Homélie du 12 juin 2011

Prédicateur : Père Albert Buter
Date : 12 juin 2011
Lieu : Eglise St-Boniface, Leeuwarden, Pays-Bas
Type : tv

Qui ne rêve pas d’un jour ne plus avoir peur de faire les choses qu’il a depuis longtemps eu l’envie de faire, mais pour lesquelles il a manqué de courage? Qui est pris dans l’ornière de la vie de chaque jour et aimerait avoir plus d’enthousiasme pour apporter davantage de joie dans ses activités quotidiennes ? Qui ne souhaiterait être plus inspiré et ouvert à ce que Dieu attend de lui ?

Aujourd’hui c’est le jour de l’Esprit Saint, le jour où cela pourrait débuter. Les lectures de ce jour nous y engage pleinement.

Aussi bien dans les Actes des Apôtres que dans l’Évangile selon Saint Jean, on dit que l’Esprit de Dieu descend sur les disciples.

D’une certaine manière, les disciples sont prisonniers d’eux-mêmes. Dans l’Évangile de Jean, ils ont peur de la méchanceté du monde extérieur, et n’osent pas s’y montrer. Dans les Actes, ils viennent de choisir un douzième apôtre, Matthieu, qui doit suivre Judas.

Disons qu’il s’agit là de ce que nous appellerions les « affaires internes » de l’église.

Là intervient l’Esprit Saint. Jésus apparaît à ses disciples, sans être gêné par les épaisses portes. Il se trouve au milieu d’eux. Le doux souffle de Dieu se répand sur les disciples. Et subitement l’Esprit se manifeste dans un vacarme, comme si un vent très fort soufflait, avec des langues de feu.

C’est le signe pour les disciples de changer d’attitude. Ils doivent se surmonter et sortir. D’un coup, ils peuvent aller de par le monde. Le monde entier entendra ce qu’ils ont à raconter.

L’Esprit Saint nous sort de notre zone de confort : là où tout est confortable, sûr et connu…

L’importance de la Pentecôte est que l’Esprit Saint nous permet de témoigner, de proclamer, de pardonner et d’apporter la paix, pour en somme poursuivre la mission de Jésus dans nos vies. Comme Paul l’écrit, « La révélation de l’Esprit nous est communiquée en vue du bien-être de tous ».

Au baptême de Jésus dans le Jourdain, l’Esprit Saint est descendu sur Lui. A partir de ce jour là, Il rassembla des disciples autour de Lui, Il parla de droit et de justice, et annonça l’arrivée du Royaume de Dieu. Son discours était novateur. Il atteignait les gens littéralement et au figuré. Et à la fin de sa vie, Il rendit l’Esprit.

Et quoique, parfois, nous tenions portes et fenêtres fermées, par crainte de…de quoi, en fait ? l’Esprit ne nous laissera pas impassible. Nous pouvons chanter « Venez Esprit Saint », mais osons-nous laisser entrer l’Esprit ? Osons-nous admettre que depuis le début Dieu est le Créateur du ciel et de la terre ? Car la création n’est pas terminée. Chaque jour, Dieu trace de nouvelles routes. Il reste en lien avec sa création et c’est la raison pour laquelle nous pouvons chanter, avec les mots du psaume 104 : ” Envoyez votre Esprit afin que renaisse la vie et que votre création se renouvelle.”

Ainsi nous aussi devenons des hommes nouveaux, atteint par l’Esprit avec lequel nous ne formons qu’un seul corps. L’Esprit Saint nous ouvrira de nouveaux horizons, nous donnera de nouvelles chances et possibilités. L’Esprit nous consolera et nous aidera lorsque nous rencontrerons des difficultés. A nous tous, je souhaite que cela nous donne le courage de poursuivre le chemin qui nous est indiqué par Jésus.

“Esprit créateur, Esprit de consolation, Esprit de libération, viens et réjouis notre cœur”, pour le bien-être de tous. Amen

Lectures bibliques : Actes 2, 1-11; 1 Corinthiens 12, 3-13; Jean 20, 19-23

Homélie du 05 juin 2011

Prédicateur : Chanoine Jean-Paul Amoos
Date : 05 juin 2011
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Mes sœurs, mes frères, chers auditeurs,

Vous connaissez peut-être cette merveilleuse histoire d’une prière en famille : une fillette avec papa et maman.

La journée s’achève, il est temps d’aller au lit. Près de l’espace de prière la petite commence :

Bonsoir Marie, bonsoir Jésus…

Je t’aime Marie, je t’aime Jésus…

puis se tournant vers le papa… et toi papa, tu ne dis rien ?

Si, dit le papa et il commence : bénissez la famille, bénissez nos amis…

Non, pas comme ça dit la fillette…

Alors qu’est-ce que je dis ?

Tu dis d’abord bonsoir… Merci ma petite.

Bonsoir Marie, bénissez la famille…

Non ! c’est pas ça… tu leur dis d’abord que maintenant tu les aimes…

Bonsoir Marie, bonsoir Jésus, je vous aime… (craignant encore une erreur, le papa s’arrête là).

Mais sa petite fille continue, maintenant papa, tu peux leur dire tout ce que tu veux…

La prière est un état, un temps de relation, de conversation avec le Seigneur, une conversation qui se prépare.

L’histoire de la prière en famille que nous venons d’évoquer peut nous aider à entrer dans la merveilleuse prière extraite du chapitre 17 de l’Evangile de saint Jean. Celle-ci n’est pas seulement une effusion du Coeur de Jésus devant son Père, elle est aussi la plus intime durant laquelle le Fils offre à ses apôtres d’assister à sa conversation toute filiale et confiante avec son Père. Là ils apprendront combien ils lui sont chers. Au cœur de cette prière sacerdotale, Jésus prêtre prépare le don de sa vie pour la gloire du Père et le salut du monde.

On peut retenir trois aspects fondamentaux de cette prière :

premièrement, qu’elle est décentrée, toute tournée vers le Père,

deuxièmement, qu’elle est engagée, au service d’une mission,

troisièmement, que c’est une prière aimante pour tous ceux qui lui sont confiés.

Comme la fillette qui disait bonsoir à Jésus et à Marie, Jésus, débute sa prière, les yeux tournés vers le Père. Il est frappant de découvrir dans l’Évangile cette attitude constante de Jésus qui se tourne vers le Père, ce Père qu’il appelle d’ailleurs « Abba »; « Papa » ce Père dont il parle avec tendresse.

