Homélie du 25 décembre 2013

Prédicateur : Mgr Denis Nulty
Date : 25 décembre 2013
Lieu : Cathédrale de l’Assomption, Carlow
Type : tv

Il est encore très tôt en ce matin de Noël!

Je sais que pour beaucoup, la nuit dernière a été une nuit merveilleuse, avec l’arrivée mystérieuse des cadeaux!

Tout compte fait, il y a beaucoup de bruit ce matin, dans chaque maison, pour essayer les nouveaux jouets, les jeux et les surprises pour la énième fois.

Je pense qu’il y avait aussi beaucoup de bruit au premier matin de Noël.

L’Evangile de ce matin se produit exactement au moment où le récit de minuit, la nuit dernière, se termine.

Luc décrit avec forces détails la scène de Bethléem, dans les premières heures de ce premier jour de Noël.

Peut-être comme dans votre maison ce matin, donc un endroit bruyant!

Du bruit fait par les anges et par les bergers: tous glorifient et louent Dieu !

Et pourtant il y a aune femme qui garde ces choses dans son cœur et les médite: c’est Marie…

Nous-mêmes sommes centrés sur Marie pour cette messe de l’aube.

La femme ne dit pas grand-chose mais ce qu’elle doit dire, elle le dit doucement et vaut toujours la peine d’être entendu.

Le regard de Marie est orienté sur cette mangeoire et ce nouveau-né: notre regard, ce matin, se porte sur la même mangeoire et le même enfant.

Le mot mangeoire est seulement cité trois fois dans l’Ecriture: nous l’avons entendu deux fois cette nuit et une fois ce matin.

L’étable dans laquelle Jésus est né, la mangeoire dans laquelle il a reposé était tout sauf un objet de design en bois d’olivier!

Nous avons amorti l’histoire de Noël… Trop de bougies, pas assez de cafards, trop de clinquant, pas assez de déchets, trop de décorations, pas assez de saleté…

Récemment, le pape François nous a mis récemment au défi avec sa vision de l’Eglise, une Eglise enracinée dans cette première mangeoire de Bethléem: «une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités».

Il n’y a rien de certain quant à cette première mangeoire, cette première étable, ce premier Noël.

Mais avant cela, il y avait une mangeoire, l’enfant Jésus reposait dans la sécurité du ventre de Marie.

Dans la douceur, dans la chaleur de son ventre, Jésus était lié à sa mère et est lié aujourd’hui avec nous.

En cette messe de l’aube en ce jour de Noël, nous sommes invités à faire pour Jésus une mangeoire dans nos vies, à faire de la place dans le fouillis de nos étables, dans l’encombrement de nos propres vies.

Nous faisons de la place à Jésus par le respect avec lequel nous le recevons dans nos vies.

Nous lui faisons de la place en prenant du temps pour la réflexion et la méditation au milieu des distractions et du bruit.

Et nous lui faisons de la place en faisant le voyage avec des millions d’autres en ce matin de Noël 2013 pour glorifier et louer Dieu.

Avec C.S. Lewis, auteur irlandais de livres pour enfants et chrétien convaincu, décédé il y a cinquante ans, nous prions:

«Parmi les bœufs (je suis lent comme un bœuf), je vois poindre une gloire dans l’étable,
avec le caractère maussade du bœuf
que me soit donnée progressivement
la force du bœuf.

Parmi les ânes (je suis stupide comme eux), j’ai vu mon sauveur là où je cherchais du foin;
ainsi que mon animalité apprenne au moins la patience d’une bête.

Parmi les moutons (je me suis écarté comme un mouton)
Je regarde la mangeoire
où est couché mon Seigneur

Oh, que ma nature gagnerait à une telle innocence laineuse»

Noel, C.S. Lewis

Messe du jour de Noël

Lectures bibliques : Isaïe 52, 7-10; Psaume : 97; Hébreux 1, 1-6; Jean 1, 1-18

Homélie du 25 décembre 2013

Prédicateur : Abbé Martial Python
Date : 25 décembre 2013
Lieu : Eglise Saint-Sulpice à Siviriez (FR)
Type : radio

Noël c’est d’abord l’expérience de Dieu qui se fait homme pour nous apprendre ce qu’est un homme dans sa relation d’être. Et entre le trop plein de tendresse qui est Dieu et le trop vide qu’est l’humanité, il y a toujours eu au cours de l’histoire des relais, soit des hommes et des femmes qui ont vécu un tel amour-charité qu’ils sont devenus pas autre chose que l’Evangile vécu chanté joué tel une symphonie. Aussi, pour donner le goût de Dieu aux homme et leur faire découvrir combien il est non seulement le Très Haut, mais le Très Bas, le Tout Proche, ils y chercheront tous les moyens. L’admirable crèche franciscaine ici présente dans cette église en est le rappel, avec pour thème: « DE GRECCIO À LA PIERRAZ ».

Greccio un village de l’Ombrie, où un certain Noël 1223 pour la première fois, frère François y instaure la crèche vivante dans une étable proche du bourg. « Je veux voir de mes propres yeux dit-il tel qu’il était cet enfant, soit couché dans une mangeoire. Après avoir proclamé la Parole sur le mystère de Noël, il fit célébrer l’Eucharistie, expérience de la Passion-Résurrection de Notre Seigneur. Et à la Pierraz, Marguerite évoque ce même mystère, en inaugurant la crèche dans la famille, alors que dans la région, à cette époque on commençait seulement à monter des crèches dans les églises. Marguerite Bays était tertiaire laïque franciscaine, soit inspirée de la spiritualité du pauvre d’Assise. Ainsi elle propose dans sa crèche plusieurs scènes illustrant la naissance, la vie publique et la passion du Christ telle une traversée pascale. Cette traversée pascale Marguerite comme François ils ne la signifient pas seulement, mais ils en vivent avec une telle intensité qu’ils deviendront tous deux comme le miroir du Christ et dont les stigmates en sont le seau.

