Homélie du 16 février 2014

Prédicateur : Abbé Giovanni Fognini
Date : 16 février 2014
Lieu : Hôpital cantonal de Genève
Type : radio

« Si tu le veux » : c’est ainsi que commence le premier texte que nous avons accueilli. Il est d’un vieux sage de l’Ancien Testament.

« Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle » . Et ce vieux sage de préciser : « La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix »

Vous en faites comme moi l’expérience : nos choix ne sont pas sans conséquences, puisque tout au bout, c’est souvent une question de vie ou de mort !

C’est là un vieux thème biblique : deux voies sont toujours proposées à l’homme pour son choix : l’une va vers la mort, l’autre va vers la vie.

Collectivement nous voyons cela tous les jours en gros plan et souvent en direct, par les images de la TV ou les photos des journaux. Ces jours-ci, en Syrie, au Centrafrique spécialement. Dans ces deux pays – et combien d’autres encore – chaque jour, des enfants, des femmes et des hommes vont vers la mort, d’autres vers la vie. Chacun rejetant sur « les autres » la responsabilité de l’horreur qui se vit.

Cela est vrai aussi dans nos vies personnelles :

  • Dans un couple – vous le savez mieux que moi – on peut choisir un chemin vers plus ou moins d’amour. La vie ou la mort du couple est toujours en jeu   Dans ma vie personnelle, j’ai le choix de me réaliser, de me construire à travers ma liberté et mes choix, ou de me détruire.

C’est déjà cela choisir la mort ou la vie au quotidien ! Grandeur et paradoxe de notre liberté : je suis libre, bien plus que je ne le pense. L’invitation du vieux sage de la Bible – « Si tu le veux » – m’accompagne au quotidien, envers et contre tout !

Alors, vous et moi, pour vivre et choisir la vie, nous nous donnons des priorités, des repères. Parfois nous nous référons à des règles. Dans la Bible, nous trouvons des ordres, entre autre les fameux 10 commandements données par Dieu à Moïse et transmis ensuite au peuple. Certains n’aiment pas ce mot de commandement – comme moi ! – et appellent cela les 10 paroles de liberté. Cela ne change pas grand-chose … il faut les mettre en pratique ! Et ces 10 commandements ont fait des petits dans l’histoire, puisque du temps de Jésus, il y avait en tout 613 commandements à suivre !

Dans ce contexte, Jésus commence par dire dans l’évangile d’aujourd’hui: « Je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir ». Est-ce une façon de venir appuyer les légalistes purs et durs de l’époque ? Je ne pense pas. Jésus vient « accomplir », c’est-à-dire donner son vrai sens, donner du contenu, de la profondeur même au plus petit des commandements. Au fond, Jésus introduit un tout autre esprit.

Et pour bien se faire comprendre, Jésus ose mettre alors en tension les commandements transmis par la tradition « Vous avez appris qu’il a été dit… » avec sa propre parole : « Et moi je vous dis… ».

C’est ce qui se passe dans l’évangile de ce matin ; Jésus rappelle d’abord quelques-uns de ces commandements qui ont traversé les siècles avant lui :

  • Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, et si tu jures par Dieu que ce soit la vérité.
  • Ensuite, Jésus radicalise ces commandements. On pourrait croire qu’il veut les rendre encore plus exigeants ! Jésus radicalise signifie qu’il va à la racine même du mal dénoncé par ces divers commandements :
  • Bien sûr, il ne faut pas tuer, mais « moi Jésus je vous dis » : si une dispute s’envenime et devient colère, si les insultes fusent, c’est déjà grave. Autrement dit, la colère et l’insulte portent en germe le même mal que le meurtre !
  • Ne pas commettre l’adultère, certes, c’est toujours valable, mais « moi Jésus je vous dis » : un regard qui s’approprie l’autre, regarder une femme et la convoiter, la désirer comme un objet à posséder, c’est déjà un adultère.
  • Jurer, prêter un serment en invoquant Dieu pour dire qu’on est dans la vérité : mais pourquoi ? « Moi Jésus je vous dis » : ayez une parole vraie, soyez des femmes et des hommes de parole. Que votre oui soit oui et que votre non soit non. Ayez une parole responsable, fiable et que vous pouvez tenir même dans une réalité changeante.

Oui, Jésus radicalise … il va à la racine, il va au fond de nos actes humains et de nos choix, car il sait que c’est là, au fond de notre personnes, dans notre cœur, que se niche le mal. Derrière nos actes, derrière nos apparences et nos façades, derrière nos masques, il y a le fond du cœur, que tout le monde ne voit pas forcément. Dieu, lui, voit le fond de notre cœur. Le mal prend racine dans le cœur de l’homme et c’est à ce niveau-là que nous sommes invités à mettre en œuvre notre liberté et nos choix.

C’est un appel sérieux à la lucidité qui nous est adressé : derrière ce que je dis, derrière ce que je fais, quelle femme, quel homme suis-je en vérité, quel est mon être profond ? La lucidité nous est indispensable pour nous remettre à Dieu et laisser son Amour nous guérir, nous transformer, nous ajuster à Lui. A quoi servirait de confier à l’amour une image illusoire de nous-mêmes ?

La révision de la Loi par Jésus aura son aboutissement, son accomplissement dans le double commandement de l’amour : « Tu aimeras ton Dieu et ton prochain comme toi-même ».

Alors, « si tu le veux », laisse l’Amour en toi choisir la vie : ainsi ta justice dépassera toute loi, tout commandement. Et tu seras juste, c’est-à-dire ajusté sur la volonté de Dieu, pour ton plus grand bonheur !

Amen.

6e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Siracide 15, 16-21; 1 Corinthiens 2, 6-10; Matthieu 5, 17-37

Homélie du 09 février 2014

Prédicateur : Abbé Giovanni Fognini
Date : 09 février 2014
Lieu : Paroisse du Saint-Esprit (Hôpital cantonal de Genève)
Type : radio

« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde». J’avoue que ces paroles de Jésus me font du bien, tout simplement . Ce n’est pas tous les jours que quelqu’un dit de moi que je suis une lumière…- et certainement, cela est vrai pour vous aussi !- Alors, j’accueille ces paroles avec joie et reconnaissance ! En même temps, je découvre mieux quelle est la mission du chrétien à travers ces deux images, ces deux métaphores que Jésus emploie.

« Etre sel de la terre » ! Le sel …c’est ce qui donne du goût, de la saveur. Il conserve aussi les aliments et en empêche la décomposition ; enfin il fertilise la terre.

Avec un peu de sel, un plat, un met change de goût. Trop de sel, c’est immangeable, pas assez de sel, c’est … comme la cuisine de l’hôpital ! Du sel tout seul, c’est infect. Le sel n’a de sens, de goût que mélangé à autre chose. Il ne crée pas la saveur, il la révèle : bien équilibré, le sel met en relief, en valeur tous les autres aliments.

C’est pourquoi, Jésus dit à ses disciples : « vous pouvez être le goût, la saveur de la vie ; par votre témoignage et vos actes, vous donnez du goût, de la saveur aux hommes. Vous apportez de la qualité à la vie, de la fécondité à l’histoire. Vous permettez à chacun, chacune de se révéler, de prendre sa place, de retrouver sa dignité de femme et d’homme. »

C’est notre mission au cœur de ce monde : donner vie, apporter fécondité, être dans l’histoire une force qui conserve le monde.

Une mission énorme, alors que le sel, c’est minuscule, peu visible ! Et lorsque nous mettons du sel dans des aliments, il disparaît, il se dissout. Belle évocation d’un aspect important de notre témoignage : nous sommes cette petite chose, minuscule, mais tellement importante, ce sel de la terre pour les autres et non pour nous-mêmes, pour notre propre gloire !