Le chrétien qui prie est invité lui aussi à se tourner vers le Père, car le chrétien a un Code de nationalité bien précis, il est Fils de Dieu. Dans sa prière, il est invité à activer cette relation : père – fils. Conscient de cet amour échangé, le chrétien ne peut reléguer Dieu au rayon de l’accessoire, au casier du superflu… La prière est le fruit d’une relation. Prier, c’est se décentrer. La prière doit se décentrer jusqu’à murmurer : “Père, je te rends grâce, parce que tu es Dieu”.

Si la prière de Jésus est une prière décentrée, elle est aussi une prière engagée.

“Père glorifie ton Fils, afin que ton Fils Te glorifie”.

A première vue, on pourrait croire, que la prière du Christ est intéressée… Non, Jésus ne demande aucun vedettariat…

“Glorifie-moi”, veut dire : “donne-moi de réaliser ma mission de Sauveur… donne-moi le courage de monter sur cette Croix, où je serai de fait glorifié, exalté, à la face du monde, mais à quel prix ! Donne-moi de réaliser ton plan de salut pour l’humanité. La réussite de ma mission sera Ta glorification, cette gloire que le monde ignore, mais que moi je connais.

Le chrétien est invité à la prière pour réussir sa vie selon le rêve de Dieu… pour réaliser pleinement sa vocation de père, de mère, d’époux, de malade…

Comme nous aimerions que Dieu soit fier de nous… fier de ses enfants adoptifs, comme il le fut de son Fils, le Christ…

La prière du Christ est une prière décentrée, une prière engagée, une prière aimante pour tous ceux qui lui sont confiés.

“Je prie pour eux; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés”.

Avant de mourir, le Christ prie avec une infinie tendresse pour ses apôtres qui ont répondu à son appel. Père, tu me les as confiés, je m’en sens responsable, ne permets pas qu’ils se perdent. Je prie pour qu’ils ne soient pas du monde, mais qu’ils soient au coeur du monde, pour y faire germer Ton amour.

Le Christ prie pour nous aussi… qui, a notre humble place, continuons l’oeuvre des apôtres et transmettons le message évangélique. Prière bouleversante si nous la relisons lentement, en pensant que nous étions et que nous sommes dans sa prière.

Prions comme lui pour tous ceux qui nous sont confiés.

Saint Jean Chrysostome disait : “Prier pour soi-même, est un instinct de nature; prier pour les autres est un instinct de grâce”.

Demandons cet instinct de grâce en cette semaine qui nous prépare à la Pentecôte, retirons-nous dans notre cénacle intérieur. En relisant cet Évangile du 7ème dimanche, regardons prier Jésus et disons comme le curé d’Ars : “Lorsque je prie, je me représente Jésus priant son Père “.»

Lectures bibliques : Actes 1, 12-14; 1 Pierre 4, 13-16; Jean 17, 1-11

Homélie du 02 juin 2011

Prédicateur : Abbé Yves Cornu
Date : 02 juin 2011
Lieu : Eglise St-Nicolas de Myre, Cheyres
Type : radio

Je voudrais vous emmener pour un petit voyage ascensionnel dans les hauts de notre village de Cheyres : il s’y trouve dans la forêt et la pente de molasse, un charmant oratoire nommé Bonnefontaine. Comme son nom l’indique, il y coule une eau bonne… Nos ancêtres y sont allés depuis longtemps en pèlerinage et encore maintenant, il est rare qu’il n’y ait pas un lumignon allumé : signe d’une présence, d’un passage, d’une prière.

Ce lieu attire par son aspect bucolique. Mais c’est davantage que cela. C’est l’un des rares lieux en Suisse romande dont la tradition véhicule une apparition de Marie. Marie y serait apparue avec un bouleau blanc derrière elle et des roses et des œillets à ses pieds. Nous sommes alors en 1636 : les réfugiés affluent de la Franche-Comté en pleine guerre qui fera en 10 ans 200’000 morts selon les estimations les plus basses. De surcroît, la famine et la peste s’en mêlent. Le village de Cheyres, plein de réfugiés, va quadrupler voire quintupler sa population. Un commentateur de l’époque dit que dans les villages alentour, c’est la même affluence.

Dans ce contexte de peste et de détresse, des miracles se produisent… c’est Lourdes avant la lettre : l’eau miraculeuse de Bonnefontaine fait connaître assez loin sa bonne vertu.

Nous avons oublié ce drame humanitaire mais l’actualité contemporaine en ex-Yougoslavie avec Medjugorje, ou le génocide au Rwanda en 1994, avec les apparitions de Marie à Kibeho, peuvent être des points de comparaison. Malheureux points de comparaison mais où la grâce de Dieu s’est faite prévenante dans la folie des hommes. Ici à Bonnefontaine beaucoup ignorent le drame qui s’est produit et c’est bien… mais curieusement, Marie continue à dispenser ses bienfaits, au goutte à goutte…

Je pense à ce malade atteint mortellement dans la vitalité de ses poumons, qui montait régulièrement depuis le village de Cheyres pour y faire sa prière. L’effort de la marche à la montée, le souffle court… Respirer à Bonnefontaine, c’était déjà s’habituer à l’air de l’éternité. Le christianisme, c’est cela : s’habituer à Dieu.

J’aime saint Irénée de Lyon chez qui fréquemment il y a cette idée que Dieu s’habitue à l’homme et que l’homme doit s’habituer à Dieu. L’Ascension du Christ nous propose un Christ qui s’absente montant à la droite du Père. Dans cette absence exaltée, il nous promet ici bas un autre lui-même : l’Esprit Saint. Dieu continue à descendre chez les hommes d’une manière plus partagée, plus universelle…

Nous sommes bien dans une période de l’histoire et de l’histoire de l’Eglise où cette universalité est un défi. La planète village nous rapporte son actualité tonitruante à laquelle nous assistons avec impuissance et en proie à un appétit démesuré de nécessaire salut. Un salut qui s’exprime différemment dans nos religions ce qui tend encore à nous opposer…

Les murs qui nous séparent ne montent pas jusqu’à Dieu. Serait-il possible de les faire tomber en creusant sous leur fondation… Je m’explique : à Bonnefontaine, il y a une nature merveilleuse, de l’eau, de la roche qui s’effrite en grottes, ce sont les Crottes de Cheyres, lieu de passage entre Cheyres et Font le village voisin. C’est un passage difficile, nous avons dû l’apprivoiser…

Plus haut encore on y a retrouvé quelques sépultures de la préhistoire. Les villages lacustres des manuels d’histoire de notre enfance ne sont pas loin non plus. L’eau et la terre se mélangent ici plus qu’ailleurs. Creuser les soubassements, c’est retrouver la mentalité de l’homme dit « primitif » qui ensevelissait ses morts en positon fœtale dans le sol : la terre – mère qui a donné la faune et la flore saura bien redonner vie à cette personne chère qu’on lui confie.

