors n’attendons pas qu’il nous réponde comme nous le voulons. Il est la surprise même, le jaillissement et l’impromptu de la Vie… la question sans cesse posée sur nos chemins, comme la pierre d’achoppement, comme la revendication devant l’injustice, comme le cri devant l’exploitation, comme le silence devant la violence, les pleurs face au mépris…

Il est la pierre d’achoppement qui devient pierre angulaire comme la résurrection plantée dans la mort.

Il est la vie qui s’offre à nous. Quel que soit le contenu de nos tribulations, il en est. Toujours prêt à déployer devant nous son salut. La foi est dynamisme de vie… mais c’est à nous de croire, à nous de marcher, à nous de vivre!

Oui, quelles merveilleuses images pour dire l’être-avec-nous de Dieu…

Jésus y ajoute encore la transparence: « Qui m’a vu, a vu le Père» Il est chemin qui mène au Père, comme on mène à une source pour y boire l’eau vive…

…et pas après pas, au fur et à mesure de l’invention du chemin, à chaque avancée de notre quête de vérité, notre vie se dessine et nous conduit à sa source autant qu’à son aboutissement…. nous conduit en ce lieu d’intimité où nous est murmuré de quel amour nous sommes aimé-e-s, de quel désir nous sommes fruit, de quel avenir nous sommes remplis-e-s…

C’est à la source – et de la source – que nous apprenons notre dignité de fille et de fils! Oui, Dieu nous a créé-e-s, il a laissé en nous sa trace: nous sommes d’origine divine.

C’est à la source de nous-mêmes que nous mène le Chemin, là, que nous découvrons la vérité et là, qu’est la Vie! C’est là que nous voyons et rencontrons le Père.

A la source de nos vies, tout devient limpide, tout est récapitulé en Dieu, toute notre vie est accomplie… toutes nos vies, frères et sœurs, sont entrelacées et unies pour être mêlées à la vie-même de Dieu…

Comme la mer est dans la source, nous avons tout, en nous…. Le Père est dans le Fils, le Fils est dans le Père et nous en Eux, toutes et tous….

Dans la limpidité de l’eau de notre baptême, notre vraie dimension étincelle! Elle fait ruisseler la vie et la vérité et nous abreuve pour nous permettre de reprendre le chemin….

Ayant appris de la Source notre filiation et notre fraternité, un chemin nouveau en découle…

Faisant de Dieu la source de nos choix, nous façonnons notre propre chemin pour qu’il devienne chemin de vérité et de vie!

Nous devenons chemin de Dieu! Chemin vers les autres… chemin pour les autres… qui invente la beauté en chaque chose, en chaque vie, en chaque événement… en pleine vérité, Dieu s’unit au monde, comme l’eau à la terre, en passant par nous, comme sur un chemin!

Nous l’avons chanté: Nous sommes peuple de lumière. Nous avons été baptisés pour témoigner, pour avancer dans la vérité, pour demeurer dans la charité et pour inventer le don et la joie!

«Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes….»

5e dimanche de Pâques

Lectures bibliques : Actes 6, 1-7; Ps 32; 1 Pierre 2, 4-9; Jean 14, 1-12

Homélie du 11 mai 2014

Prédicateur : Abbé Claude Ducarroz
Date : 11 mai 2014
Lieu : Monastère de la Visitation, Fribourg
Type : radio

Je me souviens. Une fois l’hiver bien installé dans la plaine broyarde d’où je viens, nous guettions l’arrivée des moutons. Je veux dire le passage d’un troupeau emmené par un berger accompagné d’un chien très obéissant, et ses brebis qui cherchaient quelques brins d’herbe encore verte, parfois sous la neige. J’admirais la vigilance du berger qui n’abandonnait jamais ses bêtes, même la nuit, et le soin particulier qu’il apportait aux agneaux, nos préférés évidemment.

Je l’ai découvert plus tard : ce spectacle touchant, c’était aussi une parabole de l’évangile, et précisément le récit d’aujourd’hui, « dimanche du bon Pasteur. »

Selon l’heureuse nouvelle de ce jour, Jésus a toutes les qualités du bon berger : il connaît ses brebis, c’est pourquoi elles écoutent sa voix ; il marche à leur tête et elles le suivent volontiers ; il les appelle sur le ton de la tendresse, elles peuvent donc aller et venir en toute confiance: il les mène sur de bons pâturages, il les protège s’il le faut, il est au service de leur vie.

S’il est un mot qu’on utilise souvent dans les discours et les écrits de l’Eglise, c’est bien celui-là : la pastorale. Il y a 50 ans, le concile Vatican II se voulait « pastoral ». Les divers conseils qui se multiplient dans les organigrammes de l’Eglise se nomment « pastoraux », ou du moins leur but est d’organiser ou de soutenir la pastorale. Dans les Eglises de tradition réformée, les premiers responsables se nomment « pasteurs » et les communautés nouvelles ont à leur tête des bergers…ou bergères.

