Homélie du 25 septembre 2011

Prédicateur : Abbé Joël Pralong
Date : 25 septembre 2011
Lieu : Eglise St-François de Sales, Salins, VS
Type : radio

« Tout quitter… tout lâcher… »

Voilà une parole qui fait peur, qui donne le vertige.

Ils sont pourtant nombreux parmi nous à avoir dû, volontairement ou involontairement, tout quitter : un travail, une activité plaisante, leur santé, un corps agile, leurs rêves d’enfant, des projets, des idéaux…

Certains ont dû lâcher brutalement un frère, une sœur, un époux, une épouse, une mère, un père, un enfant, une partie d’eux-mêmes si chère à leur cœur, emporté par la mort.

D’autres enfin ont volontairement tout quitté pour répondre à une vocation spécifique de religieux, missionnaire, d’engagement dans le Tiers-Monde, etc.

Plus subtilement encore, la Parole nous invite à quitter, à rompre toutes entraves qui nous empêchent d’être libres afin de répondre pleinement à notre vocation d’homme et de femme… Je fais allusion à toutes formes de relations qui dominent et étouffent l’autre, ces relations de fusion, de dépendance, de jalousie et de servitude entre en époux et une épouse, entre frères et sœurs, entre amis et collègues de travail… Ce sont ces relations fausses qu’il faut quitter pour rendre libre et être libre… Et cela exige toujours un renoncement à son ego, bien souvent douloureux… Mais avec la force que le Christ nous communique !

Quitter, rompre, nous conduit toujours vers un mieux, vers un « plus ».

A chaque lâcher-prise, à chaque rupture se rattache une bonne nouvelle… Un plus de vie… Même si cela n’est pas perceptible tout de suite…

Jésus nous le dit : tout homme qui aura quitté « à cause de mon nom », non pas en pure perte, mais dans la puissance de son nom, en se rattachant à lui comme à une locomotive, alors… il recevra « beaucoup plus » et c’est maintenant déjà. Au départ, cet homme-là ne sait pas où il va, mais il y va avec Jésus, et avec Jésus, c’est toujours pour une folle aventure !

Toute rupture, volontaire ou involontaire, toute blessure du coeur, peut être l’occasion de choisir le Christ, de s’attacher à lui, de trouver en lui paix, réconfort, guérison peut-être, mais surtout la force d’offrir pour ne pas subir, offrir ce qui nous écrase, ce qui nous fait parfois tant souffrir… Alors, même la souffrance, la fragilité deviennent mission…, ce qui faisait dire à saint Paul : « Je peux tout en Celui qui me rend fort… », qui fait écho à la parole : « à cause du Christ… » Sinon on se laisse écraser… Lors d’une visite à l’hôpital cette semaine, c’est ce que me déclarait une personne atteinte d’un grave traumatisme physique : « Offrir…offrir…Dans le Christ… Ce n’est pas peu dire… Car il n’y que l’offrande qui me fait avancer, même si ce n’est pas juste, même si je ne comprends pas ce qui m’arrive… »

C’est dans cet esprit que s’inscrit la vocation de St Nicolas de Flüe même si cet appel ô combien singulier adressé à un père de famille, nous déroute… Laissons Dieu être Dieu… Lui seul connaît les tenants et les aboutissements de toutes choses…

Si nous restons fixés sur le « tout quitter » du père de famille, nous ne percevons pas le « beaucoup plus » reçu.

Sa réponse généreuse portera des fruits au niveau national, elle s’inscrit dans notre histoire suisse, dépassant largement l’ermite Nicolas. Qui l’aurait cru au départ ?

Continuellement déchiré entre l’appel à la solitude et ses nombreux devoirs de citoyen, de magistrat, d’époux et de père de famille, c’est librement qu’il dit oui à l’appel de Dieu. A la suite d’un long temps de réflexion, avec l’accord de sa femme Dorothée, il décide de tout quitter afin de se consacrer à la prière pour son pays. Tous deux répondent généreusement à l’appel même si la séparation, on s’en doute, est douloureuse… à la manière d’un champ qui doit être déchiré pour être ensemencé. Et la semence a germé, le sillon a tracé une mission au moment où les Cantons ville et campagne sont sur le point de se déchirer sur des questions de richesses, de butin accumulé lors des guerres de Bourgogne, de pouvoir, de privilèges… Nous sommes en 1481, la guerre civile menace. Nicolas, pénétré de sagesse toute divine, trouve les paroles qui apaisent et réconcilient. La grâce divine passe par ses paroles. Son discours touche les Confédérés en plein cœur. Nicolas pointe le doigt sur la vraie cause des divisions : l’attachement aux richesses et au pouvoir. Il faut savoir s’en libérer, quitter ce qui à la longue, pourrit les relations. Le détachement conduit finalement à la paix et l’unité.

Nous ne connaissons pas les termes exacts du message qui réconcilia les Confédérés, mais nous pouvons en saisir l’esprit par d’autres conseils qu’il donnait aux magistrats venant le consulter: « Confédérés, gardez-vous de la désunion ; bannissez tout esprit de parti; c’est la perte d’un Etat. Méfiez-vous de la cupidité, et ne vous laissez pas aveugler par l’or étranger. » Mais comment quitter l’esprit de domination et d’attachement aux choses si ce n’est en s’enfonçant profondément dans le Nom du Christ, en se fixant solidement à son Nom comme l’alpiniste se visse dans la paroi rocheuse d’un haut sommet…   Même notre Constitution fédérale en porte la trace puisque ses premiers mots commencent par: « AU NOM DU DIEU TOUT-PUISSANT, AMEN… », Parole forte qui nous attache aux valeurs humaines et spirituelles et nous détache de l’or étranger… Notre pays, hier comme aujourd’hui, a rudement besoin des conseils de Nicolas et de la grâce divine qui les accompagne… en cette période d’élections.

 

Bibliographie de Joël Pralong :

– Combattre ses pensées négatives, Editions Béatitudes, 2011

– Angoisse dépression culpabilité, Editions Béatitudes, 2011

– Dieu dans mes bagages, Edtions à la carte, 2010

– Le pouvoir des mains vides, Jérémie, le curé d’Ars, le prêtre, Edtions St-Augustin, 2009

– Apprivoiser son caractère, Editions Béatitudes, 2009

– De la faiblesse à la force, Editions Béatitudes, 2008»

Nicolas de Flue, matthieu, Joel Pralong

 

Lectures bibliques : Sagesse 7, 27 – 8, 9; Romains 14, 17-19; Matthieu 19, 27-29

Homélie du 18 septembre 2011

Prédicateur : Abbé Nino Franza
Date : 18 septembre 2011
Lieu : Eglise de Montfaucon
Type : radio

Le refrain du psaume que nous avons entendu, tiré du psaume du jour et la première lecture, nous invitent à méditer sur la proximité de Dieu : « Proche est le Seigneur de ceux qui l’invoquent ». Invoquer Dieu, appeler Dieu, chercher Dieu avec des mots ou dans le silence de son cœur, voilà ce qui est important si nous voulons vivre avec Dieu.