L’autre image que nous laisse Jésus est celle de la lumière… « Vous êtes la lumière du monde ». Au contraire du sel, la lumière doit être visible et elle ne peut pas être cachée.

Restons toutefois modestes : Jésus seul est LA lumière du monde. Nous sommes une parcelle de cette lumière. La lumière ne crée pas le monde : elle le révèle, elle donne de voir clair.

Etre lumière dans des situations de la vie où les ténèbres semblent l’emporter ; être lumière dans des situations de maladie, d’handicap, d’injustice, de solitude, de mort… Etre lumière à travers un geste de solidarité, de présence.

Ici aussi, il y a un équilibre à trouver : trop de lumière aveugle, pas assez de lumière n’aide pas à voir clair ! Dans notre mission de chrétien au cœur du monde, nous avons à inventer chaque jour et dans chaque situation comment être lumière. La lumière du Christ doit briller en nous et on ne peut la cacher : les hommes doivent la voir, la goûter, être heureux de se laisser éclairer par notre témoignage.

Si jamais nous entendons cette parole « vous êtes la lumière du monde » pour nous gonfler les pectoraux ou pour nous mettre à la première place, la suite de l’évangile ajoute tout de suite un correctif de taille. « En voyant ce que vous faites de bien, les hommes rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ». Ce n’est pas notre personne et notre petite gloire qui est première … mais Celui qui est la source de notre agir, de nos paroles, de notre témoignage : c’est-àdire le Père ! L’invitation qui nous est faite, c’est qu’en étant « sel de la terre et lumière du monde », les gens ne s’attachent pas à nous, mais découvrent Celui qui nous fait vivre, qui est la Source : le Père !

Quelques versets plus loin, dans l’évangile de Matthieu, Jésus invitera les siens à ne pas agir pour être vu. Ici aussi, équilibre à trouver, à créer ! Notre mission est d’être visible, d’éclairer le monde, par des paroles et des actes visible. En même temps, s’effacer car ce n’est pas moi que je révèle ou que j’annonce: c’est Dieu, c’est son Royaume, c’est sa saveur, c’est sa lumière !

Je retrouve ce même souffle dans les paroles de notre Pape François, dans sa dernière exhortation apostolique « La joie de l’évangile » qui n’a pas peur d’écrire – je le cite –

« Je dois dire en premier lieu et en toute justice, que l’apport de l’Église dans le monde actuel est immense. Notre douleur et notre honte pour les péchés de certains des membres de l’Église, et aussi pour les nôtres, ne doivent pas faire oublier tous les chrétiens qui donnent leur vie par amour : ils aident beaucoup de personnes à se soigner ou à mourir en paix dans des hôpitaux précaires, accompagnent les personnes devenues esclaves de différentes dépendances dans les lieux les plus pauvres de la terre, se dépensent dans l’éducation des enfants et des jeunes, prennent soin des personnes âgées abandonnées de tous, cherchent à communiquer des valeurs dans des milieux hostiles, se dévouent autrement de différentes manières qui montrent l’amour immense pour l’humanité que le Dieu fait homme nous inspire. Je rends grâce pour le bel exemple que me donnent beaucoup de chrétiens qui offrent leur vie et leur temps avec joie. Ce témoignage me fait beaucoup de bien et me soutient dans mon aspiration personnelle à dépasser l’égoïsme pour me donner davantage »

Notre pape vient de nous donner de belles pistes concrètes pour être sel de la terre et lumière du monde.

Le prophète Isaïe, dans la première lecture de ce jour, nous en donne d’autres :

  • Partage ton pain avec celui qui a faim
  • Recueille chez toi le malheureux sans abri
  • Ne te dérobe pas à ton semblable
  • Fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace

Voilà la beauté et la grandeur de ce que nous sommes, par grâce, et de ce qui est notre mission : donner goût et saveur à notre terre, révéler la lumière du Christ au monde, par des paroles et des actes quotidiens. Pour la gloire de Dieu et pour notre bonheur. Amen»

5° dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : : Isaïe 58, 7-10; Psaume 111; 1 Corinthiens 2, 1-5; Matthieu 5, 13-16

Homélie du 02 février 2014

Prédicateur : Chanoine Guy Luisier
Date : 02 février 2014
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Est-ce que la fête de ce dimanche nous rejoint dans l’ordinaire de nos défis, dans les préoccupations qui nous habitent aujourd’hui? Il me semble que oui, et je souhaiterais vous le montrer même si au premier abord, Présentation, Chandeleur, Fête des lumières, Temple de Jérusalem paraissent nous faire glisser vers la nostalgie des réalités du passé. En fait plus profondément nous sommes en pleine actualité. Peut-être pas celle d’internet – bien sûr, quoi que ! Peut-être pas celle des manchettes de journaux, quoi que ! Mais plutôt une actualité qui s’inscrit dans notre destin fondamental.

Que faut-il entendre par là ? Nous sommes fondamentalement faits pour nous présenter aux autres et à l’Autre absolu. Nous sommes faits pour être présents, dans toute la force de ce mot, présents aux autres et l’Autre absolu, notre Dieu…

C’est de cela que parle la Fête de ce dimanche.

Car il s’agit de refaire connaissance avec trois beaux mots de notre univers culturel, de les réapprivoiser, de leur donner une lumière nouvelle. Ces trois mots sont : présentation, présenter, présent.

Car en fait nous n’existons que dans le présent – quel beau mot avec son ambiguité de sens ! C’est le présent qui donne du sens à notre passé et construit notre avenir.

Une belle famille de mots. Présentation, présenter, se présenter, présent… Voilà des expressions qui même hors de toute connotation religieuse ont un certain coffre, une certaine profondeur, un relief certain.

Peut-être même faut-il d’abord les débarrasser, ou nous débarrasser du vernis théologique et théorique pour les découvrir dans leur force et leur dynamisme.

Parlons d’abord de présentation.

On parle dans la vie professionnelle et sociale d’une « bonne présentation », et la plupart des gens conviennent qu’il s’agit d’une réalité importante. Quand on cherche à décrocher un poste, quand on se rend pour la première fois devant un patron, il faut une bonne présentation, subtil équilibre entre des normes sociales et des mises en valeur individuelles. Dans notre société, même si les bons usages deviennent plus hétérogènes et flous, on attache tout de même une importance à une bonne présentation.

On y sent une idée de respect de l’autre, d’un effort de lissage de la vie sociale afin que chacun se sente respecter dans ce qu’il est, dans ce qu’il veut. On est dans l’ordre de la communication de soi. Cela a quelque chose à voir avec de la politesse et de la solidarité féconde. Chacun peut en convenir.

Et c’est ici qu’arrivent les mots présenter et présent.

Il y a une idée d’offrande, de don, de cadeau.

Il y a donc l’idée d’une gratuité. Se présenter, c’est se donner, s’offrir, avec les risques si magnifiques et humains de s’exposer et de se fragiliser. On est démuni lorsqu’on offre, lorsqu’on s’offre, on se met à la merci des autres.

Et voilà que l’air de rien, en regardant les belles harmoniques de ces mots nous arrivons en pleine spiritualité, en plein dans l’évangile.

Jésus est un homme. A travers ses humbles parents, ce bébé d’homme a voulu être présenté à son Père divin dans le Temple de Jérusalem. Jésus est en même temps Dieu, à travers ses humble parents, ce bébé, Dieu, est présenté petit et fragile à son peuple. Dieu comme un bébé fut présenté à la merci des passants. C’est une manière pour lui de se mettre à nos côtés. C’est sa façon de devenir présent à nos côtés, nos côtés humbles, démunis fragiles et petits.

