Homélie du 02 June 2011

Prédicateur : Mgr Bernard Barsi, archevêque
Date : 02 June 2011
Lieu : Cathédrale de Monaco
Type : tv

L’évènement de l’Ascension que nous célébrons aujourd’hui a été annoncé, dès le matin de Pâques par Jésus lui-même. Marie-Madeleine pleure devant le tombeau vide, elle est persuadée que quelqu’un a enlevé le corps de son Maître et Seigneur. Jésus ressuscité se manifeste à elle, l’appelle et lui confie la mission d’aller trouver les disciples pour leur dire qu’il monte vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu (cf. Jean 20,17).

Pendant quarante jours après sa résurrection, Jésus s’est montré vivant à des témoins que Dieu avait choisis. Les apôtres et les disciples ont mangé et bu avec le Ressuscité, faisant ainsi l’expérience de sa nouvelle présence. En montant vers son Père et son Dieu, Jésus réalise le grand mystère du salut de l’humanité : Lui, le Fils de Dieu, s’est abaissé en prenant la condition de serviteur, obéissant jusqu’à la mort de la croix, mais Dieu l’a élevé au-dessus de tout. Dieu par sa puissance d’amour a fait de lui le Chef, le Sauveur, la tête de l’Eglise.

Avec les apôtres, ces hommes de Galilée qui restent là à regarder vers le ciel, prenons un instant pour contempler la gloire du Christ Ressuscité que la préface de cette messe nous invite à chanter : Jésus, Fils unique de Dieu, vainqueur du péché et de la mort offre sa vie pour nous. Jésus Rédempteur a tout pouvoir au ciel et sur la terre.

Jésus notre médiateur auprès du Père : « en dehors de lui, il n’y a pas de salut. Et son Nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver » (Actes 4,12). Jésus nous dispense son esprit de force, le Saint-Esprit. Jésus est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Il est l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin (cf. Apocalypse 22,13). Jésus, le Juge du monde reviendra à la fin des temps comme Roi de lumière, de paix et d’amour.

Contempler le Christ Ressuscité entré dans la gloire du ciel, c’est croire qu’un jour, à notre tour nous le rejoindrons auprès du Père, auprès de notre Dieu. Ainsi, la fête de l’Ascension nous révèle la vocation surnaturelle, la destinée de l’homme qui est appelé à une plénitude de vie qui va bien au-delà de son existence sur terre, puisqu’elle est participation à la vie divine. Le Christ élevé dans la gloire entraîne l’humanité dans sa communion avec Dieu.

L’Ascension du Seigneur met en nos cœurs l’espérance d’être pour toujours avec Dieu, elle nous dévoile la grandeur et le prix de toute vie humaine.

Contempler la gloire du Christ Ressuscité serait-ce s’évader de notre condition humaine ? Bien au contraire, Jésus nous renvoie toujours vers les autres. « Tu vois ton frère, tu vois ton Dieu ! » disait Clément d’Alexandrie aux premiers siècles du christianisme. Si au jour de l’Ascension, les disciples ont été tentés de rester les yeux fixés vers la nuée du ciel pour y discerner la présence du Seigneur, des messagers de Dieu sont venus leur rappeler l’ordre de Jésus : « allez donc ! ». Les apôtres ne fuient pas de ce monde où Dieu les a placés, ils partent jusqu’aux extrémités de la terre pour annoncer à toutes les nations la Parole de Dieu, les baptiser et bâtir l’Eglise du Christ. Leur tâche est immense mais ils ne sont pas seuls, Jésus ne les abandonne pas, il est avec eux, il les comble de son Esprit Saint. A notre tour, nous sommes engagés, au milieu du monde, dans la mission de l’Eglise. Avec la force de l’Esprit et en union avec nos frères et sœurs chrétiens, animés par l’espérance de rejoindre le Christ, nous annonçons et vivons l’Evangile. Nous cherchons à aimer et à servir notre prochain, nous souvenant des paroles de Jésus : « ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25,40). Ensemble, nous désirons construire la civilisation de l’amour à laquelle le Bienheureux Pape Jean-Paul II était si attaché.

Ce jour de l’Ascension du Seigneur est un jour de joie. Avec le Christ Jésus exalté dans la gloire de Dieu son Père nous distinguons le but ultime de notre existence humaine : être pour toujours dans la communion d’amour du Dieu Trinité, Père, Fils et Saint Esprit. A la suite des Apôtres, nous sommes envoyés vers nos frères comme témoins de la Bonne Nouvelle du Christ. Que l’eucharistie partagée en Eglise, soit le pain et le vin de notre route, notre force et notre fidélité, la réalisation de l’espérance d’être pour toujours unis à Dieu.»

Lectures bibliques : Actes 1, 1-11; Ephésiens 1, 17-23; Matthieu 28, 16-20

Homélie du 29 mai 2011

Prédicateur : Abbé Canisius Oberson
Date : 29 mai 2011
Lieu : Eglise du Bon Pasteur, les Geneveys-sur-Coffrane
Type : radio

« En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous ». Ce jour-là, c’est aujourd’hui, pour tous les chrétiens qui accueillent le Christ en eux. Les disciples du Christ vivent en effet en communion avec lui, en communion avec le Père, et en communion entre eux. Et ils sont appelés à rayonner l’amour de Dieu à la terre entière, selon son commandement.

Tout cela est bien beau, me direz-vous, mais qu’est-ce que cela veut dire concrètement dans nos vies ?

Être dans le Christ, en Dieu, cela ne veut souvent plus dire grand-chose à nos contemporains, occupés à cent activités toutes plus brillantes et intéressantes les unes que les autres. Il suffit de penser à la place des nouvelles technologies et du monde virtuel qui s’ouvre quasi à l’infini quand on tapote sur un clavier d’ordinateur ou de téléphone portable. Et puis parfois par la faute des chrétiens eux-mêmes, le langage de la foi s’est codifié dans les mots compliqués des philosophes et des théologiens, au point de devenir obscur. Le résultat, c’est qu’on ne sait plus très bien ce que veut dire être chrétien, et l’on croit qu’il suffit de croire que Dieu existe pour l’être. C’est Louis de Funès qui, à ma connaissance, a dit de la plus belle manière ce que veut dire être dans le Christ et en Dieu, quand il disait du Christ qu’il était pour lui le compagnon radieux de ses jours. Être en Dieu, être dans le Christ, c’est laisser du temps à Dieu dans notre vie, c’est y laisser du temps pour l’évangile, pour la prière, pour qu’ils transforment peu à peu notre manière d’être et de penser.

Cette nouvelle manière d’être, c’est celle qui consiste à être fidèle à ses commandements, comme dit Jésus, les commandements qui se résument à l’amour de Dieu et du prochain. Il s’agit d’un commandement, parce que l’amour ne va pas de soi. Il ne se résume pas au sentiment amoureux, comme on aurait parfois tendance à le croire. Il est la mesure de tout, il place les autres à pied d’égalité et de dignité, il rend le témoin du Christ doux et respectueux, comme dit l’apôtre Paul.