Et ce matin avec le récit du Prologue de Jean, nous sommes invités à méditer le mystère de Noël jusqu’au commencement du monde. Ca nous rappelle le credo de chaque dimanche quand on dit que Jésus est né du Père avant tous les siècles, et c’est après cette naissance dans l’intemporel où Jésus naît du Père qu’il y a la création. Ce qui fait que si le Christ révèle Dieu, la création nous dit Dieu, le cosmos nous parle de Dieu, dont cette crèche dans cette église de Siviriez en est toute l’expression. Aussi ce matin, j’ai à mon côté un enfant du hameau de La Pierraz qui s’appelle Paul et qui a participé à l’élaboration de cette grande crèche. Pourrais-tu Paul nous partager l’une ou l’autre impression de ce que signifie pour toi cette crèche de Noël ci-présente: « Avec ces personnages au travail en habit de charpentier, commerçant, bûcheron, vigneron et berger, il y a beaucoup de vie, sans oublier la présence des animaux. Aussi, la nature et l’eau qui s’écoule, me donne un sentiment de bien-être, un peu comme si moi aussi je fais partie de la crèche et qu’avec toute cette foule, je vais à la rencontre de Jésus. Et mon vœu le plus cher pour chacun de vous, c’est qu’il vienne aussi dans votre vie et en ce sens je vous dis bon Noël! »»

Homélie du jour de Noël

Lectures bibliques: Isaïe 52,7-10, Hébreux 1,1-6, Jean 1,1-18

Homélie du 24 décembre 2013

Prédicateur : Mgr Rémy Berchier
Date : 24 décembre 2013
Lieu : Eglise Saint-Sulpice à Siviriez (FR)
Type : radio

Frères et Sœurs bien-aimés,

Au cœur de cette nuit une Bonne Nouvelle nous est annoncée ! Une nouvelle extraordinaire. Oh, elle n’est pas si nouvelle car il y a plus de 2000 ans qu’elle court le monde et pourtant elle est chaque fois nouvelle.

Nouvelle parce qu’elle vient s’installer dans notre quotidien, au milieu de la crèche de nos vies, sur la paille de nos joies et de nos soucis, dans la nuit du monde et au clair de lune de nos espérances. Elle est simple et bouleversante à la fois, elle est humaine et divine et elle change le cours de notre histoire. Dieu entre dans nos vies pour nous faire entrer dans la sienne.

« Aujourd’hui, vous est né un Sauveur. Il est le Messie, le Seigneur …

Il est Merveilleux-conseiller, Dieu-fort, Père à jamais, Prince de la Paix, Emmanuel : Dieu avec nous »

Telle est la Bonne Nouvelle : Dieu vient dans l’ordinaire de chacun de nous. Il est accessible à tous. Il devient tellement l’un de nous, que, par lui, nous devenons éternels. C’est ce que nous dit St Paul : « la grâce de Dieu s’est manifesté pour le salut de tous les hommes ».

St François d’Assise, au XIIIème siècle, avait si bien médité ce mystère de l’Incarnation, de ce Dieu qui nous rejoint au cœur de ce que nous sommes, qu’en 1223 il organise une crèche vivante, au cours d’un Eucharistie , dans le petit village de Greccio, près d’Assise. Il y avait rassemblé les habitants, les animaux, toute la création dans une grange et la mangeoire fut l’autel. Quelle merveille ! Six siècles et demi plus tard, une humble femme de chez nous, de la Pierraz, Marguerite Bays, consacré à Dieu dans le célibat, couturière, suivant comme laïque la règle de St François d’Assise, fait un pas de plus : elle met tout en œuvre pour que la crèche faite de personnages inanimés deviennent dans chaque maison familiale, chaque appartement, un lieu de catéchèse, de prière, d’action de grâce, de paix, de réconciliation, de joie, d’émerveillement. C’est le même esprit, la même foi chez ces deux saints, la même intention de nous dire Dieu dans l’ordinaire de nos vies et de lier le mystère de Noël à la lumière de Pâques. Bethléem, Greccio et la Pierraz, c’est toujours Dieu Emmanuel, avec nous.

Il en va de même en cette nuit d’aujourd’hui : Dieu vient habiter nos vies. Si vous passez à Siviriez, vous pouvez contempler la magnifique crèche qui représente Bethléem, Greccio et la Pierraz. Durant ces derniers jours, Marie, enceinte, et Joseph ont traversé le village de Greccio et cette nuit se sont installés dans la grange de Marguerite Bays à la Pierraz. Comme Dieu passe au milieu du marché et y rencontre les habitants, le boulanger, les lavandières, l’herboriste, l’école, le potier, la fleuriste, le restaurateur et sa taverne, il nous rejoint dans tout ce que nous sommes. Un jour, il rejoindra les disciples d’Emmaüs. Ceux-ci ne le reconnaissent pas. Il leur demande de quoi ils parlent en chemin. Ils les écoutent, entre dans leur souffrance, prend place au creux de leur détresse, gagne leur confiance, installe la paix, explique l’Ecriture et les conduit à l’Auberge : le lieu de la rencontre, là, Il leur transmet sa nouvelle présence : l’Eucharistie, alors tout devient lumière pour eux. Noël est le début de ce mystère extraordinaire de l’Incarnation de Dieu qui est à lier à la lumière de la Résurrection pour notre Rédemption : « Jésus, c’est-à-dire le Seigneur sauve, car c’est lui qui sauvera son peuple des péchés ! », nous dit St Matthieu. Alors oui, l’Emmanuel rejoint le malade, le désespéré, le stressé, le fatigué, le torturé, l’inquiet, le joyeux, l’épanoui quelle que soit notre condition. Et il nous transforme et nous transfigure ! Alors notre vie prend encore un tout autre sens. Le boulanger nous rappelle l’Eucharistie, la lavandière : la source d’eau vive, la taverne : Emmaüs, l’école : la Parole de Dieu, le potier : Dieu qui nous façonne, tout devient beauté de Dieu alors la crèche de nos vies s’anime et devient chant de fête.

Et nous, en cette nuit, en ces jours, sommes invités, à la suite de François d’Assise et de Marguerite Bays, à l’appel du Pape François, à devenir des témoins de cet Emmanuel, de l’Incarnation ! Cela ne peut se faire que si nous accueillons l’Enfant nouveau-né en nous, que si nous nous laissons faire par son Amour infini et que si nous intensifions notre lien avec Lui. Alors nous deviendrons Bonne Nouvelle. Ce sera Noël pour nous et Noël pour tous ceux que nous rencontrions.

A chacune et chacun Joyeux Noël, Sainte Nativité, va annoncer l’Emmanuel et sois dans la joie.

Amen

Messe de minuit

Lectures bibliques : Isaïe 9, 1-6; Tite 2, 11-14; Luc 2, 1-14

Homélie du 22 décembre 2013

Prédicateur : Abbé Marc Donzé
Date : 22 décembre 2013
Lieu : Basilique Notre-Dame, Lausanne
Type : radio

« Peut-être que j’ai faim de choses nouvelles », disait un écrivain aujourd’hui bien oublié qui s’appelait Valéry Larbaud. « Peut-être que j’ai faim de choses nouvelles ». C’est une faim que j’éprouve. N’est-ce pas aussi votre cas ?