La toute-puissance de Dieu se révèle tout autant dans la force active de l’homme Jésus que dans sa solidarité avec nos côtés humbles, démunis et fragiles.

Aujourd’hui par une belle coincidence de calendrier, nous mettons un hallo de lumière tant sur les laïcs dans l’Eglise que sur les consacrés. La place de chacun dans le peuple- Eglise est relative à la place qu’on donne à Dieu dans ce Peuple.

Ainsi est-il plus que jamais nécessaire, chacun à sa place et dans sa vocatin originale et personnelle, de nous plonger dans le mystère de la présence de Dieu parmi nous et de l’approfondir…

A ce stade de notre réflexion, on voit se dessiner une magnifique image de Dieu.

En Jésus c’est Dieu qui se présente à nous et l’homme qui se présente à Dieu.

Ainsi nous voyons se dégager un des plus beaux titres de Dieu. Dieu est le présent, avec le double et magnifique sens que prend le mot présent en français. Dieu est le présent, parce qu’il est l’aujourd’hui éternel. Dieu est le présent parce qu’il est le don, le cadeau éternel de l’humanité.

Qu’est-ce que cela implique au ras des paquerettes de notre quotidien. Cela veut dire qu’il ne faut pas aller chercher Dieu désormais ailleurs que dans le présent. Ce présent, cet aujourd’hui quel qu’il puisse être (souvent trivial, tellement ordinaire, souvent plat ou décourageant mais aussi si riche de potentialités diverses) est le lieu et le moment du vrai compagnonage avec Dieu. Dieu est présent. Et il est d’autant plus présent et démuni devant nous que nous cherchons à l’évacuer de ce qui ne nous plaît pas dans notre vie.

A cette réalité de présent de Dieu, doit répondre la réalité de notre présent à nous. Ainsi deux questions : Est-ce que nous sommes vraiment présents à la vie, à notre destin, à nos défis, à Dieu ou bien est-ce que nous nous divertissons dans les fuites diverses, nous fuyons dans les divertissements divers.

2 février. Fête de la présentation de Jésus au Temple, Fête du présent de Dieu à l’homme, et du présent de l’homme à Dieu.

Quelle que soit notre place dans l’Eglise et dans le monde, laïcs, consacrés, actifs, retraités, malades, nous pourrions profiter de cette journée pour accueillir plus humblement la présence de Dieu dans notre présent tel qu’il est. Si nous le faisons avec toute la douceur simple dont notre destin est capable, une lumière de salut se lèvera simplement sur nous et sur le monde.»

Fête de la Présentation du Seigneur

Lectures bibliques : Malachie 3, 1-4; Psaume : 23; Hébreux 2, 14-18; Luc 2, 22-40

Homélie du 02 février 2014

Prédicateur : Didier Berret, diacre
Date : 02 février 2014
Lieu : Eglise Saint-Pierre, Porrentruy
Type : tv

La tradition juive raconte, qu’un jour, on posa à trois grands sages la question suivante: «Quel est, à votre avis, le personnage le plus important pour l’humanité?»

Le premier sage, sans hésiter, prit la parole et dit: «C’est Moïse! Il nous a donné la loi. Et la loi structure la vie de l’homme. Elle permet à chacun de se construire, de vivre en paix et de s’épanouir. Il n’y a pas de doute, Moïse est le personnage le plus important pour l’humanité. Il permet à tout homme de trouver le bonheur.»

«Je pense qu’il y a quelqu’un de plus grand que Moïse!, reprit le deuxième, c’est David! Il nous a donné les Psaumes. Leur poésie et leur prière illuminent le monde. Les Psaumes sont le cri de l’humanité, leur chant est le chant des anges. Les Psaumes participent à l’adoration du Créateur, ils portent l’homme à son plus haut sommet: l’émerveillement; Bien mieux que la loi, la poésie et la musique mènent l’homme à la béatitude, à l’extase.»

Le troisième, rabbi Yohanan, prit à son tour la parole: «Vous avez raison!», dit-il, Moïse et David sont des perles de notre tradition.Le respect de la loi, la prière et la poésie permettent tout ce que vous avez dit, mais comportent aussi chacun un risque.

Celui qui s’attache à pratiquer tous les préceptes de la loi risque de sombrer dans les scrupules ou de verser dans le légalisme ou l’autosuffisance. S’il parvient à respecter tous les commandements, il pourra se sentir supérieur, s’imaginer appartenir à la crème de la société et dénigrer tous les autres. Le risque de la poésie, des arts et même de la prière, c’est la désincarnation. Ils peuvent être une fuite dans un monde de l’esprit qui compte pour rien les réalités du monde ou du corps et les méprise.

«Il y a donc un troisième personnage plus grand que les deux autres: c’est le Messie!» Le Messie ne vient pas pour les anges, comme le rappelle si bien l’auteur de la lettre aux Hébreux mais pour les hommes, les fils d’Abraham.

Et s’il est le plus grand pour les hommes, c’est peut-être d’abord parce que le Messie est toujours l’homme du futur. Il se fait attendre comme un nouveau-né il vient pour celui qui sait veiller, patienter et être aux aguets. Il projette l’homme vers l’avenir, il dit la nécessité de la croissance, du devenir. Le Messie laisse ouvertes les questions; il se laisse chercher dans le visage des autres. Devant eux on doit toujours se demander: «Serait-il celui-ci, ou celui-là?»

Pour cela il nous incite à rester prudents dans nos jugements, attentifs dans nos approches, humbles dans nos décisions. Le Messie nous invite à nous laisser surprendre par l’autre, à le regarder avec d’autres yeux, à l’accueillir comme un frère, un ange, un envoyé, un fils de Dieu… Le Messie appelle l’homme à sa vocation de rencontre, de relation, d’altérité.»

«D’accord, reprennent les deux premiers, le Messie, mais n’y a-t-il pas pour lui aussi un risque?». «Si, si, répond rabbi Yohanan, et même un grand risque! Un risque plus douloureux que pour les deux premiers: c’est le risque de l’autre!»

Toute vraie rencontre place chacun face à ses propres limites. C’est le risque de la confrontation qui rabote, le risque de la remise en question, de la déception. L’autre fait miroir: il nous renvoie notre propre image en même temps qu’il nous décale. Il révèle nos imperfections et nos limites. Et puis l’autre va aussi bouleverser nos plans, déranger nos conforts, prendre de la place, s’installer chez nous ou pire encore tomber malade et quérir des soins, ou même un jour mourir et nous laisser et nous briser le cœur…

Prendre le risque de l’autre, l’accueillir, l’aimer, c’est toujours prendre le risque de la blessure… C’est d’ailleurs ce qu’annonce le prophète Syméon à Marie: «ton cœur sera transpercé d’une épée…». L’exposition à l’autre nous épure, met «à jour les pensées secrètes» comme le dit l’Evangile ou agit en nous «comme le feu du fondeur ou la lessive du blanchisseur» pour reprendre les mots du prophète Malachie.

Mais par-là, il nous révèle aussi notre propre beauté, notre propre lumière, notre véritable identité de fils et de fille de Dieu…

Syméon n’a rien entendu des discours de Jésus, ni goûté aux délices de ses paraboles. Il n’a pas été témoin de ses guérisons ou de ses rencontres foudroyantes, et pourtant, habité par l’Esprit comme le monde en ces commencements, il perçoit à travers ce petit enfant sans défense, qu’il tient tendrement dans ses bras, la force d’une rencontre qui peut transformer la vie.

Amen.

