Homélie du 11 septembre 2011

Prédicateur : Abbé Nino Franza
Date : 11 septembre 2011
Lieu : Eglise de Montfaucon
Type : radio

Le pardon des péchés est une merveilleuse invention de Dieu. Dans l’Evangile selon saint Jean, l’Evangéliste nous révèle que Dieu est amour et que pour vivre selon le projet de Dieu, les baptisés, comme toutes les personnes de bonnes volontés, sont invités à devenir comme Dieu, être à son image, aimer comme lui nous aime. Cet amour de Dieu pour nous se fait précisément pardon, miséricorde, pour ce qui dans nos vies offense Dieu. Les offenses que nous faisons à Dieu, peuvent réellement être pardonnées par Dieu. Ce pardon c’est son amour miséricordieux envers nous.

Dans l’Evangile de ce jour et par cette parabole, Jésus nous invite à lui demander son pardon pour nos fautes celles qui l’ont offensé. C’est notre devoir de lui demander son pardon. Quant à Dieu, il écoute cette demande et il nous exauce en nous offrant sa miséricorde. Il nous réconcilie avec lui et dans cette réconciliation, nous retrouvons la vie, le bonheur perdu, sa présence.

Mais, plus encore, Dieu veut aussi que nous pardonnions les offenses que notre prochain nous inflige, volontairement ou involontairement. Oui, Dieu veut que nous pardonnions de tout notre cœur à notre prochain, le mal qu’il nous a fait.

C’est en famille, que nous avons le plus besoin de vivre selon cet idéal que Dieu nous propose. C’est en famille que les offenses deviennent invivables. Hélas, c’est en famille que le pardon des offenses rencontre le moins de succès.

Mais, nous devons nous rappeler que pardonner les péchés est une merveilleuse invention de Dieu, notre qualité de vie dépend souvent de cette attitude fondamentale.

Pardonner de tout notre cœur le mal qui nous a été fait est libérateur. Notre cœur, qui jusque-là, était encore encombré par tant de rancunes et intoxiqué par tant de revanches à prendre, peut enfin goûter la paix.

Parfois, l’offense est tellement grande qu’il semble que pardonner soit impossible. Hélas, c’est souvent le cas…

Mais, dans ce cas, essayons de nous rappeler que dans notre vie, nous avons aussi péché et que Dieu peut retenir nos péchés, si nous ne pardonnons pas à notre tour. Cela peut aussi être un stimulant pour essayer de pardonner, quelque peu, les péchés de notre prochain. Peu à peu, petit à petit, peut-être qu’un jour nous arriverons à pardonner de tout notre cœur l’offense qui nous a été infligée.

On peut aussi essayer d’apprendre à pardonner, en faisant des actes de volonté ajustés. Par exemple : « Je veux pardonner tout le mal que cette personne m’a fait. Je veux que ma volonté de pardonner soit plus forte que le mal que cette personne m’a infligé. »

Ces actes de volonté obtiennent de puissants résultats, car nous sommes aidés, par Dieu lui-même, dans cette démarche. Sa grâce, demandée par la prière, vient nous rejoindre pour nous fortifier dans notre propos.

Chers frères et sœurs, nous sommes faibles et fragiles, en fait nous sommes pécheurs. Comptons sur Celui qui peut nous relever, Celui qui est venu pour nous sauver. Le Christ, notre Seigneur. Amen.

Lectures bibliques : Sirac, 27, 30 – 28,7; Romains 14, 7-9; Matthieu 18, 21-35

Homélie du 07 août 2011

Prédicateur : Abbé André Carron
Date : 07 août 2011
Lieu : Hospice du Gd-St-Bernard
Type : radio

« N’ayez pas peur ! »

Comme c’est difficile de rassurer quelqu’un qui a peur ! De rassurer un enfant, de rassurer un parent, de rassurer un ami…

Celui qui a peur est affaibli, diminué, il n’avance plus, il n’ose plus. Il est entamé, sérieusement, dans sa joie…

Par contre, comme il est précieux d’avoir quelqu’un à qui on ose dire qu’on a peur, ses peurs !

La peur, ça fait vraiment partie de notre vie ! Tellement nous sommes fragiles, tellement nous sommes limités, tellement nous sommes vite déstabilisés, vite démunis…

Les « tempêtes, les «vents contraires», les vagues de l’Evangile d’aujourd’hui, on les connaît… On les connaît chacun dans notre cœur, on les connaît dans le cœur des autres, on les connaît dans notre monde, telles qu’on peut les lire ou les entendre dans les médias. Et je pense que tout au fond de notre cœur, à la mesure de nos désirs, il y a une peur fondamentale: la peur de ne pas être appelé par son nom, la peur de ne pas être connu, de ne pas être aimé, d’être oublié…

Et aujourd’hui, Jésus nous redit à chacun, à chacune, il nous redit comme une bonne nouvelle : «N’aie pas peur !».

Et ce n’est pas tout… Il appuie ce «N’aie pas peur !» d’un magnifique et d’un fort: «C’est moi !»… Au cas où, comme les apôtres dans la barque, on aurait du mal à le reconnaître dans le tourment, dans le brouillard de notre vie: «C’est moi… C’est moi au nom de qui tu as été baptisé…», «C’est moi qui me suis engagé envers toi à vie…», «C’est moi qui suis là tous les jours, tous les matins, tous les midis, tous les soirs, toutes les nuits…».

«J’ai le souci de ta vie» J’ai le souci de ta joie!» «Je te bénis! Je te regarde en beauté, j’ai confiance en toi, je te veux grand, je veux t’aider…», «Je ne peux rien faire à ta place, absolument rien faire à ta place, comme on ne peut rien faire à la place de ceux qu’on aime, mais je t’offre par contre mon Esprit qui est une énergie, qui est un enthousiasme… Cet esprit qui sera aussi, je te le promets, ton défenseur!»…

Le prophète Elie, il y a trente siècles, saint Bernard, il y a dix siècles, l’un sur la montagne du Seigneur, l’Horeb, l’autre ici sur le col du Grand-Saint-Bernard, comme Jésus, ils se sont rendus dans la montagne, longtemps, dans le silence, de jour de nuit, à l’écart, pour prier… Ils avaient tous les deux, Elie et saint Bernard, besoin d’être rassurés, fortifiés… Elie qui était poursuivi, saint Bernard qui était dévoré de charité pour les autres, mais qui était ici dans les débuts tout seul. Tous les deux avaient besoin d’être rassurés, d’être fortifiés et tous les deux avaient perçu ce murmure d’«une brise légère».

Et ensuite tous les deux sont entrés dans le mystère d’une rencontre qui n’avait rien de fracassant, rien d’apeurant, une rencontre rassurante, la rencontre d’une tendresse forte, la rencontre du Dieu de tendresse, du Dieu d’amour qui les a touchés, profondément, qui leur a parlé jusqu’au cœur… Résultat: nous voyons le prophète Elie se remettre en route, courageusement, oser affronter à l’époque ceux qui méprisaient le vrai Dieu et son roi.

Et nous voyons saint Bernard créer ici patiemment une œuvre de charité et d’accueil qui dure encore et qui continue de dire aux hommes qu’ici, comme il est inscrit près de la porte de l’hospice, chacun est accueilli, chacun est adoré, reconnu, béni et nourri, car «Ici le Christ est adoré et nourri !».