Le champ d’activité de notre amour est en réalité gigantesque. Il commence bien sûr chez nos proches, que nous n’aurons jamais fini d’apprendre à aimer comme le Christ les aime. Mais il y a aussi un esprit d’amour à insuffler partout dans nos relations sociales et dans la manière dont s’organise notre société. Il me semble que les « indignés » de la Plaza del Sol de Madrid et d’ailleurs en Espagne et en Grèce, adressent au monde un message important : la vie sociale ne peut pas s’organiser, simplement en mettant en concurrence les individus, les entreprises, les assurances sociales et la fiscalité entre les pays du monde. Si le pays le plus merveilleux devient celui où il y a le moins de protection sociale et le moins d’impôt, alors les pauvres et les plus faibles paient la note du déficit d’humanité. Personne ne peut être heureux tout seul. Nous avons besoin les uns des autres, besoin que les autres soient heureux, pour que nous puissions l’être nous-mêmes. Pour humaniser le monde, la concurrence doit s’effacer devant la collaboration et la solidarité. Nos visions du monde doivent passer par la lorgnette de l’amour des autres, cette lorgnette qui se règle sur l’évangile du Christ.

« Vous êtes un doux rêveur », me direz-vous ! Mais n’est-ce pas justement le rêve qui manque aujourd’hui à tant de personnes, et l’évangile n’est-il pas à même d’ouvrir à notre monde un autre horizon que celui d’une croissance destructrice du don que Dieu nous fait de sa création ?

Le Défenseur, l’Esprit de vérité, il nous revient en premier à nous, chrétiens, de le demander, de l’accueillir, tout particulièrement à l’approche de la Pentecôte, pour que se réalise notre vocation à être les ardents défenseurs de la dignité des humains. Simplement parce que tous sont aimés de Dieu, parce Dieu est en eux, et que nous sommes appelés à former avec eux tous la grande famille des enfants de Dieu, dans laquelle personne n’est orphelin. – Amen.»

Lectures bibliques : Actes 8, 5-8. 14-17; 1 Pierre 3, 15-18; Jean 14, 15-21

Homélie du 22 mai 2011

Prédicateur : Abbé Canisius Oberson
Date : 22 mai 2011
Lieu : Eglise du Bon Pasteur, les Geneveys-sur-Coffrane
Type : radio

Chers amis rassemblés dans cette église, et vous qui nous écoutez à la radio, nous aimerions sans doute bien rencontrer un jour Jésus et lui dire : « Montre-nous le Père », c’est-à-dire montre-nous Dieu. Pour essayer de trouver Dieu, des gens passent leur vie à réfléchir. D’autres partent à l’autre bout du monde, ils vont parler avec des sages de l’Inde ou d’ailleurs, en espérant que la petite lampe s’allume enfin en eux et qu’ils puissent dire : Euréka, j’ai trouvé Dieu ! J’ai connu un vieil homme qui est venu me trouver et qui pleurait en me disant : comme j’aimerais croire en Dieu, comme je vous envie d’être croyant, mais je ne le peux pas !

À Philippe qui était un peu bouché, Jésus dit : « Celui qui me voit, voit le Père ». Pour voir Dieu, il faut donc voir Jésus, le fréquenter, en faire un compagnon de route, un guide, un ami. Et Jésus qui nous dit Dieu, c’est un gaillard étonnant. Il vivait dans une liberté extraordinaire. Sa boussole, c’était l’amour qu’il avait pour son Père, et l’amour qu’il avait pour tous. Quand des gens étaient rejetés, mis de côté, lui faisait exprès d’aller vers eux, parce qu’il savait que Dieu son Père les aimait. C’est pour ça qu’il allait vers les lépreux, qu’il mangeait avec les gens peu recommandables, au grand scandale des bien-pensants. Il pardonnait aux pécheurs, et pour lui les gens étaient plus importants que les lois. En agissant ainsi, Jésus voulait dire : voilà mon Dieu, voilà votre Dieu, c’est ainsi qu’il vous regarde, vous pardonne, vous aime ! Pour aller vers ce Dieu-là, « je suis le chemin, la vérité et la vie ». Alors, inutile de faire de grandes théories sur Dieu, « regardez-moi, écoutez-moi et suivez-moi », veut dire Jésus. C’est ce que nous faisons lorsque nous ouvrons un évangile, seuls ou avec d’autres, au catéchisme ou en famille.

Mais il faut encore ajouter ceci : Jésus n’est pas une pièce de musée qu’on va visiter dans l’évangile ou à l’église. Il est ressuscité, vivant, Pâques nous le rappelle. Son ciel, ce ne sont pas les nuages et le vide intersidéral ; non, son ciel, c’est nous, c’est les humains qui peuplent le monde entier. Nous sommes des « pierres vivantes » du nouveau temple où Jésus habite. Ce qui veut dire que Jésus et Dieu son Père, nous en trouvons l’image vivante sur nos visages d’humanité ; sur vos visages réjouis d’enfants, sur le visage de vos parents, de vos frères et de vos sœurs, mais aussi sur le visage des malades, des vieillards, des personnes handicapées, des étrangers, des foules de pauvres et d’affamés de notre planète.

Quand on a une fois réalisé que nous sommes la demeure de Dieu, alors on sait aussi qu’on ne peut plus se contenter de prier et de lire l’évangile pour être une pierre vivante, même si c’est très important. Alors, quoi faire ? Avant toute chose, j’ai envie de dire : nous laisser toucher, nous laisser aimer par les autres, nos voisins comme les réfugiés qui nous appellent à nos frontières, les pauvres et ceux qui ne comptent pas, ces handicapés à qui on voudrait encore diminuer leur rente parce que les plus riches ne veulent pas partager. Les regarder, ces pauvres, comme on contemple Jésus donnant sa vie pour nous sur la croix, pour accueillir le cœur d’humanité qui bat en chacun d’eux. Voilà la première étape, qui nous permettra de rayonner l’amour de Jésus pour la seconde étape, celle de l’amour donné, précisément, qui passe par le respect de la dignité de chacun, par la compassion et le partage dans la justice.

Vous l’avez ainsi compris : on ne peut pas voir Jésus et Dieu sans voir les autres. Et si l’on regarde bien au fond du cœur des humains, on ne peut pas les voir sans voir Dieu. C’est ainsi que, chrétiens, nous cheminons vers Dieu avec Jésus, en donnant la main aux foules de ce monde que Dieu aime. – Amen.»

Lectures bibliques : Actes 6, 1-7; 1 Pierre 2, 4-9; Jean 14, 1-12

Homélie du 15 mai 2011

Prédicateur : Chanoine Alexandre Ineichen
Date : 15 mai 2011
Lieu : Abbaye de Saint-Maurice
Type : radio

Journée mondiale de prière pour les vocations religieuses et sacerdotales

De ce passage de l’Evangile de saint Jean, chers frères et sœurs, j’aimerais vous proposer trois éléments qui en sont issus : la porte, les brebis et le pasteur. Ils seront un moyen sûr pour essayer d’approfondir le mystère de l’Eglise et pour mieux comprendre l’articulation entre le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel, thème essentiel en cette journée mondiale de prière pour les vocations religieuses et sacerdotales.