Fête de la Présentation du Seigneur

Lectures bibliques : Malachie 3, 1-4; Psaume : 23; Hébreux 2, 14-18; Luc 2, 22-40

Homélie du 26 janvier 2014

Prédicateur : Mgr Rémy Berchier
Date : 26 janvier 2014
Lieu : Institut Sainte-Croix, Bulle
Type : radio

Mes Sœurs,

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Au cœur de leur train train quotidien, 4 pêcheurs aux prises avec leurs filets, leurs barques, leur pêche sont soudainement happés par le regard et la parole du Christ. « Venez derrière moi…. » et c’est tout ! ils ne savent rien de ce qui les attend ! Ils n’ont ni contrat, ni promesse de salaire, ni perspective d’avenir, et ne savent pas pourquoi ils sont engagés ! Ah oui, Jésus va juste dire à deux d’entre eux : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Vous vous imaginez ce que cela a dû leur dire ? Et de plus ils connaissent à peine Celui qui les appelle ! Un seul regard, une seule parole de Jésus ont provoqué un tel séisme, un tel bouleversement ! Comment expliquer cette rencontre qui a bouleversé la vie de ces hommes ? « Aussitôt, laissant leurs filets, leur barque et leur père, ils le suivirent. » Pas une question, pas une hésitation, pas de pourparlers !

Dès lors nous comprenons mieux la première partie de l’Évangile de ce jour, la citation d’Isaïe que nous rapportait déjà la première lecture : « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée. » Ces quatre hommes cheminent dans les ténèbres et la lumière qu’est Jésus les rejoint au plus profond de leur ombre. Un regard, une parole, et ils comprennent qu’ils peuvent être guéris définitivement. C’est un amour tellement fort qui vient les guérir qu’ils abandonnent tout pour le suivre, qu’ils vendent tout pour l’acquérir, lui et lui seul ! la lumière est tellement contagieuse qu’ils en sont irradiés. L’Appel de Jésus est tellement irrésistible que ce qui faisait leur vie jusqu’à ce jour : leur métier, leurs instruments de travail, leur père même, ne font plus le poids. Ils ont rencontré tellement plus beau, plus fort, plus lumineux que plus rien ne peut les arrêter.

Nous vivons tous, de ces changements plus ou moins radicaux qui nécessitent des morts à nous-mêmes pour renaître, des conversions, des passages de ténèbres à la lumière. Ce peut-être un changement d’orientation professionnelle, une maladie, le départ d’un proche, des contingences économiques, des remises en question fondamentales qui engendrent un changement de vie. Les Sœurs de la Sainte Croix de Menzingen, chez qui nous nous trouvons ce matin vivent en plein cette réalité. D’une maison florissante, grouillante d’étudiantes avec de nombreuses et jeunes religieuses pour les entourer, enseigner et annoncer la Bonne Nouvelle, voilà que cette grande bâtisse est pratiquement vide et le sera complètement à la fin de cette année : plus de jeunes filles depuis bien des années, une dizaine de sœurs qui réorientent leur vie et préparent leur départ : à chaque fois c’est une blessure, une souffrance, une peur, un désappointement. Qu’en faisons-nous ? « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte » nous dit le psaume. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière… Tu as fait grandir la joie… Ils se réjouissaient devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson » nous dit Isaïe.

Le peuple est en marche, l’Évangile nous dit aussi que Jésus marche au bord du lac de Galilée. Voilà une certitude : nous sommes en marche, rien ne s’arrête définitivement en nos vies et nos cœurs. L’essentiel se situe dans ce que nous sommes, dans ce que nous devenons au cœur de ces changements et, pour nous croyants, l’essentiel est en Celui qui nous appelle, qui est lumière, qui habite nos cœurs, qui est amour irrésistible, qui nous précède à chaque étape de nos vies, et qui, toujours, fait route avec nous. Jésus ne nous lâche jamais. Après l’appel adressé aux quatre pêcheurs il va vivre trois ans avec eux puis il sera présent autrement comme il l’est pour nous aujourd’hui.

Et nous leur ressemblons bien à ces quatre disciples : ils vont se décourager, ils refuseront de comprendre l’enseignement de Jésus, ils protesteront même. Nous aussi, nous nous débattons avec nos peurs du lendemain, l’exigence de la situation, l’incompréhension des décisions. Au soir du Jeudi Saint ils vont même s’enfuir, leur amour n’aura pas encore été définitivement fortifié ! Au soir de Pâques ils douteront et ne croiront pas ce que leur rapportent les femmes. Afin qu’ils deviennent amour pour toujours il leur faudra la Pentecôte et l’Esprit-Saint, envoyé par Jésus. Et voilà à nouveau la lumière, le feu qui vient embraser leur amour pour toujours.

A vous toutes et tous qui devez vivre un changement dans votre vie, à vous qui devez entreprendre un chemin de mort à vous-même, avec cette communauté réunie ici à Bulle et en communion avec la communauté des auditeurs nous prions l’Esprit Saint pour qu’une grande lumière se lève, pour que la joie grandisse en vous et qu’où que nous soyons, quoi que nous fassions nous annoncions la Bonne Nouvelle et soyons pêcheurs d’hommes.

Amen

3e dimanche du temps ordinaire

Lectures bibliques : Isaïe 8, 23b–9, 3 ; Psaume 26 ; 1 Corinthiens 1, 10-13.17 ; Matthieu 4, 12-23

Homélie du 19 janvier 2014

Prédicateur : Pasteur Emmanuel Rolland
Date : 19 janvier 2014
Lieu : Cathédrale Saint-Pierre, Genève
Type : tv

«Qui est le plus grand?» Autrement dit, lequel d’entre nous sert-il le mieux Jésus-Christ? Lequel est le plus fidèle à son enseignement? Ce n’est pas la question des disciples qui est originale. C’est la réponse de Jésus.

«Le plus grand»…

Parce qu’il y a en effet un vrai rapport de hiérarchie entre nous. Nous ne sommes pas tous égaux dans le service du Christ. Il y a parmi nous le meilleur, le médiocre et le pire et en l’occurrence, Jésus ne le remet pas en question. Il ne dit pas à ses disciples: «Allez, vous êtes tous de braves gens et vous faites ce que vous pouvez.» Non. La hiérarchie est là. Le problème avec Jésus, c’est qu’elle n’est jamais là où on l’attend. On prend des regards énamourés, on trottine à sa suite, et le voici qui nous dit: «Si quelqu’un veut être le premier…Qu’il soit non pas «mon» serviteur mais le serviteur «de tous».

C’est là qu’on reconnait Jésus, le Maître. Rien pour lui, tout pour les autres. Et joignant le geste à la parole, au cas où on n’aurait pas compris que être serviteur de tous, c’est bien servir ceux qui ne sont pas «de chez nous» ceux qui ne sont pas «comme nous», il prend un petit enfant par la main, le place au milieu d’eux, le prend dans ses bras, et l’accueille.

Nous on cherche – parce qu’on ne comprend jamais rien à rien – pourquoi un enfant? Pourquoi diable un enfant? Et on se met à trouver des tas de qualités aux enfants parce qu’il ne nous viendrait pas à l’esprit d’ imaginer que Jésus place au centre quelqu’un ou quelque chose qui serait sans «qualité». Alors on dit «oui, parce que ils sont gentils les enfants », comme si les enfants étaient gentils par nature»! Ou alors, on dit: «parce que les enfants font plus et mieux confiance qu’un adulte». Mais allez gagner la confiance d’un enfant qui ne vous connaît pas!

Il nous faut toujours du temps avant de comprendre que ce n’est pas pour ses qualités réelles ou fantasmées que Jésus place l’enfant au centre, mais précisément parce qu’il n’appartient pas au petit groupe, au petit clan, au petit cercle d’initié. Et le plus grand parmi ses disciples, pour Jésus, c’est donc celui ou celle qui arrive à rompre le cercle, à faire une place au milieu du clan à celui qui n’en est pas. A accueillir «celui qui est dehors.»