Maintenant c’est à nous de faire confiance au Christ, de répondre à son «C’est moi!», de confirmer notre foi, la belle foi de notre baptême, d’en être à la fois fiers et dignes… de dire notre foi en ce Jésus qui nous dit: «Viens!» comme il a dit à Pierre. Je pense que nous avons tous, chacun à notre manière, à descendre de notre barque, à quitter certaines choses qui embarrassent notre tête, qui embarrassent notre cœur pour aller vers lui, pour aller vers Jésus, et en allant vers Jésus, pour aller vers les autres…

Encourageons-nous, réjouissons-nous de ce Jésus qui nous dit qu’il nous connaît, qu’il nous invite, qui nous dit :«N’ayez pas peur, c’est moi!»… C’est moi qui suis le Prince de la Paix… «Marchez avec moi et vous connaîtrez la joie, une joie assurée, une joie qui se répandra naturellement et qui rassurera les autres»

Lectures bibliques : 1 Rois 19, 9-13; Romains 9, 1-5; Matthieu 14, 22-33

Homélie du 31 juillet 2011

Prédicateur : Abbé Philippe Matthey
Date : 31 juillet 2011
Lieu : Hospice du Gd-St-Bernard
Type : radio

TOUT HOMME EST BÉNI DE DIEU

Vous valez beaucoup plus que ce que vous pensez !

Voilà une parole qui fait du bien : elle vient comme chercher en nous cette ressource dont nous avons besoin pour vivre. Et là, elle permet parfois des miracles…

Vous valez bien plus que les cinq pains et les deux poissons que vous avez trouvés :

allez voir plus loin, plus au fond !

Voilà donc une nouvelle bénédiction de Jésus, qui, comme toutes celles dont est jalonné notre pèlerinage, vient donner à la multitude une nourriture sans limites. Quelle est cette parole de bien ? Alors que les disciples se désolent de leur minimum, Jésus leur fait découvrir qu’il y a en eux bien plus que le minimum.

Ils font l’expérience que les cinq pains et les deux poissons c’est presque ridicule ; et pourtant ils osent les présenter à Jésus. Certains Pères de l’Eglise disaient que les 5 pains symbolisaient les cinq livres de la loi et les deux poissons, les prophètes et Jean-Baptiste. Ce n’est pas rien : c’est même ce qui a nourri le peuple jusque là. Mais dès aujourd’hui, ce peuple est innombrable, alors il faut aller plus loin.

Jésus ne dénigre pas ce maigre panier mais il vient lui donner une nouvelle dimension, à la mesure du peuple universel auquel il se donne lui-même. Et c’est déjà cela qui donne leur valeur aux disciples. Mais ils n’en ont pas encore conscience : il faut donc que Jésus leur révèle que leur valeur, ce n’est pas seulement ce qui est visible et qui se résume à eux, mais c’est ce qui est déposé en eux et qu’ils sont tout à fait capables de faire fructifier.

« Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Cette parole est accompagnée de la bénédiction de Jésus : il prend en main ce que les disciples lui donnent et il le leur confie pour le partage. C’est ainsi que Dieu agit pour nourrir l’alliance qu’il a faite avec l’humanité. Il a toujours eu besoin de ces petites mais si riches ressources qu’il y a en chacun qui est appelé. D’Abraham à Moïse, d’Élie à Isaïe, l’appel de Dieu met en route des humanités qui doutaient d’elles mais qui n’ont pas douté de lui.

Et, l’avez-vous remarqué ? C’est toujours autour d’un repas que ça se passe : de la table des trois visiteurs au chêne de Membré à celle de la Pâque et de l’agneau, à celle d’aujourd’hui qui anticipe la plus complète et la meilleure des tables, celle de l’eucharistie.

Ce qui permettait à Isaïe d’inviter à manger sans payer, défiant ainsi toute concurrence, c’est ce qui permet aujourd’hui aux disciples de partager, défiant toute limite.

A chaque fois avec une parole de bénédiction, jusqu’à celle prononcée sur le pain et le vin donnés comme le corps et le sang du Christ. Tu vaux beaucoup plus que ce que tu penses si tu acceptes de donner de toi parce que moi, Jésus, je te donne ma vie ! Et à ton tour, tu peux faire de même.

Mais il y a une condition à toute cette gratuité. Ce serait trop facile, mais peu crédible, si tout tombait du ciel comme par enchantement. Regardons dans quelles conditions Jésus nourrit la foule de ce jour.

Il nous est dit que Jésus se retire à l’écart, à un endroit désert. Il vient d’apprendre la mort de Jean-Baptiste. Il a donc besoin de recul : être seul pour vivre avec cette terrible nouvelle. Et voilà que la foule le rejoint et l’accapare. La réalité le rattrape et l’arrache à sa retraite : Jésus accepte une nouvelle fois d’être bousculé dans ses projets. C’est par là que passe sa solidarité avec toute l’humanité.

Cependant ce temps de retraite n’a pas été inutile. Au contraire, il lui a permis de faire la place, d’assumer le drame de Jean-Baptiste avant d’assumer la faim des hommes comme il affrontera la croix par la suite. C’est là qu’il nous guide. Il ne suffit pas de rester là à attendre la nourriture. Il faut affronter même nos peurs et nos solitudes et lui donner place dans nos vides

Pendant ce pèlerinage, nous avons aussi fait retraite. Non pas pour fuir le monde, mais pour prendre ce recul nécessaire à découvrir que nous avons faim, y compris dans la souffrance. Le désir ne vient pas tout seul, il est bon de le provoquer. En méditant ces paroles qui font de nous des bénis de Dieu nous avons découvert ce qu’il veut pour nous : du bien. Et parfois, dans notre réalité quotidienne, il y a encombrement et nous avons du mal à réaliser que nous sommes attendus et désirés. C’est là que Dieu lui-même prend le soin de nous dire tout le bien qu’il nous partage.

Pour cela, Jésus prend en main notre propre vie comme il prend en main les pains et les poissons. Il prend sur lui ce que nous sommes, y compris nos petitesses et nos peurs de manquer. C’est là qu’il prononce la bénédiction et qu’il commence le geste du partage. Et ce geste, il sait qu’il ne peut pas le faire tout seul : il a besoin de ses proches pour le continuer. Ce partage commencé en lui n’a plus de limites.

Il y a eu Abraham, Moïse, Isaïe et les disciples… il y a maintenant vous, moi, les baptisés d’aujourd’hui… Nous avons découvert deux trésors : d’abord qu’il y a en nous une valeur que nous ne soupçonnions pas, et ensuite que nous avons la capacité de la donner nous-mêmes aux autres. Par la bénédiction de notre baptême nous sommes donc à la fois envoyés vers nous-mêmes et vers les autres.

Par ce geste du bord du lac, Jésus anticipe la Pâque dans laquelle il se donne avec toute sa vie, jusque dans la mort, en nourriture pour tous. En acceptant de le recevoir et de le partager nous répondons à son attente et nous prenons notre place pour que le monde soit nourri de gratuité !

« Que Dieu dont l’amour est tout puissant, vous comble de ses bénédictions,

Qu’Il vous garde dans la joie et vous donne sa paix ! » (I Thessaloniciens 5, 28)

Lectures bibliques : Isaïe 55, 1-3; Romains 8, 35-39; Matthieu 14, 13-21

Homélie du 24 juillet 2011

Prédicateur : Chanoine José Mittaz
Date : 24 juillet 2011
Lieu : Hospice du Gd-St-Bernard
Type : radio

Quelle délicatesse ce Jésus de nous conduire sur les mystères de la vie, sur le sens profond de l’existence, non pas au travers de paroles qui frappent mais au travers de la délicatesse d’une parabole qui nous fait d’abord rencontrer la simplicité d’une vie humaine : un négociant en perles, un champ. Qui dit champ dit cultivateur, qui dit cultivateur dit tout le travail de la terre et dit l’essentiel d’une vie humaine.