C’est là notre vocation, nous sommes faits pour vivre avec Dieu. C’est dans cette belle disposition intérieure que nous pouvons être prêts à répondre à son appel, quand il nous appellera à le suivre.

Dans la parabole de l’Evangile de ce jour, Jésus nous révèle le projet de son Père. Il nous laisse entendre que le Père appelle des ouvriers pour qu’ils se mettent au travail, à son service. Il les appelle à travailler sa vigne.

Jésus nous révèle que son Père veut donner un salaire, une pièce d’argent, à tous ceux qui se mettront à son service. Peut importe le nombre d’heures passées au travail. Il veut donner le même salaire à tous ceux qui répondent positivement à son appel.

Ce salaire, cette pièce d’argent, c’est la vie éternelle, qu’il veut donner à ceux qui rejoignent son projet, qui veulent accomplir sa volonté, qui veulent travailler à sa vigne. Ce cadeau c’est l’Eucharistie, cette toute petite hostie grande comme une pièce, certes, mais qui est le même salaire pour tous ceux qui l’accueillent avec foi. Ce cadeau, c’est son Fils bien aimé, Jésus le Christ, notre Seigneur. Le Père place tout son amour en son Fils. En nous offrant son Fils, le Père nous donne la vie éternelle. Jésus ne dit-il pas dans l’Evangile selon Saint Jean: « Je suis la Vie » et dans ce même Evangile, ne dit-il pas : « Je suis le Pain de Vie ». En accueillant le Fils unique et en lui, tout l’amour que le Père place dans son Fils, nous accueillons véritablement la plénitude de la vie éternelle. Nous n’avons pas à espérer d’autres récompenses, nous qui nous mettons au service du Père en travaillant sa vigne qui est l’Eglise, cette Eglise qui est au service des hommes et des femmes de notre temps. D’ailleurs cet amour du Père que nous portons en nous par son Fils, ne porte t’il pas ce nom : l’Esprit Saint… C’est dans l’Esprit Saint que nous pouvons nous aimer les uns les autres, sans nous lasser, en fuyant le mal. Nous avons beaucoup de travail, certes, mais notre récompense est là, proche de nous. Proche est le Seigneur de ceux qui l’invoquent.»

Lectures bibliques : Isaïe 55, 6-9; Philippiens 1, 20-27; Matthieu 20, 1-16

Homélie du 04 septembre 2011

Prédicateur : Yvan Bourquin – Pierre Girardin – Theo Gerber
Date : 04 septembre 2011
Lieu : Eglise Saint-Pierre, Porrentruy
Type : radio

Homélie 1ère partie – Matthieu 5, 3, Yvan Bourquin :

Nous vous proposons ce matin 3 notes qui feront écho au Sermon sur la montagne où Jésus, nouveau Moïse, offre au monde un salut inattendu. 3 notes à la tonalité particulière qui donneront un accord aux surprenantes harmoniques. Première note : « heureux ». Ce bonheur consiste à posséder la seule chose nécessaire, un cœur simple, pur, pacifique, miséricordieux, capable de révolte contre l’injustice, incapable de peur en face du martyre. Qu’on ne s’y trompe pas ! Comme le constate un ancien interprète : « Ainsi les béatitudes commencent par les larmes et sont scellées dans le sang. » Ce n’est pas l’ouverture d’une idylle, c’est le prélude d’un drame ou d’un combat aussi dès le début, les ondes musicales des Béatitudes vibrent dans l’atmosphère spirituelle de l’humanité en recourant à une large palette sonore : des tonalités les plus austères au cristal le plus pur.

Nous avons tout intérêt, pour la clarté même de nos propos, de définir les mots que nous utilisons. Le bonheur fait partie de ces concepts qui connaissent un regain d’intérêt, d’ailleurs le bonheur, presque par définition, intéresse tous les hommes. Mais toute la sagesse du monde se réduit à quelques mots d’ordre d’une affligeante banalité : chacun doit chercher ce pour quoi il se sent fait – tout être est amené à tendre vers son propre bien -, la vie nous offre des possibilités, à nous de les gérer, voire de les créer. En conséquence, le sage ne désire plus que le réel dont il fait partie et ce désir est toujours satisfait parce que le réel ne fait jamais défaut.

Heureux celui qui ne désire que ce qu’il sait, que ce qu’il peut, ou que ce dont il jouit. Pour paraphraser Nietzsche, c’est faire d’une chèvre attachée à un piquet l’idéal de la sagesse et du bonheur. C’est réduire la condition humaine à ses proportions inférieures, à une sorte de bonheur passif.

Les Béatitudes révèlent une réalité habituellement inconnue ou inattendue, exigeant une décision. Se mettre à la suite du Christ, c’est se mettre dans les seules conditions efficaces pour réaliser sa vocation véritable.

Quels sont ceux qui ont les dispositions nécessaires pour entrer dans cette réalité que Jésus a inaugurée et instaurée, sinon ceux qui ont appris à se détacher de ce qui est pour aspirer à ce qui doit être ?

Adolphe Monod, le grand prédicateur, m’offre une conclusion : « Ce n’est pas par son côté le plus glorieux, c’est pas ses côtés les plus sombres que je veux vous faire désirer la vie chrétienne. Je veux vous faire voir que les traits même qui vous répugnent le plus dans cette vie renferment sous des apparences qui vous trompent des charmes secrets, afin que vous connaissiez que comme « la folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, et la faiblesse de Dieu plus forte que la force des hommes », l’amertume de la vie qu’il communique à ses enfants est aussi plus douce que toutes les douceurs de la vie du monde. »

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2ème partie, Pierre Girardin :

Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés !

Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés

Sur la route des vacances, avec un beau ciel bleu et en bonne compagnie, il nous vient spontanément de l’esprit aux lèvres des chansons de joie, des airs entraînants et cette musique extraordinaire qui exprime l’allégresse. Mais sur le chemin du cimetière ? ou en sortant d’une salle d’audience du tribunal ? ou en entrant à l’hôpital ? ou encore en regardant les images insoutenables du massacre de Norvège, et celles des enfants de Somalie qui meurent de faim… ?

Nous savons bien que les plus belles œuvres des plus grands musiciens sont des «Requiem», des «de profundis» ou des «Stabat Mater». Dans l’expression musicale, ils ont trouvés leurs maîtres, ceux qui pleurent – et ils sont nombreux, quelquefois nous sommes des leurs ! ils se sont sentis rejoints ceux qui sont assoiffés de justice, lorsque la révolte bout dans leur cœur. «Heureux ceux qui pleurent; heureux ceux qui ont faim et soif de justice».