Cette faim devient particulièrement forte au temps de l’Avent et à l’approche de Noël. Car Avent = avènement ; Avent = nouveauté. Noël aussi = nouveauté. Quoi de plus neuf que la naissance d’un enfant ! Et quel enfant !

Avec vous, j’ai rêvé d’un monde nouveau, où les épées deviennent des socs de charrue et je le vois apparaître, silencieusement, dans la force du Christ qui attire toutes choses à Lui, dans l’amour et la paix. Premier dimanche de l’Avent.

Avec vous, j’ai célébré Marie, la toute pure, la toute droite, la toute accordée à Dieu, parce qu’elle est la mère du Fils de Dieu ; elle nous montre déjà la beauté d’un monde nouveau. C’était le deuxième dimanche de l’Avent et la fête de l’Immaculée Conception.

Avec vous, et en compagnie de Jean le Baptiste, j’ai vu que le renouveau commence d’en bas, ô surprise : « les aveugles voient, les boiteux marchent… et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ». Et j’ai compris que nous sommes appelés à nous retrousser les manches en bas. Troisième dimanche de l’Avent.

Et aujourd’hui ? Avec Joseph, nous apprenons comment réagir aux choses nouvelles qui arrivent dans nos vies. Pour ce faire, nous sommes confrontés à deux attitudes très différentes : celle du roi Achaz (longtemps avant Jésus-Christ, mais hélas toujours actuel) et celle de saint Joseph.

Le roi Achaz, en Israël , menait ses affaires à sa guise, nous l’avons entendu tout à l’heure. Il régnait, il percevait des impôts, il jouait de diplomatie avec ses voisins et il guerroyait. Rien de neuf sous le soleil. Mais la nouveauté arrive sous la forme d’une menace : les rois voisins, devenus plus puissants, se mettent en mouvement pour envahir Israël. Que fait Achaz ? Rien de neuf : il fait confiance à sa diplomatie et à ses maigres troupes. Que fait Dieu ? Eh bien, il se trouve que Dieu est toujours partie prenante, quand il y a de la nouveauté. Il apporte sa part ; et sa part est toujours dans la direction de la vie, de l’amour, de la lumière, de la liberté. En l’occurrence, Dieu propose à Achaz un signe. Et ce signe, c’est la naissance d’un enfant : « Voici que la jeune fille concevra et elle enfantera un fils… ». Ce signe donc, la naissance d’un enfant sûrement royal, c’est l’assurance d’une vie qui se continue, d’une vie qui se renouvelle ; le contraire exact des menaces de guerre, d’envahissement et de mort.

Et Achaz refuse le signe. Il est dans le déni des menaces de guerre. Il veut rester dans le connu de ses diplomaties. En d’autres termes, il ne veut pas voir la nouveauté des faits. Et du même coup, il ne veut rien savoir de Dieu, de ses propositions, de son engagement, pour que l’événement nouveau puisse se transformer en événement de vie et d’espérance. Achaz n’a pas faim de choses nouvelles ; il ne veut pas avoir faim ; il se bouche les yeux et les oreilles, en particulier devant Dieu. Comme ont pu dire des chansonniers : Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y…. ne venez surtout pas mettre du dérangement dans nos petites vies.

Tout autre est l’attitude de Joseph. La nouveauté arrive dans sa vie d’une façon assez inouïe. Marie, sa fiancée, est devenue enceinte, avant qu’ils aient habité ensemble. Joseph a dû être plongé dans un abîme de questions, de perplexités ; on le serait à moins. Je peux présumer qu’en homme droit, juste et pieux, il a remis ses questions entre les mains de Dieu. « Seigneur, je n’y comprends rien ; éclaire-moi ». Et Dieu va y mettre du sien. Par l’ange messager, il indique à Joseph ce qu’il peut faire : N’aie pas peur ; ce qui est en Marie vient de moi (sous-entendu, ce n’est pas quelque chose de tordu ; c’est tout pur, c’est tout clair). Et Joseph, en toute discrétion, mais avec grandeur d’âme, accueille Marie chez lui. La nouveauté ne sera pas toujours facile : voyage à Bethléem, naissance de Jésus sur la paille, fuite en Egypte, retour à Nazareth. Mais quel chemin porté par la vie, par la promesse de vie, par le don de l’amour.

Dès lors se pose la question pour nous : comment accueillons-nous les choses nouvelles ? et, d’abord, avons-nous faim, peut-être, de choses nouvelles ? ce qui revient à dire : sommes-nous disponibles aux appels nouveaux que la vie, peut-être, nous fait ?

Quoi qu’il en soit, il est inévitable que des choses nouvelles arrivent dans nos vies. Cela fait partie du dynamisme et de la variété de la vie. Elles sont parfois bonnes : rencontres, naissances, succès, chances ; elles sont parfois difficiles : maladies, échecs, deuils, guerres, échecs. Dans ces choses nouvelles, Dieu est avec nous, toujours. Mais attention : il est toujours avec nous dans le sens de la vie, de l’amour, de la lumière, de la grandeur d’âme. Toujours. Sa voix, au milieu des choses nouvelles, met en perspective la possibilité d’amour et de vie. Comme pour le roi Achaz à qui Dieu propose un chemin de vie et de confiance à travers la naissance d’un enfant. Comme pour Joseph à qui Dieu suggère de prendre Marie chez lui et d’inventer un chemin hors de l’ordinaire.

L’enjeu pour nous est dans la réponse. Est-ce que j’accueille les choses nouvelles, en intégrant la part de vie que Dieu y met, la petite lanterne que Dieu y infiltre, quand c’est particulièrement difficile ? ou est-ce que je n’accueille pas, préférant rester dans mon quant-à-moi, même branlant ? est-ce que je vais ressembler au roi Achaz, ou à saint Joseph ? au roi Hérode ou aux bergers de Noël ?

Que le Seigneur nous donne de discerner et d’accueillir ses chemins créatifs et vivants, au milieu des nouveautés qui nous surviennent ! c’est mon vœu pour ce jour et pour Noël. Amen.»

4e dimanche de l’Avent

Lectures bibliques : Isaïe 7, 10-16, Psaume 23, 1-2.3-4ab.5-6; Romains 1, 1-7; Matthieu 1, 18-24

Homélie du 15 décembre 2013

Prédicateur : Abbé Marc Donzé
Date : 15 décembre 2013
Lieu : Basilique Notre-Dame, Lausanne
Type : radio

Incroyable la question de Jean Baptiste depuis sa prison. Incroyable qu’il demande à propos de Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? ».