Il nous faut apprendre. Cela nous manque d’apprendre, – c’est le sens du verbe « il faut » -, cela nous manque d’apprendre cette délicatesse qui nous permet de rejoindre le centre de nous-même, le centre de l’humain. Et de nous émerveiller de découvrir peut-être au plus intime de l’humain une perle qui n’est pas le champ mais qui est dans le champ.

Alors que notre cœur est meurtri par ces événements tragiques, ces gestes de folie, cet extrémisme fou, Jésus nous parle d’une parabole. Chers frères et sœurs, il nous faut nous apprendre mutuellement et nous encourager. Cela nous manque de nous désarmer : nous désarmer, nous laisser désarmer intérieurement.

Parce que ce qui nous arme, c’est la peur : la peur de l’autre. Chaque fois que je suis dans la peur de l’autre, chaque fois que je me laisse guider par la peur de l’autre, je ne peux être animé par Dieu. Parce que Dieu c’est le Tout-Autre : le Tout-Autre au plus intime de moi.

Chaque fois qu’il y a un mot qui se termine par phobie, que ce soit xénophobie, que ce soit islamophobie, et bien c’est Dieu qui est meurtri.

Hier, avec le pèlerinage nous avons cheminé au travers de la montagne et c’était une belle parabole parce que la pluie nous a assez généreusement arrosés de sa bénédiction, celle du ciel, celle de Dieu. Le brouillard était au rendez-vous au Col de Fenêtre. Alors que nous cheminions tel un peuple en marche à la suite du Christ, l’unique berger, et bien voilà que, entre deux bancs de brouillard, des moutons se sont rassemblés pour nous voir, nous encourager et même un tout petit peu nous montrer le chemin.

Chaque fois que je vois des moutons, et plus précisément, chaque fois que je vois dans la nature un « mouton noir », je sens que je dois dépolluer mon regard, qui a été pollué par des campagnes politiques extrémistes où « mouton noir », étranger, riment avec danger. Alors que le Christ nous dit qu’il rime avec Salut. Puisque c’est l’autre qui me permet de devenir moi-même. Qui suis-je sans toutes les personnes autres qui ont façonné mon existence ?

Au début de cette célébration nous avons accueilli comme chant d’entrée le cantique de Frère François, Frère « mouton noir ». Que nous puissions nous le dire, nous le redire, qu’il devienne une perle au plus profond du champ de notre cœur. Frère « mouton noir », c’est la seule manière de nous laisser désarmer d’une forme de pollution insidieuse qui est celle de sentir menacé par celui qui est autre. Et comme nous sommes tous uniques, vous voyez ce que cela donne au niveau des relations humaines.

Entrons dans la parabole, la première, puis la seconde. Et finalement les deux ensemble parce que le royaume de Dieu, ce n’est pas seulement dans une autre vie, c’est déjà ici et maintenant, parce que l’altérité, elle n’est pas seulement à l’extérieur de nous, elle est aussi au plus intime de nous-même, telle une perle dans le champ.

Ces deux paroles de Dieu, ces deux paraboles, offertes par Dieu sur le royaume de Dieu, nous situent d’une part face à un négociant de perles, autrement dit un homme, un être humain et d’autre part face à un champ.

Le royaume de Dieu est semblable à un champ. Le royaume de Dieu est semblable à un négociant. C’est intéressant cette dualité, cette altérité qui est un appel à la fraternité entre l’humain et son environnement, entre l’humain et la terre et la création. Et qui nous dit aussi que l’homme a une place centrale mais qu’au moment où son nombril devient son centre, c’est la catastrophe. Ça le mène à la folie.

Première parabole : le champ. Mystérieuse parabole ! Celui qui a trouvé une perle pourrait s’en réjouir puis partir avec. Geste fou, mais d’une autre folie celle-là, d’une folie amoureuse, d’une folie vivifiante, d’une folie de Dieu au plus intime de lui, d’où le royaume de Dieu. Et bien il cache la perle de nouveau dans le champ. Et il va vendre tout ce qu’il a pour acheter le champ.

Que nous faut-il comprendre ? Il nous faut comprendre que nous aspirons tous au bonheur. Nous aspirons à la vie plénière, à l’accomplissement de nous-même et c’est cela le désir de Dieu pour chacune et chacun d’entre nous. Mais le royaume de Dieu ne peut exister en nous et au milieu de nous, que si nous disons oui non seulement à la perle mais également au champ.

Parce que la perle, c’est celle qui donne tout le prix au champ. Dieu n’est pas là pour être choisi comme un absolu. Dieu est là pour révéler la valeur du champ de l’humanité, une valeur infinie qui appelle cet homme qui a trouvé cette perle à vendre tous ses biens pour acheter le champ.

Oui, c’est cela la vocation à laquelle nous sommes appelés. Il ne s’agit pas de choisir Dieu pour Dieu. Il s’agit de nous laisser choisir par Dieu pour pouvoir consentir à toute la réalité humaine de nos vies. L’image du champ parle d’elle-même : terre laborieuse, terre qui appelle le travail de l’homme à la sueur de son front, terre de l’attente, terre de la jachère, mais aussi terre de la fécondité. La fécondité est l’œuvre du dynamisme de la vie auquel s’associe l’homme par son engagement.

Oui, vouloir choisir la perle sans le champ, c’est une position extrémiste.

Ce qu’il nous faut, c’est choisir la perle avec le champ. Et Dieu nous le dit en parabole mais il nous le dit aussi par sa présence. Lui qui s’est fait homme, Lui qui est descendu dans le champ de l’humanité jusqu’à nous rejoindre dans nos terres laborieuses, jusque dans la mort pour libérer la fécondité de la vie.

La deuxième parabole : le négociant de perle.

Nous ne sommes plus dans le registre du travail de la terre, nous sommes dans le registre du commerce, de l’échange. Un commerce dont le but n’est pas la rentabilité mais peut-être l’échange, le partage, l’encouragement mutuel à donner de nous-même.

Le point commun de cette deuxième parabole avec la première, c’est qu’à un moment donné il nous faut trouver cette valeur unique qui ne va pas nous exclure de la vie mais qui va nous permettre d’intégrer toute notre vie.

Celui qui a trouvé cette perle précieuse, il va vendre également tout ce qu’il a pour cette perle. Ce qui donne de la valeur, ce qui nous permet de bénéficier, de savourer la valeur de la vie, c’est aussi notre engagement à lâcher et à tout investir au service de cette valeur. Mais attention, c’est la loi du Seigneur qui est notre joie et notre rempart. Cette loi du Seigneur, elle a pris visage en Jésus. Visage de toute l’humanité quel que soit sa couleur, sa religion, sa culture.»