Le Dieu auquel nous croyons, Jésus-Christ, Dieu fait homme, est venu rejoindre ces cœurs brisés et assoiffés de justice. Dans son existence d’homme, Jésus a pleuré, et il a souffert. Il nous annonce que les pleurs et les souffrances font partie intégrante de notre nature humaine. Bien sûr qu’il importe de chercher à rendre la vie belle et douce et gaie… mais Jésus nous apprend surtout à assumer la souffrance et les pleurs de la vie, les assumer parce qu’ils sont incontournables sur notre chemin d’être humain. Ils font le chemin difficile, mais, après coup, nous nous rendons compte qu’ils sont le passage qui conduit à la vraie vie. C’est pourquoi heureux sont-ils ! Heureux sommes-nous de pouvoir assumer cette souffrance humaine, et à travers elle, cheminer vers la vie ! Pour nous accompagner sur ce chemin, nous avons la chance de pouvoir accueillir la musique des artistes : ils ont vécu eux-mêmes un chemin de pleurs. Ils ont ainsi pu trouver l’enchaînement des notes qui les expriment. Pour cela, aujourd’hui, ils nous soutiennent sur notre chemin de vie.

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3ème partie, Theo Gerber :

La 3e note de l’accord que nous souhaitons faire vibrer en vous ce matin est une note pleine de sérénité et d’harmonie.

Heureux les artisans de paix, dit Jésus : ils seront appelés fils de Dieu. (Mt 5. 9, Bible de la lit.)

Dans notre « village global » où l’information nous révèle à l’instant les moindres soubresauts de la planète, dans notre monde qui s’entredéchire, ils sont nombreux, ceux qui souhaitent la paix.

Pourtant, entre parler de paix et être véritablement artisan de paix, un long chemin reste à parcourir. Souvent, et en raison des intérêts en jeu, les actes concrets visant à désamorcer des conflits nous apparaissent bien timides.

Quelle paix sommes-nous prêts à accueillir? Pour quelle paix sommes-nous prêts à nous engager?

La paix synonyme de silence que nous imposons aux autres en leur lançant “Laisse-moi tranquille, fiche-moi la paix!”?

Ou peut-être la paix en tant qu’absence de remords ou de culpabilité, celle que nous autoproclamons en affirmant “J’ai la conscience en paix!” ?

A moins que nous ne recherchions cette paix qui prend le visage de l’amour mal compris : « Surtout pas de conflits, pensons-nous. Balayons nos désaccords sous le tapis de l’oubli. »

Les événements récents nous démontrent que la “paix à tout prix” débouche bien souvent sur une stabilité précaire, laissant derrière elle le sentiment d’une justice pour le moins superficielle.

On le voit : le mot « paix » peut être perçu de diverses manières. Cependant, la paix à laquelle nous sommes appelés n’est ni la paix « confort », ni paix du type « Je m’en lave les mains », ni celle qui veut faire l’économie du dialogue.

Dans cette béatitude, Jésus souhaite nous motiver pour une paix qui dépasse la satisfaction de notre égoïsme. Il nous invite à tout mettre en oeuvre pour rétablir l’entente avec notre prochain.

L’absence de guerre, de conflit n’est pas encore la paix. La paix n’est véritablement paix que si elle s’établit sur la justice. (Es. 9.6 / 32. 17)

Nous savons combien fragile est l’équilibre entre paix et conflit et combien nous risquons à tout moment d’être aspirés par la spirale de la violence. La paix est toujours passagère, toujours précaire. Il faut donc y travailler sans relâche, la construire par l’écoute patiente, le dialogue ouvert et notre engagement fidèle à la suite du Christ afin de retrouver l’harmonie de ce qui, tout près de nous déjà, est divisé et déchiré.

Une version de la Bible (Chouraqui) utilise l’expression « En marche » pour traduire « Bienheureux ». En marche les faiseurs de paix! En marche ! chers amis pour une paix juste, digne des « enfants de Dieu ».

Que nos paroles, nos regards et nos actes traduisent toujours davantage cette volonté de bâtir et d’entretenir avec notre prochain des relations justes, équitables, en harmonie, « en accord » avec Celui qui est notre paix. (Eph. 2. 14)

Homélie du 28 août 2011

Prédicateur : Hervé Farine, assistant pastoral
Date : 28 août 2011
Lieu : Eglise Saint-Pierre, Porrentruy
Type : radio

Eh bien frères et sœurs, quelle page d’Evangile ! Ce n’est pas vraiment fréquent d’entendre Jésus faire des remontrances à Pierre, le premier des Apôtres. Le pauvre, il avait pourtant vu juste : il venait de comprendre l’essentiel, de confesser la foi ; il commençait à voir en l’homme qu’il avait devant lui, bien plus qu’un homme, celui que tout le monde attendait, et depuis toujours, le Messie. Jésus était celui qui allait enfin donner la victoire à son peuple. Alors, c’est sûr, comme il l’avait enfin trouvé, il n’allait pas le lâcher. Pierre est aux petits soins, il craint pour son ami, car il ne veut pas qu’il lui arrive quelque chose. Il faut qu’il réussisse, il faut qu’il soit notre sauveur, notre roi. Il veut le protéger de tout malheur, de toute souffrance, et même de la mort.

Nous savons bien que nous réagissons toutes et tous comme Pierre : quand on aime quelqu’un, on se soucie de lui, de sa santé, de ce qu’il devient, ses projets, ses difficultés, toute sa vie. Nous avons envie qu’il soit heureux, nous voulons tout faire pour son bonheur. Nous prions pour lui, pour sa famille, ses proches, pour que tout aille bien. Et nos prières ne sont pas vaines. Elles nous permettent de nous rapprocher de Dieu, de nous rassembler dans une même foi devant celui qui nous donne la vie, une vie qui n’a pas de prix.

Pierre a non seulement trouvé en Jésus un ami, un compagnon, mais il a trouvé aussi un sens à sa vie. C’est beaucoup plus fort qu’une amitié, c’est un abandon total à la volonté de cet homme-Dieu, c’est la foi. Car il l’a compris, Jésus ne peut pas le décevoir. Pierre croit en lui, il est complètement tourné vers lui, il veut être et vivre désormais par lui, avec lui et en lui. C’est ce que nous essayons de vivre, nous aussi, dans la foi : l’abandon à Dieu dans son amour infini, dans le bonheur immense d’avoir trouvé un sens à sa vie. Nous savons qu’avec lui, avec Jésus, il ne peut rien nous arriver, c’est un happy-end programmé.