Commençons donc avec la porte, objet usuel s’il en est, qui sert d’ouverture à un endroit clos, mais aussi qui le protège d’une intrusion. La porte est ce qui empêche le voleur ou le bandit d’entrer là où il n’a pas à être. D’ailleurs, Jésus dit bien que trouvant la porte close, le voleur, le mercenaire escalade par un autre endroit. En effet, la porte est réservée à qui de droit : ici le pasteur des brebis. La porte est donc le seul itinéraire possible pour sortir ou entrer. Sans elle, les brebis ne seraient pas à l’abri. Sans elle, elles resteraient enfermées sans pouvoir sortir. Et dans ces conditions, comment évangéliser ? Comment trouver le repos promis ? Le Christ l’a bien compris puisqu’il se qualifie lui-même de porte. « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé : il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. » La porte est donc bien ce lieu de passage vers la Jérusalem céleste. Saint Jean le rapporte dans l’Apocalypse car il aperçut, dit-il « une porte ouverte dans le ciel ». Mais cette porte, nous le savons, c’est aussi celle de notre cœur où se tient Jésus. Il y frappe. Si quelqu’un entend sa voix et ouvre la porte, il entrera chez lui et prendra son repas avec lui. Il aura la vie, et la vie en abondance. Ceux qui reçoivent un tel don, ceux qui reconnaissent cette voix, ce sont les brebis qui écoutent le pasteur.

Voilà donc notre deuxième élément : les brebis. Parfois, cet élément est bien bucolique, à la limite même du kitsch. Serait-ce un esprit moutonnier auquel le Christ nous convie ? Ne serait-ce pas trop beau pour être vrai ? Evidemment, cette image devenue par trop idéaliste est loin de l’intention de Jésus. Les brebis sont certes une comparaison pour le peuple de Dieu dans l’Ancien Testament déjà, mais ils sont aussi une allusion directe au sacrifice pascal. Celui qui est l’Agneau de Dieu, c’est celui-là même qui sauve les brebis. Par ce symbole, Jésus ne retient pas seulement l’aspect grégaire de l’animal, mais aussi sa proximité avec le pasteur et la vie pastorale. Nous sommes les brebis, et nous le savons, parce que nous écoutons la voix de notre Dieu et que nous nous laissons conduire là où il nous veut c’est-à-dire dans son royaume.

Nous en arrivons donc au troisième élément : le pasteur, celui qui emmène ces brebis. Il les conduit à travers la porte vers la bergerie ou vers le pâturage. L’Eglise doit être conduite, hier, aujourd’hui comme demain. C’est l’unique pasteur qui accomplit ce mystère, et c’est le Christ. Mais pour poursuivre son œuvre il appelle, hier, aujourd’hui comme demain, des brebis qui écoutent sa voix. Elles acceptent d’être dans l’Eglise des modèles de l’unique pasteur. Elles dirigent, elles prient et sanctifient le troupeau pour le mener sous la houlette de Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu. Les prêtres ne sont rien d’autres que les continuateurs de l’œuvre de l’unique pasteur. Et pour reprendre saint Augustin, je peux dire que je suis une des brebis du troupeau, qui se doit d’écouter celui qui se tient à la porte, mais par ma volonté d’être en conformité avec le Christ, l’unique pasteur, je suis aussi prêtre pour amener tout le troupeau au paturage et à la bergerie. Aussi, prêtres, écoutez donc ce que dit votre pasteur : « Soyez les bergers du troupeau de Dieu qui vous est confié ; veillez sur lui (…), non pas en commandant en maîtres à ceux dont vous avez reçu la charge, mais en devenant les modèle du troupeau. »

Ainsi, en priant pour les vocations, c’est à ces trois éléments que nous faisons référence : la porte, qui ouvre sur le ciel et dont le religieux en vivant les trois vœux ici et maintenant est une préfiguration du royaume de Dieu, les brebis qui se doivent d’écouter l’unique pasteur et se laisser conduire, au dehors, comme au dedans, et accomplir le sacerdoce commun qui nous a été donné lors de notre baptême, enfin le pasteur, c’est-à-dire Jésus-Christ dont le ministère sacerdotal se poursuit par nos mains et nos mots, car nous faisons ceci en mémoire de lui pour que tous nous puissions communier et participer à la vie même de Dieu.»

Lectures bibliques : Actes 2, 14a. 36-41; 1 Pierre 2, 20-25; Jean 10, 1-10

Homélie du 08 mai 2011

Prédicateur : Abbé Jean-Marie Pasquier
Date : 08 mai 2011
Lieu : Chapelle de l’EMS d’Humilimont, Marsens
Type : radio

Les disciples d’Emmaüs… Et si c’était nous qu’ils représentent ? Bien sûr on ne peut pas se mettre à leur place. Mais à qui n’est-il pas arrivé, après la disparition inattendue, peut-être brutale, d’un être cher, de rentrer à la maison, la tête basse, le cœur triste, en se disant : « Ce n’est pas juste ! Pourquoi lui ? Il ne méritait pas ça ! On avait espéré qu’il s’en sortirait … » Et l’on ajoute peut-être, parce qu’on est quand même croyant : « Il était où le Bon Dieu ? » Une question souvent entendue, ces derniers temps, après les catastrophes, les accidents de montagne, le suicide d’une adolescente … Question qui reste sans réponse … apparemment.

Je dis « apparemment », parce que peut-être, sur le chemin de deuil, quelqu’un s’est approché … Pas nécessairement un proche … Quelqu’un qui n’a rien dit, qui n’avait pas de réponse toute faite. Il a seulement écouté, il nous a permis de dire ce qui nous faisait tellement mal. On s’est senti rejoint dans notre souffrance, compris …

N’est-ce pas ce qui est arrivé aux pèlerins d’Emmaüs ? Avec cet inconnu sur leur route, qui les a longuement écoutés, et après seulement, a tenté, à partir des Ecritures, de donner un sens à ce qu’ils venaient de vivre. Vous deviez le savoir, c’était écrit : « Ne fallait-il pas que le Messie souffrit avant d’entrer dans la Gloire… » Alors leur cœur glacé par le chagrin se réchauffe peu à peu au feu de la Parole… Une parole qui n’est pas seulement Ecriture, mais une Parole devenue chair : quelqu’un qui marche avec eux, qui va les accompagner jusque chez eux.

Alors bien sûr ils essayent de le retenir : « Ne nous quitte pas… Reste avec nous ». Non seulement le compagnon de route va rester. Il entre dans la maison, se met à table avec eux, prend le pain, dit la bénédiction (la beraka), rompt le pain et le leur donne, comme au soir du jeudi saint. Dans le même instant, leurs yeux s’ouvrent, ils le reconnaissent, mais il a déjà disparu à leurs yeux ….

Remarquez bien : l’évangile ne dit pas qu’il les a quittés, mais qu’il a « disparu à leurs regards ». Leurs yeux de chair ne le voyaient plus, mais Il est bel et bien resté avec eux, autrement certes, d’une présence devenue invisible, en tout cas moins sensible, mais bien réelle et qui les remet debout, en marche, pour aller partager la nouvelle à leurs frères qui sont restés à Jérusalem.

Il nous arrive aussi, à nous les prêtres, lors des funérailles, de dire, en parlant du défunt : « il nous a quittés … » Est-ce bien juste ? Bien sûr, « on ne verra le plus comme avant.» C’est une absence bien réelle dont il faudra faire le deuil. Mais n’est-ce pas pour découvrir, après un long chemin, qu’on peut expérimenter, comme les disciples d’Emmaüs, une autre forme de présence ? Jésus lui-même l’a dit : « Vous ne me verrez plus», mais aussi : « Je reste avec vous, tous les jours. » C’est bien plus qu’une apparition furtive, c’est une présence réelle qui demeure et dont nous pouvons vivre.