Lectures bibliques : 1 Rois 3, 5-12; Romains 8, 28-30; Matthieu 13, 44-52

Homélie du 17 juillet 2011

Prédicateur : Mgr Bernard Broccard
Date : 17 juillet 2011
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Le récit de la parabole du bon grain et de l’ivraie que nous venons d’entendre dans l’évangile de ce jour nous est bien connu. Il nous renvoie à un constat que nous pouvons tous faire : dans notre monde, le bien et le mal se côtoient. L’amour est présent partout, mais le péché aussi. Et même si l’Église est sainte parce qu’elle est Corps du Christ, elle est aussi marquée par le péché tout simplement parce qu’elle est composée d’êtres humains imparfaits, y compris parmi ceux qui se sont engagés dans un service ou un ministère d’Église.

Le monde d’aujourd’hui ne se gêne pas pour nous le rappeler en exigeant partout le risque zéro dans le choix des collaborateurs de l’Église comme des collaborateurs d’autres institutions d’ailleurs. Cela ne peut m’empêcher de faire le lien avec la parabole de ce jour où les serviteurs du maître viennent lui dire : « ‘Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?’ » Il leur dit : ‘C’est un ennemi qui a fait cela.’ Les serviteurs lui disent : ‘Alors, veux-tu que nous allions l’enlever ? »

Cette demande part d’une bonne intention. Et je ne dis pas qu’il ne faut pas prendre les mesures nécessaires pour empêcher autant que possible que le mal et le péché ne prospèrent. Mais jusqu’où peut-on aller ? Le Seigneur nous invite à la prudence. En effet, dans la parabole de ce jour, le Maître demande aux serviteurs de ne pas enlever l’ivraie, de peur qu’en enlevant l’ivraie, ils arrachent le blé en même temps.

La tentation de vouloir enlever l’ivraie dans l’Église ou dans la société est récurrente. Et le Seigneur laisse entrevoir qu’une telle méthode peut être à l’origine de bien des abus et de toutes les dictatures. La société parfaite n’est qu’un rêve. Ce n’est pas à la portée de l’homme. Dieu seul peut réaliser la société parfaite, mais c’est au ciel et non pas sur la terre. Car l’homme est un être limité et faillible et l’ivraie pousse également en chacun d’entre nous et pas seulement chez les autres.

Est-ce que cela signifierait alors que Jésus nous demande de ne pas lutter contre le mal et d’attendre patiemment la fin du monde sans rien faire ? Certainement pas ! Il faut lutter contre le mal, mais en utilisant les moyens de Dieu. On peut bien sûr faire des lois pour lutter contre le mal, et c’est même nécessaire, mais celles-ci doivent toujours respecter l’homme comme Dieu nous le demande. C’est déjà un premier pas. Mais cela ne suffit pas.

En fait, pour lutter contre le mal, Dieu nous demande davantage. Il nous appelle à proclamer la Bonne Nouvelle, à semer avec lui le bon grain. Et c’est là qu’il nous demande de mettre toute notre énergie. Si nous mettons toute notre énergie pour arracher l’ivraie, nous ne la mettrons pas pour semer et laisser le bon grain grandir et porter du fruit. Sans parler du fait que notre combat est vain puisque l’homme est incapable de rendre ce monde parfait. Et puis, de toute façon, comme le dit Jésus dans la parabole de ce jour, à la fin du monde, l’ivraie sera brûlée. Le mal sera définitivement détruit.

Autrement dit, l’important, c’est d’avoir le plus de blé possible. L’ivraie se combat par la croissance du blé. Si nous faisons tout pour favoriser la croissance du blé en nous et autour de nous, c’est l’ivraie qui sera étouffée. Si nous mettons toute notre énergie à faire le bien, le mal va perdre de sa force. Et cela, les saints l’ont bien compris.

En effet, contrairement à certaines idées reçues, les saints et les saintes ne sont pas des hommes et des femmes parfaits, comme au-dessus de la mêlée. Ce sont des personnes comme vous et moi, des personnes avec leurs qualités, leurs défauts et leurs limites. Mais s’ils ont été reconnus comme saints, c’est parce qu’ils ont tellement aimé Dieu et les autres qu’on ne voit presque plus leurs défauts.

À travers la parabole de l’ivraie et du bon grain, Jésus nous invite donc à l’espérance en portant notre regard sur la moisson à venir plutôt que sur la crainte de l’ivraie.

Le Seigneur nous invite aussi à la confiance. Même si le mal paraît dominer en ce monde, le Royaume des cieux est bien présent, comme un grain de moutarde qui va grandir, quoi qu’on fasse, ou comme le levain dans la farine qui va faire lever la pâte, quoi qu’on fasse.

À un journaliste qui demandait un jour à la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta ce qu’il fallait faire pour changer le monde, elle répondit : « Il faut commencer par nous changer nous-mêmes, vous et moi. » Bref, devenons des saints ! Luttons pour que le bon grain grandisse en nous et l’ivraie s’étiolera. Faisons le bien et le monde commencera à changer !

« Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »»

Lectures bibliques : Sagesse 12, 13-19; Romains 8, 26-27; Matthieu 13, 24-43

Homélie du 10 juillet 2011

Prédicateur : Père Philippe Lefebvre O.P
Date : 10 juillet 2011
Lieu : Centre d’accueil La Pelouse, Bex
Type : radio

Parole semée

Le semeur sème du grain sur toutes sortes de sol. Vous avez entendu quelle mise en scène Jésus réalise pour proclamer cette parabole. Il monte dans une barque et s’adresse aux gens assemblés sur le rivage. Il a sans doute forcé sa voix pour que tout le monde l’entende. Ainsi donc, des gens sur la terre reçoivent des paroles lancées par Jésus, paroles qui racontent comment des terres reçoivent des grains lancés par un semeur. En bon pédagogue qu’il est, Jésus met immédiatement ses auditeurs dans la situation du récit qu’il leur fait. Ils sont sur la terre, ils sont les terres qui reçoivent le grain.

Dieu, le Semeur.

Cette parabole est la toute première d’une longue série que Jésus va dérouler. Nous entendrons la suite pendant les deux dimanches qui viennent. Mais commençons aujourd’hui par le commencement : « Le semeur est sorti pour semer ». Si vous lisez la Bible en commençant par le commencement, vous verrez que le premier semeur dont il soit fait mention est Dieu lui-même. Dès le chapitre 2 de la Genèse, le Seigneur est présenté comme un horticulteur attentif : il plante un jardin afin que l’homme qu’il vient de créer soit placé dans un lieu accueillant, il y fait germer toutes sortes d’arbres. Le maître des semences, c’est Dieu dans la Bible.

Le geste ample, généreux, du semeur, manifeste bien qui est Dieu. Quelqu’un qui donne la vie à profusion, qui la suscite partout et toujours, qui ne lésine pas. Comme le disait le Seigneur dans notre première lecture d’Isaïe : « La parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans résultat ». Cette parole lancée par Dieu accomplit une mission de fécondité : elle abreuve la terre et la fait germer – je cite toujours notre passage d’Isaïe. Sa Parole nous crée, nous fertilise, nous fait éclore à une intelligence nouvelle.

Le Christ, le grain.

Faisons un pas de plus. La parole de Dieu lancée sur la terre, qui est-elle ? C’est le Christ Jésus lui-même, la Parole, le Verbe comme on l’appelle, Celui qui exprime totalement ce que le Père est et veut. Jésus, pour dire quelle Parole il est, lance à poignées des paroles. Dans la suite de son discours, il proposera de penser le Royaume des cieux comme un homme qui a ensemencé un champ de bon grain, et ensuite comme une graine de moutarde qui produit un arbre de belle taille. Mille paroles pour dire la Parole qu’il incarne.