C’est cela Bonnefontaine : des symboles anciens qui parlent toujours au cœur de l’homme. La Sainte Vierge a-t-elle pris ici le relais d’un culte d’une divinité liée à la source, à la terre ? Nous ne savons, mais il y a une permanence des symboles qui parle à l’âme.

Je crois que Dieu descend dans ces repères-là. Ils sont cette lumière qui sécurise l’enfant dans le noir.

L’universel est l’enjeu de la nouvelle évangélisation. Cela peut faire peur.

Nos églises se vident, nos contrées se déchristianisent : les jeunes cherchent au-delà de nos références chrétiennes.

Sauront-ils redescendre plutôt que de monter dans la nuée interdite par les anges ? Il y a toutes sortes d’ascensions qui se situent entre les plaisirs mondains et l’échelle sociale qui fait grimper les plus forts. A ce jeu beaucoup perdent l’équilibre et quand ils ne sombrent pas.

A Bonnefontaine, à lire son Evangile d’eau et de verdure, nous nous reposons : la fraîcheur de l’endroit me fait penser à ces jeunes foyers qui me disent leur non pratique religieuse lorsqu’ils présentent leurs enfants au baptême.

« C’est vrai, Monsieur l’Abbé, nous n’allons pas à la messe, mais lorsque nous nous arrêtons dans nos promenades dominicales en famille, nous avons le sentiment que Dieu habite la création en contemplant autour de nous ».

Le Dieu Père et créateur qui accueille Jésus le jour de l’Ascension. Cela pourrait-il nous parler d’une Eglise qui accueille la foi de ces jeunes foyers plutôt que la leur inculquer. Nous pensions fixer notre regard sur ce Jésus – Eglise qui monte vers les nuées par un passage unique. Dieu nous le redonne en Esprit Saint partout où il nous devance.

C’est frappant, la nouvelle évangélisation : le nouveau et l’ancien qui se rencontrent. Nous continuons à proposer Jésus à ce monde qui semble peu en vouloir. Le monde continue à nous dire sa foi dans les réalités simples de la vie.

Voyez ce Jésus de l’Evangile dire à ce lépreux qui revient vers lui : « Va ta foi t’a sauvé ». Jésus aurait pu affirmer sa toute puissance de Fils de Dieu qui change les cœurs… Non, c’est la foi de ce malade, sa foi à lui, qui l’a sauvé. Quelle révolution « copernicienne » : ce n’est plus à nous de dire notre foi, c’est le monde qui la contient et la révèle. Jésus tu étais là et je ne le savais pas… à Auschwitz dans ce camp de concentration, à Srebrenica parmi ces victimes musulmanes, à Bonnefontaine dans cette eau qui chante l’humanité humblement croyante au goutte à goutte.»

Lectures bibliques : Actes 1, 1-11; Ephésiens 1, 17-23; Matthieu 28, 16-20

Homélie du 02 June 2011

Prédicateur : Mgr Bernard Barsi, archevêque
Date : 02 June 2011
Lieu : Cathédrale de Monaco
Type : tv

L’évènement de l’Ascension que nous célébrons aujourd’hui a été annoncé, dès le matin de Pâques par Jésus lui-même. Marie-Madeleine pleure devant le tombeau vide, elle est persuadée que quelqu’un a enlevé le corps de son Maître et Seigneur. Jésus ressuscité se manifeste à elle, l’appelle et lui confie la mission d’aller trouver les disciples pour leur dire qu’il monte vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu (cf. Jean 20,17).

Pendant quarante jours après sa résurrection, Jésus s’est montré vivant à des témoins que Dieu avait choisis. Les apôtres et les disciples ont mangé et bu avec le Ressuscité, faisant ainsi l’expérience de sa nouvelle présence. En montant vers son Père et son Dieu, Jésus réalise le grand mystère du salut de l’humanité : Lui, le Fils de Dieu, s’est abaissé en prenant la condition de serviteur, obéissant jusqu’à la mort de la croix, mais Dieu l’a élevé au-dessus de tout. Dieu par sa puissance d’amour a fait de lui le Chef, le Sauveur, la tête de l’Eglise.

Avec les apôtres, ces hommes de Galilée qui restent là à regarder vers le ciel, prenons un instant pour contempler la gloire du Christ Ressuscité que la préface de cette messe nous invite à chanter : Jésus, Fils unique de Dieu, vainqueur du péché et de la mort offre sa vie pour nous. Jésus Rédempteur a tout pouvoir au ciel et sur la terre.

Jésus notre médiateur auprès du Père : « en dehors de lui, il n’y a pas de salut. Et son Nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver » (Actes 4,12). Jésus nous dispense son esprit de force, le Saint-Esprit. Jésus est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Il est l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin (cf. Apocalypse 22,13). Jésus, le Juge du monde reviendra à la fin des temps comme Roi de lumière, de paix et d’amour.

Contempler le Christ Ressuscité entré dans la gloire du ciel, c’est croire qu’un jour, à notre tour nous le rejoindrons auprès du Père, auprès de notre Dieu. Ainsi, la fête de l’Ascension nous révèle la vocation surnaturelle, la destinée de l’homme qui est appelé à une plénitude de vie qui va bien au-delà de son existence sur terre, puisqu’elle est participation à la vie divine. Le Christ élevé dans la gloire entraîne l’humanité dans sa communion avec Dieu.

L’Ascension du Seigneur met en nos cœurs l’espérance d’être pour toujours avec Dieu, elle nous dévoile la grandeur et le prix de toute vie humaine.