N’est-ce pas aussi cette proximité qui peut nous être donné de vivre avec nos défunts, comme une communion que nous pouvons expérimenter, au-dedans de nous-mêmes, dans une intimité profonde avec ce Dieu « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes. » (saint Augustin). Comme l’a si bien dit l’abbé Maurice Zundel : « Pour rejoindre nos chers défunts, qui ne sont pas dans un ailleurs, mais qui sont au-dedans de nous, comme Dieu Lui-même, Il n’est donc pas d’autre chemin que d’intérioriser notre vie. Il s’agit d’atteindre au niveau le plus profond de l’existence, car c’est là, dans ce cœur à cœur avec le Seigneur que nous retrouvons, éternisé, le visage de tous ceux que nous aimons, que nous ne cesserons jamais d’aimer et avec lesquels nous pouvons toujours échanger la même respiration de tendresse que dans les suprêmes moments vécus ici-bas : qui est le Dieu Vivant en Qui tout est Vie. »»

Lectures bibliques : Actes 2, 14.22-28; 1 Pierre 1, 17-21; Luc 24,13-35

Homélie du 08 mai 2011

Prédicateur : Abbé Michel Demierre
Date : 08 mai 2011
Lieu : Eglise Saint-Maurice, Ursy
Type : tv

Frères et sœurs,

« C’était au soir tombant ». Sur une route déserte, deux voyageurs tournent le dos à Jérusalem. Les deux heures de marche qui les séparent de leur village leur donnent le temps de discuter des événements survenus durant la dernière Pâque. Quel rayon de lumière pourrait éclairer l’ombre épaisse de leur désespoir ? Pour eux, l’histoire s’est arrêtée la veille, avec la mort de Jésus : ils y avaient cru, ils sont tragiquement déçus.

Des rêves brisés, de belles aventures brutalement interrompues, nous en connaissons sans doute. Ce temps de Pâques n’abolit pas la tristesse du deuil qui, un jour, touche chacun. Après le départ d’un être aimé, le décor dans lequel on vivait avec lui demeure : il rappelle sa présence et on doit vivre l’absence.

Cléophas et son ami se disaient peut-être le soir de Pâques : A quoi bon rester à Jérusalem. Dans le décor de la ville, tout parle du Christ. Mais il est mort : le retour au village leur semblait une protection adéquate contre le désespoir.

Je les imagine au pied du vitrail de Noé, dans cette église, effrayés qu’ils sont encore par le déluge de mauvaise foi dont a été victime le Christ, écœurés par le déferlement de suffisance et de dédain qu’ils ont constatés à l’égard de leur maître. Ils n’ont plus de courage. Ils cherchent une protection pour survivre.

Emmaüs, leur village pourrait remplir le même rôle que l’arche dans laquelle Noé et son monde s’étaient réfugiés en attendant la fin de la furie des eaux. Leur village pourrait être la bulle protectrice, garante du retour à la paix du cœur. Ils regarderont le ciel de leur village, guettant l’arrivée d’une colombe, avec, dans son bec, le rameau du renouveau, comme elle l’avait fait pour ceux qui s’étaient réfugiés dans l’arche protectrice. Y croyaient-ils vraiment ?

On soupçonne le contenu de leurs discussions, sur la route, Ils étaient des connaisseurs de la loi que Dieu avait confiée à Moïse, alors qu’il conduisait son peuple à travers le désert. Le don de cette loi est représenté dans un vitrail. C’est aussi les dix commandements dont le nombre est incrusté dans le marbre de Carrare de la chaire de notre église.

La loi fixait les comportements que devait adopter le peuple de Dieu. Cette loi, Jésus en avait précisé le sens et la limite, ce qui avait irrité les docteurs en interprétation. Leur autorité légaliste, peu ouverte à la liberté, s’était sentie menacée. Avec conviction, les plus immodestes d’entre eux avaient travaillé à la disparition du Christ, devenu gêneur.

Les disciples avaient espéré, en Lui, l’instaurateur d’un royaume attendu depuis des siècles, le Seigneur capable d’anéantir les oppressions. Sur la fin, ils n’avaient pu qu’observer, de loin, pitoyables et incrédules, Jésus, sur le chemin de la croix. « Nous attendions du Messie qu’il sauve Israël, et non qu’il meure sur une croix !… nos attentes s’étaient affermies, en entendant les Hosanna des Rameaux, lors de l’entrée triomphale à Jérusalem ! La réalité fut l’effondrement de notre espérance dans l’ignominie de la passion ! Notre leader a été assassiné… »

Tournant le dos à ce cauchemar, sur la route d’Emmaüs les deux disciples sont donc rejoints par un inconnu. Leur découverte devient la nôtre : le Seigneur chemine avec nous, la nuit comme le jour… « Jésus s’insère dans le champ de leur conversation. Ils ressentent chez-lui une sympathie « à priori » à leur égard, une attention à leur façon de penser et de sentir.

Sa manière de faire, sur le chemin d’Emmaüs, devrait nous inspirer. Lorsque, par exemple, dans les débats de société ou dans la discrétion de nos familles, nous souhaitons rendre un peu plus désirable à notre génération la saveur de l’Evangile.

Ils paraissent nombreux, en effet, ceux qui, aujourd’hui, tournent le dos au message des Ecritures. Certes, l’enfant de la crèche fait encore partie du décor lumineux de nos fins d’années.

Mais, la Parole de Jésus adulte, ce qu’il est devenu en grandissant, ont-ils encore de l’intérêt ? Il faut reconnaître que ce message est souvent perçu comme une lourdeur peu libératrice.

Le voyageur qui a rejoint nos deux marcheurs ne tourne pas le dos à leurs préoccupations ; mais ils ne peuvent soupçonner que le Sauveur attendu, c’est LUI… Il est à leurs côtés, celui qui reçut le baptême de Jean-Baptiste, et fut identifié alors par le Père comme son Fils bien-aimé.

Messie envoyé par le Père, Il a été crucifié. Tout leur monde s’est écroulé. Ils tournent le dos au calvaire. Vers Emmaüs, cependant, un compagnon inconnu réchauffe quelque chose d’indicible dans leur cœur. Quelque chose qui leur dit que tout n’est pas effacé par l’échec de leur maître. Il doit y avoir une clé quelque part, mais ils ne la trouvent pas.

Comme des enfants qui cherchent un objet caché et à qui l’on dit «c’est froid ou ça brûle » et qui continuent de chercher, ils cherchent encore. Ils sont en route. Leur cœur est brûlant : il est proche de la fulgurance qui, enfin, leur donnera le sens.

« Reste avec nous ! » Les voici à table… avec celui dont ils ne connaissent pas encore l’identité mais qui vient d’accepter leur invitation conviviale. C’est le moment choisi par saint Luc pour nous révéler que le signe de reconnaissance de Jésus vivant après sa mort, c’est la fraction du pain.

Depuis ce moment-là, nous croyons que la fraction du pain, la célébration eucharistique d’aujourd’hui, nous fait rencontrer le Ressuscité. Comme ce fut le cas pour les disciples d’Emmaüs. Dès qu’il est reconnu Jésus disparaît à leurs yeux, mais il devient d’autant plus présent dans leur vie.

Les deux pèlerins qui avaient dissuadé l’inconnu de poursuivre son chemin, se remettent eux-mêmes en route. Ils retournent à Jérusalem, le souffle court, non pas à cause de la route qui monte, mais à cause de l’annonce qu’ils vont faire aux disciples. Leur témoignage s’accordera avec les autres apparitions du Ressuscité. Toutes ces apparitions nous sont transmises par les Evangélistes représentés dans les vitraux de notre église et qui nous disent, chacun à leur manière :

Restez en chemin, car le Christ vous rejoint !