L’incarnation du Christ comme du grain jeté sur notre terre ! Comme le suggère notre parabole, on ne sait pas alors sur qui le Christ peut tomber : des bas-côtés, des pierres, des ronces, de la bonne terre. Jésus explique toutes ses images dans la suite de notre chapitre. Les bords de route, ce sont les gens que rien n’intéresse hormis eux-mêmes : la Parole ne les atteint jamais, elle tombe pour eux à côté de la plaque. Les rocailles sont des gens tout en surface : pas de terreau, pas de profondeur ; la parole ne peut pas prendre racine en eux. Les ronciers sont ceux qui sont étouffés par le souci de paraître conformes à ce que le monde attend d’eux ; c’est une telle complication d’essayer de plaire à tout le monde qu’ils sont trop occupés pour accueillir la parole. Et puis il y a ceux qui, quand la Parole survient, acceptent, acquiescent et portent du fruit.

Terrains à discerner.

Bord du chemin, pierre, ronces, bonne terre : quand il y a des différences, nous devenons souvent nerveux. Certains auraient tendance à dire que nous sommes tous tout cela à la fois. Chacun d’entre nous serait un peu à côté de la plaque, un peu superficiel, un peu tourmenté par le désir de plaire, un peu bonne terre aussi. Bref, on s’en tire par une solution de sauve-qui-peut : ainsi – pense-t-on – plus de problème ! Nous serions tous pareils. Or, Jésus dit explicitement l’inverse.

Il s’agit donc, comme c’est toujours le cas dans les paraboles, de discerner. Sinon, elles ne serviraient à rien. Si une parabole avait pour but de dire que tout le monde est comme tout le monde, que chacun est tout, il n’y aurait aucun intérêt à les dire ni à les écouter.

Jésus, en appelant au discernement, à la distinction, nous fait part de son expérience quotidienne. Quand il se livre, quand il se donne comme le grain qu’on sème, il est reçu de multiples manières. Les uns font comme s’il n’avait rien dit : sa parole tombe à côté d’eux et pas question qu’il en ramasse une parcelle. Les autres s’enthousiasment un temps et puis ils chipotent et ne donnent pas suite. D’autres seraient partants, mais cela les mettraient en délicatesse avec ce que pensent leur entourage et les puissants du jour ; alors, ils enterrent vite l’affaire. Et puis, il y a miraculeusement ceux qui l’accueillent.

Quel terrain suis-je ?

Cela veut-il dire que les jeux sont faits d’avance ? Que tout le monde est placé dans des catégories ? Non, c’est simplement un constat. Quand vous voulez transmettre une parole importante, quand vous parlez pour dire vraiment quelque chose, vous vivez ce genre d’expériences. Une parabole sert à cela : à établir des constats, à nous amener dans le réel vécu. Peut-être vous demandez-vous alors si vous êtes un bord de route, un terrain de pierre ou de ronces ou de la bonne terre ? Eh bien, demandez au Seigneur ce qu’il en pense. Interrogez-le dans la lumière de sa Parole. Attendre du Seigneur qu’il fasse comprendre qui je suis, plutôt que de dépendre de l’avis des uns et des autres, c’est un aspect important de ce que l’on appelle en terme technique la vie chrétienne.

En tout cas, ce qui nous appelle dans cette parabole, ce ne sont pas d’abord les terrains insatisfaisants, mais la « bonne terre ». Dans l’Ancien Testament, c’est un des noms que l’on donne à la terre Promise (Nombres 14, 7), ce pays plantureux où le Seigneur règne. Qui représente la bonne terre ? Lisez les évangiles ! On peut penser, bien sûr, à la Vierge Marie, celle qui reçoit dans le sol de sa chair le « fruit béni ». Mais bien d’autres, inattendus, peuvent figurer sur la liste des humus recommandables. Un seul exemple ? Le type crucifié à côté de Jésus. À première vue, ce fameux larron n’est que de la mauvaise graine. Mais dès qu’il se trouve à côté du Christ, il lui adresse des mots décisifs, mûris dans la terre cachée de son être. Alors Jésus lui répond qu’ils entreront tous deux ce jour même au paradis. Le larron, première floraison d’une terre nouvelle.»

Lectures bibliques : Isaïe 55, 10-11; Romains 8, 18-23; Matthieu 13, 1-9

Homélie du 03 juillet 2011

Prédicateur : Chanoine Jean-Claude Crivelli
Date : 03 juillet 2011
Lieu : Centre d’accueil La Pelouse, Bex
Type : radio

Les Etats-Unis d’Amérique ont présenté pendant deux siècles la figure d’un Eldorado ouverts aux esprits conquérants et entrepreneurs. Une « Terre d’abondance », comme dit une chanson de Leonard Cohen. « Terre d’abondance » (The Land of plenty) est aussi le titre d’un film de Wim Wenders (2004), qui veut aider les Américains à se réveiller. « Hé là ! Il y a eu le 11 septembre 2001. Réveillez-vous donc ! »

Lana, jeune héroïne du film, est une sainte. De retour au pays après plusieurs séjours au Proche-Orient et en Afrique, ce qu’elle a conquis, elle, ce n’est plus l’Amérique, mais la paix intérieure ; la paix de ceux que la souffrance a bonifiés au lieu du ressentiment et l’amertume. Le don le plus fascinant de Lana reste sa technique de communication. Sa force de vie et son discernement à toute épreuve finissent par gagner les esprits les plus étriqués. Celui de Paul, le patriote, son oncle vétéran du Vietnam, jusque là convaincu que les USA étaient en état de guerre et que voici réveillé de sa torpeur et de son aveuglement.

Vous savez que le terme « éveil » est essentiel pour le bouddhisme – « bodhi » signifiant « éveil » en effet. Le Buddha, c’est celui qui, par-delà les apparences, s’est éveillé et s’est libéré définitivement des illusions, des passions et de la douleur inhérente à chacune de nos existences.

Le baptisé, lui aussi, est un être qui a été illuminé par le Christ, éveillé du sommeil de la mort. Un jour l’Esprit nous a dit :   « Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera. » (Ep. 5, 14) – selon une hymne de l’Eglise ancienne, citée par l’apôtre Paul. Cet appel, l’ai-je vraiment entendu ? Quelle est ma relation au Christ ? Qui est Jésus pour moi ? Sous l’emprise de quelles puissances est-ce que je traverse ce monde ? Celles que l’apôtre Paul désigne, dans la seconde lecture, comme « la chair » – c’est-à-dire ma propre fragilité humaine et ses possibles dérives ? Ou bien, dans mes paroles et mes actes, suis-je déjà inspiré par l’Esprit du Christ lui-même ? Suis-je éveillé à ce monde nouveau pour lequel le Christ a donné sa propre vie ?

L’éveil spirituel – sans lequel il n’y pas l’Eglise mais juste une centrale hiérarchique de cols violets, clercs et laïcs, qui font tourner la machine ; sans lequel je ne suis qu’un consommateur de religion qui utilise les services de la religion par routine ou par mauvaise tradition ! L’éveil spirituel c’est comme une naissance. A la faveur d’un événement douloureux qui me frappe et déstructure l’assurance que j’avais en moi-même, je puis naître ou renaître d’en haut. A la faveur d’un deuil, d’une maladie grave, d’un échec professionnel, … je commence à percevoir que les choses ne sont plus autant assurées que je le pensais. Pas aussi simples. Progressivement j’en viens enfin à quitter le monde des rêves et à aborder le monde des êtres. L’échec de ma vie conjugale – ou de ma vie religieuse – me fait comprendre que celle-ci n’était peut-être qu’un rêve adolescent, un puits de sommeil. La rupture était inévitable : heureuse rupture permettant de tout reprendre à neuf ; alors je me laisse éveiller. Se « laisser » éveiller, car on ne peut pas s’éveiller soi-même. Il s’agit d’un don que l’on reçoit.

Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. (Mt 11, 25)

La parole jubilatoire de Jésus étonne, car elle intervient en situation d’échec. « Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ! » s’exclame Jésus à l’endroit des villes qu’il traverse (Mt 11, 17). « Malheureuse es-tu, Chorazin ! Malheureuse es-tu, Bethsaïda ». L’échec de Jésus permet d’entrer dans l’intimité même de Jésus. Intimité qui se dévoile dans une prière d’action de grâce. La passion et la mort du Christ permettront d’entrer plus avant dans cette intimité du Père et du Fils, et elles déboucheront sur un éveil radical, la résurrection. Vous savez qu’une des images employées par l’Ecriture pour signifier la résurrection puise au vocabulaire du sommeil et du réveil.

En fait ce travail d’éveil spirituel n’est pas compliqué. Il faut toutefois, dit Jésus, abandonner la sagesse des sages et la science des savants. Ces gens qui savent tout ; donnent leur avis sur tout ; emballent les autres dans un jugement péremptoire et sans appel… alors que, selon le Siracide (cf. Si 6, 18-37), il faut attendre l’âge des cheveux blancs pour espérer gagner quelque sagesse. Rester en éveil, sans cesse, jusqu’à mon dernier souffle. Cette posture constante d’éveil – traverser le monde comme si j’étais sans cesse en train de naître à ce monde – est un joug facile à porter, et en fin de compte il repose, il pacifie, il permet d’établir des relations justes avec moi-même et avec les autres, il conduit même jusqu’à cette jubilation intérieure, celle du Maître dans l’Evangile d’aujourd’hui. A condition toutefois que je commence par écouter car écouter me permet de recevoir quelque chose de l’autre. Visiter régulièrement ma géographie intérieure : revisiter les événements singuliers qui m’ont marqué, et aussi ceux de la banalité quotidienne. Quelque chose m’est arrivé là, à tel moment ? Qu’est-ce que j’en fais ? Est-ce une fatalité ou bien un appel ? Une « vocation » ? A la suite du 11 septembre 2001 et déjà après les assassinats des moines de Thibirine (1996), plusieurs, aux USA et en France, se sont mis à parler avec les musulmans, à les écouter, à s’intéresser à leur croyance. Tant il est vrai que les actes de la violence extrême, quand bien même ils ne servent à rien directement puisqu’ils ne font pas avancer la cause de ceux qui les exécutent, contribuent au moins à réveiller nos consciences endormies. Quelque chose de nouveau peut alors commencer. N’est-ce pas du reste ce qui arrive lorsque, quelque part dans le monde, un lecteur attentif des Ecritures se laisse toucher par la mort de Jésus jusqu’à décider de changer son style de vie et sa manière d’être avec les autres ?

Lectures bibliques : Zacharie 9, 9-10; Romains 8, 9-13; Matthieu 11, 25-30

Homélie du 26 juin 2011

Prédicateur : Chanoine Guy Luisier
Date : 26 juin 2011
Lieu : Eglise de Salvan
Type : radio

« Qui veut garder sa vie pour soi la perdra, qui perdra sa vie à cause de moi la gardera. » Forte et décisive parole de Jésus. Et même tragique, quelque part. Cette parole pour la déchiffrer, je voudrais la mettre en perspective avec une histoire de chez nous.

En 1912, un jeune homme de notre village de Salvan s’embarque dans un bateau vers l’Amérique. Sans doute a-t-il quitté une région alors très pauvre de Suisse pour trouver ailleurs une situation économique meilleure. Mais au contraire de beaucoup de ses concitoyens qui allaient refaire leur vie en s’enracinant en Argentine ou en Californie, le jeune Alexis était cuisinier sur bateau, cuisinier au long cours. Il faisait partie de la nombreuse équipe de cuisine chargée de proposer aux classes privilégiées de ce paquebot des repas capables de changer en fête cette longue traversée vers New York.

Or, durant cette traversée de travail certainement dur et pénible, Alexis est mort. Le Titanic a coulé, vaincu par un iceberg dans le nord glacial de l’Atlantique. Le corps du jeune cuisinier est resté au fond comme celui de tant d’autres, riches ou pauvres, serveurs ou servis, grands ou petits.

Lorsque je contourne l’église paroissiale et que je vois adossée à elle la plaque rappelant le sort malheureux de ce compatriote, je ne peux m’empêcher de penser à la planète-vaisseau que nous habitons.

L’aventure du Titanic est-elle une parabole du chemin de notre monde ? Sans doute est-elle au moins une leçon, une leçon de modestie. L’homme ne maîtrise jamais tout. A voir trop grand, on finit petit.

Les destins humains sont divers. Des tragédies indicibles en marquent quelques-uns. Des joies et des aventures sont distribuées comme au hasard dans la vie. Mais de temps en temps comme en cette nuit glaciale de naufrage, les hommes se sentent soudain tellement égaux… ne serait-ce que dans le malheur.

Mais qu’est-ce qui relie tous les destins humains depuis les siècles que l’homme navigue sur le vaisseau terre ? Le dénominateur commun de toutes ces destinées n’est-ce pas le désir d’un plus ? Oui la faim, le désir affamé tapi au fond de chacun, la faim d’un plus. Que nous soyons cuisinier, serveur, que nous soyons snob, milliardaire, tous nous avançons dans la vie avec le désir d’avoir plus. Ce désir d’un plus prend des formes diverses : plus d’argent disent les uns, mais le désir ne s’éteint pas ; plus de sécurité disent d’autres, mais leur désir peine vers une plénitude; plus de jours, plus d’années, pense-t-on aux portes de la vieillesse; plus de calme, de tranquillité, cherchent d’autres encore mais en fait tout cela reste devant soi, en avant comme inatteignable.

L’homme désire. L’homme a faim. « L’homme est un être de désir et de faim », disent les penseurs et les sages. C’est une assez bonne définition que nous sommes prêts à accepter.

Mais qu’en pense Dieu ? Et bien, Dieu dit la même chose. L’homme est un être qui a besoin de plus, qui est fait pour plus, plus que ce qu’il a, plus que ce qu’il est. Dieu le sait très bien, parce que ce désir de plus, c’est lui-même (en tant que source créatrice de l’homme et de l’histoire) qui l’inscrit dans la nature de l’homme.

Vouloir plus est incrusté dans l’être humain. Mais la réponse et le chemin pour y arriver, pour arriver à ce plus sont divers et – il faut l’avouer – ils sont souvent faux, ils sont souvent faussés.

Malentendu : l’homme est fait pour plus ; non pas avoir plus, mais être plus, non pas attirer sur soi plus de richesse, plus de culture, plus de ceci ou plus de cela, mais pour être fondamentalement plus, c’est-à-dire être relié à celui qui est le plus fondamental : le Dieu de Jésus Christ.

Jésus, qui partage notre humanité et qui partage la divinité du Créateur, le sait bien ! Et c’est cela qu’il veut dire quand il proclame : « Qui veut garder sa vie pour soi la perdra, qui perdra sa vie à cause de moi la gardera. »

Il faut un apprentissage long, fait de conquêtes intérieures douloureuses. Lâcher prise sur l’avoir pour gagner de l’être. Les lectures de notre eucharistie d’aujourd’hui, comme d’ailleurs toutes les pages de la parole de Dieu nous parlent de cela.