Jésus, il le connaissait. Ils étaient même petits cousins (si l’on en croit l’Evangile de Luc). Jésus, il l’avait reconnu comme le Messie, comme le Fils bien-aimé du Père, quand il l’avait baptisé dans le Jourdain.

Et voilà que Jean-Baptiste pose une question comme s’il ne connaissait pas Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? ». Incroyable. Mais cela peut s’expliquer tout de même. Jean-Baptiste attendait un Messie puissant et spectaculaire, encore plus puissant que Moïse quand il faisait la nique au Pharaon d’Egypte. Et il ne voyait rien de cela. Jean-Baptiste était désorienté au fond de sa prison.

Réponse de Jésus : il faut regarder ailleurs et autrement. « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. »

Peu avant de mourir, peu avant de se faire couper la tête, Jean-Baptiste doit encore changer sa vision. Il était le doigt, le très noble doigt qui désignait le Messie, dont il imaginait la puissance. Il est appelé à devenir le doigt qui désigne le relèvement des pauvres dans l’amour.

Et c’est ce que l’Église doit faire (entre autres). Être le doigt qui montre la justice de Dieu, cette justice qui remet debout les petits. Être le doigt qui montre la lumière du Christ sur le visage des hommes de réconciliation et de paix. Et voici que défilent au bout de ce doigt :

Nelson Mandela, chez qui le pardon, la justice, l’entente entre les races furent plus fort que tout ;

Jean Vanier qui considère les personnes avec un handicap mental comme infiniment dignes et qui les aime

L’abbé Pierre qui redonna dignité et travail à des personnes qui n’avaient ni toit, ni emploi

Raoul Follereau qui allait apporter de l’espérance au milieu des lépreux

Mais aussi tous ceux qui œuvrent au quotidien, en toute discrétion, pour redonner de la dignité et de l’espoir, pour ouvrir des perspectives d’avenir, pour partager une tendresse qui vient du cœur de Dieu : au lieu d’accueil des requérants à Vallorbe, dans les rues de Lausanne, à la table des cafés du désespoir, dans les centres funéraires, dans les hôpitaux, les EMS, les prisons, comme aussi dans les riches appartements quand le sens de la vie s’est perdu. Partout.

Mais encore défilent au bout de ce doigt tous ceux qui annoncent la Bonne Nouvelle du Christ. Et cette Bonne Nouvelle, c’est : tu es aimé, tu peux te relever, tu as un avenir, la vie a un avenir. Peut-être long, peut-être difficile, peut-être tortueux, mais la vie a un avenir, un horizon, une lumière. Pour toi, même pour toi.

Être le doigt qui montre ce que le bling-bling ne montre pas forcément. Mais, vous l’avez compris, il ne suffit pas d’être le doigt qui montre. Dans la mesure du possible, au nom de l’Evangile, nous sommes appelés à être la main qui agit et la voix qui annonce une Bonne Nouvelle qui va vers la vie, la réconciliation et la résurrection, avec des mots simples, avec cœur, avec respect.

Je pense ici à un doigt célèbre. Dom Helder Camara, qui fut archevêque de Recife au Brésil, ardent défenseur des pauvres et de la justice, était tout petit et très maigre. Mais il avait un long index, très décharné, et d’une force d’expression étonnante. Il tendait son bras et son doigt, en même temps que sa voix prenait du volume, de la chaleur et de la véhémence, pour désigner ce qu’il appelait « les communautés abrahamiques » : ces groupes de personnes qui se lancent dans l’aventure, comme Abraham, pour vivre l’Evangile, pour promouvoir la justice, pour témoigner de l’espérance. Ces communautés étaient importantes au Brésil pour défendre notamment les droits des paysans sans terre. Puissent ces groupes « abrahamiques » se multiplier de mille manières aujourd’hui, ici chez nous, afin que « les aveugles voient, et que la Bonne Nouvelle soit annoncée aux pauvres ».

Être le doigt qui montre, cela ne veut pas dire montrer du doigt pour critiquer, juger, voire stigmatiser ou exclure. Hélas, cela arrive, même dans l’Église, et des personnes se sentent exclues ; ou elles ne se sentent accueillies que partiellement ou du bout des lèvres. Chez nous, on peut penser aux questions qui concernent le divorce, le remariage, l’homosexualité, et bien d’autres encore. L’Église doit trouver des chemins de miséricorde plus clairs, dans la sagesse de l’Evangile, dont le premier mot n’est pas la loi, ni la puissance, mais l’amour dans toutes ses facettes. Montrer du doigt n’est jamais bon, il faut pouvoir élever, mettre debout, donner de l’espérance, si l’on veut être fidèle au Christ. « Les aveugles voient et la Bonne Nouvelle est annoncée. » Le pape François nous y invite ; que les fruits réalisent bientôt la promesse des fleurs. Et que Dieu lui-même nous en donne l’imagination et la force, car ce n’est pas facile de changer son regard et ses mains.

Je repense au doigt de Jean-Baptiste au fond de sa prison. L’Évangile ne dit pas explicitement ce qui est advenu. Mais je crois qu’il a été revêtu de tendresse et qu’il était caressé par une brise légère.

Amen.

3e dimanche de l’Avent

Lectures bibliques : Isaïe 35, 1-6a.10; Psaume 145, 7-10; Jacques 5, 7-10; Matthieu 11, 2-11

Homélie du 15 décembre 2013

Prédicateur : Mgr Rémy Berchier
Date : 15 décembre 2013
Lieu : Eglise Notre-Dame, Vevey
Type : tv

Frères et Sœurs en chemin d’Avent,

Nous sommes plongés, ce matin, en plein désert! Sa définition précise qu’il est une zone stérile, peu propice à la vie, inhabitée et non cultivée par l’homme. Isaïe nous dit qu’il est un pays aride, une terre de la soif. Et chacun de nous n’est qu’un grain de sable parmi des milliards de grains de sable dans le désert, tous avec nos pauvreté et nos richesses.

Désert du monde, désert d’une humanité désorientée dans sa recherche de sens, de fraternité et de paix; désert de la maladie et de la souffrance, désert au cœur du stress de nos vies parce que nous nous sentons si vides; désert par manque d’amour, d’écoute, désert de la solitude, désert de nos cœurs qui peinent à chercher Dieu. Et pourtant, à travers les siècles, nombreux sont ceux et celles qui vont au désert pour y trouver Dieu.