Contempler la gloire du Christ Ressuscité serait-ce s’évader de notre condition humaine ? Bien au contraire, Jésus nous renvoie toujours vers les autres. « Tu vois ton frère, tu vois ton Dieu ! » disait Clément d’Alexandrie aux premiers siècles du christianisme. Si au jour de l’Ascension, les disciples ont été tentés de rester les yeux fixés vers la nuée du ciel pour y discerner la présence du Seigneur, des messagers de Dieu sont venus leur rappeler l’ordre de Jésus : « allez donc ! ». Les apôtres ne fuient pas de ce monde où Dieu les a placés, ils partent jusqu’aux extrémités de la terre pour annoncer à toutes les nations la Parole de Dieu, les baptiser et bâtir l’Eglise du Christ. Leur tâche est immense mais ils ne sont pas seuls, Jésus ne les abandonne pas, il est avec eux, il les comble de son Esprit Saint. A notre tour, nous sommes engagés, au milieu du monde, dans la mission de l’Eglise. Avec la force de l’Esprit et en union avec nos frères et sœurs chrétiens, animés par l’espérance de rejoindre le Christ, nous annonçons et vivons l’Evangile. Nous cherchons à aimer et à servir notre prochain, nous souvenant des paroles de Jésus : « ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25,40). Ensemble, nous désirons construire la civilisation de l’amour à laquelle le Bienheureux Pape Jean-Paul II était si attaché.

Ce jour de l’Ascension du Seigneur est un jour de joie. Avec le Christ Jésus exalté dans la gloire de Dieu son Père nous distinguons le but ultime de notre existence humaine : être pour toujours dans la communion d’amour du Dieu Trinité, Père, Fils et Saint Esprit. A la suite des Apôtres, nous sommes envoyés vers nos frères comme témoins de la Bonne Nouvelle du Christ. Que l’eucharistie partagée en Eglise, soit le pain et le vin de notre route, notre force et notre fidélité, la réalisation de l’espérance d’être pour toujours unis à Dieu.»

Lectures bibliques : Actes 1, 1-11; Ephésiens 1, 17-23; Matthieu 28, 16-20

Homélie du 29 mai 2011

Prédicateur : Abbé Canisius Oberson
Date : 29 mai 2011
Lieu : Eglise du Bon Pasteur, les Geneveys-sur-Coffrane
Type : radio

« En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous ». Ce jour-là, c’est aujourd’hui, pour tous les chrétiens qui accueillent le Christ en eux. Les disciples du Christ vivent en effet en communion avec lui, en communion avec le Père, et en communion entre eux. Et ils sont appelés à rayonner l’amour de Dieu à la terre entière, selon son commandement.

Tout cela est bien beau, me direz-vous, mais qu’est-ce que cela veut dire concrètement dans nos vies ?

Être dans le Christ, en Dieu, cela ne veut souvent plus dire grand-chose à nos contemporains, occupés à cent activités toutes plus brillantes et intéressantes les unes que les autres. Il suffit de penser à la place des nouvelles technologies et du monde virtuel qui s’ouvre quasi à l’infini quand on tapote sur un clavier d’ordinateur ou de téléphone portable. Et puis parfois par la faute des chrétiens eux-mêmes, le langage de la foi s’est codifié dans les mots compliqués des philosophes et des théologiens, au point de devenir obscur. Le résultat, c’est qu’on ne sait plus très bien ce que veut dire être chrétien, et l’on croit qu’il suffit de croire que Dieu existe pour l’être. C’est Louis de Funès qui, à ma connaissance, a dit de la plus belle manière ce que veut dire être dans le Christ et en Dieu, quand il disait du Christ qu’il était pour lui le compagnon radieux de ses jours. Être en Dieu, être dans le Christ, c’est laisser du temps à Dieu dans notre vie, c’est y laisser du temps pour l’évangile, pour la prière, pour qu’ils transforment peu à peu notre manière d’être et de penser.

Cette nouvelle manière d’être, c’est celle qui consiste à être fidèle à ses commandements, comme dit Jésus, les commandements qui se résument à l’amour de Dieu et du prochain. Il s’agit d’un commandement, parce que l’amour ne va pas de soi. Il ne se résume pas au sentiment amoureux, comme on aurait parfois tendance à le croire. Il est la mesure de tout, il place les autres à pied d’égalité et de dignité, il rend le témoin du Christ doux et respectueux, comme dit l’apôtre Paul.

Le champ d’activité de notre amour est en réalité gigantesque. Il commence bien sûr chez nos proches, que nous n’aurons jamais fini d’apprendre à aimer comme le Christ les aime. Mais il y a aussi un esprit d’amour à insuffler partout dans nos relations sociales et dans la manière dont s’organise notre société. Il me semble que les « indignés » de la Plaza del Sol de Madrid et d’ailleurs en Espagne et en Grèce, adressent au monde un message important : la vie sociale ne peut pas s’organiser, simplement en mettant en concurrence les individus, les entreprises, les assurances sociales et la fiscalité entre les pays du monde. Si le pays le plus merveilleux devient celui où il y a le moins de protection sociale et le moins d’impôt, alors les pauvres et les plus faibles paient la note du déficit d’humanité. Personne ne peut être heureux tout seul. Nous avons besoin les uns des autres, besoin que les autres soient heureux, pour que nous puissions l’être nous-mêmes. Pour humaniser le monde, la concurrence doit s’effacer devant la collaboration et la solidarité. Nos visions du monde doivent passer par la lorgnette de l’amour des autres, cette lorgnette qui se règle sur l’évangile du Christ.

« Vous êtes un doux rêveur », me direz-vous ! Mais n’est-ce pas justement le rêve qui manque aujourd’hui à tant de personnes, et l’évangile n’est-il pas à même d’ouvrir à notre monde un autre horizon que celui d’une croissance destructrice du don que Dieu nous fait de sa création ?

Le Défenseur, l’Esprit de vérité, il nous revient en premier à nous, chrétiens, de le demander, de l’accueillir, tout particulièrement à l’approche de la Pentecôte, pour que se réalise notre vocation à être les ardents défenseurs de la dignité des humains. Simplement parce que tous sont aimés de Dieu, parce Dieu est en eux, et que nous sommes appelés à former avec eux tous la grande famille des enfants de Dieu, dans laquelle personne n’est orphelin. – Amen.»

Lectures bibliques : Actes 8, 5-8. 14-17; 1 Pierre 3, 15-18; Jean 14, 15-21

Homélie du 22 mai 2011

Prédicateur : Abbé Canisius Oberson
Date : 22 mai 2011
Lieu : Eglise du Bon Pasteur, les Geneveys-sur-Coffrane
Type : radio

Chers amis rassemblés dans cette église, et vous qui nous écoutez à la radio, nous aimerions sans doute bien rencontrer un jour Jésus et lui dire : « Montre-nous le Père », c’est-à-dire montre-nous Dieu. Pour essayer de trouver Dieu, des gens passent leur vie à réfléchir. D’autres partent à l’autre bout du monde, ils vont parler avec des sages de l’Inde ou d’ailleurs, en espérant que la petite lampe s’allume enfin en eux et qu’ils puissent dire : Euréka, j’ai trouvé Dieu ! J’ai connu un vieil homme qui est venu me trouver et qui pleurait en me disant : comme j’aimerais croire en Dieu, comme je vous envie d’être croyant, mais je ne le peux pas !