Lisez les Ecritures, elles montrent le chemin vers l’au-delà !

N’oubliez pas la fraction du pain : le Ressuscité y a placé sa présence privilégiée sur le chemin de la vie.

Symbole de souffrance et de mort, Jérusalem devient, l’espace de cet Evangile, l’endroit d’où nous est arrivée la certitude joyeuse que Jésus est ressuscité. Le matin de Pâques confirme son destin en tant que ville de la paix et nous l’acclamons : « Vous qui aimez Jérusalem, réjouissez-vous de sa joie. » Amen.»

Lectures bibliques : Actes 2, 14.22-28; 1 Pierre 1, 17-21; Luc 24,13-35

Homélie du 01 mai 2011

Prédicateur : Abbé Jean-Claude Dunand
Date : 01 mai 2011
Lieu : Chapelle de l’EMS d’Humilimont, Marsens
Type : radio

Nous sommes beaucoup à porter des lunettes pour mieux voir, mieux lire, bien regarder la nature… mieux marcher… davantage apprécier ce que nous avons dans les assiettes. Que c’est agréable de bien voir ! et cela donne bien souvent de l’assurance !

Depuis Pâques l’évangile de Jean nous invite à voir : voir qu’il est ressuscité. Quand Jean arriva au tombeau « il vit et il crut ». Pourtant il ne vit pas grand chose : il vit un tombeau vide et bien en ordre…

Quand Jésus apparaît aux apôtres le soir du premier jour de la semaine, en leur disant « la paix soit avec vous », il en manque un : Thomas. Lorsqu’il entendra ses amis lui raconter qu’ils ont vu Jésus vivant, il leur répondra : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas ».

Voir pour croire…

On entend parfois dire : « Moi, je suis comme saint Thomas, si je ne vois pas, je ne crois pas ». Nous vivons dans une société occidentale qui a besoin de preuves, qui a besoin de concret : de voir, toucher, sentir, entendre. On ne prend pas vraiment au sérieux ce qui n’est pas perceptible par au moins l’un de nos cinq sens.

Ce doute qu’exprime Thomas est bien légitime. Mettons-nous à sa place ! On lui raconte qu’un mort est vivant ! C’est tout de même quelque chose d’incroyable ! C’est humainement impossible. Jésus, celui que l’on a vu mort sur une croix, que l’on a déposé dans un tombeau fermé par une grosse pierre, serait maintenant vivant ? Non. Comment peut-on croire une chose pareille ?

Aujourd’hui, on se dit même croyant mais pas en la résurrection. C’est tout de même un peu difficile de croire une chose pareille.

Il y a comprendre et croire.

Ces deux démarches ne sont pas à confondre.

Personne ne comprend la résurrection. Elle ne s’explique pas.

Pourtant, nous qui vivons en ce moment la messe, nous y croyons et beaucoup y croient, des scientifiques, des philosophes, de gens très intelligents, comme des personnes sans instruction. Croire ne nécessite pas de comprendre, ni de voir, ni d’avoir des preuves matérielles.

Du reste l’apôtre Pierre, dans sa première lettre, écrit au sujet de Jésus : « lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir ».

Ai-je besoin de croire, si je vois ?

Je vous vois : je n’ai pas besoin de croire que vous êtes là. Je vois ce bouquet, ces montagnes… Je n’ai pas besoin d’y croire, puisque je les vois, et nous les voyons tous.

La foi, c’est-à-dire croire, n’est pas liée à ce que l’on voit, ou à ce que l’on ressent avec nos sens, ni à ce que l’on comprend.

Croire, c’est faire confiance.

Les mots foi et confiance ont la même racine.

La foi, c’est une affaire de confiance !

La confiance, c’est le carburant de l’homme. On marche tous à la confiance. Notre condition humaine est ainsi faite que nous ne pouvons pas faire autrement. Nous ne comprenons pas tout, nous ne savons pas tout. Nous sommes bien obligés de faire confiance à d’autres. Nos premiers pas, nous les avons faits en nous jetant dans les bras de papa ou maman. Cette prise de risque c’est faite dans la confiance. L’enfant ne comprend pas comment il marche, comment il peut effectivement marcher, mais il se risque confiant en maman qui tend les bras.

Lorsque nous sommes malades, à ne plus pouvoir bouger et faire quoi que ce soit, nous devons faire confiance en ceux qui nous aident, en ceux et celles qui nous soignent, qui s’occupent de nous…

Eh bien, la foi, c’est du même ordre. C’est une affaire de confiance. Nous croyons non pas parce que nous avons vu, mais parce que nous faisons confiance à ceux qui nous ont parlé de Dieu. Il en est ainsi pour tous les croyants du monde et de tous les temps. Aucun n’a jamais vu Jésus, mais tous fondent leur foi sur ce que d’autres ont dit. Les chrétiens des premiers jours comme on l’a entendu dans la première lecture, « étaient fidèles à écouter l’enseignement des apôtres. » La foi se base d’abord sur la confiance en une parole, une parole écoutée fidèlement et régulièrement.

La parole devient alors vivante en l’homme, elle l’anime, le rendant confiant jusqu’à laisser jaillir de son cœur un cri de foi semblable à celui de Thomas : Mon Seigneur et mon Dieu.

Rien ne nous dit que Thomas a avancé sa main dans le côté : c’est la voix de Jésus qui l’invite au geste qui éveille en lui la foi…

Que la Parole reçue en Eglise fasse de nous des confiants en Celui qui est ressuscité ! Et que notre joie soit grande ! Alléluia !»

Lectures bibliques : Actes 2, 42-47; 1 Pierre 1, 3-9; Jean 20, 19-31

Homélie du 01 mai 2011

Prédicateur : Pape Benoît XVI
Date : 01 mai 2011
Lieu : Parvis de la basilique St-Pierre, Rome
Type : tv

Chers frères et sœurs!

Il y a six ans désormais, nous nous trouvions sur cette place pour célébrer les funérailles du Pape Jean-Paul II. La douleur causée par sa mort était profonde, mais supérieur était le sentiment qu’une immense grâce enveloppait Rome et le monde entier: la grâce qui était en quelque sorte le fruit de toute la vie de mon aimé Prédécesseur et, en particulier, de son témoignage dans la souffrance. Ce jour-là, nous sentions déjà flotter le parfum de sa sainteté, et le Peuple de Dieu a manifesté de nombreuses manières sa vénération pour lui. C’est pourquoi j’ai voulu, tout en respectant la réglementation en vigueur de l’Église, que sa cause de béatification puisse avancer avec une certaine célérité. Et voici que le jour tant attendu est arrivé! Il est vite arrivé, car il en a plu ainsi au Seigneur: Jean-Paul II est bienheureux!

Je désire adresser mes cordiales salutations à vous tous qui, pour cette heureuse circonstance, êtes venus si nombreux à Rome de toutes les régions du monde, Messieurs les Cardinaux, Patriarches des Églises Orientales Catholiques, Confrères dans l’Épiscopat et dans le sacerdoce, Délégations officielles, Ambassadeurs et Autorités, personnes consacrées et fidèles laïcs, ainsi qu’à tous ceux qui nous sont unis à travers la radio et la télévision.