Savez-vous que dessous le désert du Sahara nous trouvons une mer immense au point que lorsqu’elle effleure la terre surgit une magnifique oasis? Savez-vous que dans un minuscule grain de sable, d’à peine 2 mm, nous pouvons trouver 180 minéraux différents? Quelle richesse nous portons en nous. Vraiment le désert peut exulter, fleurir, se couvrir de fleurs des champs, crier de joie!

Au cœur de ce désert, comme par l’intérieur, la source jaillit. Elle peut inonder chaque grain de sable, elle est Bonne Nouvelle: «Voici votre Dieu… Il vient lui-même et va vous sauver». – «On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu», nous dit Isaïe. Saint Jacques renchérit: «La venue du Seigneur est proche». Et dans l’Évangile Jésus prêche par ses œuvres: les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.

Quelle joie, quel bonheur: la Bonne Nouvelle est déposée dans nos déserts et sur le sable de nos vies! C’est le dimanche de la joie – Gaudete! Joie de l’espérance de la venue du Seigneur, impatience, effervescence parce que le Salut manifeste les premiers signes avant-coureurs d’une arrivée imminente.

Mais pour accueillir cette Bonne Nouvelle, pour découvrir la source en nous et pour que notre cœur fleurisse, une condition est indispensable, elle est la première qualité de Jésus, même sa seule ambition: être petit! Car lorsque Dieu vient visiter son peuple, Il s’habille de pauvreté, Il se cache dans le plus petit, et Il ne peut être reconnu comme Dieu que par celui qui l’accueille tel quel, comme infiniment petit, comme grandement petit aux yeux des hommes. Il nous a demandé de devenir comme un petit enfant pour entrer dans le Royaume de Dieu. Il nous a dit que c’est le plus petit qui est le plus grand, le dernier sur la terre qui sera le premier dans l’Éternité. De plus il se définit lui-même: «Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait».

Vraiment nous sommes invités à nous désapproprier de nous-même – «Heureux les pauvres de cœurs» – pour y retrouver l’image de Dieu, la source divine et découvrir notre ressemblance à Lui. Il nous suffit de forer profondément les sables et les terres arides de nos vies jusqu’à la rencontre des eaux divines pour faire naître de belles oasis. Dès lors, tout croyant est invité à devenir un poste de forage vers la nappe d’amour inépuisable qu’est Dieu en nous. Alors, le désert se couvrira de fleurs des champs et criera de joie.

Tout irradiés de cette Bonne Nouvelle devenue présence en nous et qui inspire notre manière d’être et de vivre, à la suite de Jean le Baptiste, nous sommes invités par Jésus à devenir des témoins de son Amour: «Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez».

Jean Baptiste est messager en avant du Seigneur, il prépare les chemins. Il nous appartient donc de faire fleurir les déserts du monde, de faire exulter et crier de joie nos terres arides, d’illuminer les visages en partageant le bonheur sans fin de Dieu parmi les hommes. Là encore, Isaïe et l’Apôtre Jacques nous donnent des conseils pour y parvenir: «Fortifiez… affermissez …» – «Dites aux gens qui s’affolent: prenez courage, ne craignez pas… voici votre Dieu». Ou Saint Jacques: «Ayez de la patience, vous aussi, et soyez fermes, car la venue du Seigneur est proche».

Frères et sœurs en chemin d’Avent, en ce dimanche de la joie, à quelques jours de Noël, je nous souhaite de forer nos cœurs pour nous laisser désaltérer par la source qu’est Dieu, de faire fleurir notre propre désert pour faire envie et proposer les fleurs des champs: la joie, la paix et l’amour au cœur de toutes ces rencontres qui bâtissent notre vie. Par notre amour partagé, par notre charité offerte et surtout par nos actes concrets et l’attention aux plus petits de nos frères ou sœurs, leurs déserts pourront refleurir, leurs pays arides crier de joie. Alors, Jésus pourrait-il dire de nous: «Allez rapporter ce que vous entendez d’eux et voyez chez eux»?

Dans la joie, bon Avent.

Amen.

3e dimanche de l’Avent

Lectures bibliques : Isaïe 35,1-6a; Jacques ,7-10; Matthieu 11, 2-11

Homélie du 08 décembre 2013

Prédicateur : Abbé Marc Donzé
Date : 08 décembre 2013
Lieu : Basilique Notre-Dame, Lausanne
Type : radio

Il y avait un homme au nom étrange. Il s’appelait Joachim et c’était un juste. Il respectait Dieu et la création. Il gardait ses moutons sur les montagnes de Galilée. Et le soir, près de sa cabane, il pleurait. Il pleurait, parce qu’il n’avait pas d’enfant. Sa femme, qui s’appelait Anne, pleurait aussi, car elle se sentait stérile. Et elle était déjà âgée. Elle aussi était juste, elle aussi était douloureuse.

Un beau jour, Joachim reçut une visite dans son cœur. Était-ce un rêve, un songe ? Était-ce un ange ? Je ne sais, Dieu le sait et peu importe. Cela avait l’air d’un grand coup de vent, un de ces vents chauds qui caressent et emportent ; un de ces vents qui transforment les idées et changent le cœur. Il comprit alors que sa femme allait avoir un enfant, malgré tout, au-delà de tout.

Alors, Joachim descendit de la montagne. Il alla trouver sa femme. Ils se connurent, comme dit la Bible. Ils conçurent un enfant, avec tout leur corps, tout leur cœur et toute leur foi. Et leur enfant reçut le nom de Marie, avec joie, avec une infinie reconnaissance.

Qu’est-ce que la conception d’un être humain ? Elle obéit aux lois de la nature, que nous connaissons tous. Anne et Joachim conçurent leur enfant selon les lois de la nature. Mais pas seulement. Leur histoire montre que Dieu y a mis du sien, pour que la femme et l’homme qui se croyaient stériles enfantent tout de même.

N’y a-t-il pas là une belle question pour nous tous ? Nous avons appris à connaître les lois de la nature ; et c’est tant mieux. Mais, souvent, nous avons perdu la trace du mystère. Car la vie demeure un mystère : aucun laboratoire d’ailleurs ne peut produire de la vie à partir d’éléments inanimés. La vie est une merveille, elle est d’une complexité et d’une subtilité affolantes. Elle est bien la résultante de lois de la nature, mais elle est aussi un don de Dieu. La rencontre anonyme des cellules et le don de l’Amour. On va me dire : votre affirmation n’est pas scientifique. En effet, elle ne l’est pas au niveau des sciences biologiques. Mais n’y a-t-il que la science et la matière ? N’y a-t-il pas des réalités que les microscopes ne peuvent pas saisir ? Le mystère de l’Amour qui est communiqué à un être, à une personne ? Je le crois, et cette foi, je la sais au profond du ventre de la personne humaine que je suis. Ne sentez-vous pas aussi la vibration de cette onde de l’amour, qui donne couleur à notre biologie ?