À Philippe qui était un peu bouché, Jésus dit : « Celui qui me voit, voit le Père ». Pour voir Dieu, il faut donc voir Jésus, le fréquenter, en faire un compagnon de route, un guide, un ami. Et Jésus qui nous dit Dieu, c’est un gaillard étonnant. Il vivait dans une liberté extraordinaire. Sa boussole, c’était l’amour qu’il avait pour son Père, et l’amour qu’il avait pour tous. Quand des gens étaient rejetés, mis de côté, lui faisait exprès d’aller vers eux, parce qu’il savait que Dieu son Père les aimait. C’est pour ça qu’il allait vers les lépreux, qu’il mangeait avec les gens peu recommandables, au grand scandale des bien-pensants. Il pardonnait aux pécheurs, et pour lui les gens étaient plus importants que les lois. En agissant ainsi, Jésus voulait dire : voilà mon Dieu, voilà votre Dieu, c’est ainsi qu’il vous regarde, vous pardonne, vous aime ! Pour aller vers ce Dieu-là, « je suis le chemin, la vérité et la vie ». Alors, inutile de faire de grandes théories sur Dieu, « regardez-moi, écoutez-moi et suivez-moi », veut dire Jésus. C’est ce que nous faisons lorsque nous ouvrons un évangile, seuls ou avec d’autres, au catéchisme ou en famille.

Mais il faut encore ajouter ceci : Jésus n’est pas une pièce de musée qu’on va visiter dans l’évangile ou à l’église. Il est ressuscité, vivant, Pâques nous le rappelle. Son ciel, ce ne sont pas les nuages et le vide intersidéral ; non, son ciel, c’est nous, c’est les humains qui peuplent le monde entier. Nous sommes des « pierres vivantes » du nouveau temple où Jésus habite. Ce qui veut dire que Jésus et Dieu son Père, nous en trouvons l’image vivante sur nos visages d’humanité ; sur vos visages réjouis d’enfants, sur le visage de vos parents, de vos frères et de vos sœurs, mais aussi sur le visage des malades, des vieillards, des personnes handicapées, des étrangers, des foules de pauvres et d’affamés de notre planète.

Quand on a une fois réalisé que nous sommes la demeure de Dieu, alors on sait aussi qu’on ne peut plus se contenter de prier et de lire l’évangile pour être une pierre vivante, même si c’est très important. Alors, quoi faire ? Avant toute chose, j’ai envie de dire : nous laisser toucher, nous laisser aimer par les autres, nos voisins comme les réfugiés qui nous appellent à nos frontières, les pauvres et ceux qui ne comptent pas, ces handicapés à qui on voudrait encore diminuer leur rente parce que les plus riches ne veulent pas partager. Les regarder, ces pauvres, comme on contemple Jésus donnant sa vie pour nous sur la croix, pour accueillir le cœur d’humanité qui bat en chacun d’eux. Voilà la première étape, qui nous permettra de rayonner l’amour de Jésus pour la seconde étape, celle de l’amour donné, précisément, qui passe par le respect de la dignité de chacun, par la compassion et le partage dans la justice.

Vous l’avez ainsi compris : on ne peut pas voir Jésus et Dieu sans voir les autres. Et si l’on regarde bien au fond du cœur des humains, on ne peut pas les voir sans voir Dieu. C’est ainsi que, chrétiens, nous cheminons vers Dieu avec Jésus, en donnant la main aux foules de ce monde que Dieu aime. – Amen.»

Lectures bibliques : Actes 6, 1-7; 1 Pierre 2, 4-9; Jean 14, 1-12

Homélie du 15 mai 2011

Prédicateur : Chanoine Alexandre Ineichen
Date : 15 mai 2011
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Journée mondiale de prière pour les vocations religieuses et sacerdotales

De ce passage de l’Evangile de saint Jean, chers frères et sœurs, j’aimerais vous proposer trois éléments qui en sont issus : la porte, les brebis et le pasteur. Ils seront un moyen sûr pour essayer d’approfondir le mystère de l’Eglise et pour mieux comprendre l’articulation entre le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel, thème essentiel en cette journée mondiale de prière pour les vocations religieuses et sacerdotales.

Commençons donc avec la porte, objet usuel s’il en est, qui sert d’ouverture à un endroit clos, mais aussi qui le protège d’une intrusion. La porte est ce qui empêche le voleur ou le bandit d’entrer là où il n’a pas à être. D’ailleurs, Jésus dit bien que trouvant la porte close, le voleur, le mercenaire escalade par un autre endroit. En effet, la porte est réservée à qui de droit : ici le pasteur des brebis. La porte est donc le seul itinéraire possible pour sortir ou entrer. Sans elle, les brebis ne seraient pas à l’abri. Sans elle, elles resteraient enfermées sans pouvoir sortir. Et dans ces conditions, comment évangéliser ? Comment trouver le repos promis ? Le Christ l’a bien compris puisqu’il se qualifie lui-même de porte. « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé : il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. » La porte est donc bien ce lieu de passage vers la Jérusalem céleste. Saint Jean le rapporte dans l’Apocalypse car il aperçut, dit-il « une porte ouverte dans le ciel ». Mais cette porte, nous le savons, c’est aussi celle de notre cœur où se tient Jésus. Il y frappe. Si quelqu’un entend sa voix et ouvre la porte, il entrera chez lui et prendra son repas avec lui. Il aura la vie, et la vie en abondance. Ceux qui reçoivent un tel don, ceux qui reconnaissent cette voix, ce sont les brebis qui écoutent le pasteur.

Voilà donc notre deuxième élément : les brebis. Parfois, cet élément est bien bucolique, à la limite même du kitsch. Serait-ce un esprit moutonnier auquel le Christ nous convie ? Ne serait-ce pas trop beau pour être vrai ? Evidemment, cette image devenue par trop idéaliste est loin de l’intention de Jésus. Les brebis sont certes une comparaison pour le peuple de Dieu dans l’Ancien Testament déjà, mais ils sont aussi une allusion directe au sacrifice pascal. Celui qui est l’Agneau de Dieu, c’est celui-là même qui sauve les brebis. Par ce symbole, Jésus ne retient pas seulement l’aspect grégaire de l’animal, mais aussi sa proximité avec le pasteur et la vie pastorale. Nous sommes les brebis, et nous le savons, parce que nous écoutons la voix de notre Dieu et que nous nous laissons conduire là où il nous veut c’est-à-dire dans son royaume.