Ce dimanche est le deuxième dimanche de Pâques, que le bienheureux Jean-Paul II a dédié à la Divine Miséricorde. C’est pourquoi ce jour a été choisi pour la célébration d’aujourd’hui, car, par un dessein providentiel, mon prédécesseur a rendu l’esprit justement la veille au soir de cette fête. Aujourd’hui, de plus, c’est le premier jour du mois de mai, le mois de Marie, et c’est aussi la mémoire de saint Joseph travailleur. Ces éléments contribuent à enrichir notre prière et ils nous aident, nous qui sommes encore pèlerins dans le temps et dans l’espace, tandis qu’au Ciel, la fête parmi les Anges et les Saints est bien différente! Toutefois unique est Dieu, et unique est le Christ Seigneur qui, comme un pont, relie la terre et le Ciel, et nous, en ce moment, nous nous sentons plus que jamais proches, presque participants de la Liturgie céleste.

«Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru.» (Jn 20,29). Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus prononce cette béatitude : la béatitude de la foi. Elle nous frappe de façon particulière parce que nous sommes justement réunis pour célébrer une béatification, et plus encore parce qu’aujourd’hui a été proclamé bienheureux un Pape, un Successeur de Pierre, appelé à confirmer ses frères dans la foi. Jean-Paul II est bienheureux pour sa foi, forte et généreuse, apostolique. Et, tout de suite, nous vient à l’esprit cette autre béatitude : «Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux» (Mt 16, 17). Qu’a donc révélé le Père céleste à Simon? Que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Grâce à cette foi, Simon devient «Pierre», le rocher sur lequel Jésus peut bâtir son Église. La béatitude éternelle de Jean-Paul II, qu’aujourd’hui l’Église a la joie de proclamer, réside entièrement dans ces paroles du Christ: «Tu es heureux, Simon» et «Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru.». La béatitude de la foi, que Jean-Paul II aussi a reçue en don de Dieu le Père, pour l’édification de l’Église du Christ.

Cependant notre pensée va à une autre béatitude qui, dans l’Évangile, précède toutes les autres. C’est celle de la Vierge Marie, la Mère du Rédempteur. C’est à elle, qui vient à peine de concevoir Jésus dans son sein, que Sainte Élisabeth dit: «Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur!» (Lc 1, 45). La béatitude de la foi a son modèle en Marie et nous sommes tous heureux que la béatification de Jean-Paul II advienne le premier jour du mois marial, sous le regard maternel de Celle qui, par sa foi, soutient la foi des Apôtres et soutient sans cesse la foi de leurs successeurs, spécialement de ceux qui sont appelés à siéger sur la chaire de Pierre. Marie n’apparaît pas dans les récits de la résurrection du Christ, mais sa présence est comme cachée partout: elle est la Mère, à qui Jésus a confié chacun des disciples et la communauté tout entière. En particulier, nous notons que la présence effective et maternelle de Marie est signalée par saint Jean et par saint Luc dans des contextes qui précèdent ceux de l’Évangile d’aujourd’hui et de la première Lecture: dans le récit de la mort de Jésus, où Marie apparaît au pied de la croix (Jn 19, 25); et au début des Actes des Apôtres, qui la montrent au milieu des disciples réunis en prière au Cénacle (Ac 1, 14).

La deuxième Lecture d’aujourd’hui nous parle aussi de la foi, et c’est justement saint Pierre qui écrit, plein d’enthousiasme spirituel, indiquant aux nouveaux baptisés les raisons de leur espérance et de leur joie. J’aime observer que dans ce passage, au début de sa Première Lettre, Pierre n’emploie pas le mode exhortatif, mais indicatif pour s’exprimer; il écrit en effet: «Vous en tressaillez de joie», et il ajoute: «Sans l’avoir vu vous l’aimez; sans le voir encore, mais en croyant, vous tressaillez d’une joie indicible et pleine de gloire, sûrs d’obtenir l’objet de votre foi: le salut des âmes.» (1 P 1, 6. 8-9). Tout est à l’indicatif, parce qu’existe une nouvelle réalité, engendrée par la résurrection du Christ, une réalité accessible à la foi. «C’est là l’œuvre du Seigneur – dit le Psaume (118, 23) – ce fut une merveille à nos yeux», les yeux de la foi.

Chers frères et sœurs, aujourd’hui, resplendit à nos yeux, dans la pleine lumière spirituelle du Christ Ressuscité, la figure aimée et vénérée de Jean-Paul II. Aujourd’hui, son nom s’ajoute à la foule des saints et bienheureux qu’il a proclamés durant les presque 27 ans de son pontificat, rappelant avec force la vocation universelle à la dimension élevée de la vie chrétienne, à la sainteté, comme l’affirme la Constitution conciliaire Lumen gentium sur l’Église. Tous les membres du Peuple de Dieu – évêques, prêtres, diacres, fidèles laïcs, religieux, religieuses –, nous sommes en marche vers la patrie céleste, où nous a précédé la Vierge Marie, associée de manière particulière et parfaite au mystère du Christ et de l’Église. Karol Wojtyła, d’abord comme Évêque Auxiliaire puis comme Archevêque de Cracovie, a participé au Concile Vatican II et il savait bien que consacrer à Marie le dernier chapitre du Document sur l’Église signifiait placer la Mère du Rédempteur comme image et modèle de sainteté pour chaque chrétien et pour l’Église entière. Cette vision théologique est celle que le bienheureux Jean-Paul II a découverte quand il était jeune et qu’il a ensuite conservée et approfondie toute sa vie. C’est une vision qui est synthétisée dans l’icône biblique du Christ sur la croix ayant auprès de lui Marie, sa mère. Icône qui se trouve dans l’Évangile de Jean (19, 25-27) et qui est résumée dans les armoiries épiscopales puis papales de Karol Wojtyła: une croix d’or, un «M» en bas à droite, et la devise «Totus tuus», qui correspond à la célèbre expression de saint Louis Marie Grignion de Montfort, en laquelle Karol Wojtyła a trouvé un principe fondamental pour sa vie: «Totus tuus ego sum et omnia mea tua sunt. Accipio Te in mea omnia. Praebe mihi cor tuum, Maria – Je suis tout à toi et tout ce que j’ai est à toi. Sois mon guide en tout. Donnes-moi ton cœur, O Marie» (Traité de la vraie dévotion à Marie, nn. 233 et 266).

Dans son Testament, le nouveau bienheureux écrivait: «Lorsque, le jour du 16 octobre 1978, le conclave des Cardinaux choisit Jean-Paul II, le Primat de la Pologne, le Card. Stefan Wyszyński, me dit: « Le devoir du nouveau Pape sera d’introduire l’Église dans le Troisième Millénaire ». Et il ajoutait: «Je désire encore une fois exprimer ma gratitude à l’Esprit Saint pour le grand don du Concile Vatican II, envers lequel je me sens débiteur avec l’Église tout entière – et surtout avec l’épiscopat tout entier –. Je suis convaincu qu’il sera encore donné aux nouvelles générations de puiser pendant longtemps aux richesses que ce Concile du XXème siècle nous a offertes. En tant qu’évêque qui a participé à l’événement conciliaire du premier au dernier jour, je désire confier ce grand patrimoine à tous ceux qui sont et qui seront appelés à le réaliser à l’avenir. Pour ma part, je rends grâce au Pasteur éternel qui m’a permis de servir cette très grande cause au cours de toutes les années de mon pontificat». Et quelle est cette «cause»? Celle-là même que Jean-Paul II a formulée au cours de sa première Messe solennelle sur la place Saint-Pierre, par ces paroles mémorables: «N’ayez pas peur! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ!». Ce que le Pape nouvellement élu demandait à tous, il l’a fait lui-même le premier: il a ouvert au Christ la société, la culture, les systèmes politiques et économiques, en inversant avec une force de géant – force qui lui venait de Dieu – une tendance qui pouvait sembler irréversible. Par son témoignage de foi, d’amour et de courage apostolique, accompagné d’une grande charge humaine, ce fils exemplaire de la nation polonaise a aidé les chrétiens du monde entier à ne pas avoir peur de se dire chrétiens, d’appartenir à l’Église, de parler de l’Évangile. En un mot: il nous a aidés à ne pas avoir peur de la vérité, car la vérité est garantie de liberté. De façon plus synthétique encore: il nous a redonné la force de croire au Christ, car le Christ est Redemptor hominis, le Rédempteur de l’homme: thème de sa première Encyclique et fil conducteur de toutes les autres.