Lorsque Jésus vient au nom de son Père mettre son doigt sur les désirs humains et en indiquer les forces et les pièges, il ne met pas des gants, il nous assène des vérités finales qu’il nous faut longuement accueillir en soi. Le mystère du pain partagé à la messe procède de cette même dynamique. Jésus dans le pain de sa présence réelle nous livre tout ce qu’il est. C’est dans le chemin du don de notre être qu’à notre tour, nous serons plus.

Jeudi dernier, dans nos cantons catholiques et aujourd’hui chez les catholiques d’autres cantons, se célèbre la Fête-Dieu. Nous nous rassemblons avec un regard émerveillé de question autour d’un morceau de pain dans lequel le regard de la foi catholique lit la présence réelle du Dieu vivant. Devant la scandaleuse petitesse matérielle de cette présence, n’a-t-on pas à lire une vérité :

Dieu nous rejoint dans le moins pour nous ouvrir à l’être plus. Nous avons faim d’un désir d’infini, Nous désirons être éternels et la nourriture que Dieu nous donne a la petitesse d’un pain à l’humble apparence, à l’humble goût.

Dieu ne s’y est pas trompé, le pain pour notre route et pour notre destin ne vient pas nourrir notre désir d’avoir plus, plus de possession, plus de jours, plus de culture, plus d’argent. Il s’enfonce fondamentalement dans notre vie et dans notre faim. Il vient nous ouvrir tout au fond de nous à l’être plus, à l’être éternel. Lorsque l’on se perd soi-même, on se trouve pour la vie éternelle.

Lectures bibliques : 2 Rois 4, 8-16; Romains 6, 3-11; Matthieu 10, 37-42

Homélie du 19 juin 2011

Prédicateur : Chanoine Guy Luisier
Date : 19 juin 2011
Lieu : Eglise de Salvan
Type : radio

La Trinité… Un vieux mot un peu usé, diront certains. Très théologique et trop catéchétique, donc éloigné de nos préoccupations ordinaires, diront d’autres, avec un brin de raison peut-être. Et un petit malin pourra même ajouter que cela le fait penser à une chanson de son enfance, celle de Malbrough qui reviendra de guerre à Pâques ou à la Trinité, comme on dirait à la Saint Glinglin. Pas très encourageant…

Pourtant, a priori méfions-nous des vieux mots, ils semblent endormis et voilà qu’ils peuvent se réveiller soudain et apporter un vent de fraicheur sur nos désespérantes banalités ordinaires. Car en fait de quoi est fait notre ordinaire, notre vie de tous les jours ? Essentiellement d’un vrai besoin d’exister et d’être reconnu en face des autres. Et de communiquer vraiment ce que l’on est.

Or justement, derrière le mot Trinité se trouve un trésor que notre société d’aujourd’hui cherche désespérément à l’horizon de ses avancées techniques et technologiques : communiquer plus et mieux. On ne peut qu’être impressionné par les avancées formidables et fondamentales de la communication, dans ses aspects techniques.

Nous vivons dans un réseau technologique dense de moyens qui nous permettent de communiquer avec les autres. Que de progrès, techniques à tout le moins, en quelques dizaines d’années.

Ici dans notre village de Salvan, nous le savons particulièrement bien. En effet à la fin du 19e siècle, en 1895, au temps de la poste à cheval et des diligences, a eu lieu un événement qui en apparence pour les gens de la région était assez anecdotique. Un touriste excentrique essayait de communiquer avec un garçon du village en lui envoyant à quelques dizaines de mètres, des signaux électriques, sans fil. Bizarre, Bizarre. Gugliemo Marconi, oui le Marconi, se livrait à des expériences techniques farfelues avec des perches et tout un attirail de choses… C’était les tout débuts de la télégraphie sans fil. Les années suivantes ont fait de Marconi un prix Nobel ; et dans son génial sillage, on voit de loin en loin la radio, le téléphone, les satellites, l’internet, et cette toile impressionnante des réseaux sociaux qui lui sont liés.

Cette histoire est technique. Elle est merveilleuse bien sûr mais elle est purement technique car – nous le savons bien – il y a un besoin de communiquer à l’intérieur de l’homme. Et les réponses techniques extérieures sont belles mais insuffisantes. En fait on communique bien, non pas à coup de technologies sophistiquées, mais au moyen d’un cœur qui se donne, qui s’ouvre et qui se dit.

Lorsque ce cœur se laisse baigner de saine intelligence, lorsqu’il est travaillé de vraie sagesse, alors un espace s’ouvre, un espace de vraie communication, de vraie communion. Et heureusement, même ceux qui n’utilisent pas de téléphone portable et ne connaissent même pas la signification du mot numérique peuvent communiquer vraiment. On ne communique vraiment que quand on donne, quand on se donne, se livre… quand on dit ce que l’on est et non pas ce que l’on a.

Ici se posent alors deux questions fondamentales : Pourquoi un tel désir de communiquer inscrit au cœur de l’homme, et pourquoi ce désir n’est-il jamais assouvi, pourquoi « toujours plus » ? C’est ici qu’intervient la Trinité.

La Source de notre vie, (cette Source indicible en laquelle les croyants de multiples et belles traditions trouvent leur Dieu), cette Source est une mais elle n’est pas uniforme, disent les chrétiens, elle est communicante par nature, à l’intérieur d’elle-même et vers nous. Dieu est communion. Dieu communique en soi. Il se donne tout entier. Le Père n’est père parce qu’il communique son être à son Fils dans un élan de joie qu’on appelle Esprit !

« Oui, mais qu’est-ce que cela peut nous faire ? » diront les esprits les plus chagrins. Et bien justement, dit la Bonne Nouvelle : « Cela te fait ! ». Tu ne serais pas ce que tu es, si Dieu n’était ce qu’il est. Tu n’aurais pas ce désir de communiquer, de communier à l’autre, et cela toujours plus et toujours mieux, si le Dieu communion ne l’avait pas inscrit dans ton cœur. Parce que cela fait partie de ce qu’il a de plus beau à donner.

La création nait et continue cet éternel courant de communication et de communion qui lui vient de son Créateur qui est Trinité. Peut-être avez-vous l’impression que je plane en disant cela. Alors évitons les mots savants et rejoignons notre quotidien. Chaque fois que je sors de chez moi, que je sors de moi par désir d’aller vers l’autre, de le découvrir, je parle par ma vie d’un Dieu qui éternellement sort de soi, pour venir vers nous.

Chaque fois que je veux communiquer plus et mieux, connaître plus et mieux, je parle de Dieu qui nous attire dans son plus et mieux divin. Ce que je vis banalement tous les jours dit banalement quelque chose de Dieu. Tout simplement.

Mes frères, mes sœurs,

Au début de mon homélie, j’ai évoqué les débuts de la téléphonie mobile ici à Salvan, à quelques mètres derrière notre église paroissiale, et je l’ai présentée comme le début du formidable effort de l’homme dans le domaine de la communication. En fait il me faut maintenant me corriger. Les vrais débuts de l’essor de la communication se trouvent bien avant la technique et même bien avant l’homme. Dès son éternité, Dieu communique et est communion. Il y a une source communicante au début éternel de tout. Il y a un éternel océan de communication à la fin éternelle de tout.