Nous en arrivons donc au troisième élément : le pasteur, celui qui emmène ces brebis. Il les conduit à travers la porte vers la bergerie ou vers le pâturage. L’Eglise doit être conduite, hier, aujourd’hui comme demain. C’est l’unique pasteur qui accomplit ce mystère, et c’est le Christ. Mais pour poursuivre son œuvre il appelle, hier, aujourd’hui comme demain, des brebis qui écoutent sa voix. Elles acceptent d’être dans l’Eglise des modèles de l’unique pasteur. Elles dirigent, elles prient et sanctifient le troupeau pour le mener sous la houlette de Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu. Les prêtres ne sont rien d’autres que les continuateurs de l’œuvre de l’unique pasteur. Et pour reprendre saint Augustin, je peux dire que je suis une des brebis du troupeau, qui se doit d’écouter celui qui se tient à la porte, mais par ma volonté d’être en conformité avec le Christ, l’unique pasteur, je suis aussi prêtre pour amener tout le troupeau au paturage et à la bergerie. Aussi, prêtres, écoutez donc ce que dit votre pasteur : « Soyez les bergers du troupeau de Dieu qui vous est confié ; veillez sur lui (…), non pas en commandant en maîtres à ceux dont vous avez reçu la charge, mais en devenant les modèle du troupeau. »

Ainsi, en priant pour les vocations, c’est à ces trois éléments que nous faisons référence : la porte, qui ouvre sur le ciel et dont le religieux en vivant les trois vœux ici et maintenant est une préfiguration du royaume de Dieu, les brebis qui se doivent d’écouter l’unique pasteur et se laisser conduire, au dehors, comme au dedans, et accomplir le sacerdoce commun qui nous a été donné lors de notre baptême, enfin le pasteur, c’est-à-dire Jésus-Christ dont le ministère sacerdotal se poursuit par nos mains et nos mots, car nous faisons ceci en mémoire de lui pour que tous nous puissions communier et participer à la vie même de Dieu.»

Lectures bibliques : Actes 2, 14a. 36-41; 1 Pierre 2, 20-25; Jean 10, 1-10

Homélie du 08 mai 2011

Prédicateur : Abbé Jean-Marie Pasquier
Date : 08 mai 2011
Lieu : Chapelle de l’EMS d’Humilimont, Marsens
Type : radio

Les disciples d’Emmaüs… Et si c’était nous qu’ils représentent ? Bien sûr on ne peut pas se mettre à leur place. Mais à qui n’est-il pas arrivé, après la disparition inattendue, peut-être brutale, d’un être cher, de rentrer à la maison, la tête basse, le cœur triste, en se disant : « Ce n’est pas juste ! Pourquoi lui ? Il ne méritait pas ça ! On avait espéré qu’il s’en sortirait … » Et l’on ajoute peut-être, parce qu’on est quand même croyant : « Il était où le Bon Dieu ? » Une question souvent entendue, ces derniers temps, après les catastrophes, les accidents de montagne, le suicide d’une adolescente … Question qui reste sans réponse … apparemment.

Je dis « apparemment », parce que peut-être, sur le chemin de deuil, quelqu’un s’est approché … Pas nécessairement un proche … Quelqu’un qui n’a rien dit, qui n’avait pas de réponse toute faite. Il a seulement écouté, il nous a permis de dire ce qui nous faisait tellement mal. On s’est senti rejoint dans notre souffrance, compris …

N’est-ce pas ce qui est arrivé aux pèlerins d’Emmaüs ? Avec cet inconnu sur leur route, qui les a longuement écoutés, et après seulement, a tenté, à partir des Ecritures, de donner un sens à ce qu’ils venaient de vivre. Vous deviez le savoir, c’était écrit : « Ne fallait-il pas que le Messie souffrit avant d’entrer dans la Gloire… » Alors leur cœur glacé par le chagrin se réchauffe peu à peu au feu de la Parole… Une parole qui n’est pas seulement Ecriture, mais une Parole devenue chair : quelqu’un qui marche avec eux, qui va les accompagner jusque chez eux.

Alors bien sûr ils essayent de le retenir : « Ne nous quitte pas… Reste avec nous ». Non seulement le compagnon de route va rester. Il entre dans la maison, se met à table avec eux, prend le pain, dit la bénédiction (la beraka), rompt le pain et le leur donne, comme au soir du jeudi saint. Dans le même instant, leurs yeux s’ouvrent, ils le reconnaissent, mais il a déjà disparu à leurs yeux ….

Remarquez bien : l’évangile ne dit pas qu’il les a quittés, mais qu’il a « disparu à leurs regards ». Leurs yeux de chair ne le voyaient plus, mais Il est bel et bien resté avec eux, autrement certes, d’une présence devenue invisible, en tout cas moins sensible, mais bien réelle et qui les remet debout, en marche, pour aller partager la nouvelle à leurs frères qui sont restés à Jérusalem.

Il nous arrive aussi, à nous les prêtres, lors des funérailles, de dire, en parlant du défunt : « il nous a quittés … » Est-ce bien juste ? Bien sûr, « on ne verra le plus comme avant.» C’est une absence bien réelle dont il faudra faire le deuil. Mais n’est-ce pas pour découvrir, après un long chemin, qu’on peut expérimenter, comme les disciples d’Emmaüs, une autre forme de présence ? Jésus lui-même l’a dit : « Vous ne me verrez plus», mais aussi : « Je reste avec vous, tous les jours. » C’est bien plus qu’une apparition furtive, c’est une présence réelle qui demeure et dont nous pouvons vivre.