Que des églises chrétiennes se rassemblent de temps en temps pour manifester leur unité en Jésus-Christ, quoi de plus normal? On ne fait là rien d’extraordinaire si ce n’est que – comme l’aurait dit Saint-Paul – ceux d’Apollos, ceux de Céphas et ceux de Chloé se souviennent qu’ils ne sont pas étrangers les uns aux autres. Pas mal, mais après tout, si l’on considère les choses du point de vue de l’Evangile, ce n’est encore rien du tout.

«Le plus grand?» Celui qui se place au service de tous! Le plus grand? Celui qui n’est pas fermeture mais ouverture. Le plus grand? Celui qui se fiche de savoir qui est de son église et qui n’en est pas, pour exercer les gestes vitaux d’humanité à l’égard de tous.

Malheurs aux petits! Aux petits calculs, aux petites habitudes, aux petits cœurs, aux petites rancœurs. Et le Christ qui n’a jamais méprisé les images fortes va nous servir une série d’allégories qu’on serait bien bête de prendre au pied de la lettre:

Si vous utilisez votre main, nous dit-il, pour repousser plutôt que pour accueillir, coupez votre main, cela vous évitera la sclérose.

Si vous utilisez votre pied pour chasser les gens qui ne sont pas de chez vous plutôt que de faire un pas vers eux, eh bien coupez votre pied, cela vous évitera de voir la gangrène.

Et si vous utilisez votre œil non pas pour vous émerveiller de l’autre mais pour surveiller et punir ceux qui ne sont pas comme vous, arrachez-le avant que votre champ de vision ne se rétrécisse aux 4 murs d’une prison.

Quand on dit que le Christ sauve son Eglise, on voit bien ici que le salut n’est pas une abstraction. Nous sommes ici précisément sauvés de ce qu’il y a de plus primaire, de plus primitif dans nos natures débiles, si promptes à établir des barrières qui finissent par devenir nos tombeaux.

Revenons un instant sur notre passé d’Eglise et faisons preuve ensemble d’un peu d’imagination:

Si ses disciples s’étaient souvenus de ses paroles quand ils sont partis à pied en croisade vers Jérusalem; S’ils s’étaient coupés les pieds plutôt que de couper la tête des musulmans, l’Eglise, vous en conviendrez, n’en serait aujourd’hui pas là.

Si ses disciples s’étaient souvenus de ses paroles quand ils ont plongé leurs mains dans les ors du pouvoir, de la richesse et de la puissance , s’ils s’étaient coupés les mains plutôt que de les plonger dans les trésors du monde, l’Eglise aujourd’hui n’en serait pas là.

Si ses disciples s’étaient souvenus de ses paroles quand ils ont regardé muets les juifs persécutés, les pauvres spoliés, les étrangers expulsés, s’ils s’étaient arrachés les yeux plutôt que de les fermer, l’Eglise aujourd’hui n’en serait pas là.

Je simplifie bien sûr à l’extrème mais d’où vient cette image caricaturale de ce que nous sommes si ce n’est de toutes les occasions que nous avons manqué de conformer nos actes à la parole du Christ.

«Qui accueille en mon nom un seul enfant comme celui-là – c’est-à-dire précisément, un enfant qui n’est pas votre enfant; un enfant qui vous est étranger; un enfant auquel rien ne vous relie: ni les liens du clan, ni les liens du sang, et j’ajoute, ni les liens de l’ethnie, de la religion ou de la race – qui accueille donc «en mon nom un enfant comme celui-là, m’accueille moi-même; et qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il a accueilli, c’est celui qui m’a envoyé».

Comment mieux dire que Dieu est «dehors»? Et que sa présence prend le visage de celui ou de celle qui, venant de l’extérieur a été accueilli au milieu de nous.

Aujourd’hui, pour nous, le visage de Dieu prend celui de Marcel Pérès et de ses musiciens que nous sommes si heureux d’avoir pu accueillir, non pas seulement parce que ce sont d’immenses artistes, mais parce qu’ils portent quelque chose qui s’est marginalisé dans chacune de nos églises, et ce quelque chose, on pourrait l’appeler l’art sacré, l’art qui par je ne sais quelle grâce parvient à relier ciel et terre, passé et présent dans une même communion. Donner de l’espace au chant de la liturgie de l’Eglise indivise dans cette cathédrale, temple de la Réforme depuis le XVIème siècle, c’était une manière, en donnant une place à ce qui nous est étranger, de retrouver aussi ce qui nous fonde en brisant le cercle de nos liturgies coutumières.

Aujourd’hui, pour nous, le visage de Dieu prend celui de Samantha Reichenbach qui a demandé à recevoir le baptême. Elle est arrivée un jour en demandant de franchir la porte et cette porte, grâce à Dieu lui est ouverte.»

Lecture biblique : Marc 9, 33-47

Homélie du 19 janvier 2014

Prédicateur : Pasteur Emmanuel Rolland
Date : 19 janvier 2014
Lieu : Cathédrale Saint-Pierre, Genève
Type : radio

«Qui est le plus grand?» Autrement dit, lequel d’entre nous sert-il le mieux Jésus-Christ? Lequel est le plus fidèle à son enseignement? Ce n’est pas la question des disciples qui est originale. C’est la réponse de Jésus.

«Le plus grand»…

Parce qu’il y a en effet un vrai rapport de hiérarchie entre nous. Nous ne sommes pas tous égaux dans le service du Christ. Il y a parmi nous le meilleur, le médiocre et le pire et en l’occurrence, Jésus ne le remet pas en question. Il ne dit pas à ses disciples: «Allez, vous êtes tous de braves gens et vous faites ce que vous pouvez.» Non. La hiérarchie est là. Le problème avec Jésus, c’est qu’elle n’est jamais là où on l’attend. On prend des regards énamourés, on trottine à sa suite, et le voici qui nous dit: «Si quelqu’un veut être le premier…Qu’il soit non pas «mon» serviteur mais le serviteur «de tous».

C’est là qu’on reconnait Jésus, le Maître. Rien pour lui, tout pour les autres. Et joignant le geste à la parole, au cas où on n’aurait pas compris que être serviteur de tous, c’est bien servir ceux qui ne sont pas «de chez nous» ceux qui ne sont pas «comme nous», il prend un petit enfant par la main, le place au milieu d’eux, le prend dans ses bras, et l’accueille.

Nous on cherche – parce qu’on ne comprend jamais rien à rien – pourquoi un enfant? Pourquoi diable un enfant? Et on se met à trouver des tas de qualités aux enfants parce qu’il ne nous viendrait pas à l’esprit d’ imaginer que Jésus place au centre quelqu’un ou quelque chose qui serait sans «qualité». Alors on dit «oui, parce que ils sont gentils les enfants », comme si les enfants étaient gentils par nature»! Ou alors, on dit: «parce que les enfants font plus et mieux confiance qu’un adulte». Mais allez gagner la confiance d’un enfant qui ne vous connaît pas!

Il nous faut toujours du temps avant de comprendre que ce n’est pas pour ses qualités réelles ou fantasmées que Jésus place l’enfant au centre, mais précisément parce qu’il n’appartient pas au petit groupe, au petit clan, au petit cercle d’initié. Et le plus grand parmi ses disciples, pour Jésus, c’est donc celui ou celle qui arrive à rompre le cercle, à faire une place au milieu du clan à celui qui n’en est pas. A accueillir «celui qui est dehors.»