Karol Wojtyła est monté sur le siège de Pierre, apportant avec lui sa profonde réflexion sur la confrontation, centrée sur l’homme, entre le marxisme et le christianisme. Son message a été celui-ci: l’homme est le chemin de l’Église, et Christ est le chemin de l’homme. Par ce message, qui est le grand héritage du Concile Vatican II et de son «timonier», le Serviteur de Dieu le Pape Paul VI, Jean-Paul II a conduit le Peuple de Dieu pour qu’il franchisse le seuil du Troisième Millénaire, qu’il a pu appeler, précisément grâce au Christ, le «seuil de l’espérance». Oui, à travers le long chemin de préparation au Grand Jubilé, il a donné au Christianisme une orientation renouvelée vers l’avenir, l’avenir de Dieu, transcendant quant à l’histoire, mais qui, quoi qu’il en soit, a une influence sur l’histoire. Cette charge d’espérance qui avait été cédée en quelque sorte au marxisme et à l’idéologie du progrès, il l’a légitimement revendiquée pour le Christianisme, en lui restituant la physionomie authentique de l’espérance, à vivre dans l’histoire avec un esprit d’«avent», dans une existence personnelle et communautaire orientée vers le Christ, plénitude de l’homme et accomplissement de ses attentes de justice et de paix.

Je voudrais enfin rendre grâce à Dieu pour l’expérience personnelle qu’il m’a accordée, en collaborant pendant une longue période avec le bienheureux Pape Jean-Paul II. Auparavant, j’avais déjà eu la possibilité de le connaître et de l’estimer, mais à partir de 1982, quand il m’a appelé à Rome comme Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, j’ai pu lui être proche et vénérer toujours plus sa personne pendant 23 ans. Mon service a été soutenu par sa profondeur spirituelle, par la richesse de ses intuitions. L’exemple de sa prière m’a toujours frappé et édifié: il s’immergeait dans la rencontre avec Dieu, même au milieu des multiples obligations de son ministère. Et puis son témoignage dans la souffrance: le Seigneur l’a dépouillé petit à petit de tout, mais il est resté toujours un «rocher», comme le Christ l’a voulu. Sa profonde humilité, enracinée dans son union intime au Christ, lui a permis de continuer à guider l’Église et à donner au monde un message encore plus éloquent précisément au moment où les forces physiques lui venaient à manquer. Il a réalisé ainsi, de manière extraordinaire, la vocation de tout prêtre et évêque: ne plus faire qu’un avec ce Jésus, qu’il reçoit et offre chaque jour dans l’Église.

Bienheureux es-tu, bien aimé Pape Jean-Paul II, parce que tu as cru ! Continue – nous t’en prions – de soutenir du Ciel la foi du Peuple de Dieu. Tant de fois tu nous as béni sur cette place du Palais Apostolique. Aujourd’hui, nous te prions : Saint Père bénis-nous. Amen.

© Copyright 2011 – Libreria Editrice Vaticana»

Homélie du 24 avril 2011

Prédicateur : Abbé Guy Oberson
Date : 24 avril 2011
Lieu : Monastère du Carmel, Le Pâquier,
Type : radio

Chères sœurs et chers frères en Jésus-Christ, chers amis,

« Joyeuse, belle et sainte fête de Pâques », allons-nous dire tout au long de ce premier jour de la semaine où nous fêtons le Christ ressuscité. Oui, le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! Comment pourrions-nous l’affirmer, si les témoins du premier matin de la résurrection, et, une foule d’autres témoins à leur suite, depuis près de deux mille ans, ne nous avaient pas transmis cette Bonne Nouvelle, la Bonne Nouvelle qui a tant marqué et changé l’histoire de l’humanité.

La première lecture de ce jour nous fait part du témoignage de l’apôtre Pierre auprès du Centurion romain à Césarée. Ce choix veut nous rappeler l’importance de témoigner de la résurrection.

Il est étonnant tout de même que ce n’est pas lui, Pierre, qui se trouve le premier au tombeau ce matin là, mais bien Marie Madeleine. Elle s’y rend de grand matin, nous dit l’évangéliste Jean, alors qu’il fait encore sombre. Il fait sombre surtout dans son cœur à elle, qui était très attachée à Jésus et donc profondément attristée par sa mort. Guérie et délivrée par Jésus, elle le suit avec les apôtres et d’autres femmes, depuis la Galilée jusqu’à Jérusalem, l’écoutant comme disciple et se mettant à son service.

C’est tout ce que Jésus a été pour elle qui la met en route très tôt, ce matin là. Arrivée au tombeau, quelle surprise à la vue de la pierre roulée. Elle est la première à être témoin de cet indice déterminant, la pierre roulée, qu’elle interprète comme l’indice d’un enlèvement du corps de Jésus. Elle, femme, dont le statut social ne lui permettait pas de témoigner, son témoignage étant sans valeur, elle va devoir rendre compte de ce qu’elle a vu. Elle court dire à Simon Pierre et l’autre disciple : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Les deux disciples courent à leur tour, vérifier ce que leur a rapporté Marie-Madeleine. C’est vrai le tombeau est bien vide, constate Pierre, perplexe. Mais l’autre disciple, qui entre après, il vit et il cru, nous dit l’évangile, il a vu et il a cru que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

L’autre disciple, l’apôtre Jean, l’évangéliste qui a écrit ce récit, s’est arrêté. Il nous faut en faire autant, prendre le temps de la contemplation. Prendre le temps, avec vous chères moniales du Carmel, de comprendre dans la méditation, la prière, le temps de comprendre avec le cœur. Ne pas dire trop vite « il est ressuscité. » Ce que n’a pas fait non plus Marie-Madeleine. Témoins du ressuscité pour le monde d’aujourd’hui, ne l’êtes-vous pas depuis 75 ans ici, vous qui, votre vie durant, recherchez les réalités d’en-haut, tout en vous préoccupant également de celles de la terre. Femmes qui avez choisi de donner toute votre vie pour reconnaître, aimer et annoncer le Christ ressuscité au cœur d’une société souvent indifférente. Vous êtes un haut lieu de ressourcement pour ceux qui sont plongés dans le monde, et qui sont appelés, eux aussi, à être des témoins de celui qui est sorti vivant du tombeau.