Donc, Dieu y met du sien, pour la venue de chaque personne humaine. Ne dit-il pas, dans le livre d’Isaïe : « Je t’ai appelé par ton nom, tu as du prix à mes yeux, tu es précieux pour moi, car je t’aime » ? Anne et Joachim l’ont bien compris, qui ne cessèrent de s’émerveiller de la naissance de Marie, leur fille.

En fait, pour la venue de Marie, Dieu y a mis du sien encore plus que d’habitude, si j’ose m’exprimer ainsi. Pourquoi ? Comme mère de Jésus, elle inaugurait un monde nouveau.

Nous tous les hommes et les femmes, nous venons au monde un peu tordus. Aimés par Dieu, oui, mais un peu tordus. Tordus, parce que nous sommes traversés par toutes les contorsions qu’a inventées l’humanité à travers les âges : accaparements, guerres, jalousies, excès de pouvoir. Nous ne sommes pas par voie de naissance dans la pleine harmonie de Dieu. C’est ainsi et il suffit d’un regard réaliste sur l’humanité pour le constater. C’est ainsi, nous sommes un peu tordus, mais ce n’est pas le dernier mot, car Dieu veut nous rendre droits, lumineux et heureux, à petits pas ou à grands pas selon la manière dont nous pouvons consentir à sa Présence. Car Dieu veut faire un monde nouveau, mais avec notre collaboration ; un monde tout nouveau, où il n’y aura que l’amour. Et l’amour est la réalité la plus passionnante du monde.

Dieu a déjà donné à voir ce qu’est un homme tout pur, tout aimant, tout donné, tout pétri de lumière et de réconciliation, traversant les tragédies de ce monde jusque dans la Résurrection. Jésus-Christ est l’homme tout en droiture d’amour. (Entre parenthèses, qu’est-ce que c’est beau un homme qui devient un être de réconciliation, comme Nelson Mandela !).

Et Marie, sa mère, – c’est si important une mère – est venue en ce monde toute droite. Car le monde nouveau qui s’inaugure en Jésus-Christ et déjà en sa mère doit commencer tout droit et non plus tordu. C’est pourquoi Dieu le Père y a mis du sien dans la conception de Marie, beaucoup du sien pour que Marie, mère de Jésus, soit le germe tout pur d’un monde renouvelé. C’est pourquoi, le mystère de Marie, c’est l’annonce de notre avenir, qui progresse à pas de silence et d’amour.

Il faut ajouter que Marie, née toute droite, n’en devient pas pour autant une petite femme préservée ou, comme disent certains esprits qui se croient forts, une « oie blanche ». Toute droite, elle traverse cependant un monde tordu. Aucun combat ne lui sera épargné. Et chaque fois, elle devra choisir de se tenir debout. Et elle se tiendra debout même au pire moment. Debout, douloureuse au pied de la Croix.

En cette fête de l’Immaculée Conception de Marie, et dans la préparation de la Nativité de Jésus, nous pouvons nous réjouir. Car en regardant Marie, née toute pure et toute droite, nous regardons notre avenir. Nous le regardons au-delà au-dedans de toutes les épreuves qu’elle a dû traverser et que nous avons à traverser nous aussi, chacun à notre manière. Car, comme dit saint Paul, « Dieu nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard. Il nous a d’avance destiné à devenir pour lui des fils et des filles par Jésus-Christ. » Cette réalité est déjà commencée ; ce monde n’est plus seulement un monde tordu. C’est déjà commencé pour nous. Et c’est déjà pleinement accompli en Marie. Et c’est pourquoi c’est si plein d’espérance, de paix et d’énergie nouvelle quand on la regarde. Amen.»

2e dimanche de l’Avent – Fête de l’Immaculée Conception de Marie

Lectures bibliques : Isaïe 11, 1-10; Psaume 71; Romains 15, 4-9; Matthieu 3, 1-12 (2e Avent) Ephésiens 3-12; Luc 1, 26-38 (Fête de l’Immaculée conception de Marie)

Homélie du 01 décembre 2013

Prédicateur : Abbé Marc Donzé
Date : 01 décembre 2013
Lieu : Basilique Notre-Dame, Lausanne
Type : radio

Je rêve, mes amis. Je rêve les yeux ouverts. Je rêve avec un cœur lucide et un esprit de miséricorde. Du moins, j’essaie.

Je rêve d’un monde où les drones qui tuent à l’aveugle n’existent plus et soient remplacés par des avions en papier.

Je rêve d’un monde où, chez nous, il n’y ait plus de femmes avec enfants contraintes de dormir dans des voitures par des températures polaires.

Je rêve, avec le pape François, d’une Eglise où l’on batte des records de miséricorde et de courtoisie, où les doctrines s’agenouillent devant la dignité des hommes.

Martin Luther King rêvait aussi. I have a dream. Il rêvait d’une Amérique où Blancs et Noirs aient des droits égaux, où ils puissent s’asseoir côte à côte dans les mêmes bus. Et son rêve s’est réalisé, en partie.

Le prophète Isaïe, bien plus tôt, rêvait lui aussi. Et son rêve n’était pas n’importe quel rêve. C’était une communication avec Dieu. Il a vu tous les peuples monter vers la montagne du Seigneur, il a vu tous les peuples converger dans la paix. Il a vu qu’avec les épées, on forgeait des socs de charrue. Ne plus tuer, mais nourrir les petits et les grands.

Et tous ces rêves ne sont pas des rêves habituels, des rêves du milieu de la nuit, où l’inconscient fait de l’ordre dans les impressions qu’il a engrangées.

Ils viennent des profondeurs de la conscience. Ils viennent de ces lieux secrets, où la noblesse de l’homme est en contact avec le Dieu d’Amour. Malgré tout. Au-delà au-dedans de tous les malheurs.

Quand le prophète Isaïe écrit, il se trouve dans une situation dramatique, avec tout son peuple : guerres, envahissements, exils se succèdent. Et les rois ne sont pas à la hauteur de leur tâche. Ils s’adonnent à la guerre sans foi, ni loi. Et comme la guerre n’est jamais bonne, le peuple souffre. Où va-t-il trouver les ressources pour aller de l’avant, pour construire un avenir, pour espérer du nouveau ?