On pourrait donc en conclure, avec une certaine bonne conscience, que nous sommes tous « en plein dans le mille de l’Evangile » avec nos structures, nos planifications et nos initiatives…pastorales. Sauf que justement dans ce chapitre 10 de saint Jean, au verset suivant, Jésus dit : « Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » Le vrai berger, le seul pasteur, ce n’est donc pas nous, mais un autre, le Christ de la croix et de Pâques.

La preuve : Pierre, à qui le Seigneur Jésus avait dit au soir de la résurrection : « Sois le berger de mes agneaux, sois le berger de mes brebis », c’est le même qui écrit, sans doute depuis Rome : « Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous. » Pas lui, Pierre, mais le Christ ressuscité évidemment. Pas ses brebis à lui Pierre, mais celles de Jésus.

Et voilà qui situe mieux tous nos efforts de pastorale. Pas pour les rendre suspects par principe, car finalement la pastorale est peut-être ce que nous pouvons faire de mieux dans l’esprit de l’évangile et dans la communion de l’Eglise et des Eglises. A une condition cependant : que nous nous mettions au service de l’unique bon pasteur et non pas à notre compte, dans la boutique de notre petit enclos personnel.

Donc oui à la pastorale, mais celle du pasteur que Dieu nous a envoyé, nous a révélé et finalement nous a donné dans un grand geste d’amour, jusqu’à la croix, jusqu’au cœur ouvert par la lance, jusqu’au tombeau vide parce qu’il est ressuscité, vivant, présent au milieu de nous et en nous. Qui dit mieux ?

Peut-on entrer dans quelque détail, sans avoir l’air d’être meilleur que les autres ni leur faire la leçon ?

* Entrer dans la bergerie par la porte, c’est frapper à la conscience de chaque humain avec la douceur de l’amour, et non pas la contrainte de la force ou de la propagande.

* Proposer la foi, l’offrir humblement, et non pas l’imposer.

* Ouvrir la porte en nous souvenant de ce que le pape François – qui a certes reçu une haute mission pastorale – vient de rappeler : « L’Eglise n’est pas une douane, mais la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile. » (La joie de l’évangile no 47).

Dans nos responsabilités pastorales, quelles qu’elles soient – depuis les évêques jusqu’aux laïcs, aux religieux et religieuses, en passant par les prêtres et pasteurs, sans oublier les diacres – nous mettons nos yeux, nos oreilles, notre voix, nos mains, nos pieds et tout le reste au service d’un évangile qui nous vient d’un autre, tellement plus important que nous.

Il nous adresse à tous une « bonne nouvelle » et non pas une volée de bois vert soit disant évangélique, même si nous avons tous à nous laisser convertir, dans le micro-onde de la miséricorde.

Les verts pâturages du psaume sont encore là, dans le jardin de Pâques, près de la fontaine du baptême. Il y a le pain savoureux de la parole de Dieu, il y a le festin goûteux de l’eucharistie, il y a le bon air de l’Esprit Saint qui souffle où il veut, pour nous faire gambader comme des agneaux dans l’ambiance libérée du Dieu-Amour.

Et si nous sommes un troupeau, dans la communion de l’Eglise, ce n’est pas pour devenir des moutons bêlants et dociles, mais des frères et sœurs solidaires, attentifs aux plus faibles et aux plus pauvres, dans le seul but de favoriser la vie et le bonheur partagé le plus largement possible, y compris avec celles et ceux qui sont différents de nous, qui ne sont peut-être même pas de notre bergerie.

Telle est la belle aventure de la transhumance chrétienne, avec le bon pasteur à notre tête, y compris dans l’hiver du monde, parce que nous nous savons sauvés, surtout lorsque nous nous égarons comme des brebis perdues, puisqu’il vient toujours à notre recherche afin « qu’il y ait un seul troupeau et un seul pasteur. »

Celui qui conclut ainsi : « Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance. »»

4e dimanche de Pâques

Lectures bibliques : Actes 2, 14a.36-41 ; Psaume 22 ; 1 Pierre 2, 20b-25 ; Jean 10, 1-10

Homélie du 04 mai 2014

Prédicateur : Chanoine Antoine Salina
Date : 04 mai 2014
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Frères et sœurs, nous venons d’entendre un évangile qui nous est familier dont nous allons essayer de souligner quelques aspects :

Trois jours après la Résurrection, deux disciples sont en marche vers Emmaüs, à proximité de Jérusalem. Ils sont encore pleins de la violence des événements de la Passion.

Essayons de nous mettre à leur place ; alors même que nous avons reçu les écrits des Actes des Apôtres et les témoignages des Ecritures, les disciples n’ont à l’esprit que les derniers instants de la Vie de Notre Seigneur ; il leur reste à imaginer le tombeau vide auprès duquel quelques femmes de leur groupe leur ont dit avoir été l’objet d’une surprenante manifestation : ” des anges qui disaient qu’Il est vivant “.

Nos deux voyageurs ont partagé le quotidien du Christ parmi les hommes. Ils ont mis leur confiance et leur espérance entre ses mains – ils y ont cru – et puis, témoins de sa passion, ils n’ont pas eu le courage de s’approcher de la Croix.