Et là, c’est le drame : Jésus annonce sa Passion. Il demande à ses amis de se préparer à le voir souffrir et mourir. Horreur, le rêve se brise, il est totalement anéanti par cette mort annoncée. Alors, Pierre ose cette parole que nous disons nous aussi, bien souvent : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. » Nous avons entendu la réponse de Jésus : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Les bonnes intentions de Pierre, et nos bonnes intentions par la même occasion, ne sont pas celles de Dieu. Et nous savons, selon le proverbe, quel endroit en est pavé, de ces bonnes intentions…

Oui, la volonté de Dieu est parfois difficile à comprendre. Et particulièrement quand elle semble aller à l’encontre d’une logique de bonheur et de vie. Renoncer à soi, prendre sa croix, souffrir la passion du Christ : est-ce que nous sommes chrétiens pour cela ? Est-ce que c’est vraiment ce que les parents d’un petit enfant souhaitent pour lui lorsqu’ils le présentent au baptême ? Est-ce que c’est ce que nous souhaitons pour nos frères et sœurs, pour nous-mêmes ? Oui, le chemin que Jésus nous demande de prendre avec lui n’est pas facile. Mais quelle vie l’est ? Qui dans notre monde, chrétien ou pas, peut se vanter de n’avoir jamais été au moins une fois malheureux, atteint dans sa santé, victime de la haine ou du mépris, licencié ou rejeté ? Avez-vous entendu le prophète Jérémie s’en plaindre dans la première lecture ?

Par sa croix, Jésus vient nous montrer que tout cela fait partie de la vie. Et que ce n’est pas parce qu’il est Dieu qu’il est préservé de ces malheurs. Il sait que nous voulons être heureux, alors il se fait solidaire de nos souffrances, de ces croix que nous portons, et il les porte avec nous parce qu’il nous aime. Et c’est dans cet amour qu’il nous donne et qu’il nous invite à partager que le vrai bonheur peut se déployer.

Alors, peut-être pensez-vous : « Il y en a quand même parmi nous qui en portent plus que d’autres. » Et c’est vrai : nous ne sommes pas égaux face à la vie, mais nous l’avons toutes et tous reçue telle qu’elle est. Même si nous avons parfois l’impression d’être désavantagé par rapport à d’autres, de partir avec des handicaps, plus ou moins sévères, plus ou moins évidents, que dire de ce cadeau, à part « Merci ! » Et surtout, quelle que soit notre vie, elle est unique, et nous avons en nous les capacités d’en faire quelque chose de beau, de grand, capable de plaire à Dieu, comme le disait Saint Paul dans sa lettre aux chrétiens de Rome.

Etre chrétien, c’est mettre sa foi en Dieu, mettre ses pas dans les pas de Jésus, dans les moments de fête comme dans les moments de tristesse et de souffrance. Etre chrétien, ce n’est pas éviter de mourir, car notre corps sera confronté tôt ou tard à la mort. Etre chrétien, c’est choisir de ne pas mourir avant la mort, c’est refuser d’être un mort vivant, refuser de se laisser aller au découragement et au désespoir, malgré les difficultés de la vie.

« Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » dit Jésus. Seigneur, nous voulons te redire aujourd’hui : Oui, et avec joie !»

Lectures bibliques : Jérémie 20, 7-9; Romains 12, 1-2; Matthieu 16, 21-27

Homélie du 21 août 2011

Prédicateur : Abbé Marc Joye
Date : 21 août 2011
Lieu : Sanctuaire de Notre-Dame de Tours, Cousset
Type : radio

Chers Frères et Sœurs,

Chers Malades,

A l’origine de toute vie de couple, il y a une rencontre, un clin d’œil, un sourire, une parole qui a été décisive. Ce jour-là, quelque chose est né dans le cœur de chacun. L’autre est devenu quelqu’un d’important, de précieux, de beau, d’attirant. Quelqu’un avec qui un projet a pris corps, au point qu’on n’a pas hésité à envisager de construire toute une vie ensemble. Ce jour-là, deux destinées se sont scellées définitivement : « Je te reçois comme un cadeau infiniment précieux, je me donne à toi pour toute la vie. »

Eh bien, voyez-vous, ce qui se passe lors de la naissance d’un couple, se passe aussi entre Dieu et nous, entre Jésus Christ et nous. C’est aussi une histoire d’amour, d’alliance. L’évangile de ce jour nous en donne la preuve.

Nous sommes à un moment crucial, à un tournant dans la vie des apôtres avec Jésus. Le moment est venu de clarifier les choses, de voir, de préciser ce que chacun a dans son cœur. D’où cette première question posée par Jésus, en guise de sondage d’opinion : « Pour les gens, qui suis-je ? » Jean-Baptiste, Elie, Jérémie ou l’un des prophètes. Des réponses qui n’engagent à rien. Il faut aller plus loin, beaucoup plus loin. D’où la deuxième question, bien plus importante, la seule qui compte vraiment. Elle est vitale :« Pour vous, qui suis-je ? » Ce qui veut dire : quelle place ai-je dans votre cœur, dans votre vie ? Est-ce que je compte vraiment pour vous ? Réfléchissez bien ! Répondez franchement : « Pour vous, qui suis-je ? »

Cette question, Frères et Sœurs, nous est posée à chacun, à chacune ce matin. « Pour toi, qui suis-je ?», demande Jésus. Il ne s’agit pas, bien sûr, de donner une réponse toute faite, tirée du catéchisme appris dans son enfance. Une réponse qui n’engagerait à rien. Jésus ne te demande pas quelle est ta religion, quelles sont tes croyances, quelles sont les valeurs auxquelles tu es attaché, mais bien qui il est pour toi.

Cette question ne concerne pas seulement les curés, les pasteurs, les religieux, les catéchistes. Elle est adressée à tous les baptisés de toutes les Eglises, donc à vous tous, présents en cette chapelle, à vous tous qui êtes en communion avec nous, par la radio, ce matin. La réponse ne peut être que personnelle. Elle engage toute la vie. Ce ne peut pas être une simple réponse de routine ou une définition apprise par cœur.

Il y aura, cet automne, un synode des évêques du monde entier, pour ouvrir les chemins d’une nouvelle évangélisation, principalement en nos pays de « vieille chrétienté ». Donc pour nous ! Le document de préparation souligne très justement : « L’Evangile n’est pas un système d’articles de foi et de préceptes moraux, mais bien une personne : Jésus Christ. L’objectif de la transmission de la foi est donc de réaliser cette rencontre avec Jésus Christ. »

Autant dire : nous sommes tous des chercheurs de Dieu, des chercheurs de Christ. Il faut pour cela s’investir, donner du temps à la prière pour que se réalise cette rencontre personnelle, bouleversante avec Jésus Christ. Il ne suffit donc pas de pouvoir dire : « J’ai été baptisé, j’ai fait ma première communion, je suis confirmé. » Philippe, élève en 5ème année primaire, peut dire : « Pour moi, Jésus Christ c’est ma vie. Quand je pense à lui, c’est comme une bombe de vie pour moi. » Il a raison : Jésus Christ et notre vie c’est tout un.