Et la petite dame qui doit dormir dans une voiture, où va-t-elle trouver les ressources ? et le jeune Noir, condamné dans un procès aujourd’hui encore inégalitaire, où va-t-il puiser un espoir ?

C’est là qu’interviennent les profondeurs de la conscience. C’est là que se trouve la source d’une espérance. Je, tu, nous, ils rêvent du fond de leur être. Et ce n’est pas une illusion, une consolation à bon marché. C’est un acte de foi à la puissance de Dieu qui met un souffle de justice, un souffle de paix, un souffle d’amour, partout. C’est pourquoi je peux rêver à un monde de justice et de paix sans me payer de mots. Le souffle de Dieu est toujours déjà là.

Mais, évidemment, ce n’est pas si simple. Car le souffle de Dieu rencontre la liberté des hommes. À bien des endroits, il se cogne contre la liberté des hommes. Le souffle de Dieu n’est pas automatique ; parce qu’il est de l’ordre de l’amour, il a besoin du consentement des hommes.

Et c’est pourquoi cela va si lentement. Et c’est pourquoi cela progresse, recule, progresse à nouveau.

Mais le souffle de Dieu est là. Et on peut le sentir, à tout le moins le pressentir. C’est lui qui permet à Isaïe de rêver à la transformation des épées en charrues. C’est lui qui permet la fin des politiques d’apartheid. C’est lui qui permet à la petite dame dans le froid de ne pas être complètement désespérée et de mettre encore et encore un pied devant l’autre. C’est lui qui, comme une lame de fond, ouvre des perspectives d’avenir.

Je rêve… et j’appuie mon rêve sur le souffle de Dieu. Mais cela ne suffit pas encore, je le sais. Je dois retrousser mes manches, pour contribuer à la réalisation de ce que je rêve. Isaïe fut un messager de paix, inlassable. Martin Luther King, avec les armes de la non-violence, a beaucoup œuvré pour l’égalité entre Noirs et Blancs aux Etats-Unis. Et toi, et moi, nous pouvons mettre un peu de justice, de paix et d’espérance autour de nous par des actions concrètes et ciblées.

Rêver en portant le souci concret du monde. Rêver en espérant de toutes nos forces qu’un avenir est possible, au prix de notre consentement aux puissances de vie et d’amour.

C’est ce que l’on ne faisait pas aux temps de Noé. On mangeait, on buvait, on se mariait, mais aussi on se goinfrait, on se soulait, on forniquait, on jouait du pouvoir et – passez-moi l’expression – on se foutait du reste. Les autres qui n’ont rien, qu’ils passent leur chemin. Et Dieu avec ses commandements, qu’il reste dans son ciel. La jouissance du présent, la consommation du présent, pas de rêve, pas de vision d’avenir. Les pieds en éventail sur le sable.

Est-ce si différent aujourd’hui pour une partie des hommes ? on s’adonne aux activités normales et jouissives de la vie. Travail, salaire correct, appartement, cave à vin, petite famille. Et quoi alors ? que vouloir de plus. Eh bien regarder à droite et à gauche pour que les autres disposent aussi de ce dont je dispose, au moins dans une proportion correcte. Mais à quoi bon ? restons dans le présent, dans le quant à soi. L’avenir, c’est tellement compliqué qu’il vaut mieux le tenir caché.

Eh bien, je préfère faire partie de ceux qui rêvent d’un monde meilleur, avec les manches retroussées. Je préfère être dans un monde, où le souffle de Dieu me dit qu’il y a au-delà de tout une espérance vraie, une espérance solide, parce qu’elle repose sur Lui.

Vous aussi, je l’espère, car c’est ce à quoi nous invitent les prophètes et l’Evangile au nom de Dieu. L’Avent nous ancre dans le présent des hommes, mais en même temps nous ouvre sur un avenir, une espérance et un combat. I have a dream, chantait Martin Luther King, qui le paya du prix de sa vie. Amen.»

Homélie du 01 décembre 2013

Prédicateur : Lars Simpson, prêtre de la communauté catholique-chrétienne de Zurich
Date : 01 décembre 2013
Lieu : Eglise des Augustins, Zurich
Type : tv

Chers communauté de l’église des Augustins à Zurich et vous, à la maison.

Le 11 février 1990, Nelson Mandela a été libéré après 27 ans de captivité. L’espoir en une libération de Nelson Mandela a longtemps paru utopique. Néanmoins, bien des personnes y croyaient. L’espérance est capable de supporter beaucoup; elle n’abandonne pas l’attente.

Pendant 27 ans, Nelson Mandela a persévéré en prison, malgré les travaux forcés imposés journellement. Il ne savait pas s’il serait ou ne serait pas libéré un jour ni à quel moment. Or, tout au long de ce temps, il n’a jamais perdu la foi en un avenir meilleur où les hommes – indépendamment de leur couleur de peau – vivraient ensemble, réconciliés, de façon équitable et pacifique.

Nelson Mandela a fait preuve de beaucoup de patience et de persévérance jusqu’à ce qu’il ait pu concrétiser sa vision d’une Afrique du Sud nouvelle. Une vision qu’il a pu mettre en pratique, lui-même, en tant que premier président noir d’Afrique du Sud. Cela paraissait incroyable (irréalisable), mais son attente a eu une fin. Encore plus étonnant: la souffrance vécue ne l’a pas rendu amère, ni vindicatif. C’est à lui que les mots de la lettre de Jacques s’appliquent: Nous estimons heureux celui qui a patiemment tout supporté.

Jean, un contemporain de Jésus, a également subi des attaques. Ce matin, nous rencontrons Jean dans le texte de l’Evangile.

Lui qui a été nommé plus tard: le Baptiste, a été jeté en prison, comme Mandela, à cause de ses convictions.

2000 ans ont passé entre Jean le Baptiste et Nelson Mandela. Un point commun peut leur être reconnu: tous deux ne se sont pas laissés désarçonner par leur captivité. Ils n’ont pas sombré. Ils ont continué à croire en leur vision. Ils n’ont pas abandonné l’espoir. Leur vision paraît invraisemblable à leurs contemporains. Ils sont extérieurs aux réalités des murs de leur prison; ils attendent et espèrent plus de justice, le nouveau monde de Dieu. Dans cette situation, Jean envoie ses disciples vers Jésus, car il veut savoir: « Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?