N’est-ce pas aussi cette proximité qui peut nous être donné de vivre avec nos défunts, comme une communion que nous pouvons expérimenter, au-dedans de nous-mêmes, dans une intimité profonde avec ce Dieu « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes. » (saint Augustin). Comme l’a si bien dit l’abbé Maurice Zundel : « Pour rejoindre nos chers défunts, qui ne sont pas dans un ailleurs, mais qui sont au-dedans de nous, comme Dieu Lui-même, Il n’est donc pas d’autre chemin que d’intérioriser notre vie. Il s’agit d’atteindre au niveau le plus profond de l’existence, car c’est là, dans ce cœur à cœur avec le Seigneur que nous retrouvons, éternisé, le visage de tous ceux que nous aimons, que nous ne cesserons jamais d’aimer et avec lesquels nous pouvons toujours échanger la même respiration de tendresse que dans les suprêmes moments vécus ici-bas : qui est le Dieu Vivant en Qui tout est Vie. »»

Lectures bibliques : Actes 2, 14.22-28; 1 Pierre 1, 17-21; Luc 24,13-35

Homélie du 08 mai 2011

Prédicateur : Abbé Michel Demierre
Date : 08 mai 2011
Lieu : Eglise Saint-Maurice, Ursy
Type : tv

Frères et sœurs,

« C’était au soir tombant ». Sur une route déserte, deux voyageurs tournent le dos à Jérusalem. Les deux heures de marche qui les séparent de leur village leur donnent le temps de discuter des événements survenus durant la dernière Pâque. Quel rayon de lumière pourrait éclairer l’ombre épaisse de leur désespoir ? Pour eux, l’histoire s’est arrêtée la veille, avec la mort de Jésus : ils y avaient cru, ils sont tragiquement déçus.

Des rêves brisés, de belles aventures brutalement interrompues, nous en connaissons sans doute. Ce temps de Pâques n’abolit pas la tristesse du deuil qui, un jour, touche chacun. Après le départ d’un être aimé, le décor dans lequel on vivait avec lui demeure : il rappelle sa présence et on doit vivre l’absence.

Cléophas et son ami se disaient peut-être le soir de Pâques : A quoi bon rester à Jérusalem. Dans le décor de la ville, tout parle du Christ. Mais il est mort : le retour au village leur semblait une protection adéquate contre le désespoir.

Je les imagine au pied du vitrail de Noé, dans cette église, effrayés qu’ils sont encore par le déluge de mauvaise foi dont a été victime le Christ, écœurés par le déferlement de suffisance et de dédain qu’ils ont constatés à l’égard de leur maître. Ils n’ont plus de courage. Ils cherchent une protection pour survivre.

Emmaüs, leur village pourrait remplir le même rôle que l’arche dans laquelle Noé et son monde s’étaient réfugiés en attendant la fin de la furie des eaux. Leur village pourrait être la bulle protectrice, garante du retour à la paix du cœur. Ils regarderont le ciel de leur village, guettant l’arrivée d’une colombe, avec, dans son bec, le rameau du renouveau, comme elle l’avait fait pour ceux qui s’étaient réfugiés dans l’arche protectrice. Y croyaient-ils vraiment ?

On soupçonne le contenu de leurs discussions, sur la route, Ils étaient des connaisseurs de la loi que Dieu avait confiée à Moïse, alors qu’il conduisait son peuple à travers le désert. Le don de cette loi est représenté dans un vitrail. C’est aussi les dix commandements dont le nombre est incrusté dans le marbre de Carrare de la chaire de notre église.

La loi fixait les comportements que devait adopter le peuple de Dieu. Cette loi, Jésus en avait précisé le sens et la limite, ce qui avait irrité les docteurs en interprétation. Leur autorité légaliste, peu ouverte à la liberté, s’était sentie menacée. Avec conviction, les plus immodestes d’entre eux avaient travaillé à la disparition du Christ, devenu gêneur.

Les disciples avaient espéré, en Lui, l’instaurateur d’un royaume attendu depuis des siècles, le Seigneur capable d’anéantir les oppressions. Sur la fin, ils n’avaient pu qu’observer, de loin, pitoyables et incrédules, Jésus, sur le chemin de la croix. « Nous attendions du Messie qu’il sauve Israël, et non qu’il meure sur une croix !… nos attentes s’étaient affermies, en entendant les Hosanna des Rameaux, lors de l’entrée triomphale à Jérusalem ! La réalité fut l’effondrement de notre espérance dans l’ignominie de la passion ! Notre leader a été assassiné… »

Tournant le dos à ce cauchemar, sur la route d’Emmaüs les deux disciples sont donc rejoints par un inconnu. Leur découverte devient la nôtre : le Seigneur chemine avec nous, la nuit comme le jour… « Jésus s’insère dans le champ de leur conversation. Ils ressentent chez-lui une sympathie « à priori » à leur égard, une attention à leur façon de penser et de sentir.

Sa manière de faire, sur le chemin d’Emmaüs, devrait nous inspirer. Lorsque, par exemple, dans les débats de société ou dans la discrétion de nos familles, nous souhaitons rendre un peu plus désirable à notre génération la saveur de l’Evangile.

Ils paraissent nombreux, en effet, ceux qui, aujourd’hui, tournent le dos au message des Ecritures. Certes, l’enfant de la crèche fait encore partie du décor lumineux de nos fins d’années.

Mais, la Parole de Jésus adulte, ce qu’il est devenu en grandissant, ont-ils encore de l’intérêt ? Il faut reconnaître que ce message est souvent perçu comme une lourdeur peu libératrice.

Le voyageur qui a rejoint nos deux marcheurs ne tourne pas le dos à leurs préoccupations ; mais ils ne peuvent soupçonner que le Sauveur attendu, c’est LUI… Il est à leurs côtés, celui qui reçut le baptême de Jean-Baptiste, et fut identifié alors par le Père comme son Fils bien-aimé.

Messie envoyé par le Père, Il a été crucifié. Tout leur monde s’est écroulé. Ils tournent le dos au calvaire. Vers Emmaüs, cependant, un compagnon inconnu réchauffe quelque chose d’indicible dans leur cœur. Quelque chose qui leur dit que tout n’est pas effacé par l’échec de leur maître. Il doit y avoir une clé quelque part, mais ils ne la trouvent pas.

Comme des enfants qui cherchent un objet caché et à qui l’on dit «c’est froid ou ça brûle » et qui continuent de chercher, ils cherchent encore. Ils sont en route. Leur cœur est brûlant : il est proche de la fulgurance qui, enfin, leur donnera le sens.

« Reste avec nous ! » Les voici à table… avec celui dont ils ne connaissent pas encore l’identité mais qui vient d’accepter leur invitation conviviale. C’est le moment choisi par saint Luc pour nous révéler que le signe de reconnaissance de Jésus vivant après sa mort, c’est la fraction du pain.