Que des églises chrétiennes se rassemblent de temps en temps pour manifester leur unité en Jésus-Christ, quoi de plus normal? On ne fait là rien d’extraordinaire si ce n’est que – comme l’aurait dit Saint-Paul – ceux d’Apollos, ceux de Céphas et ceux de Chloé se souviennent qu’ils ne sont pas étrangers les uns aux autres. Pas mal, mais après tout, si l’on considère les choses du point de vue de l’Evangile, ce n’est encore rien du tout.

«Le plus grand?» Celui qui se place au service de tous! Le plus grand? Celui qui n’est pas fermeture mais ouverture. Le plus grand? Celui qui se fiche de savoir qui est de son église et qui n’en est pas, pour exercer les gestes vitaux d’humanité à l’égard de tous.

Malheurs aux petits! Aux petits calculs, aux petites habitudes, aux petits cœurs, aux petites rancœurs. Et le Christ qui n’a jamais méprisé les images fortes va nous servir une série d’allégories qu’on serait bien bête de prendre au pied de la lettre:

Si vous utilisez votre main, nous dit-il, pour repousser plutôt que pour accueillir, coupez votre main, cela vous évitera la sclérose.

Si vous utilisez votre pied pour chasser les gens qui ne sont pas de chez vous plutôt que de faire un pas vers eux, eh bien coupez votre pied, cela vous évitera de voir la gangrène.

Et si vous utilisez votre œil non pas pour vous émerveiller de l’autre mais pour surveiller et punir ceux qui ne sont pas comme vous, arrachez-le avant que votre champ de vision ne se rétrécisse aux 4 murs d’une prison.

Quand on dit que le Christ sauve son Eglise, on voit bien ici que le salut n’est pas une abstraction. Nous sommes ici précisément sauvés de ce qu’il y a de plus primaire, de plus primitif dans nos natures débiles, si promptes à établir des barrières qui finissent par devenir nos tombeaux.

Revenons un instant sur notre passé d’Eglise et faisons preuve ensemble d’un peu d’imagination:

Si ses disciples s’étaient souvenus de ses paroles quand ils sont partis à pied en croisade vers Jérusalem; S’ils s’étaient coupés les pieds plutôt que de couper la tête des musulmans, l’Eglise, vous en conviendrez, n’en serait aujourd’hui pas là.

Si ses disciples s’étaient souvenus de ses paroles quand ils ont plongé leurs mains dans les ors du pouvoir, de la richesse et de la puissance , s’ils s’étaient coupés les mains plutôt que de les plonger dans les trésors du monde, l’Eglise aujourd’hui n’en serait pas là.

Si ses disciples s’étaient souvenus de ses paroles quand ils ont regardé muets les juifs persécutés, les pauvres spoliés, les étrangers expulsés, s’ils s’étaient arrachés les yeux plutôt que de les fermer, l’Eglise aujourd’hui n’en serait pas là.

Je simplifie bien sûr à l’extrème mais d’où vient cette image caricaturale de ce que nous sommes si ce n’est de toutes les occasions que nous avons manqué de conformer nos actes à la parole du Christ.

«Qui accueille en mon nom un seul enfant comme celui-là – c’est-à-dire précisément, un enfant qui n’est pas votre enfant; un enfant qui vous est étranger; un enfant auquel rien ne vous relie: ni les liens du clan, ni les liens du sang, et j’ajoute, ni les liens de l’ethnie, de la religion ou de la race – qui accueille donc «en mon nom un enfant comme celui-là, m’accueille moi-même; et qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il a accueilli, c’est celui qui m’a envoyé».

Comment mieux dire que Dieu est «dehors»? Et que sa présence prend le visage de celui ou de celle qui, venant de l’extérieur a été accueilli au milieu de nous.

Aujourd’hui, pour nous, le visage de Dieu prend celui de Marcel Pérès et de ses musiciens que nous sommes si heureux d’avoir pu accueillir, non pas seulement parce que ce sont d’immenses artistes, mais parce qu’ils portent quelque chose qui s’est marginalisé dans chacune de nos églises, et ce quelque chose, on pourrait l’appeler l’art sacré, l’art qui par je ne sais quelle grâce parvient à relier ciel et terre, passé et présent dans une même communion. Donner de l’espace au chant de la liturgie de l’Eglise indivise dans cette cathédrale, temple de la Réforme depuis le XVIème siècle, c’était une manière, en donnant une place à ce qui nous est étranger, de retrouver aussi ce qui nous fonde en brisant le cercle de nos liturgies coutumières.

Aujourd’hui, pour nous, le visage de Dieu prend celui de Samantha Reichenbach qui a demandé à recevoir le baptême. Elle est arrivée un jour en demandant de franchir la porte et cette porte, grâce à Dieu lui est ouvert

Lecture biblique : Marc 9, 33-47

Homélie du 12 janvier 2014

Prédicateur : Dom Marc de Pothuau
Date : 12 janvier 2014
Lieu : Abbaye de Hauterive, Posieux
Type : radio

Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour.

La fête du Baptême de Jésus que nous célébrons ce matin est placée en écho à celle de l’Épiphanie. Pour tenter d’en cerner l’enjeu, je distinguerai deux choses qui malheureusement ne coïncident pas toujours dans la vie : être aimé et se savoir aimé. On peut être aimé sans trop le savoir en effet. Votre enfant, par exemple, devenu adolescent a besoin d’autres signes que ceux que vous lui donniez quand il était un tout-petit.

Cette évolution des signes que réclame l’amour marque l’histoire compliquée de notre vie affective. Un amour n’existe vraiment que s’il se célèbre. Cette célébration se nomme une « alliance ». Et cela seul nourrit notre coeur. Notre coeur se nourrit de relations qui se manifestent, qui s’expriment et se traduisent en gestes clairs et explicites. Ils signifient : je t’aime ; tu es important pour moi ; tu es ma joie. Notre coeur a besoin de ces manifestations, de ces « épiphanies », pour pouvoir s’appuyer dessus. Un coeur habité par une alliance, c’est un coeur à qui a été confié beaucoup d’amour, c’est un coeur confiant. Ne cherchons pas ailleurs la source de la confiance en soi.

Par conséquent, il ne suffit pas d’aimer ceux qui nous entourent, il faut savoir le leur manifester, c’est-à-dire célébrer cet amour. Êtes-vous bien certains que ceux qui partagent votre vie et que vous aimez, se sentent effectivement aimés, actuellement aimés ? Les mises à jour en ce domaine sont bien plus importantes qu’en informatique, et les bugs bien plus douloureux ! Combien il est délicat de célébrer une alliance ! Combien merveilleux aussi : c’est là le bonheur de la vie !

Or sans cesse Dieu nous déclare qu’il nous aime. Mais qui le sait ? Israël a été choisi pour le savoir et le faire savoir aux nations. Par le prophète Jérémie, par exemple, Dieu dit à son peuple : Es-tu pour moi un fils si cher, un enfant qui me procure une telle joie que chaque fois que je t’évoque, je répète et répète sans cesse ton nom ; et en mon coeur, quel émoi pour toi ! Je t’aime, oui, je t’aime (cf. Jr 31, 20). Mais Israël l’oubliait sans arrêt. Les signes de la première Alliance étaient tous des célébrations de cet amour tendre autant que jaloux du Seigneur, pour que son peuple n’oublie pas. Celui de la Pâques tout spécialement. Or ce matin c’est justement dans ce signe que Jésus entre par son baptême.