Jésus est-il la réalisation de l’attente et de l’espoir, est-il le Messie qui doit préparer un nouveau monde? Jésus répond: Dite à Jean ce que vous voyez et expérimentez: une nouvelle réalité a commencé où les aveugles voient, les boiteux dansent, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les lépreux sont purifiés et réintègrent la société. Les pauvres reçoivent un nouvel espoir. Le règne de Dieu est arrivé sur cette terre.

Jésus nous rapproche de Dieu. Jésus de Nazareth se déplace au sein des frontières de sa culture, de sa religion, de sa société. Mais Il est prêt à remettre en question les représentations de son temps et d’élargir les perceptions de ses interlocuteurs, afin que le Règne de Dieu reprenne sa place dans leur vie. Jésus veut également nous montrer que nous pouvons aussi faire éclater les frontières, aussi bien celles qui nous sont imposées que celles que nous nous posons nous-mêmes – par nos préjugés et nos prises de position. Rompre les frontières: avec l’appui d’un amour prêt à se mettre en porte-à-faux avec le monde, à mettre en lumière les injustices, à voir la paix entre les hommes non comme une utopie, mais comme une réalité. Là, il y faut de l’espoir; espoir et conviction que la réalité d’aujourd’hui peut ne pas être la réalité de demain.

Jésus veut briser les chaînes de nos craintes profondes. Jean le Baptiste, lui, ainsi que Nelson Mandela nous démontrent que nous ne devons jamais abandonner l’espoir. Nous pouvons croire en un monde nouveau et y travailler . Laissons-nous à nouveau enthousiasmer par cet espoir tout au long de l’attente de l’Avent!»

Homélie du 24 novembre 2013

Prédicateur : Abbé Vincent Marville
Date : 24 novembre 2013
Lieu : Basilique Notre-Dame, Neuchâtel
Type : radio

La vie terrestre de Jésus se termine tragiquement. Elle avait commencé 33 ans auparavant. Il était né pauvre dans une mangeoire d’animaux.

Marie, sa Mère, en présence de son époux Joseph, l’avait enveloppé de bandelettes après l’accouchement.

Maintenant, Jésus est attaché à la Croix, comme un criminel entouré de deux larrons.

Sa Mère, Marie, est là debout au pied de la Croix avec le disciple bien aimé et quelques autres.

Elle participera à son ensevelissement, dans un linceul entouré de bandelettes

  1. Jésus Roi

Une inscription était placée au dessus de sa tête : « Celui-ci est le Roi des juifs ».

A la question de Pilate : « Es-tu le Roi des juifs ? », Jésus répondit : « Tu l’as dit, je suis Roi ; je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ».

Quand il avait nourri cinq milles hommes environ, avec cinq pains et deux poissons, la foule enthousiaste a voulu le prendre pour le faire roi. Jésus s’était alors enfui dans la montagne tout seul.

2 Quel Roi ?

  1. a) Ses actes : Toute sa vie, toutes ses actions, sa Personne elle-même, ont   suscité interrogation, stupeur, colère, haine ou, au contraire adoration,   saisissement, amour.

Un homme a la main desséchée : Jésus saisi de compassion le guérit, un jour de Sabbat. Ses ennemis étaient remplis de fureur, parce qu’il a guéri le jour de Sabbat.

Quand un paralysé est apporté sur un lit, Jésus lui dit : « Confiance, mon ami, tes péchés te sont remis ». Ces paroles suscitent la colère des scribes et des pharisiens qui l’accusent de blasphème.

  1. b) Ses paroles : ses paroles aussi suscitent incompréhension ou alors, admiration.

Est-il normal de louer Marie-Madeleine au pied du Seigneur et qui écoutait sa Parole et de blâmer Marthe parce qu’elle s’agite à la cuisine ?

Est-il sage pour le frère cadet (de la parabole dite de l’enfant prodigue) qui a dilapidé toute sa fortune avec des filles, et qui, lorsqu’il revient à la maison, est fêté par un banquet, reçu par son père à bras ouverts, alors que le fils aîné a été moins bien traité, lui le fidèle et le travailleur qui n’a jamais commis d’exactions ?

Pourquoi ceux qui supportent tout le poids du jour et de la chaleur, ne sont-ils pas plus payés que ceux arrivant au chantier à la dernière heure, une fois la chaleur tombée ?

  1. c) Sa personne : sa personne surtout, va susciter interrogation, scandale, incompréhension. S’il est Roi, où sont donc ses troupes, ses sujets ? Tout le monde l’a abandonné, sauf le disciple bien aimé.

Comment peut-il être Roi, pauvre, dénué de tout, sans palais, simple artisan durant trente ans ; sa Mère est une mère vierge, ce qui est contraire à tous les usages et à la mentalité de son époque, comme dans la nôtre d’ailleurs.

Comment peut-il être Sauveur quand on veut le tuer déjà quand il se présente pour la première fois comme Messie, à Nazareth et qu’on rétorque qu’il est simplement le fils de Joseph ?

Comment peut-il être le Sauveur attendu alors qu’il se meurt sur une Croix.

  1. Jésus aujourd’hui :

Aujourd’hui encore des doutes et des interrogations subsistent. Aujourd’hui encore, il a des ennemis et des indifférents.

Mais aujourd’hui encore, comme depuis deux mille ans, il a des disciples, des personnes, des martyrs, des saints prêts à donner leur vie et leur sang pour lui. Ils voient en lui, non seulement le Messie Roi, mais encore le Fils unique du Dieu Béni, le Fils du Père « qui nous a rendu capables d’avoir part dans la lumière, à l’héritage du peuple Saint. Il nous arrachés au pouvoir des ténèbres. Il nous a faits entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé par qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés ».

Le Christ est Roi, non à la manière des hommes, une royauté écrasante et triomphante, mais à la manière de celui qui sert. Son Royaume est celui de l’Amour.

Dieu nous a montré son cœur pour régner sur le nôtre et pour nous engager à sa suite à vivre dans la recherche de la justice et de la paix. Il nous invite à le suivre en prenant des moyens humbles et pauvres, à vivre cette folie de Dieu.

Voulons-nous appartenir à ce Royaume qui vient dans le monde ? Alors prenons le chemin de notre Roi, le service et l’amour pour s’entendre dire au soir de notre vie :

« Aujourd’hui, tu seras avec moi, dans le Paradis ».

Fête du Christ, roi de l’univers

Lectures bibliques : 2 Samuel 5, 1-3 ; psaume 121 ; Colossiens 1, 12-20 ; Luc 23, 35-43