Le Seigneur Jésus nous demande à chacun, ce matin :

Est-ce qu’aujourd’hui je donne sens à ta vie ? Es-tu prêt à me donner du temps pour accueillir ma Parole, comme une Parole toujours neuve. Es-tu prêt à me suivre ? A témoigner de mon Evangile ?

Est-ce que je peux compter sur toi pour construire des communautés plus accueillantes, plus chaleureuses ? Pour construire une société où ni l’argent ni le profit ne sont rois, mais où chacun est respecté dans sa dignité d’homme, de femme ? Une société où chacun est accueilli comme un frère ?

Est-ce que je peux compter sur toi pour aider, soulager, encourager, partout où c’est nécessaire ?

La réponse à ces questions dira en vérité ce que nous répondons à la question que nous pose Jésus, ce matin : « Pour vous, qui suis-je ? »»

Lectures bibliques : Isaïe 22, 19-23; Romains 11, 33-36; Matthieu 16, 13-20

Homélie du 15 août 2011

Prédicateur : Abbé Pascal Desthieux
Date : 15 août 2011
Lieu : Eglise Saint-Maurice, Ursy
Type : tv

Alors que nous accompagnons de nos prières et de nos pensées les nombreux jeunes en route vers Madrid pour les Journées mondiales de la jeunesse, nous pensons aussi à d’autres jeunes qui nous ont quittés trop vite, comme celles et ceux qui ont été exécutés affreusement à Oslo en juillet, et à d’autres, peut-être, que nous avons connus.

Ici en Glâne, dans la région d’Ursy et de Romont, il y a tout juste une année, peu avant le 15 août, nous avons été marqués par la mort de deux jeunes filles de 18 ans, coup sur coup. L’une décédée subitement pendant ses vacances, l’autre, d’un accident de moto, le jour même où elle avait obtenu son permis. Des dizaines, des centaines de jeunes sont venus se recueillir auprès des corps de leurs amies.

J’ai célébré les funérailles de la première. J’ai été aussi me recueillir à la chapelle funéraire. Devant le corps inanimé et froid de cette jeune fille, je me disais : non, ce n’est pas possible ! Comment ce corps, encore jeune, peut-il ainsi disparaître et se décomposer ? C’est notre cri devant la mort, quelque soit d’ailleurs l’âge de l’être aimé qui vient de partir.

A ce moment-là, nous sommes tentés de demander au Seigneur de faire quelque chose… Jésus a bien ressuscité la fille de Jaïre, et le fils unique de la veuve de Naïm, ou encore son ami Lazare. Oui, si j’étais Jésus, je ferais un miracle pour ces jeunes filles, pour que leurs corps se réaniment.

En fait, c’est bien ce que le Christ fera pour chacun de nous au-delà de la mort : « Celui qui croit en moi, a-t-il dit à Marthe, la sœur du défunt Lazare, même s’il meurt, vivra ; il ne mourra jamais. Crois-tu cela ? ».

Jésus est la Résurrection et la Vie, il a triomphé de la mort. Ce que j’aurais voulu faire pour cette jeune fille, il l’a fait, bien sûr, pour sa maman, Marie, celle qui l’a enfanté et chéri, celle qui lui a permis de devenir un homme.

Voilà ce que nous célébrons aujourd’hui en fêtant l’Assomption.

Dieu n’a pas laissé le corps de Marie se décomposer : il l’a prise avec lui, il l’a « fait monter jusqu’à la gloire du Ciel avec son âme et son corps », il l’a « préservé de la dégradation du tombeau ». Marie a donc été « assumée », un verbe proche du mot Assomption.

Elle est bien celle que sa cousine Elisabeth reconnaît comme « bénie entre toutes les femmes », car « le Puissant a fait pour elle des merveilles ; il élève les humbles; désormais tous les âges la diront bienheureuse ». Elle est désormais cette « Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous ses pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles ».

Nous sommes heureux aujourd’hui de fêter notre Mère du Ciel et de nous réjouir avec elle et pour elle.

Mais cette fête de l’Assomption, ne l’oublions pas, nous concerne aussi directement, car Marie est, en quelque sorte, le « prototype » de ce qui nous attend à la fin des temps, elle nous ouvre le chemin : un jour, nous serons, par la grâce de Dieu, comme elle et avec elle dans la gloire du Père.

Le Père René Laurentin, grand spécialiste de la Vierge, avait écrit : « L’Église regarde Marie, comme une flotte dans la tempête regarde le premier navire qui a franchi la barre et gagné le port ».

Nous croyons en effet que par le Christ, le premier ressuscité, tous revivront et donc que nous ressusciterons, nous aussi, à la fin des temps, avec un corps glorieux. C’est ce que nous allons professer dans quelques instants quand nous dirons : « Je crois en la résurrection de la chair ». Nous ressusciterons avec notre chair transfigurée, notre corps glorieux qui ne sera plus marqué par la vieillesse, la maladie ou le handicap : rassurez-vous, au Ciel, plus besoin de lunettes, de prothèse dentaire, d’appareil auditif ou de pacemaker !

La fête de l’Assomption vient tous nous illuminer. Car si Marie a été élevée au Ciel avec son corps, désormais glorieux, elle nous ouvre le chemin et nous indique ce qui nous attend. A sa suite, tous ceux que nous avons aimés, nous le croyons, ressusciteront eux aussi avec leur corps glorieux.

En attendant, la bienheureuse Vierge Marie est là, à nos côtés. Nous pouvons nous confier à son intercession. Elle est notre étoile : c’était notre chant d’entrée. Voilà pourquoi je souhaiterais terminer par cette magnifique prière de Saint Bernard : « Regardez l’étoile ».

Lorsque vous assaillent les vents des tentations,
lorsque vous voyez paraître les écueils du malheur,
regardez l’étoile, invoquez Marie.
Si vous êtes ballottés sur les vagues de l’orgueil,
de l’ambition, de la calomnie, de la jalousie,
regardez l’étoile, invoquez Marie.
Si la colère, l’avarice, les séductions charnelle
viennent secouer la légère embarcation de votre âme,
levez les yeux vers Marie…
Dans le péril, l’angoisse, le doute,
pensez à Marie, invoquez Marie.
Que son nom ne quitte ni vos lèvres ni vos cœurs !
Et pour obtenir son intercession,
ne vous détournez pas de son exemple.
En la suivant, vous ne vous égarerez pas.
En la suppliant, vous ne connaîtrez pas le désespoir.
En pensant à elle, vous éviterez toute erreur.
Si elle vous soutient, vous ne sombrerez pas;
si elle vous protège, vous n’aurez rien à craindre;
sous sa conduite vous ignorerez la fatigue;
grâce à sa faveur, vous atteindrez le but.