Depuis ce moment-là, nous croyons que la fraction du pain, la célébration eucharistique d’aujourd’hui, nous fait rencontrer le Ressuscité. Comme ce fut le cas pour les disciples d’Emmaüs. Dès qu’il est reconnu Jésus disparaît à leurs yeux, mais il devient d’autant plus présent dans leur vie.

Les deux pèlerins qui avaient dissuadé l’inconnu de poursuivre son chemin, se remettent eux-mêmes en route. Ils retournent à Jérusalem, le souffle court, non pas à cause de la route qui monte, mais à cause de l’annonce qu’ils vont faire aux disciples. Leur témoignage s’accordera avec les autres apparitions du Ressuscité. Toutes ces apparitions nous sont transmises par les Evangélistes représentés dans les vitraux de notre église et qui nous disent, chacun à leur manière :

Restez en chemin, car le Christ vous rejoint !

Lisez les Ecritures, elles montrent le chemin vers l’au-delà !

N’oubliez pas la fraction du pain : le Ressuscité y a placé sa présence privilégiée sur le chemin de la vie.

Symbole de souffrance et de mort, Jérusalem devient, l’espace de cet Evangile, l’endroit d’où nous est arrivée la certitude joyeuse que Jésus est ressuscité. Le matin de Pâques confirme son destin en tant que ville de la paix et nous l’acclamons : « Vous qui aimez Jérusalem, réjouissez-vous de sa joie. » Amen.»

Lectures bibliques : Actes 2, 14.22-28; 1 Pierre 1, 17-21; Luc 24,13-35

Homélie du 01 mai 2011

Prédicateur : Abbé Jean-Claude Dunand
Date : 01 mai 2011
Lieu : Chapelle de l’EMS d’Humilimont, Marsens
Type : radio

Nous sommes beaucoup à porter des lunettes pour mieux voir, mieux lire, bien regarder la nature… mieux marcher… davantage apprécier ce que nous avons dans les assiettes. Que c’est agréable de bien voir ! et cela donne bien souvent de l’assurance !

Depuis Pâques l’évangile de Jean nous invite à voir : voir qu’il est ressuscité. Quand Jean arriva au tombeau “il vit et il crut”. Pourtant il ne vit pas grand chose : il vit un tombeau vide et bien en ordre…

Quand Jésus apparaît aux apôtres le soir du premier jour de la semaine, en leur disant “la paix soit avec vous”, il en manque un : Thomas. Lorsqu’il entendra ses amis lui raconter qu’ils ont vu Jésus vivant, il leur répondra : “Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas”.

Voir pour croire…

On entend parfois dire : « Moi, je suis comme saint Thomas, si je ne vois pas, je ne crois pas ». Nous vivons dans une société occidentale qui a besoin de preuves, qui a besoin de concret : de voir, toucher, sentir, entendre. On ne prend pas vraiment au sérieux ce qui n’est pas perceptible par au moins l’un de nos cinq sens.

Ce doute qu’exprime Thomas est bien légitime. Mettons-nous à sa place ! On lui raconte qu’un mort est vivant ! C’est tout de même quelque chose d’incroyable ! C’est humainement impossible. Jésus, celui que l’on a vu mort sur une croix, que l’on a déposé dans un tombeau fermé par une grosse pierre, serait maintenant vivant ? Non. Comment peut-on croire une chose pareille ?

Aujourd’hui, on se dit même croyant mais pas en la résurrection. C’est tout de même un peu difficile de croire une chose pareille.

Il y a comprendre et croire.

Ces deux démarches ne sont pas à confondre.

Personne ne comprend la résurrection. Elle ne s’explique pas.

Pourtant, nous qui vivons en ce moment la messe, nous y croyons et beaucoup y croient, des scientifiques, des philosophes, de gens très intelligents, comme des personnes sans instruction. Croire ne nécessite pas de comprendre, ni de voir, ni d’avoir des preuves matérielles.

Du reste l’apôtre Pierre, dans sa première lettre, écrit au sujet de Jésus : « lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir ».

Ai-je besoin de croire, si je vois ?

Je vous vois : je n’ai pas besoin de croire que vous êtes là. Je vois ce bouquet, ces montagnes… Je n’ai pas besoin d’y croire, puisque je les vois, et nous les voyons tous.

La foi, c’est-à-dire croire, n’est pas liée à ce que l’on voit, ou à ce que l’on ressent avec nos sens, ni à ce que l’on comprend.

Croire, c’est faire confiance.

Les mots foi et confiance ont la même racine.

La foi, c’est une affaire de confiance !

La confiance, c’est le carburant de l’homme. On marche tous à la confiance. Notre condition humaine est ainsi faite que nous ne pouvons pas faire autrement. Nous ne comprenons pas tout, nous ne savons pas tout. Nous sommes bien obligés de faire confiance à d’autres. Nos premiers pas, nous les avons faits en nous jetant dans les bras de papa ou maman. Cette prise de risque c’est faite dans la confiance. L’enfant ne comprend pas comment il marche, comment il peut effectivement marcher, mais il se risque confiant en maman qui tend les bras.

Lorsque nous sommes malades, à ne plus pouvoir bouger et faire quoi que ce soit, nous devons faire confiance en ceux qui nous aident, en ceux et celles qui nous soignent, qui s’occupent de nous…

Eh bien, la foi, c’est du même ordre. C’est une affaire de confiance. Nous croyons non pas parce que nous avons vu, mais parce que nous faisons confiance à ceux qui nous ont parlé de Dieu. Il en est ainsi pour tous les croyants du monde et de tous les temps. Aucun n’a jamais vu Jésus, mais tous fondent leur foi sur ce que d’autres ont dit. Les chrétiens des premiers jours comme on l’a entendu dans la première lecture, « étaient fidèles à écouter l’enseignement des apôtres. » La foi se base d’abord sur la confiance en une parole, une parole écoutée fidèlement et régulièrement.

La parole devient alors vivante en l’homme, elle l’anime, le rendant confiant jusqu’à laisser jaillir de son cœur un cri de foi semblable à celui de Thomas : Mon Seigneur et mon Dieu.

Rien ne nous dit que Thomas a avancé sa main dans le côté : c’est la voix de Jésus qui l’invite au geste qui éveille en lui la foi…

Que la Parole reçue en Eglise fasse de nous des confiants en Celui qui est ressuscité ! Et que notre joie soit grande ! Alléluia !»

Lectures bibliques : Actes 2, 42-47; 1 Pierre 1, 3-9; Jean 20, 19-31