Dans cet océan de joie, le Père et le Fils et l’Esprit de Dieu, reçoivent en eux notre fondamental désir de communiquer ce que nous sommes en vérité.

Alors ? La Trinité, un vieux mot un peu usé et dépassé ? Peut-être que non, la belle réalité qu’il cache nous dit l’avenir positif de notre constant besoin d’être en réseau, d’être avec, de nous dire et de nous faire comprendre. La parole de Paul prend alors un relief fantastique : « Encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous ».

Notre but c’est d’être vraiment en réseau dans la communion de Dieu, Père qui nous aime, Fils qui nous sauve et Esprit qui nous vivifie.»

Lectures bibliques : Exode 34, 4-9; 2 Corinthiens 13, 11-13; Jean 3, 16-18

Homélie du 12 juin 2011

Prédicateur : Abbé Alain Chardonnens
Date : 12 juin 2011
Lieu : Eglise St-Nicolas de Myre, Cheyres
Type : radio

Chers frères et sœurs, chers auditeurs,

En cette fête de la Pentecôte, l’évangile nous présente les disciples, enfermés dans le lieu où ils se trouvent, ils ont peur, ils se referment sur eux-mêmes. Les voilà entravés dans leur liberté de mouvement, ils ne sont plus libres de se déplacer. Leur esprit aussi est enchaîné par la peur. Il faudra la rencontre avec le Christ et cette parole “la paix soit avec vous” pour que de nouveaux horizons leur soient ouverts.

Il faudra que Jésus ressuscité répande sur eux son souffle. Alors, ils pourront retrouver leur liberté. Liberté d’être porteurs de la Bonne Nouvelle à toutes les nations ; liberté d’être les artisans de la mission que le Christ leur confiera ; liberté retrouvée de l’esprit qui, affranchit de la peur, sera rempli de la joie qui leur permettra de se donner tout à tous et d’être les pierres vivantes de l’Eglise naissante !

Face à cette situation, comment ne pas penser à vous, chers auditeurs. A l’image des disciples, vous êtes peut-être vous aussi forcés de rester chez vous, alors que vous auriez envie de rejoindre la communauté paroissiale à laquelle vous appartenez. Peut-être que vous aussi, à cause de l’âge ou de la maladie, vous êtes remplis de doutes ou d’incertitudes face à telle situation, telle échéance, face à ce que l’avenir sera pour vous.

Mais à y réfléchir d’un peu plus près, cette même situation peut nous arriver à tous. Chacun, chacune nous courrons le risque de nous laisser enfermer, de perdre quelque chose de la liberté à laquelle nous appelle notre baptême : la liberté des enfants de Dieu. Comme les disciples, quel que soit notre état, il peut nous arriver à nous aussi d’être paralysés par la peur ou l’incertitude.

En cette fête de la Pentecôte, tournons-nous alors vers le Seigneur le cœur plein de confiance. Demandons-Lui de venir nous visiter, comme il l’a fait pour ses disciples. Pour nous aussi, aujourd’hui, il aura cette parole rassurante et encourageante “La paix soit avec vous” ; sur nous aussi, il viendra répandre le souffle de son Esprit. Alors remplis de cette force et de cette paix, nous pourrons à notre tour assumer avec joie la mission que le Seigneur voudra bien nous confier, là où nous sommes, selon nos forces, nos charismes et nos possibilités !

Voyez l’enseignement de saint Paul dans la deuxième lecture : “Les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit. Les fonctions dans l’Eglise sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est toujours le même Dieu qui agit en tous.” Nous sommes là au cœur du mystère et de la vie de l’Eglise.

En entendant ces paroles de saint Paul, je pense à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, “la petite Thérèse”. Elle aurait tant voulu réaliser la diversité de tous les charismes et assumer toutes les fonctions de l’Eglise, mais elle était là dans son carmel, clouée sur son lit. Et c’est pourtant de là, de ce qui peut ressembler à un enfermement, que le Seigneur l’appelait à remplir sa mission pour le bien de toute l’Eglise.

Lors de visites, nombreuses sont les personnes qui nous disent leur regret de ne plus pouvoir se joindre à leur communauté paroissiale pour la messe du dimanche parce qu’elles sont trop fatiguées ou trop atteintes dans leur santé, parce qu’elles n’ont plus la possibilité de se déplacer comme elles le voudraient. Alors, elles s’unissent à la prière de l’Eglise en suivant la messe à la radio ou à la télévision. Je voudrais remercier ceux qui s’investissent pour que cela soit possible. Merci à vous, les gens des médias qui permettez à tant de personnes de vivre leur foi, non pas seules chez elles, pour elles, mais en communion avec d’autres chrétiens, en lien avec toute l’Eglise par le biais des ondes. C’est un beau moyen de réaliser l’unité qui nous est donnée dans l’Esprit-Saint.

Et puisque l’Esprit nous donne des dons variés, puisque Dieu nous appelle à des activités variées selon la lettre aux Corinthiens, nous avons, chacun, chacune à discerner à quoi nous sommes appelés. Quel charisme le Seigneur m’a-t-il donné ? Qu’est-ce qu’il attend de moi pour le service et le bien de tous ? Une fois cette mission découverte, mettons tout notre cœur à la réaliser de notre mieux. Que ceux qui sont appelés à s’engager dans le monde le fassent avec zèle. Que ceux que le Seigneur a choisis pour annoncer la Bonne Nouvelle de sa Résurrection se dépensent sans cesse à cette tâche. Et si vous pensez ne plus pouvoir assumer de telles activités parce que l’âge ou la maladie vous en empêchent, détrompez-vous ! Portez tout cela dans votre prière. Demandez l’Esprit Saint pour qu’il vienne, aujourd’hui encore, vivifier l’Eglise dans chacun de ses membres.

Vous êtes peut-être contraints de demeurer chez vous, mais vous êtes notre souffle. Votre prière est notre respiration spirituelle, alors que nous sommes bien souvent “essoufflés” par le rythme et le nombre de nos activités. Pour reprendre l’image du corps que saint Paul proposait, si nous sommes les bras ou les jambes de l’Eglise dans son activité apostolique et missionnaire, vous êtes, chers auditeurs, les poumons qui nous permettez de recevoir l’oxygène nécessaire à notre apostolat.

Vous voyez, c’est tous ensemble que nous formons le corps du Christ qu’est l’Eglise, c’est ainsi que nous sommes unis par le même Esprit. Personne ne reste sur le carreau. Le Seigneur a besoin de tous, selon nos possibilités et nos charismes propres. C’est notre mission d’aller dans le monde, c’est la mission de ceux qui doivent demeurer là où ils sont que de nous porter dans la prière.

Nous avons besoin les uns des autres : vous qui êtes chez vous, aux quatre coins de la Romandie et nous qui sommes réunis dans cette église de Cheyres. Voilà la grâce de la Pentecôte. Voilà ce que signifie “recevoir le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous.”

Aujourd’hui, Seigneur, par le mystère de la Pentecôte, répands les dons du Saint Esprit sur l’immensité du monde, et continue dans les cœurs des croyants l’œuvre d’amour que tu as entreprise au début de la prédication évangélique. Que la diversité des charismes inspirée par l’Esprit contribue à faire rayonner l’unité de toute l’Eglise. Amen.»

Lectures bibliques : Actes 2, 1-11; 1 Corinthiens 12, 3-13; Jean 20, 19-23