Lectures bibliques : Apocalypse 11. 19a ; 12,1-6a. 10ab ; 1 Corinthiens 15, 20-27a ; Luc 1, 39-56

Homélie du 14 août 2011

Prédicateur : Mgr Rémy Berchier
Date : 14 août 2011
Lieu : Sanctuaire de Notre-Dame de Tours, Cousset
Type : radio

Frères et sœurs dans le Christ,

Jusqu’à Jésus – et peut-être plus précisément jusqu’à cette rencontre troublante et bouleversante avec la Cananéenne, cette étrangère – Israël était le Peuple élu. Les autres nations étaient considérées comme païennes, donc non concernées par le salut promis par Dieu à son peuple. Et pourtant l’accueil des étrangers avait été prédit déjà par Isaïe : la maison de prière de Dieu s’appellera : « Maison de prière pour tous les peuples ». Cet accueil prendra du temps à germer et à mûrir. Jésus le mènera à sa perfection. Paul usera de toute son ardeur apostolique à favoriser cet accueil, il rencontrera refus et incompréhension.

Mais qu’est-ce que ce peuple élu ? Membre du peuple élu ?

Et nous sommes plongés au cœur de cette rencontre entre Jésus et la Cananéenne – l’étrangère – Il est rare d’observer Jésus dans une telle attitude, surtout lorsque son interlocutrice est si acquise à Jésus et, qui plus est, dans une attitude d’extrême détresse avec sa fille.

Jésus ne s’émeut pas, il va jusqu’à refuser de l’entendre, il ne s’occupe pas d’elle. Jésus refuse même d’adhérer à la demande des disciples, bien plus sa réponse va accentuer la différence entre cette femme et les juifs. Il ira jusqu’à l’assimiler aux « petits chiens ». Voilà qui nous paraît bien peu chrétien – « christien » – ni charitable ! Pourquoi une telle attitude qui nous désoriente ?

En face, ou plutôt avec, il y a cette femme. Elle n’a pas de nom. Elle est étrangère ! Elle attend Jésus, elle désire la rencontre sans doute depuis longtemps – comme beaucoup de nos contemporains – elle porte un poids énorme en son cœur : la maladie de sa fille. Elle utilise les mots mêmes des juifs : « Seigneur – Fils de David », des mots d’une très grande force. A entendre Jésus, elle aurait pu être vexée, se fâcher, s’en aller. Après tout elle aurait eu raison. Il y avait de quoi. Elle avait été humiliée.

Mais la voilà aux antipodes, toute de douceur, de calme, de foi ! Quelle force de la foi habite cette Cananéenne ! Nous voilà au cœur de la rencontre. Jésus semble avoir bien calculé son attitude, l’humiliation qu’il lui inflige va ouvrir cette femme à une foi si belle, si forte, si désarmante.

Jésus la rejoint au plus profond d’elle-même : sa foi ! Il va chercher ce qu’il y a de plus beau, de plus frais en elle : l’image de Dieu. Alors elle devient capable de répondre à Jésus, de reprendre l’humiliation, les petits chiens, à son compte et en faire de la beauté : « C’est bien vrai, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». Humilité et foi qui font exploser le merveilleux accueil de la part de Jésus : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ».

C’est aussi parce qu’elle accepte de prendre la dernière place, de prendre les miettes de la miséricorde que Jésus reconnaît la grandeur de sa foi.

Dès lors, Jésus nous fait découvrir que la foi fait dépasser les différences raciales, culturelles, nationales et religieuses.

Mais qu’est-ce qu’être membre du peuple élu ? Qu’est-ce qu’être païen ?

Etre membre du peuple élu ne serait-ce pas être témoin de l’amour de Dieu pour la terre entière, pour notre propre terre ? Païen, ne le sommes-nous pas tous ? Sans cesse appelés à la conversion – c’est aussi l’appel que l’on perçoit dans la dureté et l’exigence de Jésus vis-à-vis de cette femme. Nous pouvons aussi espérer, chaque jour, les miettes de la miséricorde. Rappelons-nous ce que nous dit saint Paul : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous les hommes ».

Témoins de l’amour de Dieu, nous sommes invités à l’être en accueillant l’autre tel qu’il est. En reconnaissant, en chaque être humain, quel qu’il soit, cette richesse, apparemment cachée : ce qu’il est : « Ta foi est grande ». Dépasser l’image que je peux me faire de l’autre pour y reconnaître l’image de Dieu qu’il porte en lui comme un trésor, donc ce qu’il est.

Vous connaissez cette anecdote que Péguy, le poète, a su relever : « la ballade du pendu » ? cela se passe au Moyen-Age. Les consuls veulent offrir à la reine Aude la régalade d’un pendu. Voyant arrivé le condamné, la reine demande la grâce pour cet homme. Les consuls répondent qu’il a été condamné pour avoir fabriqué de la fausse monnaie mais que la règle prescrit que sa vie peut être rachetée pour mille ducats. Le roi fouille son escarcelle et y trouve 800 ducats, la reine en trouve 50. Les seigneurs vident leurs poches. On arriva à 997 ducats, il en manque 3. Les consuls intransigeants s’apprêtaient à le faire pendre quand la reine demanda de faire fouiller les poches du condamné et l’on trouva 3 ducats ! L’homme fut libre. Péguy conclura en ces termes : « Au jour du jugement, rien ne nous sauvera, ni la miséricorde de Dieu, c’est-à-dire les 800 ducats, ni l’intercession de la Vierge, les 50 ducats, ni les mérites des saints si nous n’avons pas sur nous 3 ducats de bonne volonté ».

Les trois ducats de la foi de la cananéenne !

Les trois ducats de notre accueil, de notre foi, de notre amour.

Les trois ducats qui sont ce trésor que chacun porte en lui.

Les trois ducats que je ne cesse de chercher en l’autre et qui feront tomber toutes les différences.

Amen

Lectures bibliques : Isaïe 56, 1. 6-7; Romains 11, 13-15. 29-32; Matthieu 15, 21-28

Homélie du 11 septembre 2011

Prédicateur : Abbé Nino Franza
Date : 11 septembre 2011
Lieu : Eglise de Montfaucon
Type : radio

Le pardon des péchés est une merveilleuse invention de Dieu. Dans l’Evangile selon saint Jean, l’Evangéliste nous révèle que Dieu est amour et que pour vivre selon le projet de Dieu, les baptisés, comme toutes les personnes de bonnes volontés, sont invités à devenir comme Dieu, être à son image, aimer comme lui nous aime. Cet amour de Dieu pour nous se fait précisément pardon, miséricorde, pour ce qui dans nos vies offense Dieu. Les offenses que nous faisons à Dieu, peuvent réellement être pardonnées par Dieu. Ce pardon c’est son amour miséricordieux envers nous.

Dans l’Evangile de ce jour et par cette parabole, Jésus nous invite à lui demander son pardon pour nos fautes celles qui l’ont offensé. C’est notre devoir de lui demander son pardon. Quant à Dieu, il écoute cette demande et il nous exauce en nous offrant sa miséricorde. Il nous réconcilie avec lui et dans cette réconciliation, nous retrouvons la vie, le bonheur perdu, sa présence.