Et Dieu-le-Père se déclare à nouveau : Celui-ci est mon Fils bien aimé, en lui j’ai mis tout mon amour. Notons qu’il ne s’adresse pas alors à Jésus lui-même. Jésus se savait aimé tout spécialement depuis le recouvrement au Temple : Je dois être aux affaires de mon Père déclara-t-il alors à ses parents stupéfaits. Et silencieusement il avait répondu à cet amour, puisque c’est cela toutes les affaires du Père : l’Alliance ! Un amour qui se déclare et auquel il s’agit de répondre. De 12 à 30 ans Jésus avait répondu dans le silence de Nazareth à son Père. Là, il sanctifiait le monde en célébrant silencieusement son alliance avec son Père, leur éternelle étreinte dans l’Esprit.

Mais ce matin Jean-Baptiste en devient le témoin : Jésus apparaît maintenant comme le Fils bien-aimé, en qui le Père a placé tout son amour, toute sa joie, sur qui l’Esprit Saint vient reposer. Pour Jésus il ne s’agit plus seulement de répondre, mais de répandre cet amour ! Sa conscience d’être aimé, devient conscience qu’il est lui-même tout l’amour manifesté à Israël, qu’il est lui-même l’Alliance. Il doit maintenant célébrer cet amour avec son peuple et bientôt toute l’humanité. Non seulement Jésus est aimé, non seulement il se sait aimé, mais en plus il sait que de lui, de sa propre capacité à exprimer l’amour, dépend la manifestation de l’amour de Dieu dans le monde. Le Père lui a confié tout son amour. Il est tout l’amour confié par le Père. Voilà l’incroyable conscience de Jésus ! Le mystère de toute sa personnalité se trouve là. De même que notre personnalité profonde se situe dans l’histoire de nos alliances et notre manière de les célébrer, de même le mystère du Christ se résume en ceci : il est lui-même l’Alliance, comme nous l’avons entendu dans la 1ère lecture tirée d’Isaïe!

Alors que conclure de cela pour nous-mêmes ? Par notre Baptême Dieu nous fait entrer dans cette Alliance : nous sommes plongés dans la conscience même de Jésus. Quelle joie et quelle responsabilité ! Quelle joie que cette responsabilité ! Chaque baptisé est, en Jésus, l’Alliance de Dieu avec les hommes, signe par lequel Dieu déclare et manifeste au monde sa tendresse.

Renouvelons donc notre conscience, ce matin, en célébrant l’Alliance nouvelle et éternelle dans cette Eucharistie. Revitalisons nos gestes et nos rites en puisant dans cet amour brûlant de Dieu pour chacun afin que l’humanité ne puisse plus ignorer combien elle est la bien-aimé de Dieu !»

Baptême de Jésus

Lectures bibliques : Isaïe 42, 1-4.6-7 ; Actes 10, 34-38 ; Matthieu 3, 13-17

Homélie du 05 janvier 2014

Prédicateur : Mgr Joseph Roduit
Date : 05 janvier 2014
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Une catéchèse de saint Matthieu

« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » demandent les Mages venus d’Orient en arrivant à Jérusalem. « Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui ! »

Cette phrase ne sort pas d’un conte des mille et une nuits. Elle vient de l’évangile et elle nous est adressée à chacun de nous aujourd’hui. « Où le roi des Juifs signifie pour nous aujourd’hui : Où est Jésus dans ta vie? Est-il vraiment né en toi ? Bien de nos contemporains nous interrogent : Est-ce bien vrai cette histoire d’un Enfant-Dieu né à Noël ? »

Les évangiles, on le sait bien, ne sont pas des récits à entendre comme des textes qui donneraient un compte-rendu des faits tels qu’ils se sont déroulés, pour en garantir l’historicité.

C’est longtemps après les évènements qu’ils ont été écrits et chaque évangéliste a sa manière de présenter les faits pour nous inviter à croire à la divinité du Christ.

L’évangile d’aujourd’hui, avec le récit des Mages venus d’Orient, est propre à saint Matthieu.

Or, que veut montrer saint Matthieu ?

Il serait trop long de montrer ici l’ensemble de que veut montrer saint Matthieu à travers son texte très riche en symboles et en allusions bibliques tirées de l’A T.

Par exemple, qu’est-ce qu’un enfant né dans une étable a en faire des cadeaux d’or, d’encens et de myrrhe?

Une personne me faisait remarquer avec humour que si les mages avaient été des femmes, elles auraient au moins offert des cadeaux utiles à l’Enfant et à ses parents !

Saint Matthieu veut nous montrer que Jésus est prêtre, prophète et roi. Les Pères de l’Eglise montreront que les présents offerts sont symboliques : l’or pour le roi, l’encens pour le prêtre, la myrrhe pour le prophète.

L’or c’est le symbole de la foi, de la vie éternelle. Les icônes anciennes sont sur fond d’or. L’encens est le symbole de la prière. La myrrhe est symbole de l’espérance. En effet à la sépulture de Jésus on apportera des aromates, dont la myrrhe pour embaumer le corps de Jésus. Ici saint Matthieu annonce déjà ce geste de la compassion avant la résurrection.

Les Mages venus d’Orient symbolisent la vision universaliste et missionnaire de Saint Matthieu. Car à l’autre bout de l’évangile c’est aussi lui qui formule le mieux l’envoi des disciples :

« Allez dans le monde entier. De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit »   Il devait montrer à ses contemporains, juifs, que le salut est offert à tous. Or devant leur refus, la Mission de Jésus va être confiée aux païens : les mages en sont les premiers représentants. Le Pape <François nous invite aussi à cette ouverture aux personnes qui vivent en marge de l’Eglise.

Les Mages représentent aussi le monde de la science de l’époque. Voici que ces astrologues, capables de lire dans le ciel, viennent s’agenouiller devant un petit enfant pauvre. Saint Matthieu veut montrer que Jésus est la nouvelle étoile de l’humanité.

Il y a aussi une autre sorte de science, celle des Ecritures. Saint Matthieu déplore l’attitude des scribes capables de savoir dire où va naître le Messie, mais incapables de faire le déplacement jusqu’au village voisin de Bethléem. Eux, ils savent et ils pensent que cela suffit.

Saint Matthieu ne manque pas de leur montrer qu’ils n’ont pas eu assez d’humilité pour reconnaître le Messie en Jésus.

Le message d’Hérode

Arrêtons-nous un instant encore sur un personnage significatif, mentionné sept fois dans l’évangile de ce jour : je veux parler du Roi Hérode.

Il faut savoir que Jésus a connu deux Hérodes.

Hérode le grand, roi de Judée de 36 avant Jésus-Christ jusqu’à 4 après Jésus-Christ, soit un règne d’une quarantaine d’années. Un homme d’envergure qui construisit des palais, des temples, des cités, des théâtres, amphithéâtres et hippodromes. Mais surtout il construisit le Temple de Jérusalem que son fils achèvera quand Jésus aura dix ans. Mais devenu jaloux, il fit assassiner plusieurs membres de sa famille par crainte de perdre son pouvoir. Il tremble à l’idée qu’il y aurait un autre roi.

Lui succéda Hérode Antipas, qui fut guère meilleur. Il fera couper la tête de Jean-Baptiste venu dénoncer son comportement. Il sera présent lors du procès et de la mort de Jésus et ne prendra pas sa défense même s’il était intrigué par la personnalité de Jésus.

Comprenez dès lors que lorsque saint Matthieu parle des Hérodes, il n’en parle pas comme des bienfaiteurs. Hérode représente pour lui le pouvoir politique injuste et dictatorial. Son évangile va montrer à plusieurs reprises que le Royaume de Jésus n’est pas de ce monde, qu’il est un royaume d’amour, de justice et de paix.