Etre témoins du Ressuscité dans et pour le monde. Ne faut-il pas revisiter ce qu’il a vécu. Son amour pour les petits, les pauvres, les enfants, les malades, les pécheurs. Au nom de cet amour, sa grande liberté devant ceux qui finalement l’ont condamné à cette mort ignoble sur la croix. Les témoins de la Résurrection que nous sommes appelés à être, comment seront-ils crédibles, sinon en vivant ce même amour, concrètement, dans notre société. Dire que l’on croit qu’il est ressuscité, c’est s’engager à aimer jusqu’au bout, comme lui. Ce sont les plus faibles, les plus démunis, abandonnés, auprès des quels nous renvoie notre mission de témoin. Peut-être, l’un ou l’autre de ces 7 à 800 000 pauvres de notre pays qui vivent d’angoissantes fins de mois, ces chômeurs par milliers, qui en ce mois d’avril, et ces mois prochains, perdront le droit à leur indemnité, ne sachant trop de quoi ils vont vivre. Ne les laissons pas tomber ! Tout comme ces réfugiés ou requérants d’asile qui désespèrent trouver une terre hospitalière. Le Ressuscité, juste avant son Ascension, envoie ses disciples jusqu’aux extrémités de la terre annoncer la Bonne Nouvelle du salut : comment, aujourd’hui, allons-nous soutenir l’espérance de ces populations criant leur soif de justice et de liberté au risque de leur vie ? Pouvons-nous proclamer notre foi en la Résurrection sans prendre notre part afin de remettre debout tous les courbés de notre terre. Commençons peut-être par celui qui nous est proche, notre voisin et par chacun de nous en mettant toute notre confiance en Celui qui est la Résurrection et la vie. Amen.»

Lectures bibliques : Actes 10, 34-43; Colossiens 3, 1-4; Jean 20, 1-9

Homélie du 24 avril 2011

Prédicateur : Abbé Philippe Mawet
Date : 24 avril 2011
Lieu : Collégiale Ste-Gertrude, Nivelles, Belgique
Type : tv

Frères et Sœurs,

Si Pâques n’existait pas, le christianisme n’existerait pas ! Voici, de façon quelque peu abrupte mais évidente au plan de la foi, ce qui fait qu’aujourd’hui comme depuis plus de 2000 ans, des hommes et des femmes mettent leur vie dans les pas de Celui – le Christ – qui n’a cessé de dire: « Je suis la Résurrection et la Vie ».

Ce qui fait la grandeur de l’homme, c’est de se savoir mortel (l’animal, par exemple, ne sait pas qu’il est mortel). Ce qui fait la grandeur de Dieu, c’est de redire que l’homme est fait pour la Vie et non pas pour la mort. Et cette fête de Pâques vient redire, de façon éclatante au plan de la foi et de façon discrète au plan humain, que la Résurrection du Christ inaugure un monde nouveau où la mort devient passage et où la vie – notre vie – s’éclaire d’un à-venir insoupçonné et qui rime avec éternité. Il nous faut donc choisir entre le « Grand Soir » des illusions perdues et le petit matin des Espérances les plus fortes.

Elles sont nombreuses sur l’abondant marché spirituel de notre temps, les réflexions et propositions qui concernent l’au-delà. On peut même dire que cela fait partie du « cahier des charges » de toutes les religions.

Alors, dans ce contexte, quelle est l’originalité chrétienne …sinon la Résurrection du Christ que célèbre cette fête de Pâques ?

Et puis – quand même! – encore une réflexion : comment se fait-il que les questions liées à notre destinée – et donc au fait de savoir s’il existe ou non « quelque chose » après la mort – soient tellement occultées dans des cultures – essentiellement occidentales – qui croient pouvoir faire de Dieu une question inutile (et même dangereuse) et de l’au-delà une illusion forcément sans fondement ? Pâques se veut résolument à contre-courant de ces opinions et convictions.

J’aimerais ce matin vous partager la foi de toutes nos communautés chrétiennes qui, comme nous l’avons vu et entendu au début de cette célébration, redisent avec toute la force de l’Evangile (Bonne Nouvelle) que c’est la Résurrection du Christ qui est aux fondements et au cœur de l’Espérance chrétienne mais aussi de l’espérance humaine.

L’expérience du Christ nous révèle que notre humanité devient le terreau de notre éternité : le Ressuscité est le même que le Crucifié.

Et c’est ici, pour moi, un très grand mystère : pourquoi faut-il que la fête de Pâques ne fasse pas l’économie de la douleur du Vendredi-Saint ?

Pourquoi pas la Résurrection sans la Croix ? Personne n’a de réponse… sinon de poser, une fois encore, notre regard vers le Christ et sur son chemin qui a dû aller jusqu’à l’extrême de l’Amour (fut-ce au prix de la souffrance et de la mort) pour que s’ouvre, enfin, la brèche de la Résurrection. Nous voici donc au carrefour de l’humain et du divin, là où la Résurrection du Christ vient éclairer notre quotidien…. et lui donner sens et saveur. Désormais, dans la lumière de la Résurrection, rien d’humain ne sera plus jamais banal. Tout devient semence d’éternité.

Aujourd’hui, en cette fête de Pâques, le chemin du Christ devient notre chemin. C’est son chemin de Croix qui devient un chemin de foi, et un chemin de joie. Mais il a fallu la mort du vendredi-saint et le silence du samedi-saint pour que s’ouvre enfin – et jusqu’au cœur même du tombeau où on l’avait déposé – la lumière de la Résurrection. La vie n’a de prix que parce que l’Amour a du prix. Et ce prix est inestimable car, comme le disait déjà saint Bernard, « la mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure ! » La Résurrection, c’est en quelque sorte le débordement de vie et le surcroit de l’Amour; A profusion ! Non pas seulement pour demain, dans l’au-delà, mais pour l’aujourd’hui dans tout ce qui fait notre quotidien.

Frères et Sœurs, chers amis, Pâques n’existe pas en dehors de ce que nous vivons. Parmi vous, il y en a qui sont enfermés dans les tombeaux de la guerre et de la peur, de la solitude et de la désespérance. Il y en a d’autres, bien sûr, qui sont dans la lumière d’une naissance à accueillir, d’un amour à vivre, d’une joie à partager ou d’une solidarité à expérimenter. Aujourd’hui, Dieu vous dit (Dieu me dit):  » Tu es vivant…mais tu n’es pas un vivant voué à la mort mais un mortel promis à la Vie ». Et cela change tout !

A vous tous, téléspectateurs qui ne partagez pas notre foi, je voudrais reconnaître en chacun de vous des frères et des sœurs en humanité avec qui nous partageons les mêmes questions, les mêmes détresses et les mêmes joies d’une société marquée par une grande soif de justice et un grand désir de bonheur. Le fait de ne pas partager les mêmes réponses nous invitent, non pas à jeter des anathèmes qui divisent, mais à construire des ponts qui se font dialogues et rencontres.

A vous tous, téléspectateurs qui, de toutes confessions chrétiennes, partagez notre foi en l’Amour infini de Dieu plus fort que toute mort et que tout mal, je voudrais vous inviter à témoigner de ce « trésor de Pâques », sans complexe ni arrogance mais avec la certitude intérieure qu’il n’y a pas de nouvelle plus bouleversante pour notre humanité que cet horizon déjà perceptible dans les brumes du quotidien d’un monde où l’Amour et la Vie soient les seules valeurs éternelles marquées du sceau de l’éternité et, donc, de la plénitude.

Permettez-moi, au cœur de cette célébration qui redit l’extraordinaire nouvelle de Pâques: « Christ est ressuscité! » C’est toute notre vie qui s’en trouve renouvelée. ALLELUIA !»

Lectures bibliques : Actes 10, 34-43; Colossiens 3, 1-4; Jean 20, 1-9