Mais, plus encore, Dieu veut aussi que nous pardonnions les offenses que notre prochain nous inflige, volontairement ou involontairement. Oui, Dieu veut que nous pardonnions de tout notre cœur à notre prochain, le mal qu’il nous a fait.

C’est en famille, que nous avons le plus besoin de vivre selon cet idéal que Dieu nous propose. C’est en famille que les offenses deviennent invivables. Hélas, c’est en famille que le pardon des offenses rencontre le moins de succès.

Mais, nous devons nous rappeler que pardonner les péchés est une merveilleuse invention de Dieu, notre qualité de vie dépend souvent de cette attitude fondamentale.

Pardonner de tout notre cœur le mal qui nous a été fait est libérateur. Notre cœur, qui jusque-là, était encore encombré par tant de rancunes et intoxiqué par tant de revanches à prendre, peut enfin goûter la paix.

Parfois, l’offense est tellement grande qu’il semble que pardonner soit impossible. Hélas, c’est souvent le cas…

Mais, dans ce cas, essayons de nous rappeler que dans notre vie, nous avons aussi péché et que Dieu peut retenir nos péchés, si nous ne pardonnons pas à notre tour. Cela peut aussi être un stimulant pour essayer de pardonner, quelque peu, les péchés de notre prochain. Peu à peu, petit à petit, peut-être qu’un jour nous arriverons à pardonner de tout notre cœur l’offense qui nous a été infligée.

On peut aussi essayer d’apprendre à pardonner, en faisant des actes de volonté ajustés. Par exemple : « Je veux pardonner tout le mal que cette personne m’a fait. Je veux que ma volonté de pardonner soit plus forte que le mal que cette personne m’a infligé. »

Ces actes de volonté obtiennent de puissants résultats, car nous sommes aidés, par Dieu lui-même, dans cette démarche. Sa grâce, demandée par la prière, vient nous rejoindre pour nous fortifier dans notre propos.

Chers frères et sœurs, nous sommes faibles et fragiles, en fait nous sommes pécheurs. Comptons sur Celui qui peut nous relever, Celui qui est venu pour nous sauver. Le Christ, notre Seigneur. Amen.

Lectures bibliques : Sirac, 27, 30 – 28,7; Romains 14, 7-9; Matthieu 18, 21-35

Homélie du 07 août 2011

Prédicateur : Abbé André Carron
Date : 07 août 2011
Lieu : Hospice du Gd-St-Bernard
Type : radio

« N’ayez pas peur ! »

Comme c’est difficile de rassurer quelqu’un qui a peur ! De rassurer un enfant, de rassurer un parent, de rassurer un ami…

Celui qui a peur est affaibli, diminué, il n’avance plus, il n’ose plus. Il est entamé, sérieusement, dans sa joie…

Par contre, comme il est précieux d’avoir quelqu’un à qui on ose dire qu’on a peur, ses peurs !

La peur, ça fait vraiment partie de notre vie ! Tellement nous sommes fragiles, tellement nous sommes limités, tellement nous sommes vite déstabilisés, vite démunis…

Les « tempêtes, les «vents contraires», les vagues de l’Evangile d’aujourd’hui, on les connaît… On les connaît chacun dans notre cœur, on les connaît dans le cœur des autres, on les connaît dans notre monde, telles qu’on peut les lire ou les entendre dans les médias. Et je pense que tout au fond de notre cœur, à la mesure de nos désirs, il y a une peur fondamentale: la peur de ne pas être appelé par son nom, la peur de ne pas être connu, de ne pas être aimé, d’être oublié…

Et aujourd’hui, Jésus nous redit à chacun, à chacune, il nous redit comme une bonne nouvelle : «N’aie pas peur !».

Et ce n’est pas tout… Il appuie ce «N’aie pas peur !» d’un magnifique et d’un fort: «C’est moi !»… Au cas où, comme les apôtres dans la barque, on aurait du mal à le reconnaître dans le tourment, dans le brouillard de notre vie: «C’est moi… C’est moi au nom de qui tu as été baptisé…», «C’est moi qui me suis engagé envers toi à vie…», «C’est moi qui suis là tous les jours, tous les matins, tous les midis, tous les soirs, toutes les nuits…».

«J’ai le souci de ta vie» J’ai le souci de ta joie!» «Je te bénis! Je te regarde en beauté, j’ai confiance en toi, je te veux grand, je veux t’aider…», «Je ne peux rien faire à ta place, absolument rien faire à ta place, comme on ne peut rien faire à la place de ceux qu’on aime, mais je t’offre par contre mon Esprit qui est une énergie, qui est un enthousiasme… Cet esprit qui sera aussi, je te le promets, ton défenseur!»…

Le prophète Elie, il y a trente siècles, saint Bernard, il y a dix siècles, l’un sur la montagne du Seigneur, l’Horeb, l’autre ici sur le col du Grand-Saint-Bernard, comme Jésus, ils se sont rendus dans la montagne, longtemps, dans le silence, de jour de nuit, à l’écart, pour prier… Ils avaient tous les deux, Elie et saint Bernard, besoin d’être rassurés, fortifiés… Elie qui était poursuivi, saint Bernard qui était dévoré de charité pour les autres, mais qui était ici dans les débuts tout seul. Tous les deux avaient besoin d’être rassurés, d’être fortifiés et tous les deux avaient perçu ce murmure d’«une brise légère».

Et ensuite tous les deux sont entrés dans le mystère d’une rencontre qui n’avait rien de fracassant, rien d’apeurant, une rencontre rassurante, la rencontre d’une tendresse forte, la rencontre du Dieu de tendresse, du Dieu d’amour qui les a touchés, profondément, qui leur a parlé jusqu’au cœur… Résultat: nous voyons le prophète Elie se remettre en route, courageusement, oser affronter à l’époque ceux qui méprisaient le vrai Dieu et son roi.

Et nous voyons saint Bernard créer ici patiemment une œuvre de charité et d’accueil qui dure encore et qui continue de dire aux hommes qu’ici, comme il est inscrit près de la porte de l’hospice, chacun est accueilli, chacun est adoré, reconnu, béni et nourri, car «Ici le Christ est adoré et nourri !».