Cela explique que, à ce stade du récit, ils n’arrivent pas encore à faire le lien entre le tombeau vide et la promesse que leur avait faite le Christ, dont nous savons peut-être mieux qu’eux à ce moment-là, qu’il est vainqueur de la mort ; c’est un peu comme la fin d’une symphonie qui s’étire, le brusque relâchement d’une tension , un crépuscule.

Le récit des Saintes Femmes aurait dû les remplir d’une frémissante attente, comme plus tard l’Espérance, conjuguée à l’action de l’Esprit-Saint, remplira les Apôtres d’un courage missionnaire.

Nous savons, nous qui lisons ce récit, avant même les disciples, que c’est le Christ qui leur parle, et qu’il est celui auquel leur cœur aspire ; nous aurions à notre tour envie de leur dire : ” regardez, écoutez, Il est là avec vous et vous n’arrivez pas encore à croire ? ”

Ils se mettent à entendre puis à écouter l’inconnu, mais n’arrivent pas encore à faire le lien entre Moïse, les Saintes Ecritures, les prophètes et ce récit des Saintes Femmes.

Ce discours ne semble pas encore pouvoir raviver leur Espérance en deuil ; cependant les mots font leur chemin, petit à petit leur cœur se prépare. Et, le soir venu, selon les lois de l’hospitalité, les disciples invitent l’étrange voyageur à leur table.

Et c’est le miracle du pain rompu , du vin partagé ! les gestes de Jésus leur ouvrent les yeux et le cœur – la symphonie n’était donc pas terminée – dans un mouvement extraordinaire, la musique rebondit, le Ciel s’éclaire, la Pâque fait irruption dans l’univers des disciples.

Tout ce qu’ils ont traversé d’épreuves à la suite du Christ prend soudain un sens et comme nous, ils sont prêts à entendre ces paroles que prononcera Pierre à Jérusalem au jour de la Pentecôte :

« oui mon cœur est dans l’allégresse, ma langue chante de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’Espérance ; Tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton fidèle connaître la corruption – Tu m’as montré le chemin de la Vie, Tu me rempliras d’allégresse par Ta présence ».

Frères et Sœurs, nous croyons connaître tout l’histoire et son dénouement ; mais ce récit des disciples d’Emmaüs nous interpelle aussi et nous invite, à notre tour, à nous laisser toucher au plus profond de nous-mêmes par la grande nouvelle de la Résurrection.

Ce récit est construit sur le modèle de nos eucharisties où la Parole nous prépare, par le cœur et l’intelligence, à entrer dans le partage du corps et du sang de notre Seigneur.

Il s’agit, pour nous aussi, d’étayer nos trop fragiles certitudes.

Nos assemblées sont construites sur la Pâque et c’est dans la mort et le résurrection du Christ que nous sommes baptisés. Chrétiens, sommes-nous prêts à nous laisser bousculer par la Bonne Nouvelle ?

Quand nous lisons les exploits des premiers disciples, la rapide progression du message évangélique, nous nous laissons impressionner par ces événements ; mais il ne faut pas oublier que cet élan, qui est celui de l’Eglise de tous les temps, se reçoit du Christ lui-même ;

c’est Lui qui – comme dans le récit d’Emmaüs – a l’initiative.

Il nous est demandé, à l’instar des Apôtres, de nous laisser rejoindre et revêtir par la Grâce à laquelle nous sommes invités à nous conformer ; ce n’est pas nous qui rendons avant tout l’Eglise vivante, c’est le Christ !

Voilà, Frères et Sœurs, toute cette multitude de témoins qui nous précèdent, marqués du signe de la foi – les deux disciples au départ pouvaient évoquer ce que nous sommes parfois, dans nos doutes et nos fatigues, marqués par un monde si tourmenté.

De même que leurs yeux se sont ouverts et qu’ils ont reconnu le Christ vivant, nous sommes également invités à suivre le même chemin ; il s’agit de laisser le Christ entrer en nous , de répondre à cette exhortation qu’il fit aux apôtres : ” N’ayez pas peur “.

Frères et Sœurs, si nous participons parfois sans conviction à nos eucharisties dominicales, ne s’agit-t-il pas pour nous de nous demander en profondeur la signification de ce que nous sommes en train de vivre ?

Nous célébrons le Christ vivant qui nous donne ou nous redonne vie ; considérons que chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, c’est la Pâque qui est actualisée.

En Jean XXIII et Jean-Paul II, l’Eglise a célébré dimanche passé, deux infatigables pasteurs qui ont cru en la modernité du message pascal et ont voulu qu’il soit porté aux confins de la Terre.

Ces saints, que l’Eglise propose à notre vénération, ne sont pas des idéaux inaccessibles, mais bien plutôt des exemples vivants de ce à quoi nous sommes tous invités : témoigner dans tout ce que nous sommes, faisons et disons, que la Vie triomphe de la Mort.

Pour cela il convient que notre cœur soit brûlant comme celui des disciples alors qu’ils écoutaient notre Seigneur – préparons-nous ensemble à accueillir l’Esprit de Pentecôte – ainsi la symphonie n’est pas achevée !»

3e dimanche de Pâques

Lectures bibliques : Actes 2, 14.22-33 ; 1 Pierre 1, 17-21 ; Luc 24, 13-35