Les Hérodes d’aujourd’hui

Cela doit nous faire réfléchir sur les pouvoirs injustes en notre monde. Que ces pouvoirs soient politiques, économiques, financiers, journalistiques ou sociaux. Mais hélas, pour tant de pays gouvernés dans l’honnêteté combien de gouverneurs injustes dans notre monde ?

Les Hérodes ne sont pas tous morts. Combien de Hérodes injustes et sanguinaires règnent encore sur des pays entiers.

Il faut de nouveaux Mages aujourd’hui qui viennent s’incliner devant l’enfant et ne pas reprendre le chemin d’Hérode. Combien de personnes doivent fuir leur propre patrie pour survivre ! Ne nous étonnons pas des fortes émigrations quand il y a trop d’injustices dans le pays d’origine. Dénoncer les injustices y correspond souvent à la mort ou à l’exil.

La grande leçon de saint Matthieu est le respect de la vie de l’Enfant.

Tout d’abord, l’Enfant-Dieu, qui est le Messie et que les Mages ont reconnu. Mais aussi tout enfant dans notre monde, ce monde qui a perdu le sens du respect de l’enfant bien avant sa naissance et même plus tard avec des théories erronées sur son éducation.

Que la leçon des Mages de saint Matthieu nous invite à repenser notre vie en fonction du respect, de l’amour de tout enfant. Qu’il soit un petit africain mourant de faim ou un petit de chez nous perdu au milieu de ses jouets souvent trop encombrants. L’un et l’autre demandent attention et affection, justice et amour.

Tous, inclinons-nous devant l’enfant, car Dieu s’est fait lui-même enfant. Amen.»

Lectures bibliques : Isaïe 60, 1-6 Psaume: 71; Ephésiens 3, 2-3a.5-6; Matthieu 2, 1-12

Homélie du 29 décembre 2013

Prédicateur : Abbé Maurice Genoud
Date : 29 décembre 2013
Lieu : Eglise Saint-Sulpice à Siviriez (FR)
Type : radio

Chers frères et sœurs,

En parlant de la Sainte Famille, ne risquons-nous pas de penser qu’elle était composée d’une femme choyée par Dieu: Marie, d’un home discret et effacé: Joseph et d’un enfant hors du commun: Jésus, le Fils de Dieu.

Ce foyer de Marie et Joseph, comme tant de familles aujourd’hui va connaître l’épreuve avant même la naissance de leur enfant. En effet, lorsqu’ils cherchent un lieu d’accueil, toutes les portes se ferment si bien qu’ils se réfugient dans une étable et c’est là que Marie va mettre au monde le Fils de Dieu. La souffrance et les humiliations ne font que commencer.

Marie et Joseph portent l’Enfant au Temple, le vieux Siméon, sous l’action de l’Esprit Saint prophétisera: et l’Enfant sera un signe de contradiction et à toi, Marie un glaive de douleur transpercera ton cœur.

Marie et Joseph vont devoir prendre le chemin de l’exil avec l’Enfant menacé de mort par Hérode. Ils vont trouver asile là où leurs ancêtres étaient esclaves: en Egypte. Aujourd’hui encore, que de familles et d’innocents vivent la même réalité pourchassés par des dictateurs, des tyrans ou par la misère et la persécution. Après deux ans d’exil, la famille va s’établir à Nazareth, le village de Marie.

Elle-même et Joseph sont pratiquants et lorsque l’enfant atteint 12 ans, ils l’emmènent avec eux pour la Pâque à Jérusalem. C’est au temple qu’ils vont retrouver l’Enfant après 3 jours d’inquiétude. Quelle stupéfaction de le voir dialoguer avec les docteurs de la loi. Que d’interrogation dans le cœur de la Maman: «Mon Enfant pourquoi nous as-tu fait cela, ton Père et moi, tout inquiets, nous t’avons cherché». La réponse va rappeler à Marie que son Enfant ne lui appartient pas. «Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père». L’Enfant grandit en grâce et en sagesse et travaille auprès de Joseph.

À trente ans débute sa vie publique où il va se heurter aux autorités religieuses bien établies. Pour la Maman, quelle souffrance de découvrir ce Fils rejeté et ridiculisé. Alors, qu’il n’est qu’amour et miséricorde. Il fréquente les gens de mauvaise renommée, les pécheurs, les rejetés du monde. Il s’invite chez les pécheurs et mange avec eux. Que de critiques ne va-t-il pas entendre? On veut le prendre en défaut, le faire tomber: «Faut-il payer l’impôt? Pourquoi ne respectes-tu pas le sabbat, puisque tu guéris des gens ce jour-là? Comment oses-tu dire que tes péchés sont pardonnés? Pour qui te prends-tu»?

Il va finir par être condamné au supplice de la croix alors qu’il est innocent, victime, de dire et d’être la vérité. En croix alors que la foule crie, qui est présent? Marie, sa Mère et Jean le disciple bien aimé. Une maman n’abandonne jamais son enfant. Avant de rendre le dernier souffle, il promet la gloire et le bonheur au criminel condamné avec lui.

Que retenir de la Fête de la Sainte Famille?

Il n’y a pas de famille qui ne connaisse pas la souffrance, les difficultés, qui peuvent venir de l’intérieur de la famille ou de l’extérieur. La famille de Jésus nous le montre bien. Les membres sont profondément unis entre eux mais les critiques, l’esprit de démolition des adversaires va conduire ce Fils unique, ce Fils de Dieu au supplice de la croix. Si les autorités croient avoir triomphé par cette exécution, nous chrétiens savons que c’est l’inverse. Au pied de la croix, Marie va recevoir le cadavre de son Enfant mais à Pâques, elle le retrouve glorieux, vivant. Ainsi Marie, comme tant de mamans aujourd’hui s’est trouvée seule pour porter la souffrance de son Enfant. Vous me direz: «Et Joseph que devient-il»? L’Evangile en parle si peu. Il nous dit simplement qu’il était juste, c’est-à-dire ajusté, attaché à Dieu. Selon toute vraisemblance, il serait mort assez tôt.

Si aujourd’hui on parle beaucoup de la crise de la famille ne faut-il pas rendre grâce pour toutes celles qui font peu de bruit et où règne l’amour. Le ciment de la famille c’est bien l’amour. L’amour de Dieu d’abord qui seul peut nous apprendre à nous écouter les uns les autres, à voir ensemble, à pardonner s’il le faut. N’est-ce pas celui qui a le plus d’amour qui fera le premier pas pour remettre la paix s’il y a eu des tensions.

Il y a tant de témoignages qui nous montre comment l’amour transforme une vie et devient source et ciment de la famille. Je pense au témoignage d’une femme venue dans notre région pour devenir servante dans une famille d’agriculteur. Le papa est devenu veuf avec 4 enfants. La jeune dame est arrivée en février et à Noël, un des enfants lui a demandé: «Madame vous ne voudriez pas devenir notre maman»? La dame fut touchée de cette question et répliqua: «Si vous êtes gentils pourquoi pas»! Elle épousa le paysan auquel elle donna 4 enfants. Les 8 enfants aujourd’hui encore très unis ne peuvent pas assez dire combien ils se sont sentis aimés par cette maman.

Pensons également à la maman de Guy Gilbert qui a accueilli 12 enfants. À la naissance du dernier, quelqu’un lui disait «Comment avez-vous fait pour diviser votre amour entre les 12 enfants»? Elle lui répondit: «Je ne l’ai jamais divisé mais multiplié». Ainsi, restons profondément unis à Jésus, source de tout amour et nos familles seront solides parce que bâtie sur le roc de l’Amour: En le Christ Jésus.

Amen.

Fête de la Sainte Famille

Lectures bibliques : Siracide 3, 3-7.14-17a; Psaume : 127; Colossiens 3, 12-21; Matthieu 2, 13-15.19-23