Maintenant c’est à nous de faire confiance au Christ, de répondre à son «C’est moi!», de confirmer notre foi, la belle foi de notre baptême, d’en être à la fois fiers et dignes… de dire notre foi en ce Jésus qui nous dit: «Viens!» comme il a dit à Pierre. Je pense que nous avons tous, chacun à notre manière, à descendre de notre barque, à quitter certaines choses qui embarrassent notre tête, qui embarrassent notre cœur pour aller vers lui, pour aller vers Jésus, et en allant vers Jésus, pour aller vers les autres…

Encourageons-nous, réjouissons-nous de ce Jésus qui nous dit qu’il nous connaît, qu’il nous invite, qui nous dit :«N’ayez pas peur, c’est moi!»… C’est moi qui suis le Prince de la Paix… «Marchez avec moi et vous connaîtrez la joie, une joie assurée, une joie qui se répandra naturellement et qui rassurera les autres»

Lectures bibliques : 1 Rois 19, 9-13; Romains 9, 1-5; Matthieu 14, 22-33

Homélie du 31 juillet 2011

Prédicateur : Abbé Philippe Matthey
Date : 31 juillet 2011
Lieu : Hospice du Gd-St-Bernard
Type : radio

TOUT HOMME EST BÉNI DE DIEU

Vous valez beaucoup plus que ce que vous pensez !

Voilà une parole qui fait du bien : elle vient comme chercher en nous cette ressource dont nous avons besoin pour vivre. Et là, elle permet parfois des miracles…

Vous valez bien plus que les cinq pains et les deux poissons que vous avez trouvés :

allez voir plus loin, plus au fond !

Voilà donc une nouvelle bénédiction de Jésus, qui, comme toutes celles dont est jalonné notre pèlerinage, vient donner à la multitude une nourriture sans limites. Quelle est cette parole de bien ? Alors que les disciples se désolent de leur minimum, Jésus leur fait découvrir qu’il y a en eux bien plus que le minimum.

Ils font l’expérience que les cinq pains et les deux poissons c’est presque ridicule ; et pourtant ils osent les présenter à Jésus. Certains Pères de l’Eglise disaient que les 5 pains symbolisaient les cinq livres de la loi et les deux poissons, les prophètes et Jean-Baptiste. Ce n’est pas rien : c’est même ce qui a nourri le peuple jusque là. Mais dès aujourd’hui, ce peuple est innombrable, alors il faut aller plus loin.

Jésus ne dénigre pas ce maigre panier mais il vient lui donner une nouvelle dimension, à la mesure du peuple universel auquel il se donne lui-même. Et c’est déjà cela qui donne leur valeur aux disciples. Mais ils n’en ont pas encore conscience : il faut donc que Jésus leur révèle que leur valeur, ce n’est pas seulement ce qui est visible et qui se résume à eux, mais c’est ce qui est déposé en eux et qu’ils sont tout à fait capables de faire fructifier.

« Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Cette parole est accompagnée de la bénédiction de Jésus : il prend en main ce que les disciples lui donnent et il le leur confie pour le partage. C’est ainsi que Dieu agit pour nourrir l’alliance qu’il a faite avec l’humanité. Il a toujours eu besoin de ces petites mais si riches ressources qu’il y a en chacun qui est appelé. D’Abraham à Moïse, d’Élie à Isaïe, l’appel de Dieu met en route des humanités qui doutaient d’elles mais qui n’ont pas douté de lui.

Et, l’avez-vous remarqué ? C’est toujours autour d’un repas que ça se passe : de la table des trois visiteurs au chêne de Membré à celle de la Pâque et de l’agneau, à celle d’aujourd’hui qui anticipe la plus complète et la meilleure des tables, celle de l’eucharistie.

Ce qui permettait à Isaïe d’inviter à manger sans payer, défiant ainsi toute concurrence, c’est ce qui permet aujourd’hui aux disciples de partager, défiant toute limite.

A chaque fois avec une parole de bénédiction, jusqu’à celle prononcée sur le pain et le vin donnés comme le corps et le sang du Christ. Tu vaux beaucoup plus que ce que tu penses si tu acceptes de donner de toi parce que moi, Jésus, je te donne ma vie ! Et à ton tour, tu peux faire de même.

Mais il y a une condition à toute cette gratuité. Ce serait trop facile, mais peu crédible, si tout tombait du ciel comme par enchantement. Regardons dans quelles conditions Jésus nourrit la foule de ce jour.

Il nous est dit que Jésus se retire à l’écart, à un endroit désert. Il vient d’apprendre la mort de Jean-Baptiste. Il a donc besoin de recul : être seul pour vivre avec cette terrible nouvelle. Et voilà que la foule le rejoint et l’accapare. La réalité le rattrape et l’arrache à sa retraite : Jésus accepte une nouvelle fois d’être bousculé dans ses projets. C’est par là que passe sa solidarité avec toute l’humanité.

Cependant ce temps de retraite n’a pas été inutile. Au contraire, il lui a permis de faire la place, d’assumer le drame de Jean-Baptiste avant d’assumer la faim des hommes comme il affrontera la croix par la suite. C’est là qu’il nous guide. Il ne suffit pas de rester là à attendre la nourriture. Il faut affronter même nos peurs et nos solitudes et lui donner place dans nos vides

Pendant ce pèlerinage, nous avons aussi fait retraite. Non pas pour fuir le monde, mais pour prendre ce recul nécessaire à découvrir que nous avons faim, y compris dans la souffrance. Le désir ne vient pas tout seul, il est bon de le provoquer. En méditant ces paroles qui font de nous des bénis de Dieu nous avons découvert ce qu’il veut pour nous : du bien. Et parfois, dans notre réalité quotidienne, il y a encombrement et nous avons du mal à réaliser que nous sommes attendus et désirés. C’est là que Dieu lui-même prend le soin de nous dire tout le bien qu’il nous partage.

Pour cela, Jésus prend en main notre propre vie comme il prend en main les pains et les poissons. Il prend sur lui ce que nous sommes, y compris nos petitesses et nos peurs de manquer. C’est là qu’il prononce la bénédiction et qu’il commence le geste du partage. Et ce geste, il sait qu’il ne peut pas le faire tout seul : il a besoin de ses proches pour le continuer. Ce partage commencé en lui n’a plus de limites.

Il y a eu Abraham, Moïse, Isaïe et les disciples… il y a maintenant vous, moi, les baptisés d’aujourd’hui… Nous avons découvert deux trésors : d’abord qu’il y a en nous une valeur que nous ne soupçonnions pas, et ensuite que nous avons la capacité de la donner nous-mêmes aux autres. Par la bénédiction de notre baptême nous sommes donc à la fois envoyés vers nous-mêmes et vers les autres.

Par ce geste du bord du lac, Jésus anticipe la Pâque dans laquelle il se donne avec toute sa vie, jusque dans la mort, en nourriture pour tous. En acceptant de le recevoir et de le partager nous répondons à son attente et nous prenons notre place pour que le monde soit nourri de gratuité !

« Que Dieu dont l’amour est tout puissant, vous comble de ses bénédictions,

Qu’Il vous garde dans la joie et vous donne sa paix ! » (I Thessaloniciens 5, 28)

Lectures bibliques : Isaïe 55, 1-3; Romains 8, 35-39; Matthieu 